ESSAI
Pour une mobilité durable Essai Par Diane Szynkier, Gilles Mergy, Jean-Pierre Girault, Julien Dehornoy, Laetitia Dablanc, Philippe Segretain. Le 01/09/2011
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Trop souvent éclipsée par l'offre de vitesse et la recherche de performance qui lui est attachée, la mobilité, entendue comme liberté de déplacement de la personne selon ses besoins personnels ou professionnels, se déploie aujourd'hui dans un réseau de contraintes qu'il convient de mieux gérer. Dans son rapport "Pour une mobilité durable", Terra Nova prend acte de ces limites, en traitant la mobilité comme un service essentiel à partager équitablement, dont il faut diminuer les impacts polluants. Le nouveau modèle de mobilité proposé s'appuie sur des financements réellement incitatifs, destinés à réorienter les comportements individuels et les logiques professionnelles. Il donne la priorité à un aménagement du territoire où l’articulation des tissus résidentiels et économiques fluidifie et diminue les déplacements de personnes comme de marchandises. Il favorise de nouvelles pratiques des infrastructures et des véhicules, et propose de réconcilier le citoyen et le décideur politique avec d'autres modes de déplacement.

Synthèse

 

La mobilité est un moyen : moyen d’aller travailler, apprendre, se divertir. Elle répond aux besoins créés par l’organisation des espaces et des temps de vie. Elle est aussi un moyen pour le politique de structurer et modeler le territoire : le classique « grand projet de transports » devient alors réponse aux besoins de déplacements qu’il génère lui-même. La mobilité est enfin le système, économiquement vital, de circulation des biens entre producteurs et consommateurs, fussent-ils éparpillés ou lointains. Parce qu’elle est l’unique moyen de réponse à ces besoins légitimes, la mobilité ne peut pas être remise en cause par principe.
 
La recherche d’une politique de mobilité plus durable n’est donc pas guidée par un dogme mais par le constat de l’atteinte concrète d’une série de limites, parfois cumulées sur un même territoire.
 
Une limite environnementale tout d'abord : les transports dégradent la qualité de l'air des centres urbains, et bien au-delà. En 2008, 52% des émissions d'oxydes d'azote irritant sont dues au transport routier. L'aérien se développe au prix d'une exposition au bruit des riverains des aéroports. Le secteur des transports est aussi le premier émetteur de CO2 en France (34% en 2006 dont plus de 90% liés au seul transport routier). Pire, il voit ses émissions croitre en valeur absolue.
 
Une limite énergétique : consommant 68% des produits pétroliers en 2008 et reposant très majoritairement sur les hydrocarbures, le transport des personnes comme des marchandises est directement exposé aux crises énergétiques à venir.
 
Une limite sociale et physique via l’encombrement des villes et l’éloignement des transports en commun. Pour 10% de la population française (20% des cadres, 16 % des professions intermédiaires et 11% des ouvriers) la durée quotidienne des déplacements locaux est supérieure à deux heures. Alors que 80% des déplacements en voiture sur le territoire national se font avec le conducteur seul, 59% des personnes se rendant en voiture sur leur lieu de travail déclarent ne pas avoir de mode de transport alternatif. Les mobilités choisies deviennent des mobilités contraintes ou des mobilités inaccessibles, et dégradent la qualité de vie.
           
Une limite économique enfin car le « toujours plus » de mobilité est onéreux : la facture énergétique de la France pèse en 2010 47,8Mds € (le pétrole en représente la plus grande partie), la dette de RFF s’élève à 28 Mds € en 2009. Dans le même temps, le budget moyen d’un ménage pour les transports est le deuxième poste de dépenses après le logement.
 
La mobilité doit donc être traitée comme une ressource rare et chère, comme un service essentiel à partager équitablement, dont il faut diminuer les impacts polluants.
 
Nous proposons ce nouveau modèle de mobilité en nous appuyant sur 4 évolutions.
 
La mise en place de financements réellement incitatifs, non pour agréger un budget, mais pour réorienter les comportements individuels comme les logiques professionnelles.
 
Il est temps de mettre en place la taxation des poids lourds et des véhicules utilitaires légers pour le transport de marchandises, de généraliser le bonus-malus des véhicules et l’éco-modulation des réglementations, de refiscaliser le carburant aérien. Les villes doivent également pouvoir expérimenter et mettre en place des péages urbains sur des critères adaptés. Deux principes doivent rendre ces mesures acceptables : l’équité, grâce à des assouplissements sur critères sociaux uniquement (renforcement de la tarification sociale des transports, prise en compte des contraintes de mobilités des personnes à horaires décalés, à mobilité réduite, etc.), et une redistribution fléchée des éventuels bénéfices vers les solutions de mobilité durables uniquement.
 
Une priorité donnée aux opportunités pour un meilleur aménagement des territoires et une évolution dans l’organisation des acteurs qui en ont la charge.
 
La maîtrise de la demande de déplacements la plus efficace, et qui ne prend pas en otage les utilisateurs de mobilité, réside dans une meilleure mixité des activités (habitat, travail, commerces, services et transports) au sein d’un urbanisme polycentrique. Le tissu industriel, qui draine le fret, doit également se calquer sur ce modèle à la fois plus dense et plus réparti. Les bassins d’emplois doivent prendre leurs responsabilités en élaborant des PDIE (Plans de Déplacements Inter Entreprises) et en se voyant proposer une extension du Versement Transport pour la mise en place d’Autorités Organisatrices de Transport de proximité. Pour y parvenir, la décentralisation doit affirmer une gouvernance renforcée du secteur par les communautés d’agglomération, et un rôle assumé des régions pour coordonner des échelons aujourd’hui simplement empilés. Nous proposons également une synergie plus forte des différents plans de programmation d’urbanisme, de transport et de développement territorial.
 
De nouvelles pratiques des infrastructures et des véhicules
 
De nouveaux usages pour dépasser la propriété, de nouveaux partages au-delà d’une utilisation particulière, de nouveaux espaces plutôt que des cloisonnements, et de nouvelles informations grâce aux NTIC : la mobilité de demain aura un autre visage, en sus des progrès techniques attendus secteur par secteur. La réglementation doit certes accélérer l’adoption de véhicules peu consommateurs et peu polluants, en particulier dans le transport de marchandises, où son application doit être strictement contrôlée. L’Etat doit aussi soutenir des projets industriels ambitieux, par exemple pour optimiser l’intégration des véhicules dans le « réseau intelligent » électrique de demain. Mais il faut également encourager et généraliser les initiatives vers cette autre mobilité : développer des plateformes d’informations multimodales, faire naître des voies de covoiturage et un cadre réglementaire pour l’autopartage, redéfinir les partages de la voirie, transformer les gares en lieux multi-services et multi-modes, créer des télécentres de travail et des visio-guichets. Le « véhicule du futur » n’aura de sens qu’en prenant sa place dans ces nouvelles pratiques de la mobilité.
 
Changer l’imaginaire collectif du « tout TGV et tout TER »
 
Cette rupture est nécessaire. En premier lieu parce que la construction de toute infrastructure nouvelle doit être réfléchie au regard de ses impacts environnementaux, évaluée par rapport à ses bénéfices économiques réels, et pesée face à l’urgence immédiate de la maintenance et de la fiabilisation des transports existants qui pèsent quotidiennement sur leurs usagers. Ensuite parce que chaque mode de transport doit être développé dans son domaine de pertinence : bâtir une infrastructure lourde, si elle s’avère non rentable et ponctionne l’argent public, n’a rien de moderne ni de progressiste. Il ne s’agit pas de mettre fin à l’évolution du TGV en France ou en Europe, mais bien de réconcilier le citoyen et le décideur politique avec d’autres modes de déplacements régionaux et interrégionaux tels que des cars à haut niveau de service, quand ils sont économiquement, socialement et environnementalement plus pertinents. Une mobilité bien vécue ne se réduit pas à battre des records de vitesse.
 
Ces mesures concernent des enjeux économiques et industriels parfois majeurs, qu’il s’agisse des constructeurs automobiles, des transporteurs routiers, du secteur ferroviaire ou du domaine aéronautique. Elles sont justement les garantes du maintien des emplois de ces secteurs économiques, en assurant leur acceptabilité sociale, et leur compétitivité à l’international : elles l’accompagnent au plus vite dans une reconversion, déjà engagée, sinon forcée. Nous proposons ainsi les bases d’un nouveau modèle de mobilité dont le développement soit accepté par tous, durablement, en articulation avec des politiques d’urbanisme et de logement volontaristes et cohérentes, afin d’atténuer les inégalités sociales quotidiennes.

 

Commentaires

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Par Rodrigue coutouly Le 14/12/2011
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Ce rapport ne me semble pas à la hauteur des enjeux de la mobilité dans le contexte actuel : la crise financière bloque tous les investissements en infrastructure pour une décennie au moins, les besoins en terme de flux sont énormes alors que la fin programmée du pétrole n'a pas de réponses satisfaisantes.
Pour d'autres idées plus originales et innovantes sur cette question :
lire les articles sur cette question sur mon blog:http://www.fiscalite-environnementale.net/categorie-11344305.html

un résumé: Proposition: comment inventer un système de mobilité écologique, économique et durable?

Les problèmes:

Il y a d'abord le coût croissant du carburant utilisé dans nos véhicules, la disparition programmée des hydrocarbures fossiles dans les décennies à venir. Le mode de propulsion du moteur à explosion est condamné à moyen terme.

Il y a ensuite l'impasse dans lequel se trouve tous les systèmes de transport en commun dans le monde : coûteux et saturés. Les pouvoirs publics peinent à investir dans ce domaine alors que les réseaux sont impuissants à répondre à la demande dans des agglomérations de plus en plus étendues. Utilisés par les populations les plus pauvres, les bus, tramway, métro et trains sont souvent bondés et n'arrivent pas à répondre à la demande. Plus souple d'emploi, le véhicule individuel lui est préféré, dès que les revenus le permettent.

Il y a enfin, la saturation de l'espace public envahi par des voitures individuelles qui occupent les routes, les rues et les trottoirs; il y a les bouchons et les ralentissements. Il y a aussi la pollution de l'atmosphère des grandes villes et les nuisances sonores.

Comment faire évoluer un système de transport à bout de souffle? Quel système de mobilité faut-il évoluer? Comment le financer?

Les fausses solutions:

Le remplacement de toutes nos voitures individuelles à essence par des voitures personnelles hybrides et/ou électriques: Cela ne réglera pas le problème de la saturation de l'espace par l'automobile. L'épuisement des matières premières, la pénurie de matériaux à venir condamne ce modèle. La voiture individuelle sera à l'avenir de plus en plus chère et deviendra inaccessible pour de nombreux ménages.

Le développement des réseaux classiques de transport en commun: ces réseaux ont montré leurs limites. Ils sont coûteux en infrastructures pour des collectivités publiques sur-endettées. Ils ne répondent pas à la demande de souplesse et de plasticité de nos contemporains habitués à se déplacer en toute liberté et rapidité avec leur voiture individuelle. Ils sont, dans la majorité des cas, lents à cause des nombreuses "ruptures de charges" que constituent les correspondances.

Solutions proposées:

Pour sortir de cette impasse, il faut construire un système combiné de moyens répondant aux demandes variées de mobilité.

Au coeur de ce système, le téléphone portable équipé d'un GPS. Il permet à l'usager de formuler sa demande de transports et au réseau de lui fournir la variété des solutions possibles. Il permet aussi au réseau de faire évoluer l'offre de transport en fonction des besoins de mobilité.

Les moyens de transport combinent :

-des taxis collectifs modernes s'adaptant, en temps réel, aux besoins des usagers.

-des véhicules en partage installés en de multiples points du réseau, réservés à distance combinés au développement de la location à la demande de préférence à l'achat

-les systèmes classiques de transport en commun

-des réseaux de bus rapide reliant la périphérie au centre des agglomérations et les différentes villes entre elles

-la généralisation du co-voiturage

Ce système se met en place progressivement au fur et à mesure de la disparition de la voiture individuelle à essence.

Les outils politiques:

-la modification de la fiscalité au profit d'une fiscalité favorable au transport collectif et aux modes de transport en partage

-la réutilisation systématique du produit de cette fiscalité pour développer les réseaux collectifs et de partage

-la coordination du système de réservation et de géolocalisation au profit d'un outil unique mutualisant l'ensemble des possibilités de transport au service de tous les usagers.

Par CouttouLY Rodrigue Le 25/10/2011
0

Ce rapport est très intéressant, parce que les mouvements, mais bigare Prévert, comme les taxes, l'inventaire et le test est proposé aux plus vulnérables.
Action 10 ou 15 ans plus tard, a été construit autour du développement d'une stratégie globale, détaillée, et les fans.

Par Cambon Le 07/10/2011
0

La parité progresse trop lentement en France. Encore heureux que Terra Nova montre l'exemple avec cet article où deux auteurs sur cinq sont des femmes.

Par Le 20/09/2011
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Les auteurs de ce texte ont respecté la parité en ayant autan d'hommes que de femmes. C'est un point très positif qu'il faut souligner.

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