NOTE
Cannabis : les effets ballons de la politique française Le 04/04/2011
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Dans leur ouvrage à paraître mardi 5 avril, Pour en finir avec les dealers, le maire écologiste de Sevran (Seine-Saint-Denis), Stéphane Gatignon, et un policier à la retraite, Serge Supersac, plaident pour la légalisation du cannabis, poitant l'échec de la politique de prohibition et de répression menée en France. Ils sont rejoints sur ce point par Daniel Vaillant, député-maire PS du XVIIIe arrondissement de Paris, ancien ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin, qui publiera mi-mai le rapport d'un groupe de travail à l'Assemblée, visant à ouvrir le débat entre les candidats à l'élection présidentielle. Terra Nova republie dans ce cadre une note de mai 2010 défendant la nécessité d'un nouveau paradigme en matière de politique du cannabis.

SYNTHÈSE

La politique menée actuellement en France en matière de lutte contre le cannabis est un échec. Quarante ans d’inflation répressive continue de la part de gouvernements de gauche comme de droite et plusieurs campagnes menées sur le thème de la « tolérance zéro » dans la « guerre aux drogues » n’ont pas suffi à en endiguer la consommation. La France reste en tête des pays européens en matière de consommation de cannabis, et cette dernière est en augmentation constante. On dénombre aujourd’hui près de 4 millions d’usagers de cannabis, dont 550000 usagers quotidiens. Face aux échecs flagrants de la politique menée, il est temps de pacifier notre législation et nos politiques publiques pour envisager un nouveau paradigme de réduction des risques liés aux usages de drogues.

 
Le cadre législatif entourant le cannabis est devenu si répressif que l’essentiel des mesures prévues depuis 2007 porte sur l’application de la loi (automaticité des sanctions, fichage des usagers, peine planchers…), avec un coût considérable pour la collectivité. Certains rapports évaluent en effet le coût moyen d’une interpellation liée aux stupéfiants à 3300 euros, établissant le coût annuel total des interpellations à 3 milliards d’euros. Si ces chiffres doivent être pris avec précaution, on peut néanmoins estimer qu’une politique pacifiée permettrait de libérer de précieux moyens de sécurité. 
 
Par ailleurs, une étude approfondie des chiffres des interpellations et des condamnations pénales fait apparaître une réalité contraire aux discours martiaux sur les « trafics » : entre 2002 et 2008, les peines pour usage ont doublé, alors que les condamnations pour trafic ont baissé. Les interpellations pour stupéfiants concernent dans 90% des cas les usagers de cannabis. La politique du chiffre imposée par le gouvernement se traduit par une répression inutile, en partie responsable d’un climat délétère entre populations et forces de l’ordre, et amputant ces dernières de précieux moyens qui pourraient être consacrés à d’autres missions. L’usage de cannabis, qui devrait faire l’objet d’une politique pertinente de prévention, d’information et de soin, est aujourd’hui le cœur de cible d’une politique du chiffre inefficace.
 
Cette politique ignore la complexité des multiples domaines concernés par le fléau du trafic illicite de drogues. En effet, une lutte efficace en la matière est peu compatible avec la politique du chiffre, tant elle demande une analyse fine des réseaux concernés par les trafics de drogues et un temps d’investigation long. Ici encore, la stratégie sécuritaire, dont les responsables brandissent l’intenable promesse d’une « guerre aux drogues », conduit à l’impasse. Pour illustrer cet échec, il suffit de noter que le prix des drogues est continuellement en baisse depuis 1991, les producteurs ayant réussi à s’adapter pour amonceler toujours plus de profits et de moyens d’influence.
 
Les insécurités sont nombreuses, les ressentis à fleur de peau. Nous devons nous engager pleinement dans une stratégie de changement de paradigme et de pratiques, notamment sécuritaires. Il s’agit donc de savoir penser et faire avec le cannabis en fonction de la réalité des risques pour les usagers, mais aussi en fonction des risques liés à l’action publique elle-même. Le mot d’ordre doit redevenir « savoir plus – risquer moins ».  
 
 

NOTE

 
Le débat sur la politique du cannabis a été récemment relancé par Daniel Vaillant. L'ancien Ministre de l'Intérieur, aujourd'hui député maire du XVIIIe arrondissement de Paris, a obtenu auprès du groupe socialiste de l'Assemblée nationale l'ouverture d'un groupe de travail sur le sujet. Cette réflexion s'inscrit dans une révision plus globale des politiques publiques, qui a notamment lieu aux Etats-Unis[1], au Portugal[2], aux Pays-Bas[3] ou en République Tchèque[4]. L'hebdomadaire anglais The Economist consacrait au sujet un dossier complet au printemps dernier.
 
Pourtant, de nombreuses voix de gauche s'inquiètent en considérant que le simple fait de rouvrir ce débat pourrait avoir des conséquences très dommageables dans l'opinion. Les socialistes restent traumatisés par la campagne présidentielle de 2002 sur laquelle les commentateurs s'accordent à dire qu'ils furent en partie défaits sur le terrain de la sécurité. D'où la crainte que des positions visant à “dépénaliser”, “légaliser” ou “décriminaliser” la consommation de cette drogue ne soient instrumentalisées par la droite dans un procès en irresponsabilité.
 
D'autres considèrent que le sujet est anodin, accessoire, qu'il ne s'agit en aucun cas d'une priorité. Pourtant, le cannabis est un sujet éminemment public et les responsabilités, politiques. L’utilité et l’efficacité de l’action publique menée se pose aussi bien en termes de sécurité que de santé, son évaluation devant aussi prendre en compte ses impacts en termes de coûts financiers, d’inégalités et de cohésion sociale (relations intergénérationnelles, répressions portant essentiellement sur les milieux populaires, stigmatisations[5], tensions avec les institutions judiciaires et policières, enkystements dans la clandestinité).
 
Les résines ou les floraisons de cannabis impliquent une multitude de domaines comme la santé ou la sécurité, certes, mais aussi l'économie, l'éducation, la géopolitique, l’agronomie… Nous considérons que la question du cannabis doit être traitée de manière sérieuse et pragmatique, c'est pourquoi nous avons décidé, en nous appuyant sur les dernières études scientifiques et publiques, en France et à l'étranger, de rédiger cette note.
 
De nombreuses analyses vont à l'encontre d’idées reçues en rapport avec la politique actuelle du cannabis menée en France : « M. Gaudin (Préfet de police de Paris) a rappelé que la lutte contre la drogue était la "priorité des priorités". » (AFP, 15 janvier 2010)[6]. Encore et encore de l’obstination, toujours plus ne semble jamais assez ! Nous voudrions croire comme Le Monde en ligne du 18 mars 2010 que désormais « l’insécurité est une recette électorale classique mais épuisée ». Face à l'échec flagrant d'une prohibition[7], il est temps d'adapter notre législation et nos politiques publiques.
 
 

1 – Premier échec de la législation : la répression comme prévention de l’usage

Depuis quarante ans, droites et gauches ont toujours maintenu l'inflation répressive, la moindre faiblesse étant d'emblée instumentalisée par les uns ou par les autres. Le cadre législatif est devenu si répressif qu’il est impossible de le renforcer davantage, tant du point de vue de la dissuasion que des outils (propagandes[8], interpellations, gardes à vues, perquisitions, surveillances, infiltrations, peines de prison et amendes).
 
C’est d’ailleurs l’analyse qu’en a fait le ministre de l’Intérieur Sarkozy. L’essentiel des nouvelles mesures et des instructions porte sur l’application de la loi : automaticité des sanctions et des réponses judiciaires lors des interpellations pour usage (gardes à vues, rappel à la loi, stages de sensibilisation), fichages des usagers (OSIRIS, STIC, FNAEG, FAED, STUPS), peines plancher imposant l’application de la loi, en particulier lors de récidives courantes d’infractions multiples d’usage et détention (soit à minima 4 ans de prison en principe, quelle que soit la quantité), privatisation des sanctions, les frais de contrôle à la charge du contrevenant [9]... Cette politique de « tolérance zéro » présuppose que les magistrats n’appliqueraient pas la loi, autrement dit, seraient, eux aussi, « laxistes ». Cette logique inflationniste ne tient pas compte des obstacles effectifs à l’application de la loi qui impliqueraient, par exemple, une démultiplication des places de prison et du nombre de magistrats pour les seuls faits d’usage ou d’autoproduction[10]
 

1.1 - Un accroissement encombrant en matière de sécurité publique

 
La lutte contre le cannabis coûte cher à la collectivité. Elle mobilise des milliers de policiers et de gendarmes, gèle des moyens très importants, coûte un temps précieux, encombre souvent inutilement les Douanes, la Justice et la Pénitentiaire. Au quotidien, de gros moyens sont déployés pour quelques grammes ou kilos, plus rarement par tonnes[11]. L'histoire de la répression de ces dernières décennies montre une inflation impressionnante.
 
Évolutions des mises en causes pour stupéfiants : moins de 60 000 (en 1990) pour côtoyer les 160 000 (en 2006) : voir le graphique sur la note format PDF p.4
 
Source : La répression de l’usage de produits illicites : État des lieux ,Marie-Danièle BARRÉ, 2008, CESDIP, p. 31
 
Les chiffres donnent le vertige. Plus de 800 000 usagers de cannabis ont été interpellés et poursuivis pénalement, durant la période du 1er janvier 2002 au 31 décembre 2009[12]. Les interpellations pour stupéfiants « concernent dans 90 % des cas des usagers de cannabis » (OFDT-OCRTIS). Toutes les personnes repérées ou signalées ne sont pas interpellées, et toutes les personnes interpellées ne sont pas verbalisées. De plus, les connaissances sur les contextes de signalements, d’interpellations et de verbalisations d’usagers, l’impact policier et judiciaire de leurs réitérations, sont parcellaires et déjà considérés comme problématiques il y a quinze ans[13].
 
Voir le graphique sur la note format PDF p. 5
 
Insidieusement, la répression s'est installée. Elle constitue une variable d’ajustement des « bons » résultats gouvernementaux. Mais, derrière les statistiques, ce sont des personnes majeures à qui il est avant tout reproché un usage en tant que tel, et sans autre acte délinquant (vol, violence ou conduite automobile par exemple relèvent d’autres statistiques).
 
Pour l'année 2009, alors même que le ministre de l'Intérieur en a fait le bilan, tous les chiffres n’étaient pas encore publiquement disponibles. Cependant, nous savons qu'il y a eu 174 870 faits constatés d'ILS (Infractions à la Législation sur les Stupéfiants), en légère baisse par rapport à 2008. Mais, analysés de manière plus précise, les faits constatés d'usage sont eux toujours en hausse : 141 603 en 2009. Les individus mis en cause sont quant à eux toujours plus nombreux, de 172 913 en 2008 à 177 676 en 2009, du fait d’un taux d’élucidation supérieur à 100%[14], propres aux infractions liées aux stupéfiants. Ce sont donc les autres ILS, comme les constats de trafics, qui sont en baisse relative.
 
L’augmentation des interpellations pour usage a été d'environ 200% en quinze ans[15], et de 75% ces huit dernières années. Les forces de l'ordre ont été “encouragées” de facto à multiplier les gardes à vues (GAV) pour usage, c'est ainsi qu'en 2009 ont eu lieu 83 673 GAV pour stupéfiants, dont 54 171 pour usage simple, soit 15% de l’ensemble des gardes à vue (hors délits routiers, 12 944 en 2008, pratiquement le double en 2009).
 
Il faut se souvenir que durant les treize ans où elle fut appliquée, la Prohibition de l'alcool aux USA, 577 000 personnes furent arrêtées. En France métropolitaine, de 1997 à 2009, nous en sommes à 1 234 284 personnes verbalisées pour usages de stupéfiants, sur un total de 1 626 837 ILS constatées. 
 

1.2 - Des réponses judiciaires bien en peine

En 2008, 42 649 condamnations pénales[16] ont été prononcées pour infractions sur les stupéfiants (ILS) à titre principal, alors qu'en 2002 elles étaient au nombre de 21 777. En parallèle, 126 001 ILS ont été sanctionnées dans les condamnations, dont 85 388 pour usage, détention, acquisition. Le nombre des condamnations suit donc un mouvement inflationniste parallèle aux interpellations, sans que cela ne semble encore assez, vu le nombre d’usagers !
 
Nous pourrions croire qu'aux discours sur les « trafics » et l'automatisation des sanctions, suivent les actes. Cependant, en 2002, nous comptons 13 649 condamnations pour usage, détention, ou acquisition ; et en 2008, un doublement des peines pour usage et délits associés à l’usage, soit 31 108. La contradiction entre le discours politique et le problème sécuritaire, c'est qu'entre 2002 et 2008, en ce qui concerne le trafic nous constatons une baisse relative des condamnations (offre et cession de stupéfiants) de 2 241 à 1 506. Ces chiffres couvrent des situations très fluctuantes, en fonction des priorités, des parquets et des pratiques policières, des territoires, de la personnalité des prévenus et de la qualification des faits retenus par rapport à leur réalité. C'est un enjeu d'égalité en droits qui se pose ainsi crûment.

Voir le graphique sur la note format PDF p. 7
 
Il est souvent dit qu'il n'y a pas d'usager en prison, qu'ils seraient « soignés », voire “épargnés”. Or, toujours selon les chiffres du ministère de la Justice, 18 178 condamnations à des peines de prison ont été prononcées pour ces ILS d'usage en 2008, alors que pour offre, cession, commerce, transport, ces condamnations sont au nombre de 8 384. À l'heure des peines plancher, cette analyse n'est pas anecdotique. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, la même année, ce sont 5 612 usagers qui ont été écroués. On peut évaluer les incarcérations pour usage à environ la moitié des incarcérations pour drogue (1/8 des 89 054 incarcérations, entrées en prison, en 2008). Cette réalité est en décalage avec les divers recommandations[17] qui tendent à considérer les usagers problématiques comme “malades“ plus que “délinquants“. 
 

1.3 - Une politique onéreuse

Il existe quelques études tentant d'évaluer le coût actuel de la politique du cannabis. Le calcul du « coût social » est désormais retenu. Sans être pleinement satisfaisant au niveau scientifique, il offre des perspectives suffisantes pour un débat serein. Les Rapports Reuter-Trautmann (2009) et Kopp (2006) établissent notamment une grille de calcul des coûts. Actualisés et appliqués sur ces dernières années, les coûts sont conséquents.
 
Voir les graphiques sur la note format PDF p. 8
 
Sources :
« A Report on Global Illicit Drugs Markets 1998-2007 », Peter Reuter (RAND) and Franz Trautmann (Trimbos Institute). Cette étude a été produite par les instituts Trimbos et RAND, le soutien financier de la Commission Européenne, p. 179
 
Le coût social des drogues en 2003, Kopp et Fenogli, OFDT, avril 2006., p. 577
 
Nous pouvons donc évaluer le coût, a minima, des seules interpellations des 800 000 usagers de cannabis verbalisés pour la période 2002-2009, entre 2,7 et 6,2 milliards d'euros. Il faut évidemment prendre ces chiffres avec précaution. Ils enseignent au moins une chose : il est évident que du temps de travail devrait être libéré pour d'autres missions de sécurité, qui bénéficieraient de réaffectations budgétaires.
 

2 - Un financement des criminalités organisées, des corruptions et … du terrorisme ?

La « lutte contre les trafics », en France, malgré les discours quasi-ininterrompus de fermeté durant ces 40 dernières années et le « perfectionnement » permanent des lois et des outils, est un autre exemple d’effet ballon sur une situation globale diffuse. Les petites et les grandes criminalités organisées sont complexes, pour ne pas dire délicates, à appréhender (blanchiments[18], corruptions[19], protagonistes transnationaux…). Chaque filière exige de longues investigations, peu compatibles avec la politique du chiffre, tournée d’abord vers les usagers mais aussi souvent buttée sur les seules « cités », comme si d’autres niveaux[20] ne méritaient pas autant d’attention.
 

2.2 -  Des économies policières et criminelles dopées

Voir les graphiques sur la note format PDF p. 9
 
Les saisies en amont, hors des frontières ou en France, sont conséquentes comme le montrent les figures ci-dessous. Les prix, le processus de construction des valeurs (des graines à l’usager revendeur), ont évolué en 40 ans. L’offre globale et diversifiée n’a pas diminué.
 
Les trafiquants, amateurs ou très organisés, se sont adaptés. Par ailleurs, la France est un carrefour d'autres trafics qui peuvent même faire émerger d'autres produits psychoactifs objets de trafics. C'est le cas du tabac de contrebande[21], tout comme celui de la cocaïne ou des dopants. Le dispositif législatif et réglementaire pour lutter contre les trafics de stupéfiants est plus perfectionné, que pour de nombreuses autres infractions. Comme nous le verrons, la France connaît malgré tout des niveaux d'usages en tête des pays européens. La France est-elle inspirée par les meilleures stratégies et pratiques ? Cette politique prétendument sécuritaire ou pragmatique est évidement ancrée dans une réalité géopolitique, des résultats internationaux[22] :
 
« Le renforcement depuis dix ans de la lutte mondiale anti-drogue a totalement échoué à enrayer le fléau et a même accentué ses effets, estime un rapport iconoclaste de la Commission européenne publié mardi, à la veille de l'ouverture à Vienne d'une réunion de l'ONU sur le sujet » (AFP – 10 mars 2009).
 
Les opinions publiques et politiques métropolitaines ignorent largement la réalité des débats ailleurs, aux Pays-Bas, au Portugal, en République Tchèque, voire en Russie, aux États-Unis, en Amérique Latine[23]. Certains constats européens et outre-Atlantique y ont bien plus d’écho que ceux, comparables, que l’on pourrait faire en France :
 
« Gil Kerlikowske, nouveau chef de la lutte contre la drogue au sein de l'administration Obama, appelle à l'abandon de l'analogie belliqueuse, la considérant comme un obstacle à une gestion plus efficace des problèmes reliés à la drogue. « Peu importe comment vous expliquez aux gens qu'il s'agit d'une «guerre contre la drogue» ou une «guerre contre un produit », les gens voient une guerre comme une guerre contre eux. Nous ne sommes pas en guerre contre les gens de ce pays», a déclaré Gil Kerlikowske lors d'une entrevue publiée hier dans le Wall Street Journal (…). »[24]
 

Voir les graphiques sur la note format PDF p. 10

 
Graphiques[25] : Évolutions des prix et de la répression aux USA pour les trois principaux produits illicites,
à gauche, pour l’héroïne et la cocaïne ; à droite pour le cannabis et trois types d’usages.
 
 
Comme nous pouvons le constater ci-dessus aux USA, la répression de masse (des millions d’usagers interpellés et incarcérés pour drogues) n'a pas eu une influence attendue sur les prix : l'économie des drogues est fondée sur une rareté exacerbée par l'illégalité. Le paradoxe, c’est que l’augmentation de  la répression des usagers et l’augmentation des saisies n’ont pas les effets attendus sur les prix. La baisse des prix ne signifie pas une baisse des profits, elle peut résulter d’une industrialisation perfectionnée à l'échelle mondiale, qui peut impliquer une baisse permanente des coûts[26]. 
 

2.2 - Une géopolitique diatopique

Il existe de nombreuses sphères « salariales » et de plus-values aux différents niveaux : de la production agricole à l'usage revente. Standardisation, consumérisme, monopoles privés, compétitivité des territoires font florès en ce qui concerne le cannabis. Force est de constater la capacité entreprenante, à but lucratif ou non (les enjeux peuvent être plus politiques[27] qu'économiques), de leurs acteurs.
 
De la sélection des variétés traditionnelles ou “OGM” de cannabis, au process de production, de transformation, de coupage, de stockage, de transport, de conditionnement, d'approvisionnement en produits précurseurs aux étapes de fixations des prix (plus ou moins fixes), il ne faut pas perdre de vue les redistributions de revenus dans l'économie générale du cannabis. Il existe aussi des organisations familiales, des investissements à plus ou moins long terme, et des capacités à résister aux aléas agricoles et répressifs, sans oublier les mécanismes de la concurrence en milieux plus ou moins légaux… Le règlement des conflits est marqué par un capitalisme sauvage au sein duquel l'État n'a pas le monopole de la violence. Par ailleurs, l'auto-production d’herbe, en dehors de toute organisation criminelle par ailleurs, marquée par le non profit, constitue également une économie à part entière, quant à elle largement intégrée : paiement de taxes sur les graines et de la TVA en ce qui concerne l'achat de matériel et d'engrais, participation aux cotisations sociales et à la fiscalité locale, paiement des factures d'électricité et d'eau... Enfin, l’apparition de cannabis synthétiques, le “spice”[28] par exemple, marque l’émergence d’un nouveau marché, souvent via internet.
 
Bref, l'argent des trafics n'est pas enfermé dans les banlieues françaises, ni dans les paradis fiscaux. Les deux sont des réalités inséparables de ce qui se passe par ailleurs au niveau de leurs socialisations économiques à l'heure d'une réelle démocratisation du cannabis. C'est une économie diffuse, à l'image de son ancrage social et de la société de consommation actuelle. Elle ne peut être limitée aux stigmatisations ambiantes. Il n'est pas établi que la politique internationale telle que traduite des conventions internationales ait un impact positif sur les productions de cannabis. Les deux premiers producteurs de résine de cannabis sont le Maroc[29] et l'Afghanistan[30], quant à lui souvent associé à la seule héroïne. En ce qui concerne les floraisons de cannabis, l’herbe, il faut souligner le classement mondial qui met en bonne place des pays producteurs comme les USA, le Canada, l'UE, le Mexique, la Colombie, la CEI, bref, il est aisé de constater que le cannabis est une plante qui peut être cultivée en pleine terre ou par hydroponie de manière plus ou moins massive dès lors qu'il existe des besoins mondiaux et des territoires propices [31].
 
Voir le graphique sur la note format PDF p. 12
 
Comme nous pouvons le lire ci-dessus[32], force est de constater que guerre au cannabis et guerre à la drogue dans des pays où ces mots ont un sens bien plus dramatique qu’en France, le bilan sécuritaire est pour le moins discutable.
 
 Les évolutions des aspects monétaire et financier, au cœur des échanges, sont méconnues :
« La monnaie européenne aurait dépassé le dollar dans le portefeuille des… dealers. C'est en tous cas ce qu'a affirmé la semaine dernière Karen P. Tandy, administrastrice de la DEA, l'agence antidrogues américaine,(...) Une preuve de confiance d'une certaine manière, puisque la criminalité organisée a logiquement tendance à investir dans des monnaies qu'elle estime stables et fortes. »[33]
 
«  Pour ceux qui contrôlent de façon occulte et par une chaîne de violences ces trafics internationaux, c'est le moyen de faire d'énormes profits, beaucoup plus élevés que dans les autres activités économiques. Les opaques circuits bancaires des "paradis fiscaux" sont le moyen de recycler habilement cet "argent sale" provenant de pratiques prohibées en le réinjectant dans les structures financières légales qui profitent ainsi de substantiels avantages. Certains grands édifices financiers supporteraient difficilement, dit-on, les contrecoups de l'effondrement des cours de la cocaïne ou de l'héroïne, si jamais le commerce de ces drogues était progressivement plus ou moins toléré et si elles devenaient moins rares et donc bien moins coûteuses."[34]
 
Enfin, la lutte contre le terrorisme est à la fois légitime et instrumentalisée. Les trafics, les zones de production ou de transit, sont souvent au cœur de conflits locaux voire internationaux emmêlés en tant que tels, mais également au niveau des protagonistes, étatiques ou non, plus ou moins entrepreneuriaux. Le lien entre drogue et terrorisme doit être manié avec parcimonie. Faute d’analyse de la nouvelle géopolitique du cannabis en Afghanistan, telle que décrite dans le rapport de l’ONUDC d’avril 2010, déjà cité, nous pouvons y entrevoir la situation par le pavot :
 
« Le soutien apporté par les Talibans à l'organisation Al-Qaida, associé au fait que l'Afghanistan a été pendant toutes les années 1990 le premier producteur mondial d'opium, a contribué, après le 11 septembre 2001, à la médiatisation des liens entre drogue et terrorisme. Or, paradoxalement, cette ressource illicite n'a joué qu'un rôle mineur dans le financement des réseaux d'Oussama Ben Laden. En revanche, des groupes terroristes, des rébellions et les services secrets de différents États - ces deux derniers acteurs utilisant également des méthodes terroristes - tirent parti de l'argent de la drogue pour développer leurs activités. Il est donc important de distinguer les mouvements purement terroristes de ceux qui recourent, à titre occasionnel ou systématique, à la terreur : campagnes de libération, soulèvements nationalistes et ethniques, guérillas rurales ou urbaines ». (Labrousse, Politique Internationale, 2003)
 
« Pour une économie mondiale de l'héroïne chiffrée à 64 milliards de dollars (42,7 milliards d'euros) dans le rapport de l'UNODC, d'octobre 2009, l'Afghanistan ne retirerait que 3 milliards de dollars. Près de 2,3 milliards de dollars iraient aux trafiquants et seulement 700 millions de dollars seraient reversés aux fermiers afghans qui cultivent le pavot. (…) L'ONU estime à 125 millions de dollars (83,4 millions d'euros) le montant des sommes prélevées sur ce trafic par les talibans sous formes de taxes ou de paiements d'une protection pour la culture ou le transport. Néanmoins, cette source de revenus ne constituerait (…) que 15 % des besoins du mouvement taliban pour financer ses achats d'armes, la rétribution de ses combattants ou acheter différentes complicités (... ) » (Le Monde, 22 octobre 2009)
 
L'échec sécuritaire du Gouvernement concernant le cannabis est aussi social, économique, culturel et international. Au regard de l’évolution des consommations, des voies politiques de pacification de la « Guerre à la drogue » pourraient guider la stratégie française. 
 

3 - L’augmentation de la répression n’a pas d’influence à la baisse sur la consommation

Force est de constater que depuis que la lutte contre le cannabis est devenue en 2003 la priorité de l’action gouvernementale en matière de drogues, les niveaux d'usages et d'expérimentation de cannabis, chez les jeunes et les générations où il est banalisé, suivent, au mieux, une tendance européenne à la stagnation. Le tassement est logique après la vogue des vingt dernières années, et la France reste en tête de L'Europe.
 
Voir le graphique sur la note format PDF p. 14
 
Sources OFDT, Cannabis – Données essentielles, p. 36, 2007
 
Conjointement, d'autres produits (cocaïne, héroïne, alcools, boissons stimulantes...) connaissent des évolutions qui en termes de quantités d'usages, de pratiques et de contextes, méritent l'attention, voire des mesures urgentes. Le traitement actuel de la question de la place du cannabis dans la délinquance, impose un regard général, transversal. Dans une excellente revue de la littérature internationale, nous pouvons lire cette synthèse critique :
 
« (…) il est tout un pan qui reste fort peu étudié, à savoir la relation entre les politiques publiques sur les drogues illicites et la délinquance. (...) En somme, l'illégalité dans laquelle sont maintenus les usagers peut être elle-même une variable intervenante puissante dont trop peu d'études ont cherché à mesurer l'impact. Enfin, il faudrait se demander pourquoi tant d'insistance à chercher à établir ce lien causal. » (Drogues et dommages sociaux, OFDT, 2005, p. 151).
 
En outre, malgré les politiques répressives et restrictives des drogues illicites et licites, tabacs[35] et alcools, les comportements n'évoluent pas dans le sens souhaité par les pouvoirs publics. De plus, il est avéré que la très grande majorité des expérimentateurs et des usagers occasionnels, voire réguliers, cessent leurs consommations par eux-mêmes, et non du fait principal de la loi. Au regard des évolutions d'autres pays, répressifs différemment, la France n'obtient pas des résultats historiques à la hauteur des moyens déployés comme nous pouvons le constater ci-dessous :
 
Voir les graphiques sur la note format PDF p. 15
  
Source des graphiques :
Rapport du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites, « Positions pour un régime de politique publique pour le Canada », volume 3, p. 635, Septembre 2002, Sénat du Canada, sur son site Internet.
 
Sources OFDT, Cannabis – Données essentielles, pages 36, 2007
 
Avec un système des plus répressifs d’Europe, aggravé depuis 2002, la France est un pays où officiellement le nombre de consommateurs de cannabis constaté n'a cessé d'augmenter ces dernières années : 12,4 millions l'ont expérimenté, 3,9 millions d’usagers actuels, 1,2 million en consomment régulièrement, et 550 000 au quotidien. 
 

4 - Conclusion 

Il existe quelques arguments récurrents tendant à considérer la politique actuelle[36] comme un horizon indépassable : ce serait la moins mauvaise des politiques, faudrait-il donc insister ? 
 

4.1 - La légitimité apparente de la « Guerre à la drogue »

La dangerosité du cannabis justifierait une guerre sans merci, elle serait « un problème majeur de santé publique »[37]. Certes, le cannabis n’est pas un produit anodin, il est psychoactif et complexe. Cependant, nous en connaissons globalement la réalité des risques[38], et sa prohibition peut même les aggraver[39] (pas seulement sur la question des produits de coupe). Nous pouvons alors considérer que le statut des usagers, en fonction de leur âge (mineurs ou majeurs) et du contexte, soit redéfini. Les droits et les obligations ne peuvent pas être d’emblée du ressort de la justice ou de la police, mais fondés sur une responsabilité de droit commun liée au vivre ensemble, le tout de manière harmonisée. Mieux vaut dans ce registre se référer aux travaux du Sénat canadien[40], parce que « les chercheurs et les décideurs en quête d'une bonne gouvernance des drogues trouveront une mine de rigueur dans les questionnements du rapport. »[41].
 
Il convient alors d’intégrer les différents temps de la vie où sont impliqués les produits psychoactifs et les contextes de prises en charge dans un nouveau paradigme d’action publique, la réduction des risques liés aux usages de drogues[42], licites et illicites.
 
Ou bien considérons- nous encore que le maintien dans la clandestinité, son renforcement ont une vertu : la paix sociale ? Nous devrions donc nous interroger sur le caractère, l’impact et la légitimité d’une loi fondée sur une certaine morale. Ou alors nous reconsidérons les relations intergénérationnelles, les aléas des trajectoires de vie de toutes et tous sous l’angle de la responsabilité et de la fraternité. Le livret d’information « Savoir plus – Risquer moins », sorti en 2000 au moment du Gouvernement Jospin et largement diffusé, prenait acte des dégâts liés à l’absence d’informations fiables et disponibles, fondées sur des expertises pluralistes. Cet outil a été très bien accueilli[43] en France, un symbole concret qu’une autre politique est possible, négociable. L’opinion publique est certainement plus ouverte qu’on ne le suppose, dès lors que l’on évite les registres de l’apologie, interdite, et de la peur, réelle ou instrumentalisée. 
 

4.2 - La crainte des conséquences d’une politique libérale sur les consommations

Nous devons distinguer ce qui relève de la protection de la société et ce qui relève de la protection de la « jeunesse ». Les « jeunes » payent peut-être les « excès » réels et supposés de leurs aînés, lors des années 1960-70 si vilipendées lors des dernières élections présidentielles. Peut-être aussi qu’il faut inscrire la compréhension de la situation actuelle dans une histoire plus longue et internationale, moins linéaire. Par contre, si les jeunes sont la cible principale de l’action publique, on peut alors se demander pourquoi la répression de l’usage chez les mineurs n’a pas augmenté en conséquence ces dernières années, tout comme celle concernant les filles et les jeunes femmes, à la mesure de la typologie des consommations. Il faudrait aussi, dans cette logique, imposer des tests chimiques contre l’usage de drogues dans les établissements scolaires, universitaires, huppés et prestigieux, et ce d’abord pour « l’exemplarité » ? Cette contradiction dans les priorités, peut-être une impasse, implique que ce ne sont pas que les réalités sociologiques ou épidémiologiques des usages qui priment au niveau des priorités politiques actuelles. En parallèle de cette hypocrisie française, aux multiples visages, les dépénalisations de l’usage aux Pays-Bas ou au Portugal[44], inscrites dans le temps et évaluées, ont de meilleurs résultats qu’en France chez les jeunes.
 
Le repoussoir des exemples étrangers. « La catastrophe espagnole » est par exemple souvent mise en exergue. Mais si effectivement la diffusion des consommations de drogue a été rapide à la mort de Franco, le contexte est éludé : ce pays faisait face à des changements culturels et sociaux. À côté de cette rengaine ibérique, la « catastrophe hollandaise » c’est surtout le narco tourisme. Tant au niveau de l’offre que de la demande, 40 ans après les coffee shops, les niveaux de consommations de générations en générations y sont meilleurs qu’en France… Ce ne sont pas les seuls pays aux politiques publiques plus souples, dynamiques et moins inégalitaires que la France. Au sein de l'UE, les politiques publiques ne sont pas si harmonisées qu'on voudrait nous le faire croire[45]. Que ce soit la réponse pénale aux usages et aux trafics, ou la prise en charge sanitaire, sociale, thérapeutique, il existe une diversité de réponses. C'est bien pour cette raison que le niveau local est heuristique et stratégique. Ce sont les réalités locales qui initient des changements parfois contradictoires avec les politiques nationales officielles. Ce sont des politiques locales qui permettent alors de transcender des dogmes, quelles que soient les orientations politiques[46]
 

4.3 - D’autres stratégies sécuritaires sont possibles

Au niveau policier, il faut approfondir par exemple les réflexions de l’Inspection Générale de l’Administration (IGA) concernant l’ivresse publique et manifeste (IPM)[47] et les politiques locales[48] menées par la MILDT. Des priorités doivent être fixées à l'action policière pour éviter le développement d'organisations mafieuses. Aujourd'hui, la stratégie policière et en particulier la politique du chiffre a l'effet contraire : les interpellations massives d'usagers ainsi que des usagers-revendeurs favorisent la professionnalisation du trafic. Au niveau de la justice, là aussi il faut s’interroger sur le (non)recours à des avocats[49] pour les usagers, l’accès réel au droit actuel ; mais aussi sur les moyens affectés à la lutte contre les criminalités organisées, les blanchiments d’argent et les corruptions, aux connaissances que nous en avons en France. 
 

4.4 - Les conventions internationales[50] signées par la France, ultime argument conservateur

Au regard du droit et des expériences étrangères, nous devons reconnaître que le changement a une dimension internationale, des obligations et des procédures. Il existe des marges de manœuvre nationales suffisantes pour changer la stratégie qui consiste à fournir la grande majorité des efforts humains et budgétaires, politiques, à la prévention de l’usage par la répression. De plus, les engagements internationaux de la France doivent être respectés, mais ils peuvent être interprétés politiquement : la dignité, le droit à la santé, le droit à l’éducation, l’égalité devant la loi sont des droits fondamentaux que l’on retrouve aussi bien dans le bloc de constitutionnalité que dans d’autres conventions internationales engageant la France. Rien n’empêche de décriminaliser l’usage et son corollaire, une économie sociale du cannabis réservée aux majeurs, une stratégie de changement et de pacification.
.
Les ministres actuels, mais surtout les futurs ministres de l’Intérieur et de la Justice sont confrontés à une dure réalité : Peuvent-ils ou pourront-ils à l’avenir assumer politiquement la moindre faiblesse statistique concernant la « priorité des priorités » ? Sont-ils ceux qu’il faut le plus plaindre ?


[1] Libération, 16 janv. 2010.
[2] Courrier International, n°969, mai 2009.
[3] AFP, 4 janv. 2010.
[4] Le Monde, 18 déc. 2009.
[5] Police et minorités visibles : les contrôles d’identités à Paris, I. Goris, F. Jobard, R. Lévy, Open Society Institute, 2009.
[6] « La drogue, ennemi public n° 1 », Liaisons - Le magazine de la Préfecture de Police, Paris, n°97, Mars 2010, Dossier.
[7] « La “guerre contre la drogue” : ni fin de l’histoire ni choc des civilisations, mais une quête permanente de gains et de pouvoirs qui se poursuit d’un continent à l’autre, et des bureaux feutrés aux bidonvilles misérables, quels que soient les idéologies, les régimes politiques et les types de développement. Déclarée pour être poursuivie plutôt que gagnée, la “guerre contre la drogue” n’épargne aucun pays. », Drogue et politique, CEMOTI, n°32, publié avec le concours du CERI, de la FNSP, du CNRS et du CNL, juillet-décembre 2001
[8] Campagne Anti-Drogue : Savoir moins, Risquer plus, Association Française pour la Réduction des Risques liés à l’usage de drogues, 7 octobre 2009, sur le site a-f-r.org.
[9] Dossier de presse, Comité interministériel de la sécurité routière, 18 février 2010, p. 10.
[10] La production et/ou la fabrication illicites de stupéfiants sont un crime, passible de 20 ans de réclusion criminelle et d’une amende de 7 500 000 €, cette peine pouvant être portée à 30 ans si les faits sont commis en bande organisée
[11] « Sept tonnes de cannabis : la plus grosse saisie de l’OCRTIS sur le marché français », AFP, 1er février 2010.
« 3,2 tonnes de résine de cannabis (record de saisie pour la gendarmerie (…) », AFP, 7 mars 2010.
« Environ un million d'euros en liquide a été saisi aujourd'hui lors de plusieurs perquisitions à Tremblay-en-France, en Seine-Saint-Denis, une des plus importantes saisies réalisées », AFP, 29 mars 2010.
[12] Selon les données de l’ONDRP (observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), via cartocrime.net. Les chiffres de cette base de données ne sont disponibles qu’à partir du 1er janvier 1996.
[13] Henrion R. Rapport de la commission de réflexion sur la drogue et la toxicomanie, Paris, ministère des Affaires Sociales de la Santé et de la Ville, 1995.
[14] Voir aussi : Police, Des chiffres et des doutes, J-H. Matelly, C. Mouhanna, Ed. Michalon, octobre 2007.
[15] http://www.ofdt.fr/BDD_len/seristat/00004.xhtml.
[16] Voir aussi, M.D. Barré, CESDIP, 2008, op. cit.. Étude à mettre en perspective avec les chiffres ici présentés et issus des statistiques publiques les plus récentes du ministère de la Justice.
[17] Recommandation du Parlement européen à l'intention du Conseil et du Conseil européen sur la stratégie antidrogue de l'UE (2005-2012) (2004/2221(INI)), Rapport dit Catania, 2004.
[18] Trafic de drogue… Trafic d’Etats, E. Merlen, F. Ploquin, Fayard, 2002, 289 p.
[19] Nous sommes en « période rouge » en terme de risques, Rapport SCPC pour l'année 2008, Service Central de Prévention de la Corruption - Ministère de la Justice, octobre 2009.
[20] Le paradis n’est pas de cette terre : menaces réelles et imaginaires du recyclage de l’argent de la drogue, Duván Ocampo, Mémoire, ENA, 2004
[21] Environ 10% du marché légal des cigarettes, sur infosud.org.
[22] « A Report on Global Illicit Drugs Markets 1998-2007 », Peter Reuter (RAND) and Franz Trautmann (Trimbos Institute). Cette étude a été produite par les instituts Trimbos et RAND, le soutien financier de la Commission Européenne.
[23] Slate.fr, 1er fév.rier 2010, http://www.slate.fr/story/16335/drogues-cocaine-marijuana-legalisation.
[24] L’administration Obama rompt avec la « Guerre à la drogue », Richard Hétu, La Presse, www.cyberpresse.ca, 15 mai 2009.
[25] Figure gauche : « US Drug Prices and Incarceration of Drug Law Violators », P. Reuter, 2004, The Incarceration of Drug Offenders, an overview, Dave Bewley-Taylor, Chris Hallam, Rob Allen, Beckley Foundation, mars 2009,       Figure droite : « Trends in Marijuana Pricing and Law Enforcement  – 1990 to 2000 ». R. S King and M. Mauer ,The War on Marijuana : The Transformation of the War on Drugs in the 1990s, Harm Reduction Journal 2006, p. 5.
[26]Globalization and the Price Decline of Illicit Drug, Claudia Costa Storti, Paul De Grauwe, Research papers, International Journal of Drug Policy 20 (2009), pp. 48–61.
[27] Dictionnaire Géopolitique des drogues, La drogue dans 134 pays, Productions, trafics, conflits, usages, Alain Labrousse (Éd.), Editions De Boeck, 2003, 745 p.
[28] http://blog.drugpolicy.org/2010/02/spice-wars.html, et l’Arrêté publié au Journal officiel du 27 février 2009.
[29] « Le Maroc était jusqu'en 2007 le plus important producteur de cannabis au monde, selon les Nations unies, mais il pourrait avoir été supplanté depuis par l'Afghanistan. Les superficies cultivées en cannabis au Maroc sont passées de 134.000 hectares en 2003 à 56.000 hectares en 2009, soit une baisse de 60%, selon Khalid Zerouali », AFP, 09/01/10
[30]cf. page 95 du Rapport de l’ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime), juin 2009. Voir aussi : Afghanistan Cannabis Survey 2009, ONUDC, avril 2010.
[31] cf. carte page 90, ibid.
[32]Tableau de l’ONUDC, Rapport 2009, p. 91. Page 95, il est également affirmé que les surfaces cultivées de cannabis en Afghanistan, absent du tableau (comme d’autres telle la Jamaïque), seraient en 2008 équivalentes à celles du Maroc. Nous pouvons seulement faire des hypothèses sur un « effet ballon » : la stagnation, voire la diminution de l’offre marocaine aurait des répercussions.
[33] L'euro fort met fin à la love story entre dollars et dealers, Arnaud Aubron, Rue89,15 mai 2007 
[34] Yves Lacoste, " Géopolitique des drogues illicites ", revue Hérodote, 2004, p. 3.
[35] « La lutte contre le tabagisme marque le pas », Le Figaro, 11 mars 2010 
[36] « [Drogues : sept ans d'hiver] »Entretien avec Anne Coppel, réalisé par Aude Lalande, Vacarme, n°48, été 2009
[37] « La drogue, ennemi public n° 1 », Liaisons - Le magazine de la Préfecture de Police, Mars 2010, op. cit., p. 24
[38] « Estimating drug harms : a risky business? », Professeur David Nutt, Centre for Crime and Justice Studies, King’s College London, octobre 2009
[39] « It's lack of balance that makes skunk cannabis do harm », Amanda Feilding and Paul Morrison, New Scientist Magazine, n°2744, 26 janvier 2010.
[40] Le cannabis rapport du Comité spécial du Sénat
sur les drogues illicites,
Presses de l'université de Montréal, 2003.
[41] Sénateurs français et canadiens : deux conceptions des drogues, Analyse comparative, M. Heard, SWAPS, nº 32/33
[42] Dictionnaire des drogues, des toxicomanies et des dépendances, D. Richard, J.L. Sénon, Éd. Larousse, 1999
[43] « Créer et promouvoir une culture de référence commune sur les produits psychoactifs », Évaluation du plan triennal de lutte contre la drogue et de prévention des dépendances (1999-2002), Rapport général, Sous la direction de M. Setbon, O. Guérin, S. Karsenty, P. Kopp, OFDT, septembre 2003, pp. 65-74
[44] Requiem pour la guerre à la drogue ; L’expérimentation portugaise de décriminalisation, Candido Da Agra, Déviance et Société, 2009, vol. 33, n°1, pp. 27-49.
[45] Henri Bergeron, Sociologie de la drogue, Collection Repères, La Découverte, Juin 2009, p. 90
[46] Guide pour les élus locaux, Usage de drogues, services de 1ères lignes et politiques locales, Forum Européen pour la Sécurité Urbaine (FESU), Programme Démocratie, Villes & Drogues, février 2008.
[47] Rapport d’évaluation de la procédure d’ivresse publique et manifeste (IPM), IGA – Ministère de l’Intérieur, février 2008
[48] Mission d’étude sur le réseau des centres interministériels régionaux sur les drogues et les dépendances (CIRDD), IGA - Ministère de l’Intérieur, juillet 2008
[49] Rapport de la commission des lois sur la proposition de loi de M. André Vallini et plusieurs de ses collègues visant à instituer la présence effective de l'avocat dès le début de la garde à vue, n° 2372, Assemblée Nationale, 24 février 2010
[50] Drug Policy Guide, International Drug Policy Consortium (IDPC), mars 2010, pp. 17-55.

 

Commentaires
Par zz Le 06/11/2011
2

suite à toute la polemique sur ce sujet
une simple suggestion
pourquoi ne pas faire des zones controlées dans lesquelles nous lacherions du leste
il y a tant de quartier en france ou les jeunes galerent
ou ces jeunes n'ont acces à rien d'autres
essayons de nous servir de ca
tant de pays ou ca marche
mais INSECURITE resume tout il faut faire peur

Par Chicago Le 31/10/2011
38

Pour aller dans le sens de l' "inévitable" légalisation future de l'usage du cannabis, il serait bon de pénaliser les délits de petite consommation. Soit une amende dont la somme serait a définir.
Ca permettrait:
1) d'arrêter toutes les dépenses publiques liées au processus judiciaire (garde a vue, procès, détention, etc...)
2) de capitaliser sur les pv
3) d'investir pour la prévention de la lutte contre les autres drogues

Par jeuxelle Le 18/08/2011
4

Bravo pour cet excellent article mais j'arrêterais jamais de la répéter, les gens ne font que retarder l'inévitable. Un jour ils n'auront pas d'autre choix que de légaliser l'usage du cannabis, comme c'est déjá les cas dans plusieurs pays. Et je ne pense pas que la consommation soint plus grande dans ces pays, ou qu'ils sont plus dangereux que le nôtre.

Par OK, OK, mais qu'est-ce que tout cela prouve ? Le 28/05/2011
3

ça y est, on en revient à la diabolisation du cannabis des heureux débuts, quand le cannabis était l'herbe des nègres et mexicains, l'herbe tueuse du Mexique etc...
L'important pour ces scientifiques ou pseudo-scientifiques, qui brossent le pouvoir policier dans le sens de ses intérêts, c'est de justifier la prohibition. Ces mêmes idiots utiles, avec le même aplomb, nous ont seriné, des décennies durant la théorie de l'escalade, de la drogue de passage vers l’héroïne etc etc...
Les mafias qui ont pu bâtir des empires financiers gigantesques sur le marché noir des stupéfiants, remercient reconnaissantes ces ces tristes sires, idiots très utiles à leur business...

Par cannater Le 19/04/2011
-70

cadurciens ont saisi près de 900 gr de résine de cannabis dans une cave à Cahors. Un individu de 23 ans a été interpellé, il avait sur lui 2 600 euros en espèces. Les « savonnettes » estampillées étaient dissimulées dans une boîte à outils.

L'individu interpellé mercredi par les policiers de Cahors était un homme méthodique. La drogue retrouvée dans sa cave était méticuleusement rangée, empaquetée et même estampillée. Un travail « consciencieux » qui n'a pas empêché le suspect âgé de 23 ans de se retrouver quelques heures plus tard, placé en garde à vue au commissariat de police.

La police avait mené, ce jour-là, une opération « coup-de-poing » dans plusieurs quartiers de la ville à la recherche de produits stupéfiants. Un chien antidrogue avait été spécialement acheminé depuis Toulouse pour participer à ces investigations.

Dans le quartier de la Croix de Fer, l'animal a marqué en passant devant une cave flairant une odeur suspecte. Remontant jusqu'à l'appartement, les policiers ont demandé au locataire de leur ouvrir la pièce en sous-sol. Une fois à l'intérieur de la cave, le chien a de nouveau marqué devant une boîte à outils. C'est là que les forces de l'ordre retrouveront la drogue. « Les neuf savonnettes de résine de cannabis pesant chacune 100 gr, étaient enroulées dans un papier d'emballage résistant. Elles portaient chacune une marque » indique le commandant Luc Laberche du commissariat de Cahors.

L'homme qui avait ouvert la cave était, alors fouillé par les enquêteurs. La palpation leur permit de faire une autre découverte, il dissimulait sur lui une coquette somme en liquide, 2 600 euros, rangés avec ordre et méthode. « Les billets étaient pliés, et classés selon leur valeur » rapporte l'officier de police.

L'individu placé en garde à vue, n'aurait livré aucune explication sur l'origine de la drogue et sur cet argent trouvé en sa possession. La quantité découverte impliquerait l'existence d'un trafic à l'échelle locale. L'homme bien connu des services de police a été placé en détention à la maison d'arrêt de Cahors ; il y restera jusqu'à lundi, 14 heures, jour de sa comparution immédiate devant le tribunal correctionnel.
Le chiffre : 100

barrettes > Cannabis. La quantité de drogue saisie par les policiers équivaut à environ 100 barrettes de cannabis dont la valeur à l'unité est de 20€

Par Claude GILBERT Le 15/04/2011
21

Le cannabis c'est bien, mais pourquoi ne pas envisager toutes les substances dites "drogues"? L'interdiction produit nécessairement une pègre qui investit ses profits dans d'autres activités illégales (armes, prostitution, entre autres calamités) et pour acheter les appuis qui la confortent (immense gangrène dans tous les pays). Supprimer une très large part de ces profits criminels me semble un devoir premier. Ensuite, et dans le même temps, il faut s'occuper de soigner ceux qui souffrent (les drogués, comme on dit), protéger les jeunes (par le contrôle de la qualité des produits autant que par une saine communication sur les dangers et par une interdiction de vente aux mineurs).
Cette vente "libre" mais contrôlée permet également de maintenir les ressources des paysans qui vivent de la culture de la coca, du chanvre et du pavot (pourquoi pas un système de commercialisation de type solidaire?).
Les arguments sécuritaires et moraux ne font que couvrir le maintient et le développement de mafias (bravo et merci au maire de Sevran, à Michel, Henry et à tous ceux qui montrent le bon chemin pour sortir de ce vrai problème).

Par souris Le 06/04/2011
-15

Afin d'étudier le développement de tumeurs en présence de THC, l'expérience suivante a été réalisée :

1. Des souris ont été traitées par des injections de THC (5 mg/kg, quatre fois par semaine), pendant deux semaines.
2. Des cellules cancéreuses (lignée L1C2) ont été implantées dans les souris (implantation de 105 cellules). Cette lignée correspond à des cellules présentes dans des cancers du poumon chez la souris.
3. Les souris ont continué à recevoir le même traitement par du THC, et la taille de la tumeur formée par les cellules cancéreuses a été mesurée trois fois par semaine.

Cette expérience a été réalisée chez des souris "normales", immunocompétentes, c'est à dire capable de réaliser des réactions immunitaires, mais aussi chez des souris SCID. Les souris SCID sont dites immunodéficientes, car ne possédant pas de lymphocytes T.

[cliquer pour accéder à l'image agrandie]

Figure 1. Le THC augmente la tumorigénicité chez les souris immunocompétentes.

En présence de THC, on peut observer une croissance nettement augmentée des tumeurs.

[cliquer pour accéder à l'image agrandie]

Figure 2. Le THC n'augmente pas la tumorigénicité chez les souris immunodéficientes.

En présence de THC, on n'observe aucune variation par rapport au témoin dans la croissance des tumeurs chez des souris SCID, immunodéficientes.

Cette expérience montre que le THC augmente la tumoréginicité chez les souris immunocompétentes : ces tumeurs se développent de manière bien plus importante en présence de THC.
Cet effet n'est pas présent chez des souris déficientes au niveau du système immunitaire : Ceci suggère que le THC pourrait agir comme un immunosuppresseur, c'est à dire qu'il réduirait la réponse immunitaire présentée normalement par une souris face au développement d'une tumeur. Les souris SCID ne possédant pas une telle immunité antitumorale, le THC n'aurait alors pas d'effet sur elles...

Par tetrahydrocannabinol Le 06/04/2011
-12

Figure 5. Le THC inhibe les capacités de réponse des lymphocytes T.

En présence de THC, les capacités des lymphocytes T à répondre à une stimulation par des cellules présentatrices d'antigènes (cellules qui vont, ici, "informer" les lymphocytes de la présence d'une tumeur) sont réduites.

Légendes :
APC : T cell ratio = proportion de cellules présentatrices (APC) par rapport aux lymphocytes T (nombre fixe de L T : 4x105)
cpm = coups par minute (mesure de la radioactivité)

Cette expérience confirme que le THC a pour action de diminuer la réactivité des lymphocytes T. Ceci est confirmé par une expérience complémentaire : si l'on prélève des lymphocytes T, puis qu'on les injecte dans une souris ayant reçu des cellules cancéreuses, on observe un développement important des tumeurs (semblable à ce que l'on observait chez les souris traitées par le THC).

Cette action du THC a lieu via le récepteur CB2 au THC : en présence d'un antagoniste spécifique de ce récepteur, les conséquences d'un traitement au THC sur le développement des tumeurs n'est plus présent.

V- Conclusion

Les expériences présentées ici montrent un effet du THC, composé actif du Cannabis, sur les lymphocytes T. En modifiant les secrétions de cytokines, dans le sens d'une inactivation de ces cellules, le THC a pour effet de diminuer la réaction anti-tumorale, intervenant lors de la réponse immunitaire face au développement d'un cancer. Ces résultats confirment d'autres résultats, qui donnent au THC un effet immunosuppresseur. Il est intéressant de noter que le THC produit cet effet immunosuppresseur par le biais des lymphocytes T. Ceci démontre, une fois encore, le rôle fondamental de ces cellules lors d'une réponse immunitaire.

Le THC agit ici probalement grâce au récepteur CB2 (le récepteur intervenant dans le cerveau est le récepteur CB1). On peut discuter sur les méthodes employées ici (injection de THC, et non respiration de fumées, etc.), mais les doses employées (5 mg/kg) présentent la caractéristique intéressante d'être cohérentes avec les doses que s'administre un fumeur régulier.

Ce résultat est particulièrement intérressant lorsque l'on se rappelle que la fumée de marijuana présente 4 fois plus de goudrons que la fumée du tabac (environ 50 mg de goudrons dans un joint, contre 12 mg pour une cigarette de tabac). Le Cannabis semble ainsi plus cancérigène que le tabac, pouvant être à l'origine de cancer des voies respiratoires (en particulier des poumons). En effet, en plus de cette teneur en goudrons, la concentration en produits cancérigènes est plus élevée dans une cigarette de Cannabis que dans une cigarette de tabac. Enfin, les effets bronchodilatateurs du THC pourraient favoriser la rétention des goudrons au niveau des voies aériennes supérieures... L'intérêt particulier de l'étude présentée ici est, dans cette optique, que ces travaux ont été menées avec des cellules tumorales de lignées de cancer du poumon...

Référence :

Cette page a été réalisée d'après l'article de recherche : delta-9-tetrahydrocannabinol inhibits antitumor immunity by a CB2 receptor-mediated, cytokine-dependant pathway, L Zhu et al., J. Immunology (2000) 165: 373-380.

Par thc Le 06/04/2011
-20

Le Cannabis est une drogue d'usage largement répandu dans la population française, et en particulier chez les jeunes. Elle est au centre d'un débat passionné sur son classement en drogue "dure" ou "douce", sa légalisation, tolérance, etc. Le but de ce document n'est bien évidemment pas de rentrer dans de telles polémiques...
Le Cannabis reste pour beaucoup de gens (en particulier d'usagers) une grande inconnue quant à ses réels effets et conséquences scientifiques.

Le but de ce document est de présenter quelques expériences montrant, chez la souris, un effet du Cannabis sur le système immunitaire, et en particulier les lymphocytes T. Un deuxième document vise, sans rentrer dans aucune polémique, à faire un rapide tour d'horizon des connaissances scientifiques sur le Cannabis.

Le Cannabis produit ses effets sur le cerveau par le biais du THC (TetraHydroCannabinol). En plus de son action sur le système nerveux central, il a été montré que le THC agit comme un modulateur du système immunitaire, aussi bien in vitro que in vivo. Le THC présenterait en particulier des effets immunosuppresseurs sur les macrophages, les cellules NK et les lymphocytes T.
Les lymphocytes T ont un rôle de modulateur de la réponse immunitaire, en agissant par des secrétions de cytokines : des cytokines inhibant l'immunité à médiation cellulaire et la réponse antitumorale (IL-10, etc.), et des cytokines activant l'immunité à médiation cellulaire (Interféron gamma (IFN-γ), etc.).

Les expériences présentées ici ont pour objet d'étudier l'influence du THC sur la réponse immunitaire au cancer du poumon.

II- THC et tumeurs

Afin d'étudier le développement de tumeurs en présence de THC, l'expérience suivante a été réalisée :

1. Des souris ont été traitées par des injections de THC (5 mg/kg, quatre fois par semaine), pendant deux semaines.
2. Des cellules cancéreuses (lignée L1C2) ont été implantées dans les souris (implantation de 105 cellules). Cette lignée correspond à des cellules présentes dans des cancers du poumon chez la souris.
3. Les souris ont continué à recevoir le même traitement par du THC, et la taille de la tumeur formée par les cellules cancéreuses a été mesurée trois fois par semaine.

Cette expérience a été réalisée chez des souris "normales", immunocompétentes, c'est à dire capable de réaliser des réactions immunitaires, mais aussi chez des souris SCID. Les souris SCID sont dites immunodéficientes, car ne possédant pas de lymphocytes T.

[cliquer pour accéder à l'image agrandie]

Figure 1. Le THC augmente la tumorigénicité chez les souris immunocompétentes.

En présence de THC, on peut observer une croissance nettement augmentée des tumeurs.

[cliquer pour accéder à l'image agrandie]

Figure 2. Le THC n'augmente pas la tumorigénicité chez les souris immunodéficientes.

En présence de THC, on n'observe aucune variation par rapport au témoin dans la croissance des tumeurs chez des souris SCID, immunodéficientes.

Cette expérience montre que le THC augmente la tumoréginicité chez les souris immunocompétentes : ces tumeurs se développent de manière bien plus importante en présence de THC.
Cet effet n'est pas présent chez des souris déficientes au niveau du système immunitaire : Ceci suggère que le THC pourrait agir comme un immunosuppresseur, c'est à dire qu'il réduirait la réponse immunitaire présentée normalement par une souris face au développement d'une tumeur. Les souris SCID ne possédant pas une telle immunité antitumorale, le THC n'aurait alors pas d'effet sur elles...
Pour aller plus loin

La lignée utilisée (L1C2) est faiblement tumorigène. Il est possible d'immuniser les souris contre cette tumeur en leur injectant des cellules L1C2 irradiées : les souris sont alors résistantes à cette tumeur. Or, dans le cas de souris traitées (de la même manière que précédemment) par le THC, on s'aperçoit que leur résistance, face à nouvelle implantation de cellules tumorales L1C2, est réduite (voir tableau ci-dessous). Ce résultat confirme l'effet de baisse de l'immunité antitumorale induite par le THC.
Expérience : après avoir immunisé des souris par des cellules L1C2 irradiées, ces souris sont soumises à différentes doses de cellules L1C2 cancéreuses. 8 souris sont traitées dans chaque expérience, et le nombre de souris rejetant la tumeur implantée est compté.
Nombre de cellules cancéreuses (L1C2) implantées Nombre de souris rejetant la tumeur / Total
THC contrôle
1 x 105 8 / 8 8 / 8
2 x 105 5 / 8 8 / 8
3 x 105 4 / 8 8 / 8

III- THC et cytokines

Les réactions antitumorales font intervenir des secrétions de molécules diffusibles par les lymphocytes : les cytokines. L'effet du THC sur les secrétions de cytokine a donc été observé :
Effets du THC sur les secrétions de cytokine
au niveau de la tumeur au niveau de la rate
TGF-ß
(ng/ml/500 mg tumeur) IL-10
(pg/ml/500 mg tumeur) IFN-γ
(pg/ml/500 mg tumeur) TGF-ß
(ng/ml/106 cellules) IL-10
(pg/ml/106 cellules) IFN-γ
(pg/ml/106 cellules)
contrôle 18,7 (±1,5) 819 (±192) 190 (±20,9) 1,2 (±0,1) 18,3 (±1) 37,3 (±6,5)
THC (5 mg/kg) 35,4 (±3,2) 1491,3 (±166,1) 73,2 (±2,3) 1,8 (±0,1) 39,6 (±9,5) 21,1 (±0,5)

(La rate est un organe lymphoïde, où les secrétions de cytokine ont un effet fondamental sur l'activation de cellules immunitaires )

Par cannabi Le 06/04/2011
-115

MessageI- Introduction

L'Anandamide (ou arachidonylethanolamide) est un agoniste endogène du récepteur au THC présent dans le cerveau des Mammifères. Les spermatozoïdes d'oursin possèdent un récepteur aux cannabinoïdes similaire. Chez l'oursin Strongylocentrotus purpuratus, le THC et l'Anandamide réduisent les capacités de fertilisation du sperme, en inhibant la réaction acrosomiale. Ceci suggère que le récepteur aux cannabinoïdes des spermatozoïdes d'oursin joue un rôle dans le blocage de la réaction acrosomiale.

Rappel : la réaction acrosomiale du spermatozoïde consiste en l'exocytose de la vésicule acrosomiale ; ceci a pour effet de libérer de nombreuses enzymes, indispensables au spermatozoïde pour arriver jusqu'à la membrane de l'ovocyte, et ainsi pouvoir réaliser la fécondation.

II- Expérience 1 : effet de l'Anandamide et du THC sur les capacités de fertilisation

Expérience :
Du sperme ou des ovocytes ("oeufs") d'oursin sont incubés pendant 5 minutes par du THC ou de l'Anandamide en concentrations variables (de 0,1 à 5 uM). La capacité de fertilisation est ensuite testée par incubation pendant 5 minutes avec des ovocytes ou du sperme non traité.

Résultat :
L'Anandamide (ou le THC) n'a aucun effet sur les ovocytes d'oursin. Au contraire, ces deux cannabinoïdes induisent une baisse des capacités de fertilisation du sperme, de manière dose-dépendante.

III- Expérience 2 : effet de l'Anandamide et du THC sur la réaction acrosomiale>

Expérience :
Du sperme d'oursin est incubé pendant 5 minutes par du THC, de l'Anandamide, ou de l'acide arachidonique (précurseur de l'Anandamide - Témoin négatif) en concentrations variables (de 0 à 25 uM). La réaction acrosomiale est ensuite testée par ajout de gangue d'ovocyte d'oursin, puis observation éventuelle de la-dite réaction au microscope.

Résultat :
L'acide arachidonique n'a pas d'effet sur la réaction acrosomiale. Au contraire, le THC comme l'Anandamide la réduise fortement, de manière dose-dépendante.

IV- Discussion

L'Anandamide ou la THC inhibe la réaction acrosomiale chez l'oursin, réduisant ainsi les capacités de fertilisation du sperme. Il est ainsi possible que l'Anandamide (présente dans le cerveau des Mammifères) soit un ligand naturel du récepteur aux cannabinoïdes du sperme d'oursin ; cette molécule jouerait alors peut-être un rôle dans la régulation des fonctions spermatiques avant et/ou pendant la fécondation.

Le gène du récepteur aux cannabinoïdes est aussi exprimé dans le testicule humain. Il est donc possible (mais non testé) que de tels effets soient observables chez l'homme.

On peut noter que l'existence de ce récepteur aux cannabinoïdes chez les Echinodermes comme chez les Mammifères suggère une origine ancienne de ce récepteur, et donc du rôle de l'Anandamide dans divers tissus d'animaux deutérostomiens.

IV- Références

Cet article a été réalisé d'après l'article de recherche : "Anandamide, a brain cannabinoid receptor agonist, reduces sperm fertilizing capacity in sea urchins by inhibiting the acrosome reaction", Schuel et al., Proc. Natl. Acad. Sci.(1994), 91: 7678-7682

Par olivier poulain Le 06/04/2011
0

Également dans l'actualité : Le livre de Michel Henry " Drogues - Pourquoi la légalisation est inévitable " aux Éditions Denoël Impact. Ce journaliste à Libération cite cette note de Terra Nova dans son contexte.
Et, dans la même dynamique, il est possible de regarder l'excellent " Un oeil sur la planète ", sur le site de ce magazine géopolitique de la rédaction de France 2...

Par Le 05/04/2011
112

Brava Mamie nova pour cette note extrêmement intéressante qui met si bien en en en en en avant les innombrables points positifs d une légalisation !!!! Il faut que le débat ait lieu pour faire évoluer les menthes alitées.......

Merci mamie nova

Par baptiste lec Le 05/04/2011
0

Bravo pour cet article qui met bien en en avant les nombreux points positifs d une légalisation! le débat doit avoir lieu pour donner suite au changement des mentalités ..
Merci terra nova

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