Remarques sur l’identité nationale
Notes - Joel Roman - 04 Novembre 2009
Le débat qu’appelle de ses vœux le gouvernement de Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale n’en est pas un. L’identité nationale ne peut pas être définie une fois pour toutes : elle prend sens dans sa contingence, dans l’usage politique et civique des citoyens, dans la socialisation. C’est tout le sens des arguments d’Ernest Renan.
Ce « débat », les références du gouvernement à l’immigration « choisie » et la création d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale participent d’une ethnicisation de l’appartenance nationale. A rebours de ce projet dangereux, l’urgence est de rendre la nation plus fraternelle en assumant pleinement sa diversité.
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La Note
A la mémoire d'Hamida Ben Sadia
Le débat qu’appelle de ses vœux le gouvernement de Nicolas Sarkozy sur l’identité nationale n’en est pas un. L’identité nationale ne peut pas être définie une fois pour toutes : elle prend sens dans sa contingence, dans l’usage politique et civique des citoyens, dans la socialisation. C’est tout le sens des arguments d’Ernest Renan.
Ce « débat », les références du gouvernement à l’immigration « choisie » et la création d’un Ministère de l’immigration et de l’identité nationale participent d’une ethnicisation de l’appartenance nationale. A rebours de ce projet dangereux, l’urgence est de rendre la nation plus fraternelle en assumant pleinement sa diversité.
Mettons de côté les arrière-pensées électoralistes, maintes fois dénoncées, qui président à la remise sur le tapis de la question de l'identité nationale dans une période préélectorale. On voudrait juste faire quelques remarques sur ce « débat ».
La première est précisément qu'il n'y a pas de débat : nous ne sommes pas face à deux conceptions de la nation entre lesquelles il faudrait trancher, choisir. Il en va de l'identité nationale un peu comme du temps selon Saint Augustin : je sais très bien ce qu'il est tant qu'on ne me demande pas de le définir, parce que je vis dans le temps. Mais aussitôt qu'il s'agit d'en fixer le concept, des difficultés considérables surgissent. De même, nous savons très bien ce qu'est l'identité nationale, tant qu'on ne nous demande pas de la définir : elle est un élément de notre vie, dont nous percevons tour à tour différents aspects, d'ailleurs passablement contradictoires. La définition de Renan dans Qu'est-ce qu'une nation ? (1882) en avait déjà cerné les éléments en tension : la nation est, selon lui, « la possession en commun d'un riche legs de souvenirs », ainsi que « le consentement actuel, le désir de vivre ensemble ». Encore faut-il ajouter que le riche legs de souvenirs est à mettre en rapport avec cette autre affirmation : « l'oubli, et je dirais même l'erreur historique, sont un facteur essentiel de la création d'une nation ». Inutile donc de demander à l'histoire des arguments en faveur de la nation. De même la volonté de vivre ensemble est précisée comme « une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé à faire encore ». Tout l'enjeu du travail de Renan est de détacher la nation de tout substrat ethnique, religieux, géographique, linguistique, historique pour en faire exclusivement un concept politique.
C'est pourquoi la nation n'est invoquée que lorsqu'elle est contestée ou menacée. Soit de l'extérieur, en cas de conflit, soit quand elle fait l'objet d'une contestation interne. Ce fut longtemps le cas en France, ce ne l'est plus . Qui conteste ou menace aujourd'hui la France ? La réactivation de cette question a quelque chose d'artificiel. A moins que l'on pense que l'Europe d'une part, l'immigration, d'autre part, sont des menaces pour l'identité nationale. N'ont intérêt aujourd'hui à agiter le chiffon rouge de l'identité nationale que les nostalgiques d'un souverainisme crispé.
On ne touche qu'avec prudence à des questions aussi complexes que celle de l'identité. Et d'abord en remarquant qu'il n'est d'identité que relationnelle : c'est face aux autres, reconnu ou au contraire nié par eux, que j'éprouve mon identité. Et ces identités sont multiples, en fonction des situations où nous nous trouvons, des interlocuteurs à qui l'on a affaire. C'est pourquoi l'identité nationale n'est qu'une composante parmi d'autres des identités politiques et culturelles qui sont les nôtres. Voyez le merveilleux livre de Mona Ozouf sur son enfance républicaine et bretonne, justement intitulé Composition française (Gallimard, 2009). Je suis Français face à un Allemand ou à un Bulgare, mais aussi Européen face à un Indien ou un Africain du Sud. Je suis issu de l'immigration algérienne, comme du Poitou ou de l'immigration espagnole. Je suis de Bordeaux tout en étant de Gironde. Et je peux être franco-allemand, ou franco-algérien, tout en étant d'ailleurs marseillais ou cévenol. La règle ici est la suivante : n'assigner jamais aucune identité à l'autre, mais lui permettre de déployer son identité dans les termes qu'il souhaite. L'assignation identitaire est une des pires violences qui soit, avec son symétrique : le déni d'identité, le refus de reconnaissance. Ces deux traits sont omniprésents dans les processus de stigmatisation des populations issues de l'immigration en France aujourd'hui. Ils renvoient à une des principales difficultés de notre héritage politique : d'avoir été dans le même temps républicain et impérial.
Suivons encore Renan : la nation est lien de solidarité. La crise de la nation, aujourd'hui, est d'abord et surtout, peut-être même exclusivement, une crise de la solidarité : vous voulez parler nation ? Alors parlons de ce déni de solidarité, de ce refus de la nation qu'est le bouclier fiscal. Il n'y a pas de nation quand certains s'exonèrent des efforts demandés à tous.
Quelle est donc la nature du lien national ? Ce que tisse la nation, c'est une forme de concitoyenneté. Celle-ci n'est pas d'abord un rapport vertical de sujétion commune à un même Etat (ceci, c'est le principe dynastique, que Renan oppose formellement au principe national), mais un rapport horizontal de chacun à la communauté des citoyens. Et cette concitoyenneté a une conséquence très remarquable : de toutes les communautés humaines, la nation est la seule (avec la famille) à rassembler des membres qui ne se sont pas choisis mutuellement. Je ne choisis pas mes concitoyens et ils ne me choisissent pas non plus : nous devons nous accommoder les uns aux autres. Partout ailleurs, nos communautés sont des associations choisies, à un degré plus ou moins fort : travail, résidence, associations, partis, etc. Seule la nation est la communauté non élective par excellence. C'est pourquoi parler d'immigration choisie est particulièrement mal venu : c'est confondre la nation avec un club fermé, qui a ses propres règles d'admission. C'est vouer ceux qui arrivent à rester au ban de la nation. Et c'est transformer la nation en communauté close. Vous avez dit communautarisme ?
Résumons : en faisant mine de s'inquiéter d'une « identité nationale » qui n'est ni contestée, ni menacée, le gouvernement de Nicolas Sarkozy prend un risque considérable : celui de conforter les peurs, d'attiser les inquiétudes, de figer cette fameuse « identité nationale » autour de critères de comportements ou d'habitudes majoritaires, bref, met en péril cette cohésion même qu'elle prétend conforter. Elle va dégénérer en repli nationaliste, car il faudra des boucs émissaires. Ce sera l'Europe, ce sera l'immigration : pas même seulement l'immigration des nouveaux venus, mais celle des plus anciennement arrivés, cette immigration que plusieurs générations de nationalité française n'ont pas pu effacer car elle porte les stigmates de l'étranger : couleur de peau, langue parfois, religion. Appeler dans ces termes à débattre de l'identité nationale c'est exalter une conception ethno-communautaire de la nation, à rebours de ce que prônait Renan. Au lieu d'exalter l'identité, on ferait mieux de la rendre plus fraternelle.
Vidéos :
Lancement du débat sur l'identité nationale par Eric Besson ( 02/11/09 ) | ||
Martine Aubry à propos du débat sur l'identité nationale (04/11/09) | ||
Débat sur l'Identité Nationale : Marine LE PEN lance un site (02/11/09) |





Commentaires
Tout d'abord, le titre de son ouvrage a longtemps tourmenté Fernand Braudel. Pour lui, le nommer L'identité de la France supposait qu'il démontre l'unité du pays, car « toute identité nationale implique, forcément, une certaine unité nationale », selon ses mots. Cependant, il avait peur que par ce titre, les lecteurs ne restent cantonnés à une vision simpliste de la France comme « un discours, une équation, une formule, une image, un mythe ». Par conséquent, on comprend pourquoi Braudel, qui commence par un chapitre 1 : « Que la France se nomme diversité » enchaîne aussitôt sur un deuxième chapitre : «La cohésion du peuple» qui met en exergue l'unité du pays. Il n'y a donc aucune restriction de l'un sur l'autre. La France est diversité, composée de milliers d'espaces dotés de microclimats particuliers, faisant fonctionner des micro-économies distinctes, caractérisées par des centaines d'accents et de tonalités linguistiques différentes (la langue d'oc et la langue d'oil ont contribué à diviser la France en deux), des coutumes, des folklores, des habitudes alimentaires, des structures familiales, des paysages, des singularités nationales et régionales qui en font une véritable mosaïque multicolore des nuances les plus variées. Ceux-ci sont toutefois joints par des ciments solides. Mais les villages, bourgs et villes, qui ont tous leur originalité, représentent le pluriel, l'hétérogène et le multiple de la France. Pour lui, il existe un danger à nier les particularismes et la pluralité: « ni l'ordre politique, ni l'ordre social, ni l'ordre culturel ne réussissent à imposer une uniformité qui soit autre chose qu'une apparence ».
Pour lui le ciment d'un pays, la langue et un projet pour vivre ensemble.
droit de l'homme sont les caractéristique s de la construction , souvent dans la violence et les guerre de l'Europe.Colette Beaune dans sa thèse d'Etat, soutenue en 1984 et publiée en 1985 sous le titre Naissance de la nation France, analyse l'imaginaire national ainsi que les différentes représentations symboliques du territoire et de la monarchie dans les derniers siècles du Moyen Âge. Elle explique que l'histoire de la France ne se comprend que dans le contexte de l'histoire de l'Europe.
Dans le débat proposé par le gouvernement , il ne faut pas sempiternelleme nt se tourner vers une vison hagiographique des"heures glorieuses" de l'histoire de france, mais il faut analyser le problème actuel du manque de désir de vivre ensemble que ressentent les Français par manque de projet commun. Il faut réfléchir à l'identité de La france dans la cadre de la construction de l'identité européenne et des modèles culturels de l'Europe et de leur influence dans le monde
lepost.fr/.../...
Comme vous pouvez vous en rendre compte, j'ai un nom de famille à consonance polonaise...Mais, malgré tout, la famille de ma maman, avec un nom digne du dictionnaire (BUREAU) a toujours contribué au modernisme de l'Etat français!!
Je suis tout à fait OK pour que les nouveaux arrivants voulant vivre sur notre territoire et accéder à la nationalité française aient des cours de civisme. Cependant, je pense qu'il faudrait peut-être travailler à la modification de la constitution... Je m'explique: Il me semble qu'appartenir à une nation, c'est assumer l'Hisoire du pays dans ses actions positives et négatives; c'est aussi avoir, de ses ascendants, une culture qui nous éclaire et qui nous fait prendre position sur la politique nationale et internationale du pays.
Aussi, je propose que l'on impose au prochain président de la République d'être issu d'une famille vivant sur notre territoire depuis au moins trois générations.
Ce n'est en aucun cas de la discrimination, mais, comment être sûr que dans les prochaines années, avec toutes les migrations qui sont attendues, nous seront gouvernés par une personne ayant un "fil directeur" qui ne soit pas d'une culture asiatique, africaine ou sud-américaine...
Bien que nous soyons à part entière inclus dans l'Europe, comment garder notre spécificité si les responsables politiques n'ont pas baigné dans la culture française depuis leur naissance.
J'ai des amis très proches qui sont depuis leur naissance sur notre territoire, italiens ou franco-algériens. Suivant la position de la France dans le monde ou même, suivant les élections présidentielles , ils sont ou non français... C'est comme ça les arrangent!!! Si demain ils avaient un avenir politique, qu'en serait-il de notre culture...
Je pense que c'est un débat que l'on peut ouvrir!
@ bientôt
BRAW
laïcité. Etant sympathisant socialiste, je considère de plus ce débat comme déplacé car dans une certaine mesure, il risque de diviser à un moment de vie difficile, où on doit se serrer les coudes.
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