Proclamé président de la république Islamique d’Afghanistan mardi 2 novembre, Hamid Karzai a été félicité par les dirigeants du monde entier. Les fraudes massives organisées par le pouvoir en place invitaient pourtant à plus de retenue, tant les récentes évolutions menacent la stabilisation de l’Afghanistan. La communauté internationale doit prendre conscience de l’importance d’un processus démocratique légitime et transparent dans la lutte contre l’insurrection anti-gouvernementale. Les élections législatives de l’année prochaine constitueront à cet égard un rendez-vous capital.
Note
La décision mardi 2 novembre de la Commission Electorale Indépendante d’annuler la tenue d’un second tour suite au retrait du Dr. Abdullah et de déclarer Hamid Karzai élu n’est rien de moins que la validation, sous couverture légale et constitutionnelle, de l’organisation massive des fraudes orchestrée par le pouvoir en place. Si le Dr. Abdullah a retiré sa candidature, c’est qu’il n’avait pas obtenu les changements systémiques et de personnel au sein de la Commission Electorale Indépendante nécessaires à un deuxième tour de scrutin transparent.
Face à ce Président élu par défaut et par fraude, la complaisance internationale, illustrée par la présence du Secrétaire Général des Nations Unies, M. Ban Ki-Moon et par les félicitations de plusieurs chefs d’Etat occidentaux marquent le dernier chapitre dans la cohorte des renoncements de la communauté internationale : l’abandon en catimini de toute visée démocratique et de réconciliation nationale en Afghanistan. Est-il acceptable d’avaliser la perpétuation des éléments qui sont à la source d’un conflit qui dure depuis plus de 30 ans ?
Les conditions qui ont présidé à la réélection d’Hamid Karzai rendent caduques les exhortations, avertissements et menaces occidentales, notamment en matière de lutte contre la corruption ou de respect des « normes démocratiques». L’acceptation par les pays membres de l’OTAN et par l’ONU d’un processus électoral truqué dès la constitution des listes électorales équivaut à donner un blanc-seing au Président et à ses troupes.
On voudrait insister aujourd’hui sur les éléments suivants :
- Le Président Karzai n’est pas légitime pour près de 60% de la population afghane - ceux qui n’ont, pour la plupart, pas pu voter et ceux qui n’ont pas voté pour lui. Il a été réélu dans les faits grâce à la corruption (30 millions de dollars ont disparu du budget de 220 millions dont disposait la Commission Electorale Internationale pour l’organisation des élections). Ces 30 millions, d’après des sources afghanes et internationales, auraient été utilisés par la campagne de Karzai pour acheter des inscriptions sur les listes électorales et des votes par le truchement de chefs tribaux de la ceinture tribale pachtoune et l’organisation délibérée de fraudes massives;
- Le Président Karzai est entouré d’un gouvernement corrompu et de conseillers, pour la plupart chefs de guerres liés au trafic de drogue ;
- La communauté internationale ne disposera pas d’un interlocuteur légitime disposant de l’appui de la majorité de la population pour accélérer dans de bonnes conditions le processus « d’afghanisation » de la lutte contre les factions les plus extrémistes de l’insurrection antigouvernementale;
- Si dialogue il y a avec les factions taliban réputées « modérées », il ne se fera pas en position de force. L’acquisition d’un rapport de force favorable pour la communauté internationale ne se fera qu’au prix de pertes militaires accrues, difficilement acceptables par les opinions publiques occidentales;
- Il serait illusoire dans ces conditions de vouloir restructurer les modalités de mise à disposition de l’aide internationale et par conséquent de s’assurer que les fonds parviennent bien aux destinataires, les Afghans ;
- Le dispositif militaire de l’OTAN est voué à l’enlisement, ce qui grèvera sa crédibilité pour de futures opérations extérieures ;
- Les réformes constitutionnelles et institutionnelles cruciales à la stabilisation du pays seront reportées sine die ;
- Il n’y a que peu de chances que le processus électoral des législatives de l’année prochaine soit plus transparent et juste que celui des présidentielles de cette année ;
- Le peuple afghan n’accordera plus aucun crédit aux déclarations de bonnes intentions de la communauté internationale car aucune de ces déclarations, depuis 8 ans, n’est devenue réalité.
La communauté internationale dispose désormais de peu de temps pour inverser la tendance actuelle qui pourrait mener à très brève échéance à la prise du pouvoir par les éléments les plus extrémistes, au détriment de la population afghane qui a démontré ses aspirations démocratiques.
Le processus des élections législatives de l’année prochaine devra être parfaitement transparent et ne pourra s’accommoder de fraudes massives organisées à l’échelon national comme celles qui ont été organisées par la Présidence et le Gouvernement afghan. L’instauration d’un gouvernement légitime est aujourd’hui compromise. Il est impératif d’exiger qu’une Assemblée nationale respectueuse des plus élémentaires notions démocratiques soit élue et prête à se lancer dans un processus de révision constitutionnelle, sous peine de voir les balbutiements politiques de l’occident se transformer en un embourbement, dont les conséquences régionales, notamment au Pakistan, seraient graves et irrémédiables.







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