NOTE
Contre l'échec scolaire, agir dès la petite enfance
Note Par Daniel Bloch .
Le 20/12/2010
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La lutte contre l'échec scolaire en France est une priorité qui doit être conduite dès le plus jeune âge. Les chiffres sont éloquents : les élèves en difficulté dès le cours préparatoire le demeurent jusqu'à la sortie du collège. C'est par ailleurs un impératif de justice sociale : les jeunes qui s'installent dans l'échec scolaire sont d'abord ceux issus des milieux les plus défavorisés. Traiter au plus tôt ce problème contribue également à en réduire le coût pour la collectivité, et à améliorer le niveau général des élèves. Selon Daniel Bloch, ancien recteur d'académie, les orientations actuelles ne vont pas dans le bon sens : les progressistes doivent ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour relever le défi de l'échec scolaire.

SYNTHESE
 

Thème fortement ancré dans le débat éducatif, l’échec scolaire constitue un défi pour de nombreux systèmes de formation, notamment en France. L’exclusion précoce d’une partie d’une génération des bénéfices d’une scolarité réussie conduit à des difficultés qui handicapent toute leur vie professionnelle et sociale ultérieure. Non seulement l’échec scolaire est souvent une « sortie de route » du système éducatif, avec un faible espoir de seconde chance (que ce soit dans la formation initiale ou dans la formation professionnelle et continue), mais de plus il survient très tôt. Les élèves en échec ou en décrochage ont souvent accumulé des difficultés depuis l’école primaire. Or, plus les difficultés scolaires surviennent précocement, plus leur traitement doit l’être pour être réellement efficace. Une intervention tardive est non seulement coûteuse, mais de plus risque de ne pas être couronnée de succès.

Cette note préconise de prendre le problème de l’échec scolaire à la racine, c'est-à-dire au début de la scolarité obligatoire, où s’acquièrent et se construisent les bases des compétences nécessaires. Il souligne de ce point de vue qu’il faut concentrer l’attention - et les moyens - en amont. Au lieu de se focaliser sur le secondaire, et notamment sur le collège - le « collège unique » étant accusé de nombreux dysfonctionnements -, il faut s’attaquer en priorité, dès la petite enfance, aux sources des difficultés scolaires. Cette stratégie précoce est fondamentale : le destin scolaire d’un élève se joue avant la 6ème, en particulier lors de l’apprentissage de la lecture.

La stratégie proposée est économiquement la plus rationnelle : en effet, l’école primaire française est sous-financée en termes de comparaison internationale. Un effort financier prioritaire à son bénéfice lui permettrait d’assurer sa mission sereinement, tout en évitant des coûts plus élevés par la suite, que ce soit dans le secondaire ou dans le drame du décrochage scolaire d’une partie encore trop importante de la jeunesse. L’effort en faveur de l’école primaire est en outre socialement le plus juste, car les jeunes qui s'installent dans l'échec scolaire, avec peu d'espoir d'en sortir, sont d'abord des jeunes issus des milieux les plus défavorisés. Traiter le problème de l’échec scolaire au plus tôt est de ce point de vue une mesure de justice sociale.

Cela passe par une action sur le taux d’encadrement des élèves du premier degré, qui doit être amené à un niveau plus raisonnable ; par une refonte des dispositifs de pilotage pédagogique de l’enseignement primaire, de la direction des écoles à l’inspection générale, en les professionnalisant ; par le renforcement du dispositif de formation initiale et continue des personnels d‘éducation, actuellement sinistré et par la redéfinition des relations avec les collectivités territoriales, les associations du périscolaire et les parents, pour que chacun apporte sa pierre à la construction des compétences des enfants.

 

NOTE

Les évaluations nationales établissent qu’en première année du cours élémentaire (CE1) 25 % des élèves sont en difficulté en français. En mathématiques aussi, 25 % des élèves n'ont pas le niveau attendu. Au cours de la deuxième année du cours moyen (CM2), trois années plus tard, ces « performances » ne se sont pas améliorées : 25 % d’élèves n'ont pas le niveau minimum requis en français et 35 % ne l'ont pas non plus en mathématiques. Les tests internationaux de lecture, organisés dans le cadre du « Process in International Reading Literacy Studies » ou PIRLS conduit par le centre d’études internationales du Collège de Boston, confirment ces ordres de grandeur. Ces tests, passés à l’issue de la 4ème année de l’enseignement obligatoire - le CM2 en France – et environ à 10 ans, concluent qu’en France, en 2006, 24 % des élèves sont en difficulté. A l’âge de 15 ans, comme l’établissent les évaluations de l’OCDE (PISA) un peu plus de 20 % des élèves sont encore en grande ou très grande difficulté en mathématiques, en sciences ou encore dans le domaine de la compréhension de l’écrit.

Depuis les premières années de l’enseignement primaire jusqu’à la fin du collège, la proportion d’élèves n'ayant pas atteint le niveau minimum requis ne varie pas. Quelques élèves, bien sûr, peuvent s’en sortir par le haut, pendant que d'autres, pour des raisons diverses, rejoignent cette cohorte de l’échec. Mais pour l’essentiel, il s’agit bien des mêmes élèves qui, en difficulté dès le cours préparatoire, le demeurent jusqu'à la sortie du collège. Ils sortiront de l’enseignement général sans avoir obtenu un baccalauréat, ou de l’enseignement professionnel sans CAP en poche. Ils rencontreront de considérables difficultés dans la recherche d’un emploi, et seront les premiers touchés par le chômage. Et il ne s’agit là que de moyennes, la proportion de jeunes en difficulté atteignant des valeurs bien supérieures dans les quartiers sensibles, avec toutes les conséquences délétères qui s’ensuivent. Ce taux national d’échec, massif, est quatre fois supérieur à ce qu’il est en Finlande, qui est le « bon élève de la classe », mais deux fois supérieur par exemple à ce qu’il est dans des pays comme le Canada, la Corée, le Japon ou les Pays-Bas.

Une fois les difficultés scolaires installées, le plus souvent dès le cours préparatoire, les mesures de « soin », même si elles demeurent indispensables, s’avèrent peu efficaces. A l’inverse, des procédures pédagogiques préventives adaptées peuvent réduire de façon très significative, dans chaque classe, la proportion d’élèves en difficulté.

Toutes les données le confirment au delà de l’évidence de la formule : réduire la proportion de jeunes en difficulté, c'est presque automatiquement accroître d'autant en même temps la proportion d’excellents et de très bons élèves. Cet effet, qui est valable pour chaque classe, l’est aussi au niveau du pays tout entier : dès lors que la proportion de mauvais élèves décroît, celle des très bons élèves progresse. Et dans notre pays, la proportion de ces très bons élèves est d’autant plus faible que celle des mauvais élèves est élevée.

1 - DES EXPERIENCES PEDAGOGIQUES QUI FONCTIONNENT POUR LUTTER CONTRE L’ECHEC SCOLAIRE DES LA PETITE ENFANCE

Les expériences conduites en France comme à l’étranger établissent que des méthodes pédagogiques adaptées, de nature préventive, fortement structurées, pouvant s’appliquer dès la crèche mais dont l’utilité jusqu’au cours élémentaire est établie, permettent d’élever largement le niveau des élèves, et particulièrement dans les écoles les plus difficiles. Pour réduire l’échec scolaire de façon massive, il faut ainsi accorder une importance toute particulière à l’éducation des plus jeunes enfants, mettre à la disposition des enseignants des boîtes à outils pédagogiques adaptées et dont l’efficacité a été préalablement démontrée, transformer leurs approches, souvent individuelles, en actions collectives d'équipes soudées, coordonner leurs actions avec celles menées par les institutions et intervenants assurant les activités périscolaires et aussi maintenir le contact avec les parents, même s'il ne s'agit pas là d'un cap facile à tenir dans la durée.

C'est ainsi – mais ce n'est qu'un exemple qui établit qu'une autre pédagogie est possible - qu'a été développé à Grenoble le dispositif Parler centré sur l'acquisition du langage oral et des pratiques liées à l'écrit, programme qui a pris place dès 2005 dans des écoles de quartiers sensibles, et qui s'est étendu sur les trois années du cycle II (grande section de maternelle, cours préparatoire et première année du cours élémentaire). Cette expérimentation se développe actuellement, à l'initiative des collectivités territoriales, dans diverses écoles de métropole, mais aussi d'outre-mer, par exemple en Martinique. Elle met en relation l'école, les familles et les intervenants du périscolaire présents dans les quartiers. Elle est actuellement élargie en direction des plus jeunes enfants, ceux du cycle 1 (premières années de l'école maternelle) mais aussi en crèche: c'est le programme « Parler Bambin ».

(Graphique 1 - en teléchargement)

Répartition des élèves selon le niveau de compréhension de l’écrit, dans le groupe témoin, dans le groupe expérimental Parler et en moyenne nationale. Non seulement le nombre de mauvais élèves est nettement inférieur dans le groupe Parler à ce qu'il est dans le groupe témoin, mais il est également inférieur à ce qu'il est en moyenne nationale. On note également que lorsque le nombre de mauvais élèves décroît, celui des bons élèves augmente dans la même proportion.
Il s'agit dans tous les cas d'organiser, quelques heures par semaine, le travail en petits groupes de niveau, afin notamment de transformer la relation frontale, quasi unidirectionnelle, entre le professeur ou l'éducateur et ses élèves en une relation personnalisée et interactive. Il importe également d'agir sans attendre : dès que des difficultés d'apprentissage apparaissent, il ne faut pas les laisser s'installer. Il est également essentiel – même si cela est difficile à installer dans la durée- d'associer les parents à cette démarche, en leur donnant des clefs destinées à développer les interactions langagières avec leurs enfants, et peu importe ici qu'ils se parlent ou non en français .

Le travail pédagogique peut porter ses fruits, y compris sans moyens supplémentaires. Mais ses effets seront limités car il dépend largement de la capacité à travailler avec des petits groupes d'enfants, ce qui est difficile à mettre en œuvre dès lors que les effectifs sont importants. De plus, pour mettre en œuvre efficacement cette stratégie éducative, nouvelle dans notre pays, il importe de développer aussi la formation initiale et continue des intervenants, d'alimenter cette formation par les résultats de la recherche pédagogique, malheureusement aujourd’hui laissée dans l'ombre, y compris lorsqu'elle de bonne qualité, de disposer de conseillers pédagogiques plus nombreux, et aussi mieux formés, de donner du temps pour la concertation entre les enseignants, pour qu’ils interagissent..

Le ministère de l'Education nationale met souvent en avant, pour justifier les effectifs actuels des classes, le fait que les expériences dans lesquelles ces effectifs sont fortement réduits ne conduisent qu'à des améliorations difficilement perceptibles du niveau des élèves. Ces expériences ne démontrent qu'une chose, à savoir que sans modification des méthodes pédagogiques, la réduction des effectifs est peu efficace. Elles n'établissent pas que des méthodes pédagogiques adaptées puissent produire des résultats. Et que ces résultats sont d'autant plus positifs que les effectifs des classes sont plus raisonnables. C'est bien ce que démontre l'expérience décrite ci-dessus, expérience conduite avec toute la rigueur scientifique nécessaire.

2 - UNE POLITIQUE DE FORMATION DES ENSEIGNANTS ET DE REDUCTION DES COUTS QUI VA A L’ENCONTRE DE LA LUTTE CONTRE L’ECHEC SCOLAIRE

A l’inverse, réduire comme on le fait aujourd’hui, de façon systématique et irréfléchie, le taux d’encadrement dans le premier degré constitue un non-sens, tant ce taux d’encadrement est faible dans notre pays, où nous disposons d’à peine un personnel d’éducation pour 20 élèves, à comparer à environ un pour 15 élèves en Suède, en Finlande, au Danemark - et même aux États-Unis. Un meilleur taux d'encadrement favorise l'établissement de relations individualisées entre le maître et ses élèves, indispensables à leur réussite.

L’ « effet-maître » est un paramètre essentiel dans le progrès des élèves. Il existe des maîtres qui sont certes meilleurs que d'autres, mais ce paramètre dépend largement de la formation reçue. Même si la qualité de la formation des enseignants dans les instituts de formation des maîtres (IUFM) présentait une marge potentielle de progrès, la réforme de ces instituts, se traduisant par une économie de 15 000 emplois, économie de plus accompagnée d’un effondrement des crédits de formation continue attribués aux Académies, contribuera à détériorer encore le niveau de cette formation, facteur aggravant encore l'effet des suppressions d'emplois. On peut souligner que selon les informations venant de certaines académies, les crédits de formation continue ont fondu de 50%. C’est un affaiblissement sans précédent des dispositifs des Plans Académiques de Formation (PAF) destinés à former les personnels, dont on ne voit pas comment ils pourront être conduits avec un financement aussi réduit.

Cette réduction des temps de formation constitue de fait un déni du caractère professionnel du métier d’enseignant. La « mastérisation », c'est-à-dire le recrutement des enseignants à l'issue des études conduisant à un master n'est pas dans son principe critiquable. Mais telle qu’elle est conçue aujourd’hui, dans son organisation et dans ses contenus, elle ne répond pas aux nécessités de l’apprentissage du métier d’enseignant. Imaginerait-on aujourd’hui engager comme ingénieur des jeunes qui n’auraient pas effectué de véritables études d’ingénieurs à temps complet, pendant deux et plus souvent trois années ? Le temps des « ingénieurs-maison » est derrière nous, mais celui des enseignants-maison devant nous... De ce fait, le risque est particulièrement grand de voir les nouveaux enseignants en difficulté devant des classes où se poseront des problèmes qu'ils n'auront pas appris à résoudre.

3 - DES SOLUTIONS ET DES PISTES DE REFLEXION EXISTENT

 

Révélateur de cette absence de réflexion pédagogique globale, il n’est qu’à observer la pression appliquée par le ministère de l’Education nationale afin d’éviter les redoublements des élèves, parce que celui-ci est extrêmement coûteux en moyens. Non pas que le redoublement soit une bonne solution. Mais c’est aujourd’hui la seule solution que savent mettre en œuvre les enseignants pour éviter que les plus mauvais élèves le soient encore davantage. Certes les pays dont les élèves ont les meilleurs résultats sont des pays où l’on ne redouble pas. Mais ce faible taux de redoublement n’est qu’un indicateur du niveau satisfaisant des élèves, une résultante. Ce n'est pas en le supprimant que ce niveau s'améliore mécaniquement. De plus, les élèves qui redoublent sont aussi des élèves provenant des milieux les moins favorisés. Mais ce n’est pas non plus en supprimant les redoublements que l’on compensera les effets des inégalités sociales. Le pilotage par la seule réduction de ceux-ci est contreproductif, car fait non pour l’intérêt de l’enfant mais pour des raisons avant tout comptables.

Certaines propositions peuvent être formulées :

-    Amener le taux d’encadrement des élèves du premier degré à un niveau plus raisonnable. S’il y a des économies à effectuer, ce n’est certainement pas au niveau de l’école pré-élémentaire ou élémentaire qu’elles doivent être réalisées. En effet, c’est à ce niveau que se jouent les grandes lignes du « destin scolaire » des élèves. Les suppressions d'emploi que subit l'école primaire sont à courte vue et contreproductives. Le poids des exclus de l'école parmi les chômeurs, mais aussi parmi les délinquants, ou plus modestement parmi ceux qui ne rendent pas facile la vie dans certains grands ensemble, est considérable. Et son coût économique et social est très élevé, même s'il ne figure pas au budget de l'Education nationale.

-    Refondre les dispositifs de pilotage pédagogique de l’enseignement primaire, de la direction des écoles à l’inspection générale, en les professionnalisant par l’apport d’une recherche pédagogique renforcée et requalifiée, en l’ouvrant davantage à l’expérimentation et à l’international, en fondant les questions relatives à l’évaluation sur des bases scientifiquement mieux assurées. Cette question est bien sûr sensible : la question d’une réforme de la direction d’école et de l’inspection du 1er degré mérite un débat avec les personnels, et des mesures évidemment concertées.

-    Reconstruire la formation initiale et continue des personnels d‘éducation. Cette formation constitue elle aussi un investissement qui conduit, en retour, dès lors qu'il est correctement conçu, à élever le niveau moyen de formation des jeunes que l'École a en charge.

-    Redéfinir les relations avec les collectivités territoriales, les associations du périscolaire et les parents, pour que chacun apporte sa pierre à la construction des compétences des enfants.

 

Commentaires
Par art-psy Le 02/07/2011
-22

art-psy

Manifeste
Pour l'abolition
Des notes à l'école

Ces textes ont été écrits à différents moments de mon combat pour cette cause,

j'ai laissé volontairement certains doublons, certaines répétitions,

Dans un souci pédagogique, bien entendu !

Enseignants, mes frères,
Battez-vous pour ne plus avoir à noter vos élèves,

Car ne plus les noter, c'est retrouver une bonne raison d'être là où vous êtes,

C'est à dire à votre place : aider chaque enfant dont vous avez la charge.

Sans notes, l'échec scolaire s'évapore et il restera la volonté pour tous de

Former un corps social cohérent. Cette nouvelle façon de vivre l'école

Où chacun essayera à sa manière, ici et maintenant, d'exprimer sa personnalité,

Ses particularités, ses talents, ses désirs.

Il est impératif de ne plus être des agents de l'État comme si vous étiez

Des agents de police, vos élèves ne sont pas

Des contrevenants à la loi...

Refuser de noter un autre que soi-même, c'est retrouver

La dignité qui manque à votre métier.

La notation est un acte de violence.

Noter ZERO un devoir c'est constater que l'autre n'a pas compris,

Ne veut pas comprendre, ne peut pas comprendre

Qu'il est dans une impasse, et en le notant, il vous y met également.

Je propose d'interpréter ce devoir, de réfléchir même à une page rendue blanche,

Et puis qu'est-ce qu'un devoir méritant 0/20 ?

Je pense à tous ceux qui n'ont pas eu la chance d'aimer la "culture"

À cause des mauvaises notes à l'école,

Ou parce qu'ils sont faits autrement,

Pas faits comme l'école voudrait les voir être.

Il y a par exemple 10 % de dyslexique, sans compter

Les autres pathologies connues ou à découvrir dans dix ans...

Noter dans ces conditions devient alors un scandale,

Mais qui s'en offusque ?

L'homme n'est pas une machine uniforme,

Nous savons sa complexité,

Alors pourquoi faire comme si nous ne le savions pas ?

Obliger tout le monde à absorber la même potion,

Le même programme relève d'une dictature là pour dire

Si vous êtes du bon ou mauvais côté de la barrière.

NE PLUS NOTER PERSONNE

C'est éviter de commettre des erreurs irréparables,

Je dis bien irréparables, dont les conséquences

Pourrissent le reste de l'existence de beaucoup d'entre nous.

Noter est un pouvoir que personne ne devrait avoir,

Noter est une imposture !

Pour celui, ou celle, qui reçoivent des mauvaises notes,

Sachez que les portes de la culture se ferment à tout jamais (presque toujours).

Regardez les ouvriers, les artisans,

Ceux qui ont eu des mauvaises notes,

Voyez combien ils sont contre tout ce qui est "intellectuel"...

On me dit : "Que des gens soient contre ce qui est "intellectuel" , et alors ?

Ce n'est pas plus mal, ni forcément à vivre comme un échec."

Ouais ! boff !

Je tiens à témoigner d'une chose : ma mère à 75 ans n'a jamais ouvert un livre

Et ne s'en est pas plus mal porté qu'une autre personne.

Un jour, je lui trouve un livre qui lui plaît tellement,

Qu'elle n'arrête plus de lire maintenant...

Je ne suis pas le premier à me battre pour cette cause,

Depuis belle lurette il y a des écoles qui ont cette pratique.

En fait, ce serait une magnifique libération

Tant pour les enseignants, que pour les élèves et les parents.

PARFOIS, Il EST IMPOSSIBLE DE COMPRENDRE...

ALORS LES NOTES, VOUS SAVEZ...BONJOUR !

Les difficultés rencontrées à l'école, les insultes, les violences,

Le peu d'intérêt scolaire pour certains...tout cela est principalement dû

Au jugement implicite des maîtres sur leurs élèves

Par le truchement de ce moyen "D'évaluation ",

Qui vient malheureusement se rajouter aux difficultés,

Insultes, violences vécues aussi dans leurs familles...

C'est vraiment ça le fond du problème.

...Et lorsque vous êtes en bas de l'échelle sociale,

Les mauvaises notes, vous ne pouvez pas les vivre

Comme des "évaluations" ce n'est pas vrai,

Vous les vivez comme des "rejets" , ce qui provoque

Ensuite le "syndrome du rejet"... qui à son tour

Provoque "les difficultés, les insultes, les violences...

C'est une boucle sans fin.

Les enseignants doivent se libérer du joug de l’Etat

Qui leur impose de trier les gosses, comme s'ils étaient du bétail.

Sur les métiers.

Quelle importance y a-t-il à faire un métier manuel

Ou bien un métier intellectuel ? Pourquoi, inconsciemment,

Valorise-t-on le second au détriment du premier ?

La grande révolution serait de sortir de cet engrenage,

De ce cercle vicieux qui nous bouffe la vie à tous,

Et cela depuis si longtemps, depuis toujours peut-être.

Que chacun fasse ce qu'il lui plait,

Lire, écrire, penser, parler, travailler,

Je reviens de la Fnac et j'ai cherché partout s'il y avait un ouvrier,

Je veux dire un homme qui travaille avec ses mains

Dans la plomberie, l'électricité, la peinture, la menuiserie,

La maçonnerie...un cordonnier, un garagiste,

Quelqu'un qui fait des pizzas...

Rien, pas un seul individu habillé de son "costume de travail" !

Peut-être y en a-t-il, mais ils se sont tous lavés, changés pour se rendre

Dans les rayons de ce magasin, mais, j'ai quelques doutes...

Imaginez des ouvriers en bleu de travail aller chercher un livre

Dans une librairie à midi comme on va s'acheter

Un sandwich, une bière ou les deux à la fois.

À ces ouvriers, ces artisans que je côtoyais tous les jours

Dans le cadre de mon travail ( le bâtiment)

Je leur ai demandé s’ils lisaient, s'ils allaient dans les musées, les théâtres

Tous m'ont regardé bizarrement, non, ils ne fréquentaient pas ces lieux-là

Et cette information fut associée à une autre donnée :

Ils ont tous eu des mauvaises notes et ont tous gardé en eux

Cette terrible impression : tout ça ce n'est pas pour eux

C'est cette chose-là qui est à l'origine de ma conviction qu'il fallait me battre

Pour ne plus voir l'école décourager quiconque de la culture.

Que l'école commette un minimum de dégâts sur ces gosses qui deviendront des hommes demain.

Si l'école est le symbole de l'écriture, de la lecture, de la culture,

Passer à côté de ça est pour moi une chose triste, triste, triste !

IL EST DOMMAGE de ne pas ouvrir un livre, de ne pas aller au théâtre, au musée,

Parce qu'à l'école on vous a fait comprendre

Que ce n'était pas pour vous.

Avoir des zéros n'est valorisant pour personne,

Avec des zéros, vous vous sentirez obligatoirement exclus.

Ces jugements négatifs, lorsqu’ils sont répétitifs, habituels,

Provoqueront un sentiment de mécontentement,

De telle sorte que la mémoire va accumuler ces éléments négatifs,

Pour accoucher ensuite des réactions non moins négatives.

Ces réactions peuvent être : la maladie physique ou mentale,

Le renfermement, l'agressivité, la violence contre soi-même et autrui.

Une fois les enseignants libérés de la contrainte de la note ou

D'évaluation de toute nature, ils pourront enfin enseigner,

Être des accompagnants bienveillants...

Un mauvais devoir, une mauvaise rédaction, c'est quoi ?

Un corps blessé se dévoilant à vous avec ses griffures,

Ses faiblesses, son intimité.

Un mauvais devoir, une mauvaise rédaction, c'est une confidence,

Un appel au secours, un désespoir larvé,

Une impossibilité à comprendre ce qui est demandé,

Peut-être même une volonté de décrocher, peut-être même plus

Je vous laisse immaginer ...

Et si c'était une chance pour l'enseignant

D'avoir ce mauvais devoir, cette mauvaise rédaction,

Qui l'oblige à chercher comment réparer ce qui peut l'être encore,

Et si c'était ça le métier, comprendre,

Aider à comprendre, rien de plus ?

La révolte des jeunes...

Depuis la nuit des temps, les pères pour se débarrasser de leur progéniture

Les envoyèrent faire la guerre, et s'il n'y en avait pas, ils en créèrent

En accord avec leurs ennemis, ainsi, ils pouvaient régner en seigneurs

Tant à la maison qu'au boulot... Mais pour des raisons incompréhensibles

Les guerres se firent rares, du moins dans certaines contrées, et pour les

Remplacer, il fallait trouver quelque chose vite fait, et de radicalement

Plus efficace dans le temps. D'abord, on les obligea à aller à l'école

Jusqu'à 14 ans, puis cela ne suffisant pas pour retarder leur arrivée

Dans la cour des grands, on inventa des tas d'écoles, d'universités

Promettant à tous un avenir paradisiaque, surtout s'ils y

Restaient le plus longtemps possible... Ainsi, ils eurent la paix

Pendant des décennies, mais un jour, ces jeunes prirent conscience

De la supercherie et descendirent dans la rue...

L’orthographe à l’école…

Monsieur de Closets nous dit que pour lui l’orthographe c’est la chiotte.

Et bien puisque c’est le moment de vider son sac, permettez-moi

D’en profiter pour lui donner raison, car pour ce qui me concerne

J’ai toujours fait des fautes, ce qui m’a valu de stopper mes études

Puisque de toute façon je ne pouvais jamais faire une dictée avec

Moins de dix à quinze fautes. Aujourd’hui, après avoir lu

Des centaines de livres, écris des milliers de pages, j’en suis

Au même point, mais aujourd’hui j’utilise un correcteur informatique

Et ça marche bien, sans pour cela me rendre idiot, puisqu’il me propose

Des solutions et c’est à moi de faire le choix ...

Ceci étant, l’orthographe a toujours été un alibi pour l’école

Afin de sélectionner, mettre sur le carreau,

Je veux dire au travail manuel, un bon morceau de la population

C’est pourquoi depuis plus de dix ans je me bats pour …

L’ABOLITION DES NOTES À L’ECOLE

Mes histoires personnelles...

Maîtres d'école en tous genres,

Que m'avez-vous apporté, avec vos plumes et vos cahiers ?

J'ai passé mes trois dernières années de scolarité dans une école de commerce.

De laquelle expérience, j'ai tiré cette question existentielle fondamentale :

Ces années ont-elles servi à quelque chose ?

À l'évidence, ce temps-là m'a servi à grandir de quelques centimètres...

Ce temps-là m'a aussi permis d'apprendre à survivre dans un milieu hostile : l'école.

Il y avait des profs de math, de français, de droit...

Nous avions la jouissance d'une cour de récréation et des chiottes,

Terrifiants souvenirs où lorsqu'on est trop souvent malade comme je l'ai été,

Il faut savoir négocier avec ces " Maîtres "

Qui acceptent ou refusent de vous laisser quitter la classe pour

Aller chier tranquillement le trop-plein de vos émotions.

Lire et écrire sont les deux mamelles de la démocratie,

Le saviez-vous ?

" Liberté, égalité, fraternité ",

Comme le port-salut, c'est marqué dessus.

L’école n'est pas une grosse Mama généreuse.

Elle pourrait aimer tout le monde, mais

C'est en fait une vicieuse,

Une salope, une chienne qui note, qui trie le bétail,

Alors qu'elle devrait être là pour aider, aimer, sans jamais juger.

Si lire et écrire est formidable, pour y arriver, faut-il encore qu’à

La maison, ce ne soit pas le bordel avec tout le ramdam de la famille :

Le loyer qu’elle n’arrive pas à payer, sans parler du reste…

Mes copains disent : si tu lis, si tu écris t’es un P.D...

T’as pas intérêt à faire le malin avec eux, c’est pas le genre fillettes,

Eux, ils savent se faire respecter…

T’imagines pas la réalité sur le terrain, mon p'tit bonhomme !

Souvenir bien triste....

L'humiliation, ça peut arriver à chacun de nous,

Ça m’est arrivé, Rue Saint-Benoît, à Paris.

Nous étions convoqués, mon épouse et moi,

Par la direction de l’école de notre fils.

Au premier étage, le directeur en personne nous a reçus aimablement

Pour nous dire des choses pas très agréables à entendre

Au sujet du travail : " Très moyen ", de notre progéniture.

J'étais paralysé, émotif comme toujours en pareil cas,

je n’entendais plus rien de notre conversation,

Cela me rappelait trop inexorablement mes propres échecs scolaires.

J'avais l'impression de revenir vingt ans en arrière, Je me sentais

Impuissant face à ce pouvoir si féroce lorsqu'on n'est pas du bon côté…

Mais, heureusement, pour me sortir du gouffre dans lequel j'étais,

J'ai pensé à la libération qu’a représenté pour moi,

La fin de l’école, la fin du goulag…

Ma femme, elle n’a pas eu cette impression,

Il faut dire qu’elle est d’une famille d’enseignants,

Alors elle distance, elle distance, mais tout de même,

Elle aurait préféré que son fils travaillât mieux,

Mais, enfin une mère, ça comprend.

Jusqu'à la mort, lorsqu'on est "un mauvais élève"

Ça reste dans la mémoire toute la vie,

Et c'est là que réside ma volonté de vouloir abolir les notes à l'école.

Je n'ai jamais rencontré d'ouvriers me disant :

« Moi, j'étais premier de la classe … » Qu'est-ce que ça veut dire ?

Il n’est pas question pour moi de vouloir culpabiliser les enseignants,

Ce serait ridicule, mais je voudrai faire prendre conscience que

Nous n'avons pas le droit de juger le travail d'autrui.

- Pourquoi avez-vous tant de haine à l'égard de l'école ?

- Parce qu'elle peut dégoûter de la culture à tout jamais.

- Croyez-vous que cela a une si grande importance, la culture ?

- Oui, capitale !

- Mais la culture tout le monde en a une ! De plus, les livres,

N'isolent-ils pas l'individu lorsqu'il se plonge dans la lecture ?

- Exact, et alors ?

- Mais enfin, dites ce que vous avez à dire,

Sinon j'appelle la police, moi !

Maintenant que nous nous connaissons un peu plus, je peux vous faire une confidence :

Je n'ai jamais eu de mémoire ou du moins elle a toujours été défectueuse, je m'explique.

A l’école, les leçons n’étaient jamais apprises.

Les textes passaient sur moi sans que je puisse les retenir.

Par la suite, je me suis rendu compte que si j’allais au cinéma

Ou lisais un livre, j’étais dans l’incapacité de me souvenir

De ce que j’avais lu ou vu, seulement restait une vague

Impression, une sensation agréable ou désagréable, c’est tout.

Aujourd’hui c’est toujours la même chose,

Mais, aujourd’hui je m’en fous.

Je sais que je ne maîtriserai jamais ni la grammaire ni l’orthographe,

J’en ai fait mon deuil et si par extraordinaire je m’améliore ici,

Je sais que ça se dégrade ailleurs.

Pourquoi devrai-je faire des efforts pour entrer dans un bouquin ?

Dès l’école primaire l’effort est la règle, sinon,

Tu tombes dans la trappe de l’échec scolaire, etc…

A l'école rien n'allait, je n'étais pas fait pour les études,

Je passais mon temps à traîner dans les rues de Paris, à rien faire,

À laisser passer le temps, avec dans mes poches de pantalons rapiécés,

Pas un sou, pas un kopeck, car mes parents, pauvres gens,

N'en avaient pas non plus. Ainsi va la vie des gens de bas quartiers,

Ainsi va la vie de certains et c'est ainsi depuis toujours.

Un jour, j'ai entendu dire que souffrir était bon pour l'homme

Voulant devenir plus tard philosophe,

J'étais rassuré, car des handicaps j'en avais, je ne dirais pas

Dès ma naissance, ma mémoire lointaine me fait défaut, mais enfin,

En y regardant de près, je n'ai pas été gâté par la nature,

La bonne santé n'a pas voulu de moi. Voilà une injustice qu'il m'a fallu

Affronter et accepter, tout allongé sur le divan de mon psychanalyste.

Mais cela n'a pas suffi à ma peine,

J'ai ouvert les yeux sur la souffrance des autres.

À y regarder de près, on y perd son âme,

Et le reste de force qu'il vous reste.

Malgré ces prises de conscience, j'aurai pu m'inscrire par exemple

À un parti politique et faire là semblant de me battre.

Non, je voulais le faire seul. Je considérais la solitude

Comme inéluctable, "L'autre", le fameux autre n'est qu'une illusion,

Tout le monde le sait, mais tout le monde se tait.

Pendant un certain temps, j'ai su aimer des personnes pour des raisons qu'ici je tais,

Mais il viendra un moment où je dirais tout,

Car sinon comment être compris à ma juste mesure ?

Les classes, je les ai vus passer, je ne sais ce qu'il m'en est resté.

Le certificat d’études primaires, seul diplôme que j’ai eu de ma vie...

Dehors, on jouait entre copains avec billes et calots, le cartable jeté sur le trottoir

Et puis cette horrible Madame Ségélas avec ses images, ses bons points

Et ses punitions qu'elle distribuait selon ses humeurs.

Elle était habillée de noir pour un deuil sans fin,

Et puis je me souviens d'un certain monsieur Boulinier qui me donna une sacrée raclée ...

Des coups pleuvaient sur mon corps d'enfant et même sur la tête, le salaud.

C’était les autres qui m’avaient poussé sur lui

Et c’était moi qui avais tout pris sur la tronche.

Merde, l’école est une saloperie, je lui crache au visage !

Que veux-tu faire comme métier plus tard ? Je ne sais pas,

Je suis bon en calcul, mais pas en français,

Alors peut-être tu pourrais essayer la comptabilité,

C’est bien les chiffres, tu aimes les chiffres ?

Oui, c’est pas mal, mes parents disent aussi comme vous…

À l’époque, je ne savais pas que Pessoa avait suivi

La même route que moi, mais lui a persisté puisqu’il a

Eté comptable toute sa vie…

La compta, ça mène à tout, c’est pourquoi je la conseille

À tous ceux qui ne savent pas quoi faire de leur vie,

Tu mets des chiffres dans des colonnes et le total doit

Etre égal à l’autre total horizontal, tu ne comprends pas,

Ce n’est pas grave, la compta ce n’est pas de la littérature.

En 1960, la mixité n’existait pas encore,

Alors les mecs bécotaient leurs nanas à la sortie de l'école.

Je me souviens d’un prof pervers demandant à certains élèves

Trop entreprenants d’aller faire leurs affaires un peu plus loin,

Mais il disait cela avec l'oeil envieux d'un mec sordide.

Pour se déshabiller, pas complètement nu, non,

Mais se mettre en short et aller faire du sport au stade d'à côté,

Il y avait une salle. Ensuite, sur le stade, je n'ai eu que des mauvaises notes,

Pas qu'à la gym je vous dirais, mais à la gym aussi. Quelques dizaines d’années plus tard,

Je compris le pourquoi de ces difficultés :

J’avais une anomalie qui ne se devinait ni à l’oeil nu, ni autrement,

Mais elle m’empêchait de faire du sport normalement :

Mes releveurs étaient défectueux. Qu'est-ce que des releveurs ?

Les releveurs sont des muscles situés sur le devant du pied,

Entre la cheville et le genou. Lorsqu'ils sont défectueux,

Vous ne pouvez pas faire du sport comme tout le monde. Aujourd’hui,

Le sachant, dois-je faire un procès à l’Education Nationale ?

De la culture, un jour, il eut ces quelques mots :

Je ne veux plus qu’on me cultive,

Je suis grand maintenant, foutez-moi la paix !

La culture est en moi comme en chacun de nous tous,

À notre façon, à notre manière.

Alors, je ne vois pas pourquoi certains s’arrogent le droit de

Divulguer la leur à coup de massue sur la tête des pauvres

Hommes habitués à être pris pour des cons. La culture,

Tu la trouves où tu veux, elle est partout : à l’école,

Dans la rue, à la maison quand tu parles avec ta mère lorsqu’elle

Fait la bouffe pour toute la marmaille. Au bistrot avec tes copains,

Tes copines… Dans tes pensées, il y a toujours tes mots à toi,

Pas ceux des gens de la télé qu’on ne connaît pas.

La culture, ce n’est pas lui, ce n’est pas elle, ce sont tes mots,

C’est toi, toi seul, mon gars !

La culture est dans l’assiette que tu nous prépares dans ta cuisine,

Encore la bouffe, c’est peut-être là justement, la culture, qui sait ?

Dis-moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es.

La culture c’est la joie, le bonheur et plein d'autres choses encore …

Prends un bouquin, n’importe lequel, touche-le, ouvre-le,

Regarde à l’intérieur. À quoi penses-tu, là, maintenant ?

N’aie pas peur, dis ce qui te passe par la tête, n'importe quoi,

On s'en fout, le livre, ça peut être ça aussi.

A l'intérieur, il y a les mots de celui qui a écrit et puis ceux

Qui t’arrivent en direct dans les yeux et passe par ton cerveau.

Si tu ne veux pas lire, ce n’est pas grave, mais sache une chose :

Les livres c'est pour toi, c’est pour tout le monde.

Tiens prend-le, ne le mange pas, ce n'est pas bon.

Si tu veux, mélange-le avec de l’eau et de la colle,

Fais-en une pâte à modeler, fais-en un objet, n’importe quoi.

Sinon, attends, veux-tu écouter ce qu’il y a à l’intérieur de ce livre ?

Sur les tags...

Ils ont été exclus de l’école et curieusement ces tags

Sont le signe qu’ils ne baissent pas les bras, les tagueurs.

C’est par ce médium qu’ils ont choisi de dévoiler

Une part de leur souffrance, celle qu’ils ont à supporter en permanence,

Violence de notre société qui sélectionne à la va que j’te pousse.

Implacablement, il faut que tu sois rentable mon gars !

Ces jeunes, ne l’oublions pas, sont les enfants de parents que la société

N’a pas toujours respecté, est-ce de cela que leurs tags parlent ?

Ils ont le courage de gueuler, n’est-ce pas un appel au secours,

Une alerte pour nous signifier l’inégalité des hommes entre eux ?

Et si l’art c’était justement cela, une alerte ?

La récréation. Des enfants jouent, ça court dans tous les sens,

Dans cet espace tout peut advenir, les joies, l’amitié, la violence, la haine ...

Ils entrent dans la classe, et déjà il y a les dominants, les dominés, ceux qui ont le pouvoir

Et ceux qui ne l'ont pas. Il en est toujours ainsi, dès lors qu'il y a des êtres vivants…

Il y a les docteurs et les malades, les maîtres et les élèves,

Les patrons et les employés…Et aussi, les exploitants, les exploités,

Les aimants et les aimés ... mais l'amour est une autre affaire,

Ne nous égarons pas. Rêvons.

À l'école, il n'y a plus d’évaluation, plus de jugement,

Il n’y a plus de notes aux devoirs des élèves,

Les gosses entrent dans la classe et ce n’est plus comme avant.

Maintenant, l’enseignant va permettre à chacun de découvrir non pas un programme,

"Un socle de connaissance" comme ils disent,

Non, il va exciter chacun à chercher ce qui l’intéresse le plus et à l’explorer

D’une manière personnelle par tous les moyens qu’il aura à sa disposition.

Affaire à suivre ...

Après avoir travaillé dans son coin, l'élève, ce futur adulte, fera partager

Sa ou ses passions à tous ses camarades. Exemple. Dans une classe, il y a trente gosses,

Ou plutôt non, c’est trop, disons qu’il y en a vingt,

Accompagnés de deux enseignants.

Si chacun apporte ce qu'il sait à l'ensemble de la classe,

Ce bouillon de culture, aussi divers et disparate qu'il puisse être,

Ne peut qu'apporter de l'énergie à tout le monde, et c'est au fond cela le plus important…

Ne plus noter, ne plus évaluer, ne plus juger

C’est assurer à chacun une part réelle d’existence.

Le droit à l’erreur est ce que les "autorités " ne supportent pas.

Noter, évaluer, juger c’est faire le tri.

Le tri pour que la société fonctionne comme elle a toujours fonctionné.

Mais quand donc viendra le temps où seul comptera la liberté de

Chacun à faire le choix réel de ce qui est à faire,

Sans qu'on vienne l'emmerder avec ce qu'il faut savoir

Ou pas, de ce qu'il faut être ou ne pas être, bref,

Quand viendra le temps des cerises ?

Revenons à l'école et aux idées fixes que j'entretiens comme un malade.

Noter, évaluer le travail d’autrui est un petit crime. Le mot est fort, je te l'accorde,

Seulement tous ceux dont la vie n'a pas trouvé, ne serait-ce qu'un semblant de sens à l'école,

Que peuvent-ils espérer devenir dans ce monde de merde qui ne leur fait aucune place ?

Les prisons sont pleines de contrevenants aux lois dont ils se sentent étrangers.

Les hôpitaux et les rues sont pleins de malades d’une société de rejets où manque l’amour ...

Sans compter plus de dix pour cent de la population de pauvres qui se cachent honteusement.

La misère ne manque pas dans notre pays si merveilleux et si riche par ailleurs…

Mais qui sont donc ces gens et quelles étaient leurs notes à l’école ?

Toutes mauvaises, j'en suis certain. C’est ça le crime de l’école.

Faut-il pour autant abolir l’école ? Non, uniquement abolir les notes et toutes les évaluations,

Le jugement des maîtres est la chose la plus détestable qu'il soit.

Elle donne du pouvoir pervers à ceux qui devraient consacrer leur temps

À se mettre en phase avec leurs semblables…

Oui, mes frères ! Amen.

Par Paul64 Le 12/04/2011
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Je m'intéresse à la question surtout comme père de petits garçons et j'ai toujours peur d'une approche colonialiste de la question scolaire (on met tout le monde dans le système éducatif dés la naissance pour ne pas les laisser sous l'influence néfaste des parents dont certains ont, les affreux, une culture populaire voire même, ne parlent pas français ! ) Je suis contre, et je suis contre la scolarité obligatoire dés 3 ans.Les enfants peuvent préférer rester quand c'est possible à la maison, tranquille. Une journée de classe, c'est souvent 7H30 - 18H30 (avec la garderie) avec de plus en plus de pression, dès la maternelle. Ce n'est pas sain.

En revanche, j'ai trouvé une autre expérience, sur le site de l'UNICEF, concernant les collèges : il s'agit d'un colège public de 100 élèves en milieux urbain, à bordeaux. L'expérience n'est pas que sur le nombre d'élèves, mais aussi sur l'enseignement en interdisciplinarité. Elle semble efficace : les élèves sont nettement moins stressés (40% de stress quotidien en moyenne au collège) et sont nettement mieux suivis, et donc ,il n'y a pas d'enfants largués dans la nature en 3ème à 16 ans. 20% d'une classe d'age est sans diplôme. Cette expérience mérite d'être regardée de près. Elle ne parait pas coûter cher : il y a la même proportion d'enseignants qu'ailleurs, et les petits collèges coutent moins chers que les gros (possibilité de mieux utiliser les équipements soprtifs municipaux existants, meilleure répartition des enseigants liés au maillage du territoire, moins de frais de transport et surtout, meilleurs résultats scolaires à la fin). Je ne suis pas un spécialiste, néamoins il apparait logique que le colège étant unique, il se rapporche plus du système de l'école primaire que du lycée. Là est peut-être, effectivement, une solution efficace. C'est peut être mieux que de renforcer la pression sur les enfants de 3 ans, voire moins si on commence à la crêche...

Par Christian Jeanbrau Le 29/12/2010
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J'ai pris la peine de me "porter" jusqu'à l'adresse afin d'y glaner des renseignements permettant de mieux éclairer la note de Daniel Bloch.
On trouve sur ce site deux vidéos.
La première est une présentation de l'expérience par Michel Zorman, médecin de santé publique, chercheur au laboratoire de sciences de l'éducation, groupe cogni-sciences, de l'université de Grenoble. L'exposé est clair. L'expérience a été imosée aux enseignants par l'inspection académique et l'inspection de l'éducation nationale. Dix jours préalables de formation. Ils ont joué le jeu. Elle est achevée. Les deux tiers d'entre eux continuent à titre personnel à en appliquer les méthodes, on ne sait avec quels moyens ni comment puisqu'il s'agit d'isoler dans les classes des groupes à très petits effectifs qui bénéficient d'un dialogue spécifique avec le maître sur 25% à 50% de l'horaire hebdomadaire. Ce point est mystérieux.

Les résultats auraient permis en trois ans (2005-2008) une progression plus que significative des gamins concernés. Soit.

Pour se faire une idée de la méthode pédagogique elle-même en petits groupes, on dispose d'une seconde vidéo extrêmement décevante où trois petits mignons au look soigneusement panaché: un blanc, un black, un beur (on a peine à croire à la coïncidence), s'appliquent studieusement à suivre du doigt le texte que leur lit une pédagogue sans charisme particulier avant d'y pointer avec son aide quelques "mots difficiles" dont il ne semble pas qu'il soit fait quoi que ce soit.
Rien dans ces trois minutes mises en ligne qui laisse deviner les raisons d'un succès méthodologique, sauf la constatation du ratio {Un enseignant/Trois élèves}, qui risque, à lui seul, d'expliquer "affectivement" les succès revendiqués.

Ce n'est certainement pas sur la base de ce qui est montré qu'on peut voir se dessiner les contours d'un projet global et efficace de ressaisissement / réforme du système éducatif.

La note du recteur Bloch trouve là une absence fort navrante de fondations .... Michel Zorman a une bonne tête et les trois gosses sont mignons. Ah, bon? Donc: "Vive la lutte contre l'échec scolaire dès les petites classes?"
Le site du programme Parler est contre-productif.

Par Christian Jeanbrau Le 27/12/2010
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Daniel Bloch, c’est l’homme des « 80% d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat » (il semble d’ailleurs qu’il en soit aujourd’hui à 100%). Ingénieur physicien, docteur es sciences, ayant de l’enseignement in situ une expérience limitée au post-baccalauréat (Grenoble), plusieurs fois recteur d’académie, outre qu’il ne me semble pas le plus qualifié pour se poser le problème pédagogique de base – mais c’est là un jugement a priori que je suis tout disposé à revoir en fonction de la qualité de ses propositions – fournit ici une note qui me semble, au-delà de quelques vœux, se réduire à trop peu de choses.
L’effort de sa réflexion est centré sur la nécessité de réformer avant tout la prise en charge des premiers apprentissages scolaires, en s’appuyant par exemple sur un dispositif expérimental mis en place à Grenoble et qui vise les trois années du cycle II (grande section de la maternelle / CP/ CE1) et son élargissement au cycle I (crèche et petite et moyenne section de la maternelle).
Un travail en petits groupes de niveau quelques heures par semaine pour aller vers une relation personnalisée et interactive entre l’enseignant et l’élève semble être le fond de l’expérience. Les résultats, comparés à ceux obtenus dans des groupes témoins, sont donnés pour positifs.
Sur la pétition de principe d’un impact positif de l’affaire quant aux poursuites d’études Daniel Bloch en reste « pédagogiquement » là (« … il ne faut pas se focaliser sur le secondaire et notamment sur le collège… »), la suite de son propos se réduisant à la dénonciation d’une gestion ministérielle des suppressions de postes et du non-redoublement qu’il accuse de visées économiques.
Le discours ne quitte plus, l’évocation malgré tout bien succincte de l’expérience grenobloise passée, les généralités, ce qui ne dessine pas un plan d’action réalisable . Affirmer qu’il faut reconstruire la formation initiale et continue des enseignants comme redéfinir les relations avec les collectivités territoriales, les associations du périscolaire et les parents ne relève, sans grands frais, que du vœu pieux. Affirmer qu’il est nécessaire de refondre les dispositifs de pilotage éducatif (Direction des écoles, Inspection du premier degré, …) en les professionnalisant par l’apport d’une recherche pédagogique renforcée et qualifiée n’aurait de sens qu’en détaillant les voies et moyens d’une telle perspective. Tel quel c’est un effet de manche aussi convenu et classique que vague. Ça ne mange pas de pain !
Positivons pourtant ! Sollicitons le texte ! Lisons entre les lignes et discutons du filigrane afin d’essayer d’y trouver l’esquisse de l’esquisse d’une réforme ( ?). Ce qui est posé pour les toutes premières années de l’école pourrait bien être valable sur la totalité de la formation initiale (de la scolarité obligatoire).

Un excès de jacobinisme est dénoncé : le « revoir la Direction des écoles » peut valoir pour « réorganisation du ministère dans le sens de la gestion cohérente mais souple d’un réseau d’établissements à large autonomie déléguée ».
L’ inadaptation des structures de contrôle est soulignée : la « refonte des dispositifs de pilotage » vaut assurément pour « refonte de l’Inspection générale et de ses annexes régionales et départementales ». Un maillage efficace de responsables est assez évidemment nécessaire à l’impulsion et au développement maîtrisé des autonomies à très largement consentir.
Dans l’appel à la transformation de « la relation frontale quasi unidimensionnelle » du maître à l’élève, apercevons l’inadaptation des modalités actuelles de l’enseignement héritées du lycée napoléonien et l’exigence d’une approche dichotomisée de la formation faisant cohabiter dans l’alternance travaux en petits groupes de niveau sur des thèmes spécialisés et séquences longues d’apprentissage collectif en classes d’âge ouvertes à l’hétérogénéité du réel. Dans le premier cas, l’affaire ne se concevant que sous le guidage de maîtres spécialistes, dans le second grâce à l’encadrement de professeurs polyvalents.

Pourrait être réputée évidente l’attente d’une redéfinition des fonctionnements pédagogiques dans le cadre de l’autonomie des établissements par l’émergence, en lieu et place de la magistrature individuelle du professeur , de la responsabilité pédagogique d’équipes d’éducation locales impliquées, investies et gestionnaires de leurs moyens.

Est assurément sous-entendue une redéfinition de l’établissement scolaire comme plaque tournante d’un projet de formation initiale intégré à son environnement et l’intégrant : réseau des parents, réseau « pilotant » de l’équipe éducative, réseau associatif du périscolaire, réseau partenarial des différents pôles institutionnels locaux (police, justice, organismes municipaux, …). Vision en quelque sorte de l’école comme lieu du seul culte qui compte, celui de l’intelligence active, ouverte, tolérante, humaniste et rationnelle, non pas lieu de prière mais bien plutôt lieu d’action et de construction de l’avenir, individuel et social.

Attendue également : la redéfinition des formations enseignantes sur la base d’un socle de connaissances académiques préalable exigeant, à opérationnaliser ensuite dans un vrai compagnonnage d’intégration au sein et avec le soutien d’équipes éducatives autonomes. Un compagnonnage à définir, loin de la caricature des intentions actuelles. Un enseignement pour un ou deux ans en « vraie doublette », en vrai partage professionnel des responsabilités pédagogiques, avec présence continue du binôme face aux groupes d’élèves.

Il faut aller au bout, concevoir, affiner et pousser un tel plan à son terme et en définir pour cela non seulement les grandes lignes, ici à peine esquissées, mais encore les détails.
« Les progressistes doivent ouvrir de nouvelles pistes de réflexion pour relever le défi de l’échec scolaire » annonce l’introduction de la note de Daniel Bloch. Lesdites pistes, si ce sont celles qui suivent m’ont paru trop timides, partielles. J’ai fait semblant d’en lire des prolongements subliminaux. Il faut encore et beaucoup approfondir.
L’école est un thème, l’école est LE thème qui peut permettre l’organisation complète d’un projet de société réellement novateur et alternatif. Très au-delà de la présente note, cela mérite plus qu’une réduction du problème de la formation à la question du seul échec scolaire.

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