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La crise du lait

Notes - Jean Laterre* - 02 Juin 2009

La chute que connaissent les cours du lait (29 % en glissement annuel pour 2009) est en partie due à une baisse de la consommation et des exportations. Mais elle est aussi liée à la décision de mettre un terme à la pratique de la recommandation nationale sur le prix du lait émise par le CNIEL. Enfin, cette crise s'inscrit dans contexte tendant vers une dérégulation de la production laitière en Europe.

 

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Le secteur laitier est en crise : en glissement annuel, la chute des prix du lait de vache a atteint 29 %. Cette crise est en partie liée à une baisse de la consommation et des exportations. Mais elle s’explique aussi par la récente décision de mettre fin aux pratiques du CNIEL, qui régulait les prix du lait. Après de nombreuses protestations par les producteurs, une réunion de crise doit se tenir ce 2 juin en urgence.



Mais cette crise s’inscrit aussi dans une situation européenne préoccupante : la Présidence Française de l’Union Européenne n’a pas pu enrayer la suppression des quotas laitiers en 2015. Cette évolution ne peut qu’aboutir à la dérégulation de la production laitière européenne.

 

1 - SITUATION EN FRANCE


Le secteur laitier est touché de plein fouet par une forte chute des cours liés à une baisse de la consommation, et à une baisse des exportations sur le marché mondial de la poudre de lait et du beurre.



Le prix du lait était fixé ces dernières années au sein de l'interprofession, le CNIEL, qui émettait une recommandation nationale, revue chaque année, à laquelle chacune de ses composantes (industriels, coopératives et producteurs) se pliait.



Mais cette pratique a malheureusement dû cesser en 2008 à la demande de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) pour entrave à la concurrence, une décision qualifiée « d’énorme bêtise » par Jean-Michel Lemétayer, le président de la FNSEA.



Depuis, les discussions se déroulent directement dans chaque région entre industriels et producteurs, n’ont plus abouti à des accords et se sont traduites par une baisse régulière du prix payé aux producteurs.



Selon les chiffres provisoires publiés par l'Insee, le prix du lait de vache s'est effondré en avril de -20,3% par rapport au mois de mars. En glissement annuel, la chute atteint près de 29%, les producteurs touchant environ 210 euros pour 1000 litres, à un niveau inférieur à leur coût de production.



Cette situation insupportable a entrainé des manifestations et des actions syndicales dans tout le pays. Très remontés, les producteurs ont mené des actions tous azimuts. Ils ont organisé deux journées de protestation nationale en moins d'une semaine. La dernière, lundi, a donné lieu à de nombreux blocages de laiteries et de grandes surfaces dans toute la France.



Pour essayer d’y mettre fin, le gouvernement a nommé deux médiateurs, avec un double objectif, fixer les prix du lait à court terme et installer un nouveau cadre juridique de négociations à plus long terme.



Les négociateurs se sont mis d'accord sur des formules d'indicateurs pour l'avenir. Mais les producteurs, qui affirment enregistrer d'énormes pertes et connaître des problèmes de trésorerie, veulent obtenir une hausse immédiate et significative du prix du lait. La négociation a buté sur le prix du lait, les industriels ayant refusé d'augmenter leur base de prix annuelle.



Les producteurs, qui réclamaient au départ 305 euros (les 1000 litres) comme prix moyen annuel, ont fait un geste en proposant de descendre à 290 euros. Mais les industriels sont restés sur leur base de 267 euros.



Une "réunion de la dernière chance" est prévue le mardi 2 juin. Celle-ci devrait être consacrée à la seule question du prix, assure-t-on à la FNPL. Il y a urgence, le prix du lait collecté en mai n'étant toujours pas fixé. La FNPL craint des débordements si aucun accord n'est conclu avant le 5 juin, date à laquelle les entreprises vont commencer à préparer les payes pour les livraisons de mai. Les industriels pourraient, comme ils l'ont fait pour le lait d'avril, fixer eux-mêmes le prix, une décision qui a débouché sur une baisse de 30% des prix par rapport à l'an dernier.



Il est probable qu’on aurait pu faire l’économie de cette crise si le mécanisme de préconisation in-terprofessionnel piloté par le CNIEL n’avait pas été interdit en 2008 … (le nouveau mécanisme issu du travail des médiateurs risque d’ailleurs  d’être assez proche de ce dispositif précédent…).

 

2 - POLITIQUE EUROPEENNE


Cette crise du lait s’inscrit dans un contexte de réforme de la politique agricole commune dans le secteur laitier, avec la disparition programmée des quotas laitiers en 2015, et dans l’intervalle une augmentation progressive des quotas.



Le bilan de santé de la PAC conclu sous présidence française n’a pas permis de revenir sur la décision de suppression des quotas en 2015, prise en 2004. Les quotas vont être relevés de 1% par an pendant 5 ans, avant d’être supprimés. Berlin a seulement obtenu avec l’appui de la France qu'un rapport d'impact de cette mesure soit réalisé en 2010 et 2012.



La Commission Européenne conteste que la première décision d’augmentation des quotas de 1% prise en mars 2009 ait pu avoir un effet sur les prix, car la production dans l’UE a baissé malgré cette hausse des quotas. Même si il n’y pas eu d’effet immédiat, on ne peut contester que l’augmentation puis la suppression des quotas se traduiront par une dérégulation de la production laitière européenne, avec des risques de :



-     relocalisation de la production dans les régions les plus intensives,
-     abandon de l’élevage dans certaines zones traditionnelles (montagne notamment),
-     baisse probable du prix du lait.



Il faut signaler que seules l’Allemagne et l’Autriche s’étaient opposées en mars 2009 à la décision d’augmentation des quotas, la France s’étant alors abstenue.



Les ministres de l'Agriculture des 27 ont évoqué lundi 25 mai, à la demande de Paris et Berlin, la situation laitière. Le Conseil Agriculture n’a pas abouti au maintien des quotas laitiers demandé par Paris. La Commission européenne a seulement annoncé la possibilité d’avancer à 70% les aides à la production offertes aux agriculteurs en 2009, qui pourront leur être allouées au 16 octobre prochain.

 

* Jean Laterre est le pseudonyme d’un ingénieur agronome.

 

 

Commentaires  

 
0 # petite industrialisation 27-11-2009 13:28
il faut absolument que les producteurs laitiers reprennent en main leur propre distribution..
Le système actuel les oblige à vendre leur lait cru à des transformateurs . ces transformateurs fixent eux-mêmes les prix d'achat, et se disent écrasés par les centrales d'achat de l'hyper distribution.
J'ai rédigé une note sur la petite industrialisati on en pièce jointe sur le Post.fr
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0 # avenir obscurCHAVANNE 07-07-2010 22:52
Votre approche factuelle, bien que résumée est le reflet de la réalité économique laitière, et montre bien l'enjeu actuel, qui force les entreprises à rechercher des partenariats, à fusionner (GLAC EURIAL/ENTREMONT SODIAAL....), voire à s'internationalis er pour survivre, principalement en ce qui concerne les coopératives laitières, comparativement s aux industriels qui ont plus les mains libres en terme de gouvernance et de mise en oeuvre de leurs choix stratégiques.
La menace d'une nouvelle crise du lait reste entière, par manque d'accords avec les pouvoirs publics, par un jeu syndical et associatif ou l'APLI et l'ADPL sont à couteaux tirés dans les Conseils d'administration , les premiers ayant fait le choix d'infiltrer les CA des coop , plus faciles à atteindre compte tenu des statuts des coopératives et de leur mode électif, et par une conjoncture laitière cahotique dans un contexte de sortie de crise économique difficile qui pousse à la radicalisation.
De fait, les agriculteurs demandent toujours plus de la part des coopératives et la véritable question va bien au delà de la détermination d'un juste prix au niveau régional, dans un contexte de réduction des exploitations et de difficultés croissantes pour les jeunes en installation.
Qui plus est la situation française est totalement atypique par rapport à nos autres voisins du Nord, les comptes d'exploitation des transformateurs ayant subis de plein fouet en 2009 une chute des cotations et un lait surpayée par rapport aux capacités financières des entreprises.
Et les salariés dans tout cela...? ils payent par une casse sociale sous jacente au fil des fusions concentrations réorganisations internes leur attachement à leurs entreprises; ils sont les parents pauvres de la redistribution des résultats, et les négociations salariales annuelles ou individuelles se transforment vite en batailles frontales.
alors et les quotas.....??? Les entreprises tentent de se projeter à 3 ans , mais les visions à moyens termes restent tres complexes dans un marché laitier français, européen et international chaotique et si incertain....l'avenir et t-il dans la régulation européenne d'une PAC rénovée et dans la contractulisati on tant souhaitée par les pouvoirs publics, le débat est ouvert !!
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