NOTE
Dossier du Monde (Décryptage - Le grand débat) "Investir dans notre jeunesse" Le 09/11/2010
  • Envoyer à un ami
  • Version imprimable
Télécharger la note "Investir dans notre jeunesse" (version pdf)Télécharger la note "Pour un capital formation" (version pdf)

Derrière le débat sur la retraite émerge un nouvel enjeu générationnel : notre société maltraite sa jeunesse. Terra Nova vient de publier un rapport sur le sujet : L’autonomie des jeunes au service de l’égalité. A cette occasion, elle a livré au Monde (édition du mardi 9 novembre) ses propositions pour l’avenir des jeunes. Terra Nova y milite pour une « révolution copernicienne » des politiques publiques, visant à réorienter l’Etat providence vers une stratégie d’investissement social concentrant les moyens publics sur les jeunes générations. Avec plusieurs mesures phares : le doublement du budget des universités, un capital-formation pour la vie étudiante ou encore une allocation d’insertion pour les primo-demandeurs d’emploi.

"Investir dans notre jeunesse"

Olivier Ferrand

 

Ces dernières semaines, la France a découvert, stupéfaite, sa jeunesse dans la rue. Certains s’en sont offusqués : comment peut-elle se préoccuper d’une réforme des retraites qui ne la concernera pas avant un demi-siècle ? Ils passent à côté de l’essentiel : le sentiment de mal-être général de notre jeunesse face à une société bloquée qui la maltraite.

Ce sentiment est justifié. Son déclassement est brutal. La jeunesse était, il y a trente ans, intégrée, active, prospère. Elle est devenue la figure de l’exclusion dans notre société moderne, singulièrement la jeune mère célibataire. Les statistiques officielles sont cruelles : le taux de pauvreté atteint désormais 20% pour les jeunes de moins de 25 ans, contre 11% pour les actifs adultes, 8% pour les retraités.

Que s’est-il passé ? Disons-le sans détour : depuis trente ans, face à la crise, les jeunes sont la variable d’ajustement d’une société d’insiders qui protège ses acquis au détriment des nouveaux entrants. Toutes les grandes politiques publiques – éducation, logement, politique sociale, politique fiscale – discriminent les jeunes générations. Si nous voulons redonner un avenir à notre société, il y a urgence à effacer ces inégalités intergénérationnelles, que nous avons créées. Cela passe par trois grands retournements.

Premier retournement : priorité à l’investissement éducatif, de la petite enfance jusqu’à l’université. C’est le plus grand scandale politique actuel : l’effort éducatif de la Nation baisse. Il est passé de 7.5% du PIB en 2000 à 6.5% aujourd’hui, soit une baisse de 15% ! Au cœur de ce scandale, il y a l’université : nous n’avons pas assuré la démocratisation de l’enseignement supérieur. A peine 40% d’une classe d’âge sort diplômée de l’université en France. Notre malthusianisme élitiste (« tout le monde ne peut pas faire polytechnique ») est contredit par les pays les plus avancés : plus de 50% d’une génération est diplômée de l’université aux Etats-Unis, 60% en Corée, au Japon, au Canada et dans les pays nordiques.

Terra Nova fixe un objectif simple : franchir le seuil de 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur pour, à terme, rejoindre les pays les plus avancés. L’enjeu est avant tout budgétaire : nous ne consacrons que 1.5% de notre richesse nationale à l’enseignement supérieur, contre plus de 3% aux Etats-Unis, 4% dans les pays nordiques. Le doublement du budget est donc un minimum : 30 milliards supplémentaires par an. Pour donner une idée du changement d’échelle, la Commission Juppé-Rocard sur le grand emprunt a abouti à une dotation en capital de 11 milliards d’euros pour l’université, sa priorité politique. Avec des taux d’intérêt de 2-3%, ce capital produira des financements supplémentaires de l’ordre de 300 millions par an : voilà 1% des besoins couverts…

Deuxième retournement : priorité à l’emploi des jeunes. Face à la crise, on a protégé ceux qui avaient un emploi : la probabilité de perdre un CDI est de 1% par an en moyenne depuis 1980, 2% avec la crise de 2008.

Résultat, on a sacrifié les flux d’entrants, les jeunes. Le taux de chômage des jeunes est exceptionnellement élevé : 25%. Les jeunes actifs qui ne sont pas au chômage ont le plus souvent un emploi précaire. 80% des entrées en emploi se font en CDD : ils sont utilisés par les entreprises comme volant flexible de la masse salariale, pour pouvoir réduire la voilure en cas de difficultés. C’est pourquoi le chômage des jeunes a bondi avec la récession de 2008. Les stages (1 million par an), qui doivent normalement permettre la découverte de l’entreprise, constituent le premier emploi « au rabais » des jeunes. C’est vrai à tous les niveaux : même dans les grandes écoles, la scolarité était avant de trois ans et la 4ème année constituait l’année du premier emploi payé, aujourd’hui elle est de quatre ans dont une année de stage sous-payé. Le mouvement Génération Précaire a obtenu l’obligation d’une rémunération minimale des stages, mais le déclassement demeure bien réel. Enfin, même lorsqu’ils obtiennent un emploi stable, les jeunes sont de plus en plus mal payés. Le salaire relatif a plongé depuis trente ans. En 1975, les salariés de 50 ans gagnaient 15% de plus que les salariés de 30 ans ; l’écart a aujourd’hui presque triplé, à plus de 40%.

Terra Nova fait une série de propositions pour casser cette logique. D’abord, créer un service public de l’orientation afin de garantir un accompagnement personnalisé de l’université à l’emploi : cette transition est particulièrement difficile, les services d’orientation professionnelle des grandes écoles ainsi que des associations (AFIJ, La Manu) la gèrent avec succès, il faut généraliser ce soutien. Ensuite, mobiliser Pôle emploi dans l’accompagnement des jeunes. Pôle Emploi pourrait se voir assigner des objectifs spécifiques pour les jeunes actifs : un objectif quantifié dans ses mises en relations avec les entreprises ; un objectif d’attribution de 40% des contrats aidés. Un référent « jeunes actifs » serait désigné sur chaque site, afin d’adapter l’accompagnement aux spécificités des débuts de la vie active. Autre proposition : moduler les cotisations sociales de l’entreprise en fonction de son taux d’emploi précaire et faire sanctionner par l’inspection du travail les abus manifestes. Enfin, intégrer les périodes de stage dans la durée de cotisation pour la retraite : le nombre de trimestres validés à trente ans est tombé de 40 à 31, dont plus de la moitié (5 trimestres sur 9) est du aux difficultés d’insertion professionnelle.

Troisième retournement : priorité aux transferts sociaux et fiscaux vers les jeunes. L’essentiel des 600 milliards d’euros annuels de l’Etat-providence (santé, retraites, dépendance) est tourné vers les générations âgées. Mais les pauvres aujourd’hui, ce sont les jeunes : c’est leur niveau de vie qu’il faut soutenir désormais.

Le niveau de vie des étudiants, tout d’abord. La France finance très mal la vie étudiante. Peu de bourses, et pour des montants faibles qui ne subviennent pas, sauf exception, aux besoins des bénéficiaires. Au total, un investissement public modeste : 1.8 milliards d’euros par an. Conséquence : une dépendance au soutien financier familial, d’où des conditions de vie souvent difficiles, qui sont un handicap pour la poursuite et le succès des études universitaires. Des modèles de réussite existent pourtant : en Suède, au Danemark, l’Etat assure un revenu étudiant universel élevé, de l’ordre de 800 euros mensuels, contribuant à la démocratisation avancée des études supérieures. C’est pourquoi Terra Nova propose une mesure phare inspirée de ces modèles : un « capital de formation », articulant allocation et prêt contingent, aboutissant à un revenu universel de 600 euros par mois versé pendant la durée des études (cf. article ci-contre).

Le niveau de vie des jeunes actifs, ensuite. La politique sociale est spectaculairement discriminatoire. Il suffit de comparer les minimas sociaux. Minimum vieillesse : 708 euros par mois. Minimum d’activité 25-60 ans (« RSA-socle ») : 460 euros, soit 40% de moins. Minimum d’activité pour les moins de 25 ans : zéro. Des prestations inversement proportionnelles au niveau de pauvreté par classe d’âge ! Difficile de faire mieux en termes d’injustice intergénérationnelle, et la France fait figure d’exception en Europe : les minimas sociaux y commencent le plus souvent à 18 voire 16 ans. Quant à l’assurance chômage, elle est réservée à ceux qui ont travaillé. Terra Nova propose de créer une allocation d’insertion, d’un montant équivalent au RSA-socle, pour les jeunes en primo-recherche d’emploi, aujourd’hui sans ressources.

Toutes ces mesures ont un coût très important : autour de 50 milliards. Comment les financer ? Elles sont, en réalité, déjà financées. Face au déclassement générationnel, les familles soutiennent leurs enfants en difficulté. Les transferts familiaux sont massifs : près de 80 milliards par an sont redistribués des seuls grands-parents vers les enfants et petits enfants. Ils sont le signe positif de la qualité des solidarités familiales – mais encore faut-il vivre dans une famille où les parents ont la volonté et la possibilité d’aider leurs enfants.

C’est pourquoi nous proposons une mutualisation partielle de ces transferts générationnels, pour garantir des solidarités collectives. En voilà quelques pistes concrètes. La suppression de la plupart des transferts sociaux actuels liés à l’entrée dans l’âge adulte, qui sont versés à la famille, pour les verser directement aux jeunes (8 milliards). La suppression du quotient conjugal : les Français déclarent leurs revenus par foyer, et non à titre individuel, ce qui crée un avantage fiscal au profit des couples contre les célibataires, et donc pour partie des adultes installés au détriment des jeunes actifs (6 milliards). L’alignement de la fiscalité des retraités aisés sur celle des actifs (5 milliards). Enfin, l’augmentation de la CRDS, impôt affecté au remboursement de la dette sociale, de 0.5% à 2% (15 milliards). La dette publique française est très élevée : 1700 milliards d’euros, 27.000 euros par habitant. Elle opère des transferts générationnels massifs : elle finance le niveau de vie des générations actuelles en siphonnant celui des générations de demain. La CRDS est payée par les générations d’aujourd’hui : elle contribue à limiter ces transferts.

Une société qui, tel Cronos, dévore ses enfants est une société qui se meurt. Terra Nova appelle à une « révolution copernicienne » des politiques publiques, au profit d’une stratégie d’investissement social qui concentre les moyens publics sur les jeunes générations.

 

"Pour un capital formation"

Guillaume Allègre

 

 

L’allongement de la vie s’est traduit à la fois par la création d’un troisième âge de la vie et par l’allongement de la formation initiale et donc de la jeunesse. Ces deux âges se caractérisent par la dépendance financière due à l’éloignement du marché du travail. Mais alors que le troisième âge est pris en charge de façon assurantielle et solidaire, la dépendance financière liée à la formation initiale et aux difficultés d’intégration sur le marché du travail est, en très grande partie, laissée à la charge des familles. Qui plus est, une grande partie des transferts sociaux liés à l’entrée dans l’âge adulte se fait en direction des familles, notamment à travers les allocations familiales et le système de quotient familial de l’impôt sur le revenu, et non pas directement aux jeunes.

Le financement public direct de la vie étudiante est limité en France. Les enfants des familles les plus modestes bénéficient certes d’un soutien conséquent depuis la création d’un sixième échelon des bourses sur critères sociaux, à hauteur du RSA socle (460 euros par mois). Mais seulement 5 % des étudiants du supérieur en bénéficient. Pour la majorité des étudiants et même des boursiers, l’aide publique est un revenu d’appoint qui ne peut suffire à subvenir à leurs besoins. Dès lors, soit la famille est en mesure de compléter, soit l’étudiant devra travailler, souvent dans des proportions néfastes à la réussite de ses études.

La création d’une allocation étudiante universelle pose la question de l’équité entre ceux qui font des études supérieures et ceux qui n’en font pas. Les étudiants n’ont pas ou peu de ressources propres mais proviennent le plus souvent de foyers plus aisés ; une allocation dont pourraient bénéficier les étudiants et versée selon leurs seules ressources bénéficierait donc majoritairement aux enfants des familles les plus aisées. D’autre part, les étudiants, qui n’ont aujourd’hui pas de ressources, sont aussi ceux qui demain auront les ressources les plus importantes. Si ces objections ne sont à elles seules pas suffisantes pour délégitimer l’aide aux étudiants, la situation de ceux qui ne bénéficieraient pas de ce droit nouveau doit être prise en compte.

C’est pourquoi nous proposons un système de « capital-formation » articulé à des prêts à remboursement contingent : il a l’avantage de favoriser l’autonomie des étudiants tout en tenant compte de la question de l’équité avec les non-étudiants. Il consisterait à attribuer un capital à tous les jeunes adultes, utilisable tout au long de la vie active mais seulement sous forme de revenus permettant de financer la vie étudiante. Il permet de donner plus de droits en formation continue à ceux ayant suivi le moins d’études en formation initiale. Le prêt à remboursement contingent est un système de prêt organisé par les pouvoirs publics où le remboursement se déclenche lorsque le revenu des individus concernés dépasse un certain seuil. Le remboursement se fait donc seulement lors des périodes favorables de la vie active. Le remboursement contingent permet de mettre à contribution ceux qui ont le plus réussi, c'est-à-dire ceux qui bénéficient réellement le plus de leurs études. Contrairement à des allocations financées uniquement par l’impôt, ce système permet, à revenus égaux, de faire contribuer ceux qui ont fait les études les plus longues par rapport à ceux qui n’ont pas fait d’études ou ceux qui ont fait des études courtes, sans pour autant décourager la poursuite d’études.

Nous proposons un « capital-formation » d’un montant de 16.600 euros, ce qui permettrait aux jeunes en formation de recevoir l’équivalent du montant mensuel du RSA socle (ou de la bourse d’échelon 6) pendant trois ans. L’allocation pourrait alors être cumulée à un prêt contingent aux revenus futurs pour atteindre un revenu étudiant global de 600 euros (soit 460 euros d’allocation et 140 euros de prêt). Ceux s’engageant dans des études plus longues pourraient demander l’étalement de l’allocation et cumuler avec un prêt contingent plus important. La part de prêt contingent dans le financement de la vie étudiante serait ainsi plus importante pour les étudiants suivant des formations longues. A l’inverse, les individus n’ayant pas utilisé leur capital en formation initiale pourraient demander de recevoir l’allocation en formation continue sur une période plus courte afin de recevoir un montant mensuel de revenu de formation à hauteur de leur dernier salaire.

Le coût global de ce dispositif est d’environ 12 milliards d’euros. Il se substituerait aux aides aux familles, aux bourses actuelles et à une partie de la formation professionnelle (8 milliards), laissant un coût net de 4 milliards.

Commentaires
Par Maxence Le 13/05/2011
0

Bonjour Cyril,

Pouvez-vous me dire où vous avez obtenu ces chiffres? Et si il en existe des semblables pour la Canada/Québec

Cordialement

Par JPh. Denis Le 28/01/2011
0

Une autre contribution : http://0z.fr/hLsc0
Cordialement

Par gineste jean marc Le 28/11/2010
1

Les analyses sont toujours très intéressantes mais les solutions préconisés sont parfois discutables. Sur un point les comparaisons entre système universitaires ne sont elles pas biaisées par le fait qu'en france tout l'enseignement supérieur n'est pas à l'université, ce qui n'est pas le cas dans d'autres pays avec lesquels on compare, il faudrait comparer tout l'enseignement supérieur d'un pays à un autres. C'est évident qu'en vivant à deux il y a une économie d'échelle, c'est anormal qu'en plus les célibataires soient sur taxés. C'est certains qu'il y a un gros malaise déjà entrevu au moment des retraites sur la détention d'un forte part du pouvoir d'achat par certaines catégories de retraités qui bénéficient des meilleures retraites mais qui sont intouchables électoralement car formant un groupe homogène à s'achemine vers une gérontocratie.

Par Denis Le 24/11/2010
0

Notre propre contribution ici : http://0z.fr/3TqYE

Par Francois Le 20/11/2010
0

Un très beau texte, un très beau tour de passe passe, de très bonnes idées. Bravo ! Il faut en effet investir dans la jeunesse. C'est eux qui construiront le monde de demain, avec la force et le savoir. C'est à eux qu'on doit confier cela à travers une éducation que nous même aurions du recevoir.

 

 

  

Tous les casinos en ligne sont équipés de machines à sous, mais celles de ce casino ont plus de tours bonus que toutes les autres. casino en ligne

Par Cyril Le 14/11/2010
0

Non je ne suis pas actionnaire, ni millionnaire. Baisser le temps de travail a été une solution lorsque celui-ci était clairement trop important (Germinal). Mais là avec les 35h on est au bout de cette logique : lorsqu'on baisse le temps de travail c'est moins l'emploi qui augmente que la production qui baisse.
Mais pour revenir au sujet, si vous me lisez attentivement vous voyez que je n'ai jamais dit que les hausses d'impôt étaient inenvisageables ou scandaleuses (lisez bien) : j'ai dit qu'une telle hausse d'impôt pour un sujet aussi précis (bien que très important je vous l'accorde) était une grave erreur, et je le maintiens. Augmenter les impôts n'est pas la solution parfaite et applicable en tout temps et en tout lieu. L'initiative privée a un rôle à jouer qui peut être décisif (si l'on garantit l'égalité des chances) pour aider à former les jeunes (ça intéresse les entreprises d'avoir des jeunes déjà formés et prêts à travailler), à leur ouvrir des débouchés (encore une fois, sans croire à leur philanthropie : les débouchés correspondent aux métiers qu'elles recherchent) et des moyens de travail (à travers des partenariats de recherche par exemple).

Après pour passer au sujet sur lequel vous êtes entré, beaucoup plus large de l'égalité, je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas d'égalité abusives ni que le RSA permettait de bien vivre (d'ailleurs ce n'est pas son rôle, le RSA-socle doit permettre de vivre pendant un temps court avant de retrouver un emploi, on n'est d'accord ou pas avec cette politique mais c'est son but). Mais avant de vous poser en victime d'un système qui vous exploite (la preuve étant que vous, ou d'autres en France, gagne infiniment moins que d'autres personnes, ce qui est totalement vrai), savez vous que le PIB mondial est de 58 000 milliards de dollars pour 6.7 milliards d'habitants, soit environ 8 700 dollars par an et par personne, donc 6 200 euros (en comptant 1.4 dollars par euro), soit environ ce que gagne un bénéficiaire du RSA ? Un humain sur deux vit avec moins de 2 dollars par jour ! Je vous rassure, à l'échelle de l'humanité vous n'êtes pas à plaindre, et si on devait réellement rééquilibrer par l'impôt les inégalités par une redistribution massive vous ne toucheriez pas un centime, vous paieriez au contraire !
Cela ne veut pas dire qu'il ne faille pas réformer le système, mais quand vous parlez de pillage colonial ou de travail des enfants, rendez vous compte aussi que les monstres du CAC 40 ne sont pas les seuls à en profiter et que vous en bénéficiez aussi : vos Nike et vos vêtements H&M sont aussi peu chers parce qu'on ne paye pratiquement pas ceux qui font les tissus.
Le système doit être amélioré pour protéger certains secteurs (santé) ou circonscrire autant que possibles certains effets de la mondialisation (phénomène des capitaux qui se déplacent massivement et extrêmement rapidement d'un pays à l'autre au risque de déstabiliser les économies ; enclavement de certaines zones qui s'enfoncent dans l'oubli) mais n'oublions pas que depuis ses débuts elle a sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté la plus noire (une partie va y retomber du fait de la crise, mais malgré tout les progrès sont incontestables). Je ne sais pas de quel monde vous rêvez, mais faites attention au principe de réalité (et arrêtez de me prendre pour un ultra-libéral, c'est assez insultant).

Par JMDA Le 14/11/2010
-3

Warren Buffett : La guerre des classes existe, d’accord, mais c’est ma classe, la classe des riches,
qui fait cette guerre et nous sommes en train de la gagner.
3e : Warren Buffet, 47 milliards de dollars
Warren Buffet perd sa deuxième place du classement de l'homme le plus riche du monde, mais enregistre toutefois une fortune en hausse de 10 milliards de dollars.

Les dogmatiques c'est toujours les autres...

Je ne parle pas de revenir à l'âge de pierre (loin de moi la soupe écolo libérale) mais de partager les richesses créées et de rompre avec l'immoralité de ce système dont le capital s'est constitué (et continue d'ailleurs) grâce au pillage colonial, à l'esclave, au travail des enfants.
Je vous rappelle que le SMIC c'est 1057€, mais savez-vous ce que c'est de vivre avec un SMIC ou encore un RSA (460€)? Est-ce brutal ou est-ce que vous considérez cela comme normal?

Pour les solutions à l'emploi c'est assez simple, c'est des solutions déjà expérimentées malgré les cris du patronat: Baisser le temps de travail, sur la semaine, l'année, sans baisser les salaires.
Au temps de Germinal, la durée du travail était de 10 à 12 heures, 6 jours par semaines, sans vacances, sans retraite, sans sécu et on commençait de bosser à 6 ans.
Voyez le progrès accompli. Pourquoi ne pas continuer dans ce sens? Vous êtes actionnaire?

Par Cyril Le 11/11/2010
-1

"Aux deux bouts de la vie, les populations sont sacrifiées par un système capitaliste qui pompe les richesses au profit d'une minorité de possédants"
Euh Germinal a déjà été écrit il y a pas mal de temps, les formules de ce type ont pris la poussière.
Et puis je me méfie toujours des solutions préconçues et dogmatiques telles que "faire payer les riches et les sociétés", dans une réactivation de la lutte des classes. Avant d'affirmer qu'il suffisait d'augmenter ainsi les impôts (ce qui est, je suppose, aussi la solution pour l'emploi, les retraites, l'environnement, la justice, etc. enfin tout ce qui existe) avez vous essayer d'estimer quelle ponction représentait 30 milliards d'euros (la somme dont parle cet article, qui doit à vos yeux représenter un minimum) ? C'est environ 1.25% du PIB de la France ; un peu brutal comme augmentation des prélèvement obligatoires pour résoudre uniquement le problème de l'enseignement supérieur, non ?
Enfin vous parlez de l'augmentation de la productivité qui serait à l'origine d'une inéluctable hausse du chômage, mais une fois ce constat donné (qui permet uniquement de critiquer le monstrueux capitalisme), vous ne donnez pas de solution. Pourtant contre l'augmentation de la productivité on pourrait revenir à l'âge de pierre par exemple.
Bref, ce commentaire a, je le reconnais, un ton peut être trop agressif, mais il est impossible d'envisager concevoir des solutions crédibles avec des présupposés aussi virulents que les vôtres. Taper sur les riches et le capitalisme ne constitue pas la panacée qui sauvera la société française.

Par JMDA Le 11/11/2010
1

Quel beau tour de passe passe!
Déshabiller Pierre (la classe moyenne) pour habiller Paul (la classe juste en dessous)...
Opposer les générations comme ces textes le font évite de poser les vrais questions et de chercher les vraies solutions.
Aux deux bouts de la vie, les populations sont sacrifiées par un système capitaliste qui pompe les richesses au profit d'une minorité de possédants. Le taux de chômage des jeunes est grosso modo l'équivalent de celui des séniors. L'allongement des durées de cotisations amplifiera encore le phénomène de pauvreté des retraités.
Avec votre crédit formation, vous inventez simplement de nouveaux subprimes, vous repoussez un peu plus tard les problèmes et l'explosion de la bulle financière.
L'augmentation continue de la productivité dans le cadre de ce système économique continuera à produire des chômeurs, d'autant plus que plus le niveau de formation sera élevé.
Vous préparez la privatisation de l'éducation puisque que si votre système était en place, il permettrait de justifier (en théorie) la possibilité à chacun de se payer l'école de son choix.
Au pire il permettra à l'état de se désengager de l'éducation en accordant l'autonomie financière aux étudiants après celles des universités.
Le chèque éducation des libéraux est sur les rails idéologiques présenté sous l'aspect d'une chance offerte à la jeunesse (le droit de s'endetter au lieu du droit à l'éducation).
Je pense que les banques se frottent déjà les mains. Elles courtisaient les futurs salariés solvables, on leur offrira sur un plateau (avec quels taux?) puisque comme les prêts bonifiés en agriculture, on pensera sans doute à leur en proposer la gestion.

Je propose un système beaucoup plus simple, augmenter l'impôt sur les sociétés et sur les 10% des Français les plus riches, puis accorder un droit à la formation à tous, non pas sous forme de capital, mais de temps, et valable uniquement dans les secteurs publics de la formation et de l'éducation.
Voilà une mesure juste qui permettait de réorienter les richesses vers les besoins humains et non vers l'accumulation financière qui nous mènera au désastre.

Je crois que les jeunes ont compris que l'élitisme républicain, l'égalité des chances n'étaient qu'une escroquerie qui a servi au système à justifier les inégalités. Aujourd'hui la mise en concurrence des salariés est telle que le système peut se permettre de maltraiter y compris les jeunes qui ont accédé à un niveau d'étude supérieur.
Aujourd'hui un jeune BAC+2 démarre au SMIC (1000 euros net), un jeune enseignant (BAC +4 ou 5) à 1300€. Quelle élite! quelle chance!
Les jeunes, les retraités et les autres salariés veulent leur part du gâteau et ils ne se contenteront pas de mesurettes, car messieurs, ils ont la rage devant l'étalage médiatique des revenus de l'élite patronale et financière que vous épargnez dans vos projets.

Par Cyril Le 11/11/2010
0

Je suis globalement d'accord avec le constat d'Olivier Ferrand, mais je souhaiterai apporter une précisions concernant le budget des université. S'il est vrai que la part du PIB français consacré à l'université est plus faible en France que dans d'autre pays de l'OCDE, cela n'est pas vrai de l'engagement public : c'est la part du privé qui est particulièrement faible. Je tire les données suivante de l'OCDE en 2005 : part du PIB consacré à l'enseignement supérieur
_aux Etats-Unis : 3% (public 1% ; privé 2%)
_en Suède : 1.7% (public 1.5% ; privé 0.2%)
_Japon : 1.4% (0.4% ; 1%)
_Allemagne (la comparaison imposée) : 1.1% (1% ; 0.1%)
_moyenne OCDE : 1.4% (1% ; 0.4%)
_France : 1.3% (1.2% ; 0.1%)
Je pense que ces chiffres montrent bien qu'en réalité c'est l'apport privé qui est trop faible en France : il ne faut pas augmenter le budget public de l'enseignement supérieur mais développer les partenariats public-privé et les fondations. Bien sur ces solutions comportent un risque de perte d'indépendance des institutions aidées ainsi mais le risque est moins élevé et urgent que de laisser l'université française avec des moyens souvent nettement trop faibles pour avoir des locaux acceptables et garder ses équipes de chercheurs les plus compétents.

Par Marc Le 10/11/2010
0

Merci d'avoir répondu rapidement et de cette énergie mise dans la définition de notre projet.

Je trouve le texte très intéressant et encourageant, mes remarques étaient formulées de manière un peu "straight to the point"...

Pour le financement de la vie étudiante : super (je suis prof d'université et je vois ça de près). Le PS et ses proches gagneront à clarifier sa position sur les frais de scolarité universitaires, car diverses notes ont promu la "graduate tax". Il se trouver que l'allocation proposée ici rend les étudiants solvables et les universités pourraient être tentées d'en "profiter".

Je comprends l'argument sur l'emploi des femmes - je suis un ancien contribuable scandinave et ai expérimenté le quotient conjugal. Elle doit peut-être s'articuler avec d'autres mesures favoriser l'emploi des femmes... le texte de Benoit Hamon et al. va dans ce sens.

Malgré les petites frictions, tout cela redonne courage et espoir.

Bien cordialement.

Par O. Ferrand Le 10/11/2010
0

Non, il n'y a pas de proposition implicite d'augmenter les frais de scolarité : il s'agit de financer la vie étudiante. Sur le quotient conjugal, vous avez raison : l'argument est rapide, l'individualisation de l'impôt a d'abord des conséquences de genre (valorisation du 2ème emploi du couple) avant d'avoir des conséquences générationnelles. Nous travaillons à une note spécifique sur le sujet.

Par marc Le 09/11/2010
0

L'argument contre le quotient conjugal mériterait du détail, au delà d'évoquer des gens célibataires vs des gens installés.

La vraie question n'est-elle pas celle de la mise en commun des revenus d'un couple, ou de dire que vivre à deux ensemble ne coûte pas deux fois plus cher que vivre seul ?

Est-ce qu'implicitement, on dit qu'il vaut mieux un couple où deux personnes gagnent 1500 euros qu'un couple où l'un gagne 1000 euros et l'autre gagne 2000 euros ?

Cette histoire d'imposition individuelle suppose aussi qu'on ne tienne plus compte des revenus du couple dans un certain nombre de prestations sociales, non ?

Doit-on lire dans la fin du texte une augmentation des frais de scolarité dans l'enseignement supérieur ? Quelles leçon tire t-on du Labour dans 10 dernières années sur ce sujet ?

Ajouter un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage.
CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.
LES BILLETS DE TERRA NOVA
Agoravox Le post Mediapart Rue 89 Slate.fr