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Fusion police-gendarmerie : la revanche de Fouché ?

Notes - Jean-Jacques Urvoas - 26 Juin 2009

Le projet de loi sur la gendarmerie, en discussion à l'Assemblée nationale le 1er juillet, avive les inquiétudes des personnels et des élus. Selon Jean-Jacques Urvoas, maître de conférence en droit public et député du Finistère, en vidant le statut militaire de la gendarmerie de ses quelques avantages, l'exécutif vise à rendre inéluctable la constitution d'une force unique de sécurité, une mesure ni souhaitable ni nécéssaire.

 

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L’histoire des rapports entre la police et la gendarmerie est dès l’origine marquée par un climat de défiance qui, en dépit des apaisements ultérieurs, n’en laissera pas moins des traces indélébiles.

Sous le Consulat puis l’Empire se constitue en effet, entre ces deux institutions alors en devenir, la matrice d’un antagonisme dont on mesure encore aujourd’hui l’acuité. Alors que Bonaparte s’apprête à conquérir l’Europe, cette opposition va revêtir la forme d’une lutte sourde entre deux hommes, le ministre de la police générale, Joseph Fouché, et le premier inspecteur général de la Gendarmerie, le maréchal Bon-Adrien Janot de Moncey. Le premier, profitant de la dépendance de la gendarmerie affirmée par la loi organique du 28 germinal de l’an VI (17 avril 1798) , n’aura de cesse que de transformer ce lien déjà étroit en rapport de subordination pur et simple. Le second, tirant profit des aléas de l’histoire et notamment de la prise de conscience par Napoléon Ier de la nécessité de disposer d’un efficace contre-pouvoir pour faire face aux débordantes ambitions de son turbulent ministre de la police, n’en parviendra pas moins à préserver l’originalité d’un système policier dual qui, malgré quelques remises en cause ponctuelles, se maintiendra jusqu’à notre époque.

Ce début de XXIème siècle marquera-t-il la revanche posthume de Fouché sur Moncey ? A priori pas. Le projet de loi sur la gendarmerie, voté par le Sénat en première lecture le 17 décembre 2008 et qui viendra en discussion devant l’Assemblée nationale le 1er juillet prochain, semble en effet garantir la pérennisation de deux forces de sécurité dans notre pays, l’une à statut militaire, l’autre à statut civil.

Pourtant, loin de lever les doutes, ce projet de loi ravive au contraire les inquiétudes des personnels de la gendarmerie, et aussi d’un grand nombre d’élus comme en témoignent les débats parlementaires sénatoriaux. Comment comprendre la force d’une telle appréhension dès lors que les assurances répétées du pouvoir exécutif viennent apparemment en contredire le bien-fondé ?

Simplement parce que rien ne semble devoir justifier la réforme d’un système qui, dans sa configuration actuelle, ne fait l’objet d’aucune critique sérieuse ni de remise en question, et qui, dans l’ensemble, donne plutôt satisfaction aux citoyens et aux gouvernants . Et aussi parce que nombre de gendarmes ont l’impression que ce projet de loi s’apparente moins à un aboutissement qu’à une étape de plus dans un processus entamé subrepticement voici une quinzaine d’années, et qui porte en lui plus que la possibilité, la probabilité d’une fongibilité à terme des deux forces.

Cette crainte s’appuie de même sur les réductions d’effectifs qu’induits la révision générale des politiques publiques (RGPP) , celle-ci ne pouvant que favoriser une mutualisation des moyens humains et matériels peu propice à la préservation d’une dualité statutaire perçue par beaucoup comme contre-productive.

Enfin, la concordance des vues des principaux candidats lors des deux dernières élections présidentielles – Jacques Chirac et Lionel Jospin en 2002, Ségolène Royal et bien sûr Nicolas Sarkozy en 2007 – conforte encore un tel sentiment d’appréhension. Tous se sont, en effet, prononcés en faveur d’un « rapprochement » dont on peut légitimement se demander s’il avait d’autre finalité, aux yeux de ses promoteurs, que de préparer ultérieurement à une fusion pure et simple.

Il est donc logique que le projet de loi soit interprété dans la cohérence d’un mouvement de fond qui conduira à la constitution d’une force unique de sécurité. Certes, sa genèse doit moins à quelque déterminisme sous-jacent qu’à de simples conflits récurrents sur des questions budgétaires, notamment au cœur de l’été 2007, entre deux ministres, ceux de l’Intérieur et de la Défense, qu’il revenait régulièrement à Nicolas Sarkozy et à François Fillon d’arbitrer. C’est finalement Hervé Morin qui proposa un jour de se « débarrasser » de la gendarmerie au profit de Michèle Alliot-Marie , laquelle alors n’envisagea nullement cette perspective avec enthousiasme. Cette issue aurait-elle donc pu être évitée en rendant étanches les cloisons budgétaires entre le programme « gendarmerie » et les autres programmes de la Défense ? Peut-être eût-il été possible ainsi de retarder l’échéance, mais il est douteux qu’une telle mesure eût suffi à stopper net l’évolution en cours. Certes, l’objectif final apparaît encore inatteignable eu égard aux résistances qu’il suscite. Mais l’habileté de l’exécutif ne réside-t-elle pas dans la volonté d’en favoriser l’émergence sous la pression des gendarmes eux-mêmes, dont on voit mal pourquoi ils s’accrocheraient indéfiniment à un statut militaire vidé de ses quelques avantages et qui ne subsisterait que par les contraintes qu’il induit ?

De fait, tout concourt à présenter la fusion non comme une nécessité douloureuse mais, quand les esprits seront mûrs, comme une véritable évidence résultant de l’évolution du cadre juridique, de la mutualisation croissante des moyens, des capacités opérationnelles restreintes de la gendarmerie et de sa crise d’identité. Après l’avoir démontré, il restera à déterminer si cette évolution est souhaitable en considération des défis nouveaux en matière de sécurité publique qu’il appartient à notre pays de relever.

 

1 – UN PROCESSUS JURIDIQUE INCITATIF


Il est coutumier de faire remonter à 2002 le début du processus de rapprochement entre les deux forces de sécurité. En réalité, celui-ci s’enclenche sept ans plus tôt, par l’entremise de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, dite « d'orientation et de programmation relative à la sécurité », qui met en place les bases de la grande réforme de la police nationale et sa « militarisation symbolique  », facilitant notamment la confusion dans l’esprit du public entre grades policiers et grades militaires (et donc « gendarmiques »). Incidemment, elle confie au représentant de l’Etat dans le département, « sans préjudice des textes relatifs à la gendarmerie nationale », le soin de fixer les missions et de veiller à la coordination des actions, en matière de sécurité publique, des différents services et forces dont dispose l’Etat, « les responsables locaux de ces services et forces lui [rendant] compte de l’exécution des missions qui leur sont ainsi fixés ».

Puis viendra le décret n° 2002-889 du 15 mai 2002 relatif aux attributions du ministre de l'Intérieur, qui précise que « pour l'exercice de ses missions de sécurité intérieure, le ministre de l'Intérieur […] est responsable de l'emploi des services de la gendarmerie nationale [...]. A cette fin, en concertation avec le ministre chargé de la Défense, il définit les missions de ces services autres que celles qui sont relatives à l'exercice de la police judiciaire, il détermine les conditions d'accomplissement de ces missions et les modalités d'organisation qui en résultent ». De fait, cette disposition administrative lui attribue des pouvoirs substantiels puisque les missions de police de la gendarmerie représentent évidemment l'essentiel de son activité .

Une nouvelle étape est franchie avec la loi n° 2002-1094 du 29 août 2002 « d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure », qui prévoit une nouvelle architecture institutionnelle de la sécurité intérieure, organisée au niveau national autour du Conseil de sécurité intérieure présidé par le chef de l'État, du Gouvernement et du ministre de l'Intérieur. Elle précise que cette architecture est transposée au niveau départemental, où le préfet assure la coordination de l'ensemble du dispositif. Ainsi l'article premier du texte affirme le rôle prépondérant de celui-ci dans l'animation et la direction des actions de sécurité, en renforçant en premier lieu son autorité à l'égard des services déconcentrés y concourant. Il lui revient, dès lors, de diriger l'action de la police et de la gendarmerie nationales en matière d'ordre public et de police administrative.

Le décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'État dans les régions et départements viendra, ensuite, confirmer que « le préfet de département a la charge de l'ordre public, de la sécurité et de la protection des populations ».

A partir de la loi de finances pour 2006, les crédits de la police nationale et ceux de la gendarmerie sont regroupés dans une même mission interministérielle « sécurité », aboutissement de la loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001 (LOLF) qui visait à passer d’une logique de structures à une logique de politiques publiques.

Puis le décret n° 2007-997 du 31 mai 2007 établit une responsabilité conjointe du ministère de la Défense et du ministère de l'Intérieur s'agissant de la définition des moyens budgétaires attribués à la gendarmerie nationale et de leur suivi.
Enfin, la dernière étape est naturellement, dans le prolongement de ces différents textes qui tous relèvent d’une philosophie commune, le dépôt à la Présidence du Sénat le 21 août 2008 du projet de loi « portant dispositions relatives à la gendarmerie nationale », requalifié après son adoption par la Chambre Haute de projet de loi « relatif à la gendarmerie nationale ». Toujours présenté non comme « une révolution » mais comme « une simple évolution de la répartition des compétences »  ou « l’aboutissement d’un processus » , son adoption ne fait aucun doute. L’absence remarquée du ministre de la Défense, Hervé Morin, lors des débats sénatoriaux en décembre dernier illustre d’ailleurs le peu d’intérêt porté à ce sujet par les Armées.

 

2 – UNE MUTUALISATION DES MOYENS CROISSANTE


Le rapprochement police-gendarmerie, loin de résulter uniquement d’une évolution du cadre législatif et réglementaire, procède aussi du développement de pratiques concertées axées sur la mutualisation, d’autant plus nécessaires dans un contexte de renchérissement et de raréfaction de l’argent public.

Ainsi, au fil des années, les marchés communs aux deux forces et passés par l’une ou l’autre se sont multipliés et concernent déjà bon nombre de matériels et d’équipements. De tels usages démontrent d’ailleurs a contrario le peu de valeur ajoutée du projet de loi dont va débattre l’Assemblée nationale, ce que reconnaît d’ailleurs le rapporteur pour avis de la Commission des lois …

En matière d’armement par exemple, 90 % des marchés sont d’ores et déjà mutualisés. Cela concerne entre autres les grenades lacrymogènes, les fusils légers, les pistolets automatiques, les munitions, mais aussi les housses pour fusils, les boucliers de protection, les lanceurs de balles de défense (flashball). Le mouvement, d’ailleurs, est appelé à se poursuivre. De plus, il est déjà prévu de faire assurer la maintenance et le reconditionnement des armes de la gendarmerie par le centre technique de l’armement sur le nouveau pôle logistique de la police à Limoges. De façon symétrique, le reconditionnement des gilets pare-balles individuels sera, quant à lui, transféré aux services du matériel de la gendarmerie.

De même, la mutualisation des équipements, d’entretien et de réparation automobile est déjà organisée selon un protocole national signé le 22 novembre 2004, et ce mois-ci un véhicule de patrouille commun devrait voir le jour. L’implantation des ateliers de soutien des deux forces sera aussi combinée.

La formation des unités chargées du maintien de l’ordre est tout autant rationalisée. La police bénéficie déjà des structures et des enseignements dispensés au centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de Saint-Astier. Et dans le même esprit, le centre d’instruction nautique d’Antibes va assurer la formation des plongeurs de la police. Enfin, le regroupement à Gramat, lieu d’implantation du centre national cynophile de la gendarmerie, des structures d’enseignement à la cynotechnie est déjà décidé.

Dans d’autres domaines, en particulier l’immobilier et les systèmes d’information et de communication, la réflexion est également engagée, suite notamment aux travaux du Conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP) qui s’est prononcé en faveur du « développement d’une gouvernance unifiée ». Le directeur des services idoines du ministère de l’Intérieur a conduit une analyse en y associant les policiers et les gendarmes, et en ce mois de juin 2009 doit être présenté « un plan ambitieux de rationalisation des systèmes d’information et de communication, axé sur la mutualisation, la modernisation de la gouvernance et la recherche de l’efficacité opérationnelle ».

On pourrait encore évoquer la collaboration déjà étroite de la police et de la gendarmerie au sein de plusieurs entités opérationnelles dont les plus connues sont les Groupes d’Intervention Régionaux (GIR), dans lesquelles elles se répartissent le commandement, ou encore les offices centraux .

Ce mouvement n’a rien de surprenant puisqu’il concerne deux forces de police qui, pour l’essentiel de leur emploi, remplissent les mêmes missions, qu’il s’agisse de sécurité publique, de maintien de l’ordre ou de police judiciaire. Il est conduit à une large échelle et nul doute qu’une efficacité accrue peut en résulter à moyen terme.

Toutefois, il n’est pas sans conséquences parfois inquiétantes. Un récent rapport de l’Inspection générale de l’Administration s’en est ainsi ému, n’hésitant pas à suggérer qu’afin « d’éviter la banalisation de la gendarmerie au sein de l’ensemble des forces de sécurité, il [était] indispensable de confier progressivement le soutien administratif et financier à du personnel civil dans les futurs organismes communs » .

Plus globalement, il est somme toute logique que la proximité professionnelle des gendarmes et des policiers conjuguée à la banalisation des procédures entre les deux administrations conduise certains au constat de l’inutilité de deux statuts différents. Au fil des pages des rapports officiels, on en trouve d’ailleurs, à maintes reprises, la confirmation : « L’unité de la sécurité intérieure doit permettre aux policiers et aux gendarmes de travailler en commun », souligne ainsi le rapporteur UMP de la commission des Lois en 2008, « afin de faire naître une culture commune de la sécurité, fondée sur des pratiques semblables forgées au cours d’opérations menées conjointement » .

Pas étonnant non plus, a contrario, que des voix prudentes s’élèvent pour protester contre la logique à l’œuvre. Ce fut notamment le cas de Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense, qui, dès le 21 juillet 2003, qualifiait dans un courrier adressé au ministre de l’Intérieur de l’époque l’évolution institutionnelle envisagée « d’inopportune » et « d’injustifiée ».

Cette évolution ayant malgré tout poursuivi son cours, aujourd’hui de pressantes recommandations sont formulées afin que les évaluations relatives aux futures mutualisations ne portent pas uniquement sur les aspects financiers et les économies réalisées, mais tiennent aussi compte de leur impact sur la fragilisation du statut militaire du gendarme.

 

3 – DES CAPACITES OPERATIONNELLES RESTREINTES


Force est de constater par ailleurs que, contrairement aux espoirs nourris par certains, le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur ne se traduit pas par une augmentation de ses moyens. L’idée était pourtant bien ancrée, notamment chez nombre d’officiers supérieurs et généraux : le positionnement de la gendarmerie au sein du ministère de la Défense ne lui étant pas toujours profitable, son transfert devait lui permettre de rattraper le temps perdu. Régulièrement sacrifiée dans les arbitrages internes aux Armées, elle allait pouvoir sortir de sa marginalité et assumer pleinement sa mission dans la mise en œuvre de la politique de sécurité intérieure.

Malheureusement, la plupart des tenants de cette thèse n’ont pas attendu le vote de la loi pour perdre leurs illusions. Le rapporteur UMP de la mission « gendarmerie » dans le cadre du projet de loi de finances 2009 a d’ailleurs été contraint de concéder que « la réduction des autorisations d’engagement est préoccupante et fragilise l’avenir. Malgré ses efforts pour accroître sans cesse son efficacité, la gendarmerie devra réduire ses mission fautes de disposer des moyens suffisants pour maintenir son haut niveau d’engagement actuel » .

C’est ainsi que le programme de renouvellement des blindés et la poursuite de l’acquisition des hélicoptères de surveillance et d’intervention ont été différés « d’au moins » deux années. Pourtant les 153 véhicules blindés à roues de la gendarmerie (VBRG) sont si vétustes que leur disponibilité est largement hypothéquée. Le Directeur général de la Gendarmerie Nationale a d’ailleurs dû reconnaître que seuls 85 d’entre eux étaient, en réalité, opérationnels .

Le constat est identique pour la flotte des « Ecureuils », dont le renouvellement était programmé sur 3 ans : la commande de 25 appareils prévue en 2009 n’a pas été confirmée et les possibilités d’achat sont repoussées à 2011, voire au-delà.

Les moyens humains sont aussi revus à la baisse. Alors que la gendarmerie avait bénéficié de la création de près de 6 050 postes en cinq ans à la suite de l’adoption de la LOPSI de 2002 , depuis 2008, l’évolution s’avère négative. En deux ans, 2 590 Equivalent Temps Plein Travaillés ont ainsi été supprimés (965 en 2008 et 1 625 en 2009). Et l’an prochain, 1 000 postes devraient encore disparaître. Cette diminution équivaut à la suppression d’un poste de gendarme par brigade territoriale, alors que de nombreuses unités sont d’ores et déjà confrontées à un problème de sous-effectifs . A l’horizon 2013, les effectifs de la gendarmerie ne devraient plus s’élever qu’à 96 926 postes budgétaires, ce qui revient à annuler tous les progrès antérieurs et permet de nourrir les insistantes rumeurs sur les fermetures de brigades .

 

4 – UN CŒUR DE METIER QUI S’ESTOMPE


Le rattachement de la gendarmerie au ministère de l’Intérieur intervient d’autre part alors qu’aucune réflexion approfondie n’a été menée sur son identité depuis des décennies. Ce terme « d’identité » est d’ailleurs délicat à définir, son contenu recouvrant sans doute un ressenti personnel des gendarmes qui peuvent éprouver des difficultés à en exprimer la réalité. Ce qui conduit des chercheurs à souligner le « malaise sur l’appréhension de l’avenir » des personnels .

Dès lors, une seule définition est régulièrement évoquée, décrivant la gendarmerie comme une « force armée chargée d’une mission de sécurité » . Elle revêt l’avantage de poser le principe de la différence de nature entre gendarmerie nationale et police nationale, en ne présentant pas la première comme une force de police à statut militaire. Il est, en effet, étonnant de constater que chez beaucoup, le seul argument avancé en réponse à l’interrogation sur la nécessité de conserver une gendarmerie tiendrait à l’intérêt pour la démocratie de disposer de deux forces, l’une dite civile et l’autre dite « à statut militaire ». Suivant ce raisonnement, la gendarmerie n’aurait d’autres raisons d’exister que parce qu’il existe une police nationale. Une telle dimension synchrone et comparative est évidemment fragile.

Pour autant, sur un plan strictement personnel, le gendarme est, du point de vue de son emploi, un être hybride entre civil et militaire. Il est certes militaire par son statut juridique et son mode de fonctionnement, mais ses activités, notamment depuis la fin de la guerre froide et la professionnalisation des armées, correspondent peu ou prou à celles incombant à la police nationale à statut purement civil. Autrement dit, si les gendarmes restent très attachés à l’état militaire consubstantiel à leur « métier de cœur », leur « cœur de métier » les rapproche en revanche de la fonction policière : police judiciaire, maintien de l’ordre, sécurité publique, service du public.

Et de fait, dans leurs discours publics, le Président de la République tout comme la ministre de l’Intérieur privilégient toujours cet aspect et relèguent systématiquement les originalités qui font pourtant la spécificité de la gendarmerie. A l’occasion de son intervention à La Grande Arche le 29 novembre 2007, le premier s’appliqua ainsi avec beaucoup d’entrain à évoquer la nécessité pour les deux administrations de renforcer les coopérations, de développer les mutualisations – « et donc tout simplement de vous faire mieux travailler ensemble pour être plus efficaces ». La seconde, devenue ministre de l’Intérieur et après avoir marqué plus que des réserves à l’origine sur le projet, s’évertue à présent à en louer les mérites pour les mêmes raisons, vantant « l’exigence de modernisation qui permettra de renforcer l’efficacité de l’action des services de sécurité et donc d’assurer une meilleure protection des Français » .

Mais alors, en ne valorisant que l’intérêt de la tutelle unique, comment éviter que ne s'expriment des aspirations à une convergence accrue ? Le rapprochement de la gendarmerie et de la police ne risque-t-il pas d'aboutir à des revendications croissantes des gendarmes en vue d’un alignement de leur statut sur celui des policiers, notamment en ce qui concerne le temps de travail et la rémunération des heures supplémentaires, le droit de grève ou la liberté syndicale ? D’autant que la transposition inéluctable – et souhaitable – aux premiers des avantages indiciaires et catégoriels récemment consentis aux seconds pour acheter la paix sociale aura un coût certain dont le financement sera immanquablement assuré par des suppressions ou des déqualifications de postes. Or si celles-ci peuvent passer relativement inaperçues dans de grosses circonscriptions de police, elles constitueraient en revanche une véritable catastrophe pour les petites brigades de gendarmerie qui fonctionnent d’ores et déjà « à flux tendu ». Corvéables à merci, ces militaires seraient dès lors appelés à l’être plus encore à l’avenir, d’où des tensions qui ne pourraient que s’aviver sur le terrain, favorisant la perspective d’une fusion qui se déciderait moins qu’elle ne tomberait comme un fruit mûr… C’est probablement ce que pressentait le général d’armée Jean-Louis Georgelin, chef d’Etat major, quand il affirmait devant la commission de la Défense au moment du débat sur le projet de loi de finances 2009 « qu’une force à statut militaire en-dehors du ministère de la Défense reste une inconnue. Je me garderai bien de lancer un pronostic sur les évolutions à venir avec la force d’attraction que va exercer la police à statut non militaire sur les gendarmes » .

Comment par ailleurs ne pas comprendre que la proximité invite les gendarmes à comparer leur statut avec celui des policiers, en particulier sur le plan de la disponibilité ? Cette dernière règle, même aménagée pour préserver les légitimes aspirations à une vie privée dans les normes de la société moderne, distingue la gendarmerie de la plupart des services publics. Or en dépit de ces adaptations, aujourd’hui l’interpénétration des sphères privées et publiques, matérialisée par le logement, est forte. Mais la prise en compte des aspirations des familles est pourtant loin d’être exemplaire. Les femmes de gendarmes n’épousent plus la gendarmerie, cependant elles en subissent les nombreuses contraintes. Il en est de même pour les enfants. Si bien que les évolutions comportementales des dix dernières années portent le fruit d’une revendication liée à la proximité poussée des deux forces. Comment s’étonner que demain les gendarmes réclament une vie familiale mieux garantie, des compensations exactes des durées effectivement travaillées ou encore, et surtout, le droit de faire valoir leur doléances et de les négocier ?

Comment enfin ne pas tenir compte des signaux émis à plusieurs reprises, en 1989, 2001 ou encore 2007, à travers les grognes, crises ou malaises ? Ils révèlent non pas un besoin d’appartenance à l’Intérieur ou l’inéluctabilité d’un rapprochement fusionnel, mais bien, d’une part, la nécessité de résoudre les incompréhensions récurrentes entre une partie de la hiérarchie, formée pour une carrière dans l’armée de terre, et les personnels de terrain motivés par leur métier de sécurité  et, d’autre part, le besoin d’un véritable statut militaire spécifique pour la gendarmerie. Sur ce plan, l’Espagne a montré la voie en 2007 en créant le statut de la Garde civile du XXIe siècle.

Face à ce défi, les garanties de Nicolas Sarkozy ne peuvent évidemment n’engager que lui-même. « Il n’y aura pas de fusion », répétait-il encore lors de son discours du 29 novembre 2007, mais, lucide, il s’empressait d’ajouter aussitôt : « En tout cas tant que je serai Président de la République ».

 

5 - CONCLUSION


L’évolution vers la fusion est-elle dès lors inéluctable ? En tout cas, en dépit des assurances données dans le projet de loi, le point de non-retour semble bien franchi. Les gendarmes sentent plus ou moins confusément qu’un tournant peut-être définitif est en train de s’opérer . La mutualisation des moyens, le regroupement de certaines fonctions et l’uniformisation qui en découle semblent irréversibles. À terme, aucune des deux institutions ne pourra plus opérer de façon autonome.

Pourtant, il faut souhaiter que ce processus ne soit pas poussé plus loin. Les évolutions sociétales font que notre pays a plus que jamais besoin d’une force de sécurité à statut militaire. Comment une force unique de sécurité civile pourrait-elle remplir dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, les missions actuellement remplies par la gendarmerie, qui concernent 95 % du territoire et 50 % de la population ?

C’est là une dimension fondamentale à ne pas perdre de vue. Seul son statut militaire permet à la gendarmerie d’assurer l’égalité des citoyens en matière de sécurité, par l’entremise d’une disponibilité qui garantit une présence à faible coût sur tout le territoire. Y renoncer reviendrait à cautionner l’une des trois options suivantes, dont aucune ne s’avère vraiment rassurante : soit on se résigne à laisser s’instaurer un « désert français » dans le domaine de la sécurité, soit on consent à tripler les effectifs de la police nationale afin de garantir un niveau d’ordre équivalent à celui qui prévaut aujourd’hui, soit on s’en remet à des sociétés privées financées par le contribuable local, et plus ou moins efficaces selon le potentiel fiscal de la commune, du département ou de la région dont vous êtes résidant. Quel que soit le scénario retenu, il paraît en tout cas douteux qu’il obtienne l’assentiment de nos concitoyens !

Il incombe d’autre part à la gendarmerie de demeurer un recours ultime en cas de crise grave. De ce point de vue, sa militarité doit être vécue comme une richesse et non comme une contrainte. Certes, cette Arme peut légitimement apparaître aujourd’hui en phase de déclin, mais ce n’est ni la première fois ni même illogique. La gendarmerie constitue, en effet, un outil militaire qui, trop largement dévolu à des tâches civiles, ne peut manquer de se détériorer et de s’user. Il n’en reste pas moins que si survenait un événement majeur mettant en jeu la sécurité vitale de nos concitoyens, alors les gendarmes devraient instantanément redevenir à plein temps les militaires qu’en réalité ils n’ont jamais cessé d’être.

De fait, le maintien d’une force à statut militaire se justifie non pas tant pour assurer la police quotidienne de la société française que pour faire face à une situation de crise qui aboutirait soit à la guerre, soit à une situation qui ne soit ni paix, ni guerre, de type « menace terroriste majeure » avec passage à l’acte ou à des actes hostiles à répétition dispersés dans l’espace et dans le temps sur le territoire. Dans ces situations, il est essentiel de pouvoir compter à tout moment et en tout lieu sur une force immédiatement opérationnelle quelles que soient les circonstances. Et seule la gendarmerie peut remplir ce rôle, elle qui, à la différence de la police, est astreinte à une disponibilité totale, sans limitation d’aucune sorte, y compris au prix du sang versé.

Une telle perspective comporte toutefois une conséquence : on ne peut pas demander à des chefs de prendre la responsabilité de conduire leurs hommes jusqu’au péril conscient de leur vie si on ne préserve pas en contrepartie leur totale capacité de commandement. Ce que vient pourtant contrarier les choix du Président de la République en matière organisationnelle .

Au demeurant, si l’on estime que ce n’est pas de la nature des tâches qu’elle accomplit qui donne à la gendarmerie cette capacité spécifique et exceptionnelle, mais la forme militaire qui lui est propre et qui légitime son action, alors il faudrait conclure que pour développer son champ d’intervention, il conviendrait de renforcer en permanence son caractère militaire. Ce qui devrait conduire le ministère de l’Intérieur à se doter sans tarder d’une doctrine d’emploi différencié entre les deux forces.

Ainsi, pour ne prendre que l’exemple le plus simple, il est évident que la justification du statut supposerait que les gendarmes soient en priorité et peut-être même exclusivement utilisés lors des événements qui se produisent régulièrement dans les zones urbaines à risque. Là où les stratégies policières sont en échec, leur intervention aurait en outre l’avantage, grâce à cette nouvelle donne, de « remettre à zéro » les passifs réciproques des habitants et de la police. Et si leurs effectifs se révélaient insuffisants, il conviendrait au moins qu’ils soient systématiquement placés dans les zones les plus risquées, d’autant que la culture naturelle de la gendarmerie est celle de la basse intensité, de l’apaisement des tensions, de la négociation et de la pro-activité.

Enfin, le système d’organisation de la force publique intérieure est à repenser et à reconstituer, à partir, non pas de deux forces mais des quatre aujourd’hui opérationnelles : les polices municipales, la police nationale, la gendarmerie nationale, les armées. La valorisation de leurs capacités spécifiques en fonction de la nature des risques, des effets à produire, d’une organisation territoriale à définir, dans une authentique complémentarité qui ne soit pas une partition est un beau défi pour le futur contrat national de sécurité que la gauche proposera demain aux Français.

Commentaires  

 
+2 # RE: Fusion police-gendarmerie : la revanche de Fouché ? 13-12-2009 18:05
Votre note est intéressante mais le fait que vous évoquiez le droit de grève de la police enlève du crédit à l'ensemble de votre article.

En effet, les policiers ont le droit de manifester mais pas celui de grève, ce qui n'est pas une petite nuance.

Pour le reste, il y aurait beaucoup à dire.
Répondre
 
 
-2 # Changer ou pas ? 20-02-2010 02:41
Monsieur le Député et cher Camarade,
Je ne trouve dans ce qui précède aucun argument de fond qui puisse me persuader que cette fusion -plus ou moins annoncée - police/gendarmerie serait une chose néfaste du point de vue d'un homme de gauche profondément attaché aux libertés républicaines. Evidemment tout ce qui vient du pouvoir actuel ne peut que nous rendre méfiant, mais c'est à un autre niveau de réflexion qu'il faut passer. Vous écrivez : "comment une force unique de sécurité civile pourrait-elle remplir dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui les missions actuellement remplies par la gendarmerie..." Mais d'une part il ne s'agirait pas de supprimer les effectifs actuels de la gendarmerie mais de les "civiliser" en tant qu'effectifs de police. D'autre part les "conditions d'aujourd'hui" pourraient ne pas être celles de demain. On peut encore croire, malgré quelques années de sarkozysme dont nous espérons tous la fin prochaine - qu'avec une autre majorité et un autre gouverenement la police française pourra revenir à une conception plus citoyenne de son rôle, de ses tâches et de ses méthodes. Vous dites bien que si les gendarmes sont des militaires leur "coeur de métier ou "métier de coeur" les rapproche des policiers. Situation pour le moins ambiguë. Evoquer un "conflit" qui justifierait l'existence à côté de la police d'une force "plus ou moins" militaire n'est pas sérieux. Quel est ce catastrophisme qui vous permet d'écrire que les évolutions sociétales font que notre pays a plus que jamais d'une force de sécurité à statut militaire ? La dernière fois que la République s'est trouvée en danger, cela a été du fait de son armée et d'un fameux "quarteron de généraux" et non de sa police. Vous dites que "rien ne semble justifier la réforme d'un système etc... " Surtout ne bougeons pas, ne touchons à rien... et pourtant à vous lire on ne peut au contraire que relever ce que le système actuel a d'archaïque et de profondément irrationnel. 1/ pourquoi deux forces de sécurité intérieure sur le territoire et dépendant de deux ministères différents? 2/ Pourquoi des militaires pour s'occuper d'affaires civiles ? Autrement dit pourquoi vouloir faire simple quand on peut continuer à faire compliqué ? Quant quant à l'évocation des difficultés actuelles des uns et des autres, problèmes de statuts, de carrière,de commandement, d'effectifs, de matériel, etc... ils ne devraient pas interférer avec une réflexion de fond sur cette question. Cette réflexion c'est à la gauche, bien évidemment, de la mener.
Bien cordialement
Répondre
 
 
-2 # erratum... 20-02-2010 21:05
ERRATUM : ... un mot sauté à la saisie : il faut lire :
"quel est ce catastrophisme qui vous permet d'écrire que notre pays a plus que jamais besoin d'une force de sécurité à statut militaire ?"
Répondre
 
 
-2 # Erratum 20-02-2010 21:09
... dans mon envoi précedent il faut lire :
"Quel est ce catastrophisme qui vous permet d'écrire que les évolutions sociétales font que notre pays a plus que jamais besoin d'une force de sécurité à statut militaire"
C.R.
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-1 # garde ou service ? urbain ou rural ? 1/2Enclume des Nuits 14-03-2010 18:20
L'analyse est intéressante, si ce n'est qu'elle est entachée de quelques approximations.

Notamment, vous évoquez la possibilité de "revendications croissantes des gendarmes en vue d’un alignement de leur statut sur celui des policiers, notamment en ce qui concerne le temps de travail et la rémunération des heures supplémentaires , le droit de grève ou la liberté syndicale".
Si la liberté syndicale est un fait, les policiers n'ont aucun droit de grève et leurs heures supplémentaires ne sont pas rémunérées (mais récupérées). Quant au temps de travail des policiers, le sujet est délicat, car il implique une forte différence de rythme. On ne peut comparer les 8 heures quotidiennes de service d'un policier, 8 heures par exemple passées à bord d'un véhicule de police ainsi qu'à son service afin d'établir des actes de procédures, avec les 48 heures (ou plus) de garde d'un gendarme, passées à travailler, certes, tout comme à dormir, manger, faire ses courses, se reposer.

Vous écrivez "il faut souhaiter que ce processus ne soit pas poussé plus loin. Les évolutions sociétales font que notre pays a plus que jamais besoin d’une force de sécurité à statut militaire. Comment une force
unique de sécurité civile pourrait-elle remplir dans les mêmes conditions qu’aujourd’hui, les missions actuellement remplies par la gendarmerie, qui concernent 95 % du territoire et 50 % de la population ?".
Dans votre calcul, vous oubliez de dire que si la police (on ne discutera pas à un pour cent près) ne gère que 10 % du territoire, elle est confrontée néanmoins 90 % des infractions pénales.
Cela va, d'une certaine manière dans votre sens. Dans certaines zones géographiques rurales, la délinquance est si peu présente qu'il serait démesurément couteux d'employer une force de police. En effet, payer des brigades de policiers aux compétences plutôt spécialisées par tranches horaires de 8 heures de service est plus couteux que payer des brigades de gendarmes aux compétences plutôt généralistes par tranches horaires de 36, 48, etc heures de garde. Or il est évident que la dépense ne prend sens que dans des zones à forte demande policière.
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-1 # garde ou service ? urbain ou rural ? 2/2Enclume des Nuits 14-03-2010 18:25
Ceci étant dit, il est tout aussi évident que le mode de fonctionnement des gendarmeries et inopérant dans les zones densément peuplées. On n'imagine pas une poignée de gendarmes de garde pour 48 heures debout non-stop, occupés du matin au stop par les accidents, les vols, le recueil de plaintes, les violences conjugales, les tapages et autres. On ne n'imagine pas plus cette poignée de gendarmes avoir le temps avoir le temps d'occuper la voie publique (prévention, dissuasion, répression) et d'instruire les procédures en cours.


Au final, s'il apparait manifeste que le gendarme se distingue du policier par un mode de fonctionnement adapté au secteur rural, il n'y a pas de quoi s'inquiéter que des zones péri-urbaines en développement soient placées dans le giron de la police.
Votre raisonnement sur l'utilité de maintenir les gendarmes sous le statut de militaire exprime, je pense, ce que ressens la population en général sans trop savoir le formaliser.

Je ne m'étend pas sur votre conclusion quant à la place de la gendarmerie dans les zones à émeutes. Sans parler d'Ouvéa (on peut trouver bien des exemples d'interventions de la gendarmerie qui ne puisse être qualifiée de basse intensité - il ne s'agit pas d'une critique de la pertinence de ces interventions), sans même oser sourire à l'idée d'un gendarme de Lozère catapulté en situation insurrectionnel le en petite couronne de la banlieue parisienne, l'activité judiciaire de la police dans ces zones ne témoignent pas d'un échec. Il en va différemment de l'efficacité de la Justice. C'est un autre
débat.
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+1 # Histoire de rafraichir la mémoireDom77 14-03-2010 21:46
Je crois me souvenir que c'est bien des gendarmes de Lozère qui ont interpellé des membres de l'ETA qui venaient d'exécuter des gardes civiles Espagnols au pays basque français. De la même façon les membres d'action directe avaient été localisés en zone gendarmerie, dans le Loiret pour être plus précis. Doit on laisser les zones rurales devenir des sanctuaires pour certains individus ou groupuscules histoire qu'ils puissent se mettre au vert ? Des affaires récentes en matière de stupéfiants démontrent que certains trafiquants ont déjà intégré le fait que les campagnes sont plus sûres que les banlieues. C'est plus discret pour être livrés, pour stocker... La bandes des " chauffeurs" qui écumait l'eure et loir il y a environ deux siécles l'avait compris. Quand aux policiers qui passent 8 heures dans le véhicule de service à travailler par rapport aux gendarmes qui passent 48 heures en voiture, à manger et à dormir ça me rappelle l'adage bien connu " quand on veut tuer son chien...
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-1 # quand on veut tuer son chien ?Enclume des Nuits 14-03-2010 22:54
Le temps des chauffeurs de la drôme me semble bien lointain. Quoi qu'on y trouve quelques aspects de l'affaire Fofana.

Blague à part, les terroristes en questions ont-ils été trouvés et interpellés par une brigade territoriale de gendarmerie ? Combien de Go Fast s'arrêtent livrer dans les zones sensibles de Lozère, par rapport au nombre de ceux qui transitent entre l'Espagne, la Belgique ou la Hollande en direction du Val d'Oise ou de la Seine-Saint-Denis ? A quelle fréquence sur les ondes radios des brigades territoriales de Lozère est-il question de vol avec violence venant de se commettre ?

A aucun moment je ne sous entend qu'il faille se voiler la face sur les problèmes des zones rurales. Les vols de poules sont des affaires tout à fait sérieuses - non, c'est de l'humour. Evidemment, il existe de la délinquance en zone rurale tout comme il en existe à Neuilly-sur-Seine. Mon propos était uniquement que l'activité judiciaire en zone urbaine sensible impose un mode de fonctionnement qui n'est pas celui de la gendarmerie. Au contraire, le mode de fonctionnement de la police serait probablement inadapté aux zones rurales.

Concernant « Quand aux policiers qui passent 8 heures dans le véhicule de service à travailler par rapport aux gendarmes qui passent 48 heures en voiture, à manger et à dormir », je pense que vous avez mal compris mon propos. Il importe de distinguer heures de services et heures de garde. Lorsqu'un policier en service n'est pas en train de patrouiller ou de faire des actes propres à sa fonction, il fait acte de fainéantise. Il est inacceptable qu'il dorme pendant ses heures de service, par exemple. Parce qu'il est « en service », c'est à dire payé pour prévenir ou réprimer les infractions. Il en va très différemment du gendarme qui est de garde. Ce dernier est là pour agir au besoin. Il doit évidemment dédier de son temps à patrouiller - il est payé pour. Mais, étant de garde, il n'est pas entendu qu'il cesse de dormir, de se reposer. Il est prévu qu'il fasse tout ceci étant de garde, tout comme les sapeurs pompiers qui ne patrouillent pas avec leurs camions mais restent près en cas de besoin.
Ce sont deux modes de fonctionnement. La garde et le service ne répondent pas à la même réalité. Et la garde et le service ne répondent pas au même besoin. Dans une zone urbaine, qui plus est sensible, avec aux alentours de 80000/100000 habitants, le tout sur une zone qui ne fait que quelques kilomètres en long et en large, on peut estimer qu'il y a toujours une infraction qui se commet (un délit généralement ; a minima une contravention), il importe donc que les policiers en services soient sur la voie publique, actifs. Il en va très différemment concernant une zone rurale, de moitié moins d'habitant, s'étendant sur une zone dépassant les 70/100 kilomètres en long ou en large.

Il n'y a là aucun de jugement de valeur.
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+1 # Une précision s'il en fautDom77 18-03-2010 13:44
Je ne parlais pas des chauffeurs de la Drome mais de la bande dite d'Orgères qui opérait sur 8 départements, soit la Beauce et ses environs. Moi non plus je ne porte pas de jugement de valeur, il n'empêche... La récente affaire de Dammarie les Lys démontre qu'il ne faut pas laisser une once de territoire sans surveillance. Cette ville que je connais trés bien n'est pas représentative des banlieues surpeuplées. La suppression programmée de la gendarmerie ( par par une annonce officielle mais par une succession de mesures visant à cela) n'a d'autres ambitions que celle d'économies comptables à court termes. Que la densité de la population en certaines zones exige une forte présence policière je l'admet. Pour autant ces mêmes policiers trouvent-ils qu'ils sont assez nombreux sur le terrain? Ne se plaignent-ils pas d'une baisse de leurs effectifs? Quel est l'impact de ce manque de présence sur l'image de la police auprés du public? Combien de personnes ne jugent pas utile de déposer une plainte pour un larçin, une dégradation, une voie de fait, car sachant que cela sera une perte de temps et qu'il n'y aura aucun résultat à l'issue de leur démarche? Là je n'accable pas ces fonctionnaires qui me semblent eux-aussi victimes de réformes qui les dépassent... tous comme les gendarmes... Certains cherchent à les diviser pour mieux en phagocyter un et affaiblir l'autre alors que leurs complémentarité s devraient servir à la sécurité de tous... Tel est mon avis, bien cordialement.
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0 # police / gendarmerie ou forces de l'ordre nationales / forces de l'ordre municipales 1/2Enclume des Nuits 18-03-2010 15:14
Je ne connaissais pas cette bande et un coup d'oeil à fr.wikipedia.org/.../... m'a permis de me rendre compte que bien des équipes de chauffeurs ont existé en France, et ce l'époque moderne à l'époque contemporaine.

Pour en revenir au sujet qui nous préoccupe, je ne pense pas que l'on puisse considérer comme économique le passage d'une zone gendarmerie en zone police. En quoi la police serait moins coûteuse que la gendarmerie ? Ce n'est pas ainsi que je comprend l'article que nous commentons.

Quant aux effectifs de la police, le sujet est complexe dans le contexte du développement des polices municipales. Nous sommes dans une époque où l'on fait croire au gens que l'on baisse les impôts en limitant au nécessaire le nombre de fonctionnaires. On rémunère mieux, aussi, certains fonctionnaires, comme les policiers nationaux. Mais, dans la foulée, certains besoins subsistent et la police nationale n'a plus les moyens des les assurer, ni même de raison de le faire (qui voudrait que l'on paye des fonctionnaires 1800 euros par mois pour surveiller une sortie d'école ?).
D'où le développement des polices municipales. Or ces polices là se développent sans aucune limite ; on voit certaines polices municipales rouler dans des véhicules dans des finitions luxueuses avec des motorisations puissantes que rien dans leurs attributions ne justifie. Bien entendu, on n'a rien sans rien, les impôts locaux explosent dans les villes concernées. Il est plus que probable que le partage inégal des municipalités entre la droite et la gauche n'est pas innocent dans la facilité manifeste qu'à le Gourvenement à laisser les municipalité compenser au recul de l'Etat. Et là où je voulais en venir, c'est que les policiers nationaux dans les zones sensibles s'estiment trop peu nombreux, car ces zones sont souvent sous la tutelle de mairie de gauche disposant d'une police municipale sous équipée, ou, a contrario, sous la tutelle d'une mairie de droite disposant d'une police municipale sur équipée.
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0 # police / gendarmerie ou forces de l'ordre nationales / forces de l'ordre municipales 2/3Enclume des Nuits 18-03-2010 15:15
Premier exemple, la police municipale de la ville de Montreuil en Seine Saint Denis, historiquement PCF et à présent Europe Ecologie, plus de 100000 ha, dispose d'un véhicule et environ 4/5 fonctionnaires : elle n'a objectivement pas les moyens d'assurer les missions de police que l'on envisages comme municipales de nos jours (la mise en application des arrêts municipaux, stationnement gênants, la régulation des flux de circulation, etc). Les policiers nationaux, dans ces circonstances, doivent assurer les missions qui leurs sont propres et qui sont du ressort du pouvoir régalien (lutte contre les crimes et délits sous toutes leurs déclinaisons - missions de police secours, enquêtes judiciaires et administratives , etc) tout en se chargeant de tout ce qui n'est pas fait par leurs homologues municipaux. Nul doute que ces policiers doivent avoir l'impression d'être en sous-effectifs.
Deuxième exemple, la police municipale de la ville de Nice, UMP, environ 350000 ha, dispose de plus de 300 policiers municipaux, et un nombre à l'avenant de véhicules et autres moyens matériels (pistolets à impulsion électrique, etc) : avec des effectifs de voie publique supérieurs en nombre à ceux de la police nationale, il est évident que ces policiers municipaux ne se contentent pas des stationnements gênants et doivent être tenté d'investir de la lutte contre la délinquance, empiétant largement sur le pouvoir régalien (car si tout citoyen à qualité pour appréhender l'auteur d'un délit flagrant, seuls les gendarmes et policiers nationaux ont pour mission, avec une qualification judiciaire adaptée, de rechercher les dits auteurs - leur autorité n'est pas locale, elle dépend totalement de l'Etat, par l'entremise du Préfet en terme administratif et du procureur de la République en terme judiciaire). Cela peut être suffisant pour faire naître chez les policiers nationaux une impression de sous-effectifs, se retrouvant à surveiller des gardés à vue et des individus retenus pour leur sécurité au titre de l'ivresse publique manifeste, missions que les policiers municipaux ne peuvent assurer, pendant que ces derniers occupent la voie publique dans des véhicules rutilants.
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0 # police / gendarmerie ou forces de l'ordre nationales / forces de l'ordre municipales 3/3Enclume des Nuits 18-03-2010 15:16
Le sujet n'est pas neuf, je l'évoquais déjà en 2007 avec les mêmes questions toujours laissées sans réponse, la France fait développer des polices municipales mais se refuse à clairement encadrer leurs attributions et définir leurs missions (sans notamment définir la part raisonnable/tolérable du budget municipal qui peut être dévolu à sa police) : riesling.free.fr/20070826
Ces questions là en suspens nous empêchent de discuter sereinement des effectifs de la police nationale. Pour être clair, un policier national à qui on dit qu'il doit incarner la force publique roulant dans une peugeot 307 à 120000 km au compteur, avec 90ch diesel accélérant peu et freinant mal (lui demandant des prouesses de conduite pour rouler à bonne allure alors même que cela est fondé dès lors qu'il s'agit d'intercepter un individu se montrant dangereux) voyant passer devant lui un policier municipal, censé incarner le pouvoir de police du maire, dans une laguna flambant neuve, de 140cv, estimera disposer de moyens inadaptés ; Non seulement parce que les moyens à sa dispositions sont insuffisants pour remplir les missions qui sont siennes (car il n'est pas normal que des policiers peinent à intercepter le moindre véhicule, cela incite sans doute les auteurs de petits délits à tenter de se soustraire aux contrôles, vu que cela apparaît comme une possibilité concrète et raisonnable), mais aussi par l'observation de l'emploi de tels moyens au profit d'un autre hors de propos par rapport aux missions de ce dernier.
Tout ceci illustre en quoi ce sujet est complexe ; cela nous éloigne de la question de gendarmes. Mais peut-être que la véritable question d'avenir pour la sécurité en France n'est pas tant dans l'inévitable antagonisme police gendarmerie, mais dans celui naissant (ou plutôt renaissant) entre forces de l'ordre nationales/forces de l'ordre locales.


(PS : il s'agit d'une -longue- réponse au message de dom77 intitulé : "Une précision s'il en faut")
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