Etat Pyroman

Etat Pyroman

 les thématiques  vos articles préférés Notre groupe FaceBook
Warning: set_time_limit() [function.set-time-limit]: Cannot set time limit in safe mode in /home/users/tnova/public_html/components/com_tag/model/tag.php on line 248
 nuage de thèmes les derniers articles

Dossier Europe (2/8) - Union pour la Méditerranée : réussite du sommet, échec du projet

Notes - Olivier Ferrand - 14 Juillet 2008

UPM

L'Union pour la Méditerranée a été lancée le 13 Juillet. Ce projet important et nécessaire présente un premier bilan ambivalent. Pour Olivier Ferrand, Président de Terra Nova, si l'affichage médiatique du sommet fut réussi, le projet de fond reste un échec.

 

Télécharger cette note (format PDF) 

Commenter en bas de page

 

Le Sommet de Paris vient de lancer, dimanche 13 juillet, l’Union pour la Méditerranée.

 

C’est un très beau projet. Il vise à remettre la Méditerranée au cœur des priorités politiques européennes et souhaite contribuer à rapprocher les peuples et les cultures en développant de grands projets régionaux d’intérêt commun, comme la dépollution de la mer ou un plan solaire méditerranéen.

 

C’est un projet nécessaire. Les écarts de développement, loin de se résorber, continuent de se creuser dangereusement entre les deux rives de la Méditerranée. En y consacrant à peine 2% de ses investissements à l’étranger, l’Europe n’y joue pas son rôle.

 

C’est aussi un projet difficile. Nombre d’Etats européens regardent plus vers l’Est que vers le Sud. L’éclatement politique du Sud de la Méditerranée ne facilite pas non plus des projets collectifs. L’échec du dialogue euro-méditerranéen existant, le « processus de Barcelone », lancé en 1995, en témoigne.

 

Sur un tel dossier, la légitimité de la France et le volontarisme de Nicolas Sarkozy auraient pu faire la différence. Malheureusement, l’Union pour la Méditerranée est partie sur de telles bases qu’elle est d’ores et déjà un échec annoncé. La méthode déployée par la France a été proprement calamiteuse. La France a lancé l’initiative sans aucune concertation, entraînant la critique des Européens mais aussi la surprise des Méditerranéens. Il est assez contre-intuitif de lancer en solitaire un projet qui prétend réunir 44 pays autour d’objectifs ambitieux. Pire, elle a donné l’impression d’un projet hostile à l’Union. Piloté par Henri Guaino, le projet initial écartait la Commission européenne et les Etats-membres non-riverains, au premier rang desquels l’Allemagne : il ne pouvait que susciter un rejet massif de leur part.

 

Conséquence : le nerf de la guerre, le financement, a été dénié par nos partenaires. L’Union pour la Méditerranée ne bénéficiera d’aucune enveloppe financière européenne nouvelle. Elle devra trouver d’hypothétiques financements auprès d’investisseurs privés – entreprises, ONG, fondations…

 

Reste l’affichage médiatique. Il n’est pas négligeable. Le Sommet de Paris est une incontestable réussite. Au plan symbolique, avec la réunion de la quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernement euro-méditerranéens. Mais aussi au plan diplomatique, avec des avancées au Moyen Orient en marge du sommet.

 

Réussite du sommet, échec de fond du projet : un bilan contrasté pour l’Union pour la Méditerranée. Un bilan symbolique de la priorité médiatique et des méthodes abruptes propres au sarkozysme 

 

Le sommet de Paris vient de lancer, dimanche 13 juillet, l’Union pour la Méditerranée (UPM). Quelle analyse peut-on en faire ?

 

1. L’Union pour la Méditerranée : présentation de l’initiative

 

- Origine

 

L’UPM est une initiative de Nicolas Sarkozy, évoquée lors du discours de Tanger le 23 octobre dernier. Elle vise à rapprocher les deux rives de la Méditerranée au sein d’un partenariat égalitaire, menant des projets régionaux concrets.

L’initiative est reprise dans « l’Appel de Rome pour l’Union pour la Méditerranée », lancée le 20 décembre par la France, l’Italie et l’Espagne. Mais elle se heurte à de sérieuses résistances au sein de l’Union, notamment allemandes. Un accord franco-allemand début mars ouvre finalement la voie à un accord de principe européen, obtenu lors du Conseil européen du 13 mars.

 

Restait à convaincre les pays riverains non-européens, pour beaucoup, eux aussi, réticents. La diplomatie française obtiendra l’accord de tous, à l’exception de la Libye, qui considère l’UPM comme un « affront ».

 

- Le contenu du projet

 

Le dialogue euro-méditerranéen a déjà un cadre structuré : le « processus de Barcelone », inauguré en 1995. Mais il est en perte de vitesse. L’Union pour la Méditerranée veut lui donner un nouvel élan en créant un véritable partenariat entre les deux rives de la Méditerranée.

 

L’Union pour la Méditerranée réunit 43 pays : les 39 pays membres du processus de Barcelone, plus 4 pays riverains non-membres (Croatie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Monaco). La Lybie y a un statut d’observateur.

 

La transformation du processus de Barcelone en Union pour la Méditerranée se matérialise par deux innovations :

 

1/ Une nouvelle gouvernance. Le processus de Barcelone est dirigé par les Européens. L’UPM est fondée sur un partenariat égalitaire : co-présidence Nord/Sud ; un secrétariat paritaire ; un siège installé au Sud.

 

2/ De nouveaux projets. Barcelone héberge des projets bilatéraux de faible ampleur. L’UPM veut développer des projets régionaux de grande ambition. Ces projets concrets ont vocation à créer des « solidarités de fait » entre pays européens et pays méditerranéens, mais aussi au sein des pays méditerranéens. Ils seront à géométrie variable, en fonction de l’intérêt des pays, pour éviter tout blocage institutionnel.

 

- Le Sommet de Paris

 

Le Sommet de Paris marque le lancement de l’Union pour la Méditerranée. Il a réuni les 43 délégations au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement, au Grand Palais.

 

MM. Moubarak et Sarkozy ont été choisis comme premiers co-présidents de l’UPM.

 

Six groupes de projets ont été retenus : la dépollution en Méditerranée, la création d’autoroutes maritimes, un plan solaire méditerranéen, un réseau de protection civile contre les risques naturels, une agence de développement PME/PMI, la création d’une université euro-méditerranéenne.

 

Il y aura une réunion annuelle des ministres des affaires étrangères, et une réunion tous les deux ans au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement.

 

2. Un bilan très contrasté : réussite du sommet, échec annoncé du projet

 

- Des objectifs politiques louables

 

Avec l’UPM, la France a voulu remettre la Méditerranée au cœur des priorités politiques européennes.

 

Le développement harmonieux des deux rives de la Méditerranée est incontestablement un enjeu prioritaire. Les déséquilibres se creusent ; et l’Europe n’y joue pas son rôle. Les constats sont parlants :

 

1/ C’est entre les deux rives de la Méditerranée que se situe l’écart de richesse le plus élevé du monde entre deux régions riveraines. L’écart de richesse par habitant y atteint un rapport de 1 à 10 : 3.000 dollars en moyenne sur la rive sud contre 30.000 dollars au nord. Cet écart de développement ne se réduit pas, il continue de se creuser.

 

2/ Les perspectives sont négatives. La Méditerranée sera l'une des régions du monde les plus touchées par les conséquences du changement climatique : désertification, disparition des nappes phréatiques, « migrations climatiques »…

 

3/ L’Europe ne joue pas son rôle. Le flux d’investissements européens dans la zone est anormalement faible : l’Europe ne réalise que 2 % de ses investissements internationaux en Méditerranée, alors que les États-Unis et le Japon investissent respectivement 20 % et 25 % de leurs investissements dans « leur » sud.

 

Le processus de Barcelone est un exercice largement technocratique, faiblement financé, qui ne produit plus rien de concret. Vouloir le remplacer par un cadre plus efficace est positif. Et la France n’est pas illégitime à faire des propositions en ce sens.

 

- Un échec annoncé du projet

 

L’Union pour la Méditerranée sera, et est déjà, un échec. Pour deux raisons : la méthode et l’absence d’engagements financiers.

 

La méthode, tout d’abord, a été calamiteuse.

 

L’initiative a été lancée sans aucune concertation préalable, entraînant la critique des Européens mais aussi la surprise des Méditerranéens. Un tel projet, impliquant 44 pays, ne peut pas, par construction, être porté par la France en solo : il doit être soutenu collectivement. C’est d’autant plus vrai que nombre de pays éprouvent des réticences de fond. Les pays d’Europe continentale, à commencer par l’Allemagne, regardent plus vers l’Est que vers le Sud. Au Sud, la perspective de projets communs dans une région politiquement éclatée n’est pas évidente. La relation des pays arabes avec Israël, en particulier, est très sensible. Mais il y a d’autres problèmes. La Maroc, par exemple, est réticent car il ne souhaite pas « mutualiser » son statut de partenariat privilégié avec l’Union.

 

Pire, le projet a pu légitimement être perçu comme un acte hostile contre l’Union européenne. Il est piloté par le conseiller spécial du Président, Henri Guaino, dont les préventions eurosceptiques suscitent régulièrement de vives tensions internes avec le secrétariat d’Etat aux affaires européennes. De fait, dans sa version initiale, le projet écartait la Commission européenne et les Etats européens non-riverains, au premier rang desquels l’Allemagne. Il ne pouvait que susciter un rejet massif de leur part.

 

Sur le fond, l’absence d’engagements financiers est le garant de l’échec annoncé de l’UPM. Cette absence n’a même pas pu être masquée, elle est reconnue par le communiqué final du sommet. Il est indiqué que les projets ont vocation à être financés par tous les acteurs, collectivités locales et régionales, entreprises, ONG, fondations… Aucune enveloppe financière nouvelle ne sera dégagée par l’Union.

 

- La réussite du sommet

 

Cette réussite contraste avec la faiblesse du projet.

 

La présence de la quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernement de la Méditerranée au Grand Palais est un symbole fort – même s’il n’y a pas eu de « photo de famille », comme c’est la tradition.

 

En marge, il y a eu aussi de réelles avancées diplomatiques. La Syrie et le Liban ont annoncé la réouverture de missions diplomatiques bilatérales. Bachar el-Assad et Ehoud Olmert se sont retrouvés autour d’une même table, alors que leurs deux pays sont juridiquement en guerre depuis 1948, et des pourparlers de haut niveau se sont tenus sous l’égide du Premier ministre turc. Enfin, les entretiens israélo-palestiniens entre MM. Olmert et Abbas, sous les auspices du président français, semblent avoir été fructueux : le Premier ministre israélien soulignait à la sortie que les deux parties n’avaient « jamais été aussi proches d’un accord » de paix.

 

3. L’Union pour la Méditerranée, symbole de la méthode Sarkozy

 

L’Union pour la Méditerranée aurait pu être un grand succès diplomatique. Elle s’effacera pourtant lorsque la poussière médiatique du sommet sera retombée. Comment expliquer cela ?

 

C’est que l’Union pour la Méditerranée est symbolique des objectifs et de la méthode Sarkozy.

 

Pour Nicolas Sarkozy, l’UPM est un plein succès. C’est qu’il n’a qu’un seul objectif, et le sommet de Paris l’a pleinement atteint : cet objectif est médiatique, exclusivement médiatique. Toute son action est annexée à un but de guerre unique : faire le premier titre du journal télévisé.

 

Pour y arriver, la méthode Sarkozy se déploie sur trois axes.

 

D’abord, le volontarisme. C’est le point très positif du sarkozysme. C’est d’ailleurs sur cette qualité, et la « rupture » qu’elle promet face à l’ordre immuable des choses, que Nicolas Sarkozy a été élu président de la République.

 

Ensuite, le « cavalier seul ». Pour enchaîner les succès médiatiques, il faut tirer la couverture à soi. Au risque d’indisposer ses partenaires. C’est le cas pour l’UPM comme sur bien d’autres dossiers - la libération des infirmières bulgares, l’accord sur le traité de Lisbonne… C’est naturellement contre-productif, sur le fond, quand on a besoin de ses partenaires pour avancer.

 

Enfin, l’excès emphatique. Pour faire la Une, il faut travestir la réalité, lui donner plus d’importance qu’elle n’en a. Tout ce que fait Nicolas Sarkozy est « historique », « unique », « sans précédent ». Cela prête souvent à sourire, parfois même un peu plus. C’est en général sans conséquence – sauf en matière diplomatique, où il s’agit d’un exercice dangereux. La diplomatie demande des équilibres millimétriques, incompatibles avec le principe d’emphase qui gouverne le sarkozysme.

 

L’attitude de Nicolas Sarkozy pour le Liban est typique. Un grand coup de barre d’un côté, en opérant un transport de la quasi-totalité de la représentation politique française au pays du Cèdre. Suivi d’un grand coup de barre de l’autre côté, en invitant Bachar el-Assad à la tribune officielle du 14 juillet. Au plan diplomatique, deux déséquilibres en sens opposés ne recréent pas un équilibre diplomatique. Mais au plan médiatique, il s’agit de deux évènements réussis, inatteignables par une diplomatie « classique », discrète et subtile.

 

*

 

Réussite médiatique mais échec sur le fond : tel est le bilan probable de l’Union pour la Méditerranée.

Il s’agit d’un résultat décevant : les enjeux méditerranéens sont importants pour notre avenir collectif ; et la France avait de nombreuses cartes en main pour réussir dans son entreprise de relance du partenariat euro-méditerranéen.

Mais c’est aussi un résultat prévisible, tant il est consubstantiel à la méthode déployée par Nicolas Sarkozy.

 

 

Pour en savoir plus :

 

Déclaration commune du sommet de Paris pour la Méditerranée, 13 Juillet 2008

Antoine Guiral et Jean Quatremer, Un long dimanche de fiançailles pour l'Union pour la Méditerranéen, liberation.fr

UE2008, Site de la Présidence française du Conseil européen

Olivier Ferrand, Présidence française de l'Union européenne: Chronique d'une déception annoncée, tnova.fr

Ajouter un Commentaire

N'hésitez pas à commenter les différents travaux de Terra Nova.
Respectez simplement les règles élémentaires d'un débat courtois et constructif.


Code de sécurité
Rafraîchir

Envoyer cette page à un ami
Terra Nova, association de préfiguration de la Fondation Terra Nova