NOTE
Formation des enseignants : reconstruire sur un champ de ruines Le 18/04/2011
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Initialement destinée à augmenter le niveau de formation des enseignants, la masterisation n'a eu pour résultats que d'accentuer les difficultés du travail professoral : en abandonnant les nouveaux enseignants aux réalités du terrain sans réelle formation pédagogique, elle a provoqué la chute des vocations, alors que se profile une crise majeure du recrutement. Surtout, la réforme n'a pas su régler la question de la formation initiale des enseignants, moment crucial où se définit le sens de leur mission. Or le métier de professeur s'apprend, sur des bases académiques, et au sein de véritables écoles professionnelles. La formation des enseignants est un investissement, sans lequel il n'est pas de réussite de l'élève et de système éducatif de qualité.

SYNTHÈSE

Il est urgent de proposer une sortie à l’impasse destructrice de la « masterisation » pour la formation des enseignants, matérialisée par le passage, décidé et mis en place par le gouvernement, du niveau de recrutement des concours enseignants à bac + 5, sans réelle formation pédagogique. Cette nécessité est d’autant plus forte qu’elle doit aussi répondre à la crise du recrutement qu’elle n’a pas manqué d’aggraver.

Pour autant, les formations initiale et continue des professeurs, en vigueur avant la réforme, étaient inadaptées et sous-dimensionnées face aux enjeux de l’école d’aujourd’hui. Faire ce constat, c’est aussi prendre en compte le fait que les modalités de formation initiale du métier conditionnent en grande partie l’image que les futurs professeurs se font de celui-ci. Aussi, notre premier postulat est que le sens de la mission des professeurs se définit d’abord au moment crucial de la formation initiale et de l’entrée dans le métier.

Un principe fondamental de notre approche est que le métier de professeur s’apprend de façon méthodique et ordonnée, comme celui d’ingénieur, de médecin ou d’officier de Marine. Il s’apprend à la fois sur d’incontestables bases académiques et au sein d’une école d’application chargée d’encadrer la confrontation avec le réel : les élèves de notre temps, dans une société en évolution.

Or, cet apprentissage a un coût et prend du temps. Il faut faire le pari qu’il s’agit d’un investissement rentable pour toute la nation. Il n’est pas un pays en réussite éducative qui n’ait investi fortement dans la sélection et la formation de ses professeurs. Sans enseignants bien formés, il ne peut y avoir de réussite de l’élève, de l’école et de l’éducation.

Un raisonnement court en filigrane de notre propos : il s’agit de la nécessité de surmonter l’opposition entre « savoirs académiques » et « compétences professionnelles », qui se cristallise notamment autour de la formation des professeurs, de dépasser l’affrontement entre les « républicains », nécessairement présentés comme des dinosaures promoteurs de savoirs certes élevés mais intransmissibles aux élèves, et les pédagogues, toujours affublés de sobriquets humiliants, militants d’une école vidée de tous savoirs ambitieux. Cette querelle a trop coûté à l’école, mais aussi à la gauche. Celle-ci ne peut rester dans l’ambigüité : un projet éducatif progressiste repose largement sur une formation de qualité des personnels, levier majeur des transformations de l’école française.

Pour ce faire, trois options sont possibles, qui nécessitent dans tous les cas de rompre avec la situation actuelle :

- Option A : fixer le concours pour les enseignants (admission et admissibilité) à la fin du Master 1ère année (M1). L’année de M2 est composée d’une partie stage pratique, une partie mémoire et une partie découverte des métiers et missions connexes à l’enseignement.

- Option B : fixer le concours (admission et admissibilité) à la fin du Master 2ème année (M2). L’année de M1 est composée d’une partie recherche, une partie stages obligatoires de découverte du métier et une partie approche formalisée des politiques éducatives et de la connaissance du monde scolaire. L’année de stage aurait lieu à l’issue du M2, dans un service à mi-temps avec une formation soutenue en école professionnelle.

- Option C : appliquer un parcours de formation spécifique aux professeurs des écoles (option A) et aux professeurs du secondaire (option B).

Une formation de qualité des personnels enseignants passe par la mise en place de véritables écoles professionnelles : celles-ci piloteraient la formation initiale et continue, en partenariat avec les universités, sur la base de cahiers des charges nationaux.

 

NOTE

Comme pour de nombreux services publics, 2012 s’annonce, pour l’éducation nationale et la formation des enseignants en particulier, un rendez-vous fondamental. Contre la poursuite des orientations mises en œuvre depuis 10 ans et présentées sous le terme trompeur de « réformes », il faudra avancer des propositions pour reconstruire ce qui aura été détruit, tout en tenant compte de l’évolution de ces métiers. En conciliant ambition et crédibilité pour la formation des enseignants, c’est à une véritable reconstruction sur ce qui est actuellement un champ de ruines qu’il faudra s’atteler.

 

1 - UNE CRISE PROFONDE DE LA FORMATION ET DU RECRUTEMENT DES PROFESSEURS

1. 1 - LA MASTERISATION, MENEE EN DEPIT DU BON SENS, EST AUJOURD’HUI DANS L’IMPASSE

Quelques mois après la mise en œuvre de la « mastérisation », tous les observateurs constatent les lourds dégâts occasionnés par cette politique. Les problèmes concrets des étudiants et des jeunes professeurs n’ont pas été pris en compte.

Le calendrier des épreuves du concours dénoncé par tous les acteurs, est remis en cause aujourd'hui par le ministère lui-même. La place du concours en début de deuxième année de master oblige les étudiants à faire le choix absurde entre réussir le master et réussir le concours pour être recrutés. Cet écartèlement entre différents objectifs est incompréhensible pour nombre d’étudiants, et ne permet pas de les mobiliser sur l’un ou l’autre des objectifs. Il entraîne de facto l’impossibilité d’installer sereinement les dispositifs progressifs d’entrée dans le métier : stage et apprentissages de la pédagogie.

Les conditions d’entrée dans le métier d’enseignant se sont fortement dégradées. Les reçus aux concours de recrutement enseignants 2010 se retrouvent sur le terrain, c’est-à-dire dans les classes, sans aucune formation. En janvier 2011, un rapport officiel du ministère de l’Education nationale a reconnu la situation d’improvisation scandaleuse et l’absence de cadrage par le ministère des moyens dévolus à l’installation sereine des professeurs débutants : les académies sont contraintes d’arbitrer entre une formation minimale des enseignants débutants, et l’abandon des élèves pendant cette formation faute de moyens de remplacement.

On rappellera simplement que le fait d’assurer entre 15 à 18 heures de cours, sur plusieurs niveaux de classe, en début de carrière, nécessite deux à quatre heures de préparation pour une heure de cours. Les nouveaux professeurs n’étant ni des « wonderwomen » ni des surhommes, la charge de travail occasionne soit une très grande fatigue, soit une mauvaise préparation, et plus certainement les deux situations cumulées. Qui paie l’addition ? Les élèves hélas. Le bilan est sévère : dans la plupart des académies, il n’y aura pas de formation réelle pour les nouveaux enseignants, signe de leur abandon par l’institution aux dures réalités du terrain. Pourtant, toutes les études internationales montrent que la fonction de professeur est un métier à la technicité toujours plus pointue, et qui donc nécessite un apprentissage toujours plus abouti.

1. 2 - CETTE POLITIQUE MAL PENSEE APPROFONDIT LA CRISE DU RECRUTEMENT DES FUTURS PROFESSEURS DONT LE PAYS A BESOIN

Les effets négatifs d’une masterisation boiteuse ont été immédiats

On constate une chute (20% en moyenne) des inscrits aux concours de recrutement 2011. Mais il y a eu surtout, à l’automne 2010, lors du déroulement des épreuves écrites du concours 2011, un effondrement du nombre de présents aux épreuves (entre 50% à 70% suivant les niveaux et les disciplines). Les témoignages récurrents sur les conditions d’entrée dans le métier ont pesé sur la motivation des candidats-professeurs.

Les inscriptions en septembre en première année de master pour préparer le concours 2012 marquent un recul tous degrés confondus de plus de 55%. Ce phénomène est en même temps amplifié par la baisse du nombre de postes ouverts aux concours, qui entraîne dès la première année des études supérieures une désaffection des étudiants, notamment pour les filières SHS et littéraire : le nombre de vocations enseignantes est en train de s’effondrer.

La masterisation accentuera les difficultés du métier professoral

Alors qu’arrivent à l’âge de la retraite près de 40%[1] des enseignants actuellement en poste, une crise de recrutement majeure s’annonce. Entre les démissions des reçus aux concours enseignants de 2010 (en novembre 2010, 33% de plus que l’année précédente), le faible nombre de candidats aux concours 2011, et l’absence d’étudiants pour préparer les concours 2012, il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès aux métiers enseignants. Même le Président de la République a dû le reconnaître lors de ses vœux le 19 janvier 2011, en appelant « à la réouverture du chantier de la formation des enseignants ». Les perspectives sont donc dramatiques.

Cette réforme ne répond pas au vrai problème : repenser la formation des enseignants

La France est déjà en retard dans ce domaine. La suppression de fait des IUFM et une masterisation  au rabais ne va certainement pas le rattraper. La masterisation ne permet pas d’enrichir réellement la formation des professeurs ni de redéfinir l’équilibre au sein des compétences professionnelles entre les savoirs disciplinaires, les connaissances pédagogiques et celles des politiques éducatives. En résumé, si la masterisation était en soi une bonne idée, originellement née à gauche et appuyée par les syndicats, la mauvaise orientation de la réforme réussit le tour de force de faire apparaître comme un recul l’augmentation du niveau de formation des enseignants. Elle entretient l’idée trop souvent répandue, déjà du temps des IUFM, que cette formation étant mauvaise, autant ne pas en avoir. On en revient à une conception purement magistrale et disciplinaire du métier d’enseignant, ce qui constitue un retour en arrière de plusieurs décennies.

Ce sont les présupposés mêmes de cette politique qui sont en cause

La suppression de l’année de stage pour les enseignants est d’abord une économie budgétaire : elle revient à 16 000 suppressions d’emplois. Même dans le cadre d’une politique de réduction de postes, une telle démarche laisse songeur : ces postes ne sont conçus que comme un réservoir de supports budgétaires faciles à supprimer, sans se préoccuper de gestion des ressources humaines. Une telle action n’est qu’un fusil à un coup, valable pour une unique année budgétaire. C’est simplement maintenant que le ministère réfléchit à revoir la carte des formations à l’échelle nationale, contraint par le fait qu’il ne contrôle pas réellement le déploiement du réseau d’établissements, qui est de la compétence des collectivités locales.

Exemple d’une contradiction : comment enseigner les langues étrangères à l’école… sans enseignants formés à celles-ci ?

Dans cette débâcle organisée de la formation des professeurs, un exemple est particulièrement révélateur des contradictions du gouvernement : l’enseignement des langues vivantes à l’école élémentaire, au moment même où le ministre de l’Education nationale multiplie les interventions pour dire sont importance et  même le démarrer au début de l’école maternelle…

Pour faire des économies, l’épreuve orale de langue vivante qui existait auparavant dans le concours de recrutement a été supprimée, sans que celle-ci ne soit pour l’heure remplacée. Résultat : les nouveaux professeurs des écoles peuvent ne pas avoir eu la moindre vérification de leur niveau en langue vivante étrangère, qu’ils sont pourtant censés enseigner ! L’obsession purement comptable conduit à des situations ubuesques.

2 - POUR UNE REFORME AMBITIEUSE DE LA FORMATION DES PROFESSEURS

2. 1 - LA FORMATION INITIALE EST UN ENJEU PRIMORDIAL DE LA REFORME DE L’EDUCATION NATIONALE

La réforme de la formation initiale est un levier essentiel de progrès pour l’éducation et la réussite des élèves. Elle est le moment qui cristallise une grande partie des moyens, scientifiques, intellectuels, méthodologiques, que convoqueront ou que ne convoqueront pas les futurs professeurs tout au long de leur carrière professionnelle. La nature de la formation initiale a donc un effet démultiplié sur la capacité des professeurs à se projeter dans leur métier. Ainsi, si les standards académiques de haut niveau ne sont pas atteints par les nouveaux professeurs lors de cette formation initiale, il est peu vraisemblable, en l’état actuel de la formation continue, qu’ils le soient plus tard dans leur carrière. Or ces connaissances disciplinaires sont le socle premier de la compétence de l’enseignant. Sans elles, il n’y a pas de pédagogie qui vaille.

De la même manière, la présence ou l’absence des sciences de l’éducation et d’une maîtrise des enjeux des politiques publiques éducatives est également un point essentiel qui façonne le profil professionnel de nos enseignants. Or, de ce point de vue, on constatera la faiblesse de la formation des enseignants français dans ces deux domaines. Pourtant, l’épreuve orale sur « Agir en fonctionnaire de l’Etat de façon éthique et responsable » ne comble pas ces lacunes. Il est même consternant de constater que le seul moment où les professeurs sont éventuellement amenés à se pencher sur les politiques auxquels ils participent soit à l’occasion des concours administratifs, lors d’une reconversion les éloignant de leur fonction de professeur.

Or les professeurs sont des cadres A de la fonction publique, et souvent parmi les plus sélectionnés, mais contrairement à ceux-ci, rien ne les invite à produire une analyse argumentée des politiques éducatives auxquelles ils aspirent à participer. Cette approche des politiques publiques devrait être sanctionnée par une épreuve aux écrits des concours, incluant notamment une part de réflexion sur l’articulation propre de la discipline du futur enseignant avec des enjeux plus généraux de politiques éducatives. Elle serait dispensée selon des canons universitaires, et donc nécessairement critiques, par des enseignants-chercheurs avec l’appui de praticiens (Inspection, professeurs, haut-fonctionnaires, personnalités qualifiées)

C’est aussi là un moyen de dépasser ce vieux débat français qui refuse de conjuguer ensemble savoirs et conditions de la transmission des savoirs. Il faut sortir de ce faux débat.

Comme le dit Alain Beitone[2] dans un texte circulant sur le net : « Conteste-t-on les injonctions à la transversalité, aux compétences et à la pédagogie inductive de certains responsables de l’éducation et l’on est aussitôt étiqueté comme réactionnaire, élitiste et nostalgique du cours magistral. Critique-t-on l’illusion passéiste et l’élitisme de certains « républicains » et l’on est aussitôt qualifié de pédagogiste, de démagogue laxiste et de partisan de l’ignorance. Dans tout cela on passe à côté de l’essentiel : comment assurer la démocratisation de l’accès au savoir ?»

 

2. 2 - REPENSER LE CURSUS DES FUTURS PROFESSEURS : TROIS OPTIONS POSSIBLES

Repenser de manière positive la masterisation doit permettre d’utiliser au mieux la « profondeur stratégique » permettant de former le futur enseignant. Cette période qui s’étend sur quatre ou cinq ans débute avec une licence disciplinaire, puis se poursuit avec la première année de Master (le M1), la deuxième année de Master (le M2), l’année de stage qui permet une entrée progressive dans la carrière et débouche sur la première année complète d’exercice. Il est en effet indispensable qu’existe un espace de « sas » entre le métier imaginé et son exercice réel.  L’année de stage joue un rôle important dans cette perspective.

Or, les concours de recrutement pour tous les degrés d’enseignement continuent, pour leurs épreuves écrites, à être exclusivement tournés vers l’amont, la formation universitaire reçue, les connaissances disciplinaires. C’est négliger les épreuves tournées vers le métier que les candidats souhaitent exercer. Il faut le réaffirmer : certes indispensables, un diplôme et un niveau disciplinaire ne suffisent pas à faire un enseignant. Pour susciter et préparer les vocations, dès la dernière année de licence, il pourrait être proposé aux étudiants une première approche de l’enseignement et de ses métiers (stage, rencontres de professionnels).

Option A : le concours pour les enseignants (admission et admissibilité) à la fin du Master 1ère année (M1)

L’année de M1 serait une année essentielle de préparation au concours qui, en plus des savoirs disciplinaires, apporterait une approche des enjeux des politiques éducatives et pédagogiques. Le fait d’avoir les épreuves à la fin de l’année du Master donne une visibilité à tous les étudiants et, en cas d’échec au concours, leur permet de se réorienter vers un autre M2.

L’année de M2 devient alors une année soutenue par trois piliers : une partie stage pratique, une partie mémoire sur des aspects pédagogiques ou de recherches liés à une matière et formant l’étudiant la recherche[3], une partie découverte de métiers et missions connexes à l’enseignement. Le stage peut débuter à ce moment-là, l’effort de formation pouvant se poursuivre lors d’une deuxième année de stage à 80% ou 90% du temps d’enseignement. L’avantage de ce dispositif est d’être assez ramassé et de ne pas « embarquer » dans le M2 des personnes ayant réussi leur M1, mais n’ayant pas été reçues au concours. Ceci leur autorise une orientation, à condition de bien travailler la question des calendriers. L’inconvénient du dispositif est qu’il disjoint M1 recherche et M1 enseignement : un certain nombre d’étudiants feront le M1 recherche pour passer ensuite le M1 enseignement et préparer le concours. Cela aura un coût.

Option B : le concours (admission et admissibilité) se fait à la fin du Master 2ème année (M2)

Dans ce cadre, l’année de M1 peut s’établir selon un modèle fondé sur trois piliers : une orientation recherche, avec la rédaction d’un mémoire disciplinaire, une approche du métier de l’enseignement avec des périodes de stages obligatoires de découverte du métier, mais également d’approche de métiers et missions connexes (travail en association notamment) ; une approche formalisée des politiques éducatives et de la connaissance du monde scolaire.

L’année de M2 est alors consacrée à la préparation du concours, elle autorise toujours quelques stages pratiques (ZEP, dans un niveau d’enseignement du secondaire pour les professeurs des écoles, primaire pour les professeurs du secondaire…) mais elle reste d’abord une année académique. L’obtention du Master conditionne la réussite au concours.

L’année de stage aurait lieu à l’issue du M2, dans un service à mi-temps avec une formation soutenue en école professionnelle. On pourrait utilement étendre la formation à l’année post-stage avec des professeurs à 90%, les 10% restants étant dédiés à l’approfondissement de la formation.

Ce dispositif étire dans le temps des études non payées, il implique donc, encore plus que l’option A, une politique volontariste d’accompagnement des étudiants les plus modestes. L’avantage est d’être certain d’inclure une initiation à la recherche au moment de la 1ère année de Master pour les futurs professeurs.

Option C : l’option mixte

Il est aussi possible d’envisager un parcours de formation différent pour les professeurs des écoles et les professeurs du secondaire, tout en maintenant pour les deux corps un niveau Master 2. Il s’agit d’appliquer l’option A aux étudiants aspirant à devenir professeurs des écoles, et l’option B aux étudiants passant le CAPES et l’Agrégation.

2. 3 - ETABLIR DE VERITABLES ECOLES PROFESSIONNELLES

Il faut tirer avec honnêteté les leçons des avantages et des carences de l’expérience IUFM. Il ne s’agit pas de se lamenter sur le système antérieur, mais de constater que les IUFM ne méritent ni l’excès d’honneur que leur attribuent certains, ni l’indignité dont on les affuble souvent.

Les IUFM avaient l’avantage de fonctionner comme une école avec des promotions d’élèves, permettant à ceux-ci de se rencontrer et de partager leurs expériences, tant sur le plan de la tenue de classe que des questions disciplinaires. Ce forum utile était unique, alors que le métier de professeur est souvent un métier qui s’exerce dans la solitude. Il doit être rétabli.

Mais les IUFM, qui constituaient une bonne idée, insuffisamment exploitée, manquaient souvent de légitimité intellectuelle, d’autant plus qu’ils pouvaient se doubler d’une bureaucratie parfois tatillonne, à l’opposé des libertés universitaires.

La mise en place de véritables écoles professionnelles permettra la reconnaissance réelle du fait qu’ « enseigner, c’est un métier ».

Il faut des écoles professionnelles à l’image de ce qui existe par exemple pour les magistrats, la police, les conservateurs du patrimoine. Celles-ci, en partenariat avec les universités, piloteraient la formation initiale et continue sur la base de cahiers des charges nationaux.

Cela implique de clarifier le lien avec les universités, car celles-ci ont déserté les questions de sciences de l’éducation. On rappellera ici que dans les années 1920, Emile Durkheim tenait la chaire de pédagogie à la Sorbonne.

CONCLUSION

De la même manière que Ferdinand Buisson avec son Dictionnaire de Pédagogie et d’instruction primaire avait donné des armes aux instituteurs pour élever le niveau des élèves de notre République, il est temps de nous ressaisir des savoirs et de la pédagogie, de les articuler à nouveau entre eux pour réarmer nos professeurs et redonner du sens à l’école.

Dans cet esprit, une formation initiale de qualité est une première pierre pour remettre les professeurs debout et transformer les ressources humaines du ministère de l’Education nationale. Mais elle doit s’articuler avec une véritable reconstruction de la carrière des professeurs, appuyée sur une formation continue substantielle. Cette nouvelle carrière s’appuierait notamment sur des certifications permettant à l’enseignant de choisir les établissements où il veut servir en fonction de son projet personnel. La mise en place de formations d’actualisation à intervalles réguliers, prise en compte dans l’avancement de la carrière, doit permettre au professeur de faire le point sur les avancées des savoirs disciplinaires, des recherches en éducation et des mutations intervenues dans le système éducatif.

C’est un vaste chantier, mais sans une véritable politique de formation des enseignants, aucune transformation progressiste de l’école n’est envisageable.
 

 



[1] En posant comme hypothèse raisonnable le départ de 30 000 personnes par an, retraites et autres fins de carrières professorales prises en compte. Pour mémoire, en 2011, on attend déjà 35 000 départs à la retraite.
 
[2] Alain Beitone, « Céderons-nous aux vents mauvais », janvier 2011 : http://www.sauvonsluniversite.com/IMG/pdf/Cederons-nous_aux_vents_mauvais_DEF.pdf

 

[3] A un moment où, dans les cursus professionnels, la formation par la recherche devient une ressource pour la préparation des étudiants à différents métiers, il paraîtrait incongru de faire en sorte que les professeurs n’aient pas accès à cette démarche.
Commentaires
Par beaupreau Le 21/04/2011
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1. Près de 70 % des enseignants et personnels du Dom Sortais ont signé cette lettre adressée au président de région, Jacques Auxiette
Près de 70 % des enseignants et personnels du Dom Sortais ont signé cette lettre adressée au président de région, Jacques Auxiette
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Près de 70 % des enseignants et personnels du Dom Sortais ont signé cette lettre adressée au président de région, Jacques Auxiette

Beaupréau (49). Lycée public : inquiets pour leur avenir, enseignants et personnels du privé interpellent Jacques Auxiette
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Beaupréau
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Dans une lettre adressée mardi à Jacques Auxiette, président du Conseil régional, les enseignants et les personnels administratifs et techniques de l’ensemble Dom Sortais de Beaupréau, regroupant un collège et deux lycées privés, font part de leur crainte face à l’arrivée du lycée public à l’horizon 2015. « Si l’ouverture d’un lycée public se confirme, combien faudra-t-il rajouter de suppressions d’emplois pour les personnels ? Combien faudra-t-il rajouter de mutations pour les enseignants ? », demandent-ils dans leur courrier.

Ce matin, lors d’une conférence de presse, professeurs et personnels Ogec allaient jusqu’à annoncer que la baisse du nombre d’élèves « entraînera un déséquilibre financier, aboutissant à plus ou moins long terme à la fermeture définitive de l’ensemble scolaire ».

Par comité de soutien Le 21/04/2011
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Naissance du Comité de soutien à François Le Ménahèze
21 Avril 2011 Par Catherine Chabrun

Historique de l'affaire

En septembre 2010, François Le Ménahèze, professeur des écoles, directeur de l’école Lucie Aubrac à Saint-Lumine de Clisson (44) et formateur associé à l'IUFM des Pays de La Loire, reçoit un courrier de Monsieur l'Inspecteur d’Académie de la Loire Atlantique, l’informant de sa non reconduction sur son poste de formateur associé à l’IUFM de Nantes (poste qu’il occupe depuis une dizaine d’années) compte tenu de sa « manière de servir ». Il n’a en effet pas fait remonter les résultats des évaluations nationales CM2 de l’année scolaire précédente. Après plusieurs audiences et de nombreux courriers (dont un « courrier de loyauté » exigé par l'Inspecteur d'Académie et… refusé par ce même Inspecteur d’Académie pour non-conformité à l’obéissance aux instructions officielles), malgré de nombreux soutiens et protestations (parents, élus, syndicats, mouvements pédagogiques, université, IUFM, formateurs, étudiants, stagiaires…), l’Inspecteur d'Académie maintient sa décision. Les divers recours déposés par François Le Ménahèze n’y font rien.

Début avril 2011, François Le Ménahèze reçoit un nouveau courrier (avec accusé de réception) l’informant d’un nouveau « comportement professionnel non-conforme » comportant un nouveau retrait de salaire « pour service non fait » (non remontée des résultats des évaluations CM2) et engageant une procédure disciplinaire à son encontre. Le lendemain, il reçoit un autre courrier de l’Inspecteur d'Académie l’informant d’une seconde procédure disciplinaire pour faute professionnelle en raison de son refus d'une inspection individuelle. En effet, suite à un avis d’inspection, François Le Ménahèze a décidé, pour la première fois de sa carrière (30 années d’exercice), de refuser l’inspection individuelle compte tenu du traitement de l’Institution à son égard. L’Inspectrice de l'Éducation nationale a néanmoins procédé ce jour-là à une « visite » dans la classe et dans l’école, observant les élèves au travail et consultant les outils de la classe, des élèves, de l’enseignant et de la direction.

Finalités et objectifs du comité de soutien :

· Défendre et promouvoir, à travers le cas de l'enseignant/directeur/formateur François Le Ménahèze, l'exercice d'un métier, reposant sur une éthique professionnelle et une liberté pédagogique responsables, pour une école laïque respectueuse de la dignité et des droits des personnes, enfants et adultes, qui en sont les acteurs.

· Défendre, à travers le cas de François Le Ménahèze, toutes les enseignantes et tous les enseignants qui défendent les valeurs d’un service public d’éducation.

· Agir pour mobiliser toutes celles et tous ceux qui se battent pour une école de l’émancipation libérée de la caporalisation administrative et des crispations autoritaristes, confiante dans ses acteurs et promouvant ceux et celles qui militent pour une pédagogie au service de la réussite de tous les élèves.

· Mobiliser rapidement le comité de soutien en cas de tout nouvel événement, mesure disciplinaire et/ou commission disciplinaire.

· Coordonner ses actions à celles du réseau départemental et à celles du réseau national des enseignants en résistance.

· Organiser une résistance collective pour aboutir à l’annulation de toute mesure disciplinaire à l’encontre de François Le Ménahèze.

Moyens, actions :

· Un comité de soutien actif et rapidement mobilisable, ouvert à tout enseignant, parent, citoyen, organisation, association…

· Diffusion et médiatisation de l’existence de ce comité via les organes de presse, les responsables politiques, les organisations syndicales et l'ensemble des partenaires du monde éducatif.

Président du comité de soutien : Philippe Meirieu

Animateurs : Joël Blanchard et Jean Le Gal

Pour s’informer des actions en cours, rejoindre le comité de soutien, signer en ligne :

http://resistance44-le-menaheze.over-blog.com/

Contact avec le comité par mail : soutien.lemenaheze@laposte.net

Contact avec le comité par écrit : Jean Le Gal - 6 rue Pascal - 44400 REZE

Par ligue de l'ensaignemend Le 21/04/2011
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elon les associations de parents d’élèves, la suppression programmée de 9000 postes d’enseignants et de remplaçants devrait entraîner la fermeture de 1500 à 3000 classes de primaire et de maternelle à la rentrée 2011.

La Ligue de l'enseignement soutient les manifestations, prévues le 18 mai 2011 un peu partout en France, pour s’opposer aux projets de fermeture de classes...

L'Ecole en sursis

Selon les associations de parents d’élèves, la suppression programmée de 9000 postes d’enseignants et de remplaçants devrait entraîner la fermeture de 1500 à 3000 classes de primaire et de maternelle à la rentrée 2011.

Ce week-end, dans le Journal du Dimanche, Alain Marleix, député UMP du Cantal et ancien secrétaire d’Etat aux collectivités territoriales, a cru bon de fustiger "la gauche et les syndicats" qui "aiguillonnent des parents d’élèves toujours sensibles à la démagogie". Tout en ajoutant : "tous les enfants inscrits – ceux des familles nomades en particulier – ne vont pas à l’école et tous les enseignants ne sont pas devant les enfants". Et de citer de manière tout aussi indigne "cette centaine d’enseignants, rien que dans le Cantal, détachés dans des associations, les amicales laïques qui font surtout de la politique".

La Ligue de l’enseignement condamne ces propos diffamatoires. Association complémentaire de l’Ecole publique, nous avons régulièrement dénoncé les effets néfastes d’une politique dogmatique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Le gouvernement a pris une lourde responsabilité sur l’avenir en réduisant encore l’investissement public dans l’éducation, mettant un peu plus en péril l’éducation commune de base à l’Ecole, en primaire et au collège, et les filières professionnelles. Une fois de plus, les élèves seront les éternels perdants d’un système inégal et injuste.

Nous soutenons les manifestations, prévues le 18 mai 2011 un peu partout en France, pour s’opposer aux projets de fermeture de classes.

Par coignarre Le 21/04/2011
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Sophie Coignard

Sophie Coignard Photo : Andersen Urf / Gamma
Chat : l'école est-elle en ruine ?
Sophie Coignard auteur du "Pacte immoral. Comment ils sacrifient l’éducation de nos enfants" répondra à toutes vos questions mercredi 27 à 11h.

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Fermeture de classe, manque de personnel, non remplacement des profs... Le système éducatif français court-il à la ruine ?

Le livre
Deux grands lycées parisiens qui se sont déconnectés du système informatique du ministère et ont mis en place des modes d’admission parallèles.
Des ministres (et un président) qui annoncent des réformes mais n’arrivent pas à les faire appliquer.
Des enseignants qui font faire des dictées en cachette.
Le CAPES que l’on donne à des candidats qui n’ont pas eu la moyenne et qu’on lâche ensuite dans des classes difficiles.
Une pédagogie « nouvelle » où l’orthographe n’est plus « une fatalité » mais « une matière à discussion ».
Après la Nomenklatura, l’omerta, la franc-maçonnerie, entre autres sujets sensibles, Sophie Coignard met à nu l’Éducation nationale. Ses ministres, ses idéologues, ses syndicats, tous ceux qui depuis 25 ans mènent à la ruine l’école.
Le plus scandaleux ? Ils agissent en toute impunité.
À l’origine de cet immense gâchis, un Pacte Immoral entre les élites qui prétendent nous gouverner et les apparatchiks qui sacrifient par pur cynisme nos enfants.
Ceci n’est pas un livre sur l’éducation. En tout cas pas seulement. C’est d’abord un document féroce et un récit effarant sur l’hypocrisie et la lâcheté du pouvoir.

Par competence Le 21/04/2011
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Nous prenons la parole en faveur d'une école compétente à former les acteurs de demain. Nous sommes en accord avec les orientations données aux programmes d'études pour développer des compétences chez les élèves, les aider à réussir dans un monde en changement où la seule acquisition de connaissances s'avère insuffisante. Nous déplorons par ailleurs que le discours dans les médias au sujet de cette réforme soit davantage enclin à la nostalgie qu'à la promotion des avancées scientifiques et technologiques en éducation. Plus particulièrement, au cours des cinq dernières années, la législation a tellement modifié la réforme que celle-ci s'en trouve dénaturée. De telles mesures nous éloignent de la finalité première de cette réforme, celle de prendre le virage du succès pour tous les élèves. C'est ce qui nous pousse à agir en notre âme et conscience.

Une réforme toujours essentielle

Par ce manifeste, nous souhaitons réaffirmer publiquement la pertinence de la réforme de l'éducation québécoise dans ses aspects les plus positifs et ainsi remettre les pendules à l'heure à la suite des critiques négatives, trop souvent peu argumentées, dont elle fait l'objet. En effet, face aux dérives constatées, nous pensons qu'il est de notre devoir de réaffirmer le bien-fondé des assises de la réforme afin de mieux la faire comprendre, d'aider le public à s'en faire une idée plus juste et de soutenir les enseignantes et enseignants qui sont déjà profondément engagés dans cet important mouvement d'innovation.

Pourquoi un tel manifeste

- Un large débat de société est nécessaire afin que l'éducation devienne véritablement une priorité au Québec.

- Le changement en éducation est inévitable dans une société en constante évolution.

- La nécessité d'une vision à long terme exige la dénonciation de changements à la pièce et juxtaposés sans perspective globale.

- La controverse autour de la réforme nous mène à apporter un point de vue différent clarifiant le sens des visées éducatives de la réforme.

- La participation des parents à la réflexion nous semble capitale et réclame un travail de compréhension des enjeux liés aux changements sociétaux.

- La terminologie de la réforme est trop souvent tournée en dérision comme si le recours à un vocabulaire spécifique était pertinent dans tous les domaines sauf en sciences de l'éducation.

Deux recommandations nous tiennent à coeur

Il est temps de dresser un bilan rétrospectif de dix années d'implantation de la réforme tout en se recentrant sur les orientations premières de celle-ci. Par ailleurs, nous croyons nécessaire de créer une agence indépendante des décisions politiques, pour assurer des améliorations continues plus cohérentes; elle serait dotée de pouvoirs décisionnels afin de piloter tout changement en éducation au Québec.

Par Le 21/04/2011
-1

EREA de Montpellier : établissement en grève !

Réunis en Heure d’information syndicale, les personnels de l’EREA de Montpellier (Établissement Régional d’Enseignement Adapté) ont choisi de se mettre en grève mercredi 20 avril.

Ils sont soutenus par les syndicats départementaux CNT Éducation et Snep-FSU.

L’EREA de Montpellier perdra l’année prochaine un poste d’enseignant alors même que l’établissement manque cruellement de personnel cette année déjà, conduisant à une situation très difficile de travail dans ce collège pour enfants présentant des difficultés scolaires et sociales.

Les revendications immédiates sont les suivantes :– arrêt des suppressions de postes à l’EREA. – création d’un poste de psychologue scolaire pérenne et à temps complet – application des textes et règlements en matière de discipline au sein de l’établissement, ainsi qu’une implication plus forte du chef d’établissement. – remplacement systématique des enseignants absents, tant sur les classes que sur l’internat. – retour du poste d’infirmière supprimé l’an passé afin de couvrir les besoins de l’externat et de l’internat. – instauration d’un temps de concertation en dehors des élèves entre l’administration et les enseignants d’une part. Les enseignants entre eux d’autre part. Ce temps pouvant revêtir la forme d’une journée "sans élèves".

Plus globalement, c’est bien contre la dégradation générale des conditions de travail au sein de l’EREA que les personnels ont choisi de se battre.

Une audience a été demandée auprès du Recteur pour obtenir satisfaction sur les revendications. Rendez-vous à 11h00 devant le Rectorat de Montpellier où seront présents les personnels grévistes.

Par Le 21/04/2011
0

Le ministère de l’Enseignement préscolaire, de l’Elémentaire, du Moyen secondaire et des Langues nationales travaille à la mise en place d’un cadre de réflexion et d’échanges structuré, afin d’organiser et de coordonner le partenariat avec les organisations syndicales, a appris l’APS, jeudi, lors d’un atelier sur le Programme décennal de l’Education et de la formation (PDEF).

‘’Il me semble que cela peut favoriser le dialogue social dans la mesure où, lorsque dans un processus concerté les options sont retenues d’un commun accord, mises en œuvre ensemble, cela peut favoriser l’instauration d’un dialogue social’’, a estimé le directeur de la Planification et de la réforme du PDEF, Djibril Ndiaye Diouf.

Interrogé par l’APS en marge de l’ouverture jeudi d’un atelier d’appropriation du Pdef par les organisations syndicales de l’enseignement, Djibril Ndiaye Diouf a soutenu que ‘’le ministère va travailler ainsi à l’instauration d’une dynamique partenariale qui puisse influer au-delà du Pdef à l’instauration d’un climat social apaisé’’.

‘’Nous allons travailler à cela. Puisque la 1-ère décennie du PDEF est terminée (2000-2010), nous démarrons juste à partir de la 10-ème revue, un processus de formulation des politiques et priorités, des stratégies du secteur de l’éducation et de la formation’’, a -t-il souligné.

Dans cette perspective, ‘’les syndicats, la société civile, les collectivités locales devront participer, dans le cadre d’une dynamique inclusive, à ce processus’’, a-t-il ajouté.

La rencontre, organisée avec les représentants des 45 syndicats présents dans le secteur et désormais inscrite dans l’agenda du PDEF, entre dans le cadre ‘’d’une nouvelle dynamique impulsée par le ministre depuis 2008’’.

L’’idée, c’est ‘’d’engager les discussions préliminaires qui, à l’occasion de la revue, vont permettre aux syndicats d’enseignants de présenter une contribution consistant à dire l’analyse qu’ils font de la situation et du fonctionnement du système éducatif’’, a expliqué Djibril Ndiaye Diouf.

Les résultats de l’atelier qui prend fin samedi, vont permettre ‘’d’harmoniser les compréhensions, de renforcer la compréhension des politiques et des stratégies de développement par les organisations syndicales’’.

Certains points de la plateforme revendicative relative notamment à l’entrée en 6-ème, à la carte scolaire, aux organes de gestion du PDEF et à la création des centres régionaux de formation sont aussi inscrits à l’ordre du jour de la rencontre.

‘’Des discussions approfondies seront engagées sur ces différents points et qui permettra d’un commun accord de déboucher sur une compréhension commune mais également sur des propositions qui vont contribuer à l’atteinte des objectifs d’une éducation de qualité pour tous d’ici 2015’’, a dit le DPRE.

Par Le 21/04/2011
-1

L'inspecteur d'académie face aux enseignants de Grand-Air

Suite du conflit qui oppose les enseignants du collège Grand-Air de La Baule et le proviseur de la cité scolaire. Depuis mardi, les cours étaient suspendus après un incident administratif survenu entre le chef de l’établissement et la principale adjointe. Ce matin, les cours ont repris normalement afin « de ne pas pénaliser les élèves ». Depuis 17 heures, l'inspecteur d'académie, Bernard Javaudin, s'entretient avec le personnel enseignant et le proviseur.

Par Roussillon Sara Le 21/04/2011
23

Je suis actuellement en deuxième année de Master ''Professorat des écoles" et je me demande si entre les réductions de poste et les réformes faites je réussirais un jour à avoir le concours et à faire parti des derniers fonctionnaires.

Quand on pense que la majorité de ma promo sera obligée d'accepter le statut de vacataire pour payer son loyer, je trouve odieux qu'on ait fait passer cet réforme pour une valorisation du statut d'enseignant.
Quel hypocrisie de continuer de se plaindre du niveau de nos élèves lorsqu'on est incapable de réformer les iufm au lieu de les détruire ....

Par parrent Le 20/04/2011
-10

5 questions à… Jean-Louis Auduc, spécialiste des relations parents-enseignants
Auteur de plu­sieurs ouvrages sur le sys­tème éduca­tif fran­çais, Jean-Louis Auduc est égale­ment spé­cia­liste des rela­tions parents-enseignants. Au sein de l'IUFM de Créteil, dont il est direc­teur, il a mis en place une for­ma­tion spé­ci­fique sur ce thème.

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Quand faut-il avoir recours à la média­tion parents-enseignants ?

"Lorsqu'il y a un pro­blème avec des élèves mineurs, il est impor­tant qu'enseignants et parents tra­vaillent en com­mun avec l'enfant sur les points d'achoppement, qu'il s'agisse de ques­tions rela­tives au res­pect des règles, à la drogue, aux fré­quen­ta­tions, etc. Aujourd'hui, deux dis­cours anta­go­nistes coha­bitent : d'un côté, le milieu éduca­tif reproche sou­vent aux parents de trop inter­ve­nir dans l'école, de l'autre, on trouve à l'inverse qu'ils n'y viennent pas assez. Ce double dis­cours n'aide pas les parents à com­prendre les mis­sions de l'école ni le rôle qu'ils doivent y jouer. La média­tion doit donc les aider à mieux épau­ler leurs enfants. Il s'agit de ne pas faire de ces familles des consom­ma­teurs de l'école mais des par­te­naires d'éducation.

Comment éviter les fric­tions entre les parents et les enseignants ?

La dif­fi­culté consiste à sor­tir d'une situa­tion d'angoisse et de méfiance res­pec­tive. Pour qu'il y ait une bonne média­tion, il faut un tra­vail régu­lier tout au long de l'année. On peut, par exemple, mettre en place un tra­vail de pré­ven­tion en orga­ni­sant des réunions d'information com­munes où parents et ensei­gnants peuvent être invi­tés à assis­ter à des confé­rences d'experts sur des thèmes tels que les ado­les­centes, la vio­lence, le racket, etc. Généralement, dans ce genre de ren­contres, il n'y a pas de riva­lité. Chacun tra­vaille en fonc­tion de ses propres com­pé­tences et chaque par­tie apprend à se connaître. Vis-à-vis du jeune, famille et école doivent jouer leur rôle en har­mo­nie, comme au sein d'un orchestre. Plutôt que des couacs, il s'agit de créer des asso­nances, et pour y arri­ver, il est impor­tant que le rôle des parents au sein de l'école soit reconnu par tous.

Que pensez-vous de la créa­tion de média­teurs char­gés de régler les conflits ?

Je pré­fère tra­vailler sur la média­tion elle-même plu­tôt que de créer des média­teurs. Le risque est que le média­teur récep­tionne les doléances de cha­cun sans que jamais les pro­ta­go­nistes ne se ren­contrent ni ne s'accordent. Les média­teurs doivent avoir un rôle tem­po­raire. Il faut que leurs fonc­tions aient des durées limi­tées. Lorsqu'on recourt à ce type de solu­tions de manière constante, il est rare que cela amé­liore réel­le­ment les situa­tions. L'organisation des rap­ports entre la famille et l'école n'en est pas modifiée.

Autre pro­blème : com­ment faire lorsque cer­taines familles ne com­prennent pas le français ?

On peut s'en sor­tir avec des inter­prètes ! Mais sur­tout, on peut pro­po­ser aux parents de suivre des cours d'alphabétisation, comme ce fut par exemple le cas avec suc­cès à Garges-lès-Gonesse. Je ne crois pas qu'il faille encou­ra­ger les familles à se replier dans une com­mu­nauté ou un ghetto. Je suis favo­rable à ce que l'intégration se fasse à tous les niveaux. A terme, mieux vaut des cours de Français pour les parents dans l'école, plu­tôt que des média­teurs ou même des interprètes."

Recueilli par Hanna Waar

Pour consul­ter les archives: cli­quez ici

Question rituelle

Dans la média­tion, faut-il tout dire aux parents ?

"Peut-on tout dire du com­por­te­ment d'un jeune âgé de quinze ans et plus à sa famille ? Je ne crois pas. Il ne faut pas oublier la place du jeune dans la média­tion. Et plus par­ti­cu­liè­re­ment au moment de l'adolescence, le moment du pas­sage à l'âge adulte, ce jeune a droit à un espace privé. Il doit dis­po­ser d'une plage d'autonomie qu'il ne faut pas enta­mer. A des parents qui demandent par exemple si leur fille fré­quente des gar­çons, je décon­seille à mes sta­giaires de répondre. Le pro­blème n'est pas simple…"

-

Par livr Le 20/04/2011
-92

L'école en France

Jean-Louis Auduc
Broché
Paru le
: 03/01/2007
Editeur
: Nathan
Collection
: Repères Pratiques
ISBN
: 978-2-09-183136-7
EAN
: 9782091831367
Nb. de pages
: 160 pages
Poids
: 225 g
Dimensions
: 15cm x 21cm x 0,8cm

Prix Decitre : 11,21€
Prix éditeur : 11,80€
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Par duko Le 20/04/2011
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17 février 2011
Un débat sur la mixité où Jean-Louis Auduc partage l’affiche avec l’Opus Dei

auduc.1297965840.jpg

Info complémentaire : comme déjà indiqué dans certains commentaires à ce billet, Jean-Louis Auduc a annulé sa participation à cette réunion, en invoquant des raisons d’emploi du temps.

LC

C’est un communiqué commun, signé par la « Fondation pour l’Ecole », une association libérale, militant pour la création d’écoles « indépendantes » hors-contrat et pour le système du « chèque -éducation», et par l’« Institut libre de formation des maîtres », une structure proche.

Il annonce une journée de formation payante, le 13 mars à Paris, sur le thème de « l’approche pédagogique différenciée pour les garçons et les filles ».

Les deux principales têtes d’affiche de cet événement sont Jean-David Ponci, délégué général de l’ « European Association Single Sex Education », une dénomination exprimant clairement un choix anti-mixité, et… Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l’IUFM de Créteil, auteur notamment de « Sauvons les garçons » (Descartes & Cie, 2009).

Jean-David Ponci, 40 ans, est un philosophe suisse, « expert en éducation » et membre « numéraire » de l’Opus Dei (les « numéraires » s’engagent à une vie de célibat et consacrent tout leur temps libre aux activités de l’Oeuvre).

Il interviendra sur « Les fondements biologiques de l’approche pédagogique garçons - filles ».

Jean-Louis Auduc traitera quant à lui la question : « Les difficultés, les échecs, le décrochage scolaire respectent-ils en France la parité ? ». Il doit également animer un atelier « tâche scolaire ».

Autant Jean-Louis Auduc est on ne put plus légitime sur ces questions, autant l’on ne s’attend pas à sa participation à une initiative de la Fondation pour l’Ecole. D’où les questions suivantes, que nous lui avons posées :

Jean-Louis Auduc, le monde de l’éducation vous connaît à la fois comme directeur adjoint de l’IUFM de Créteil et personnalité engagée dans les débats éducatifs. Et vous voilà soudain à l’affiche d’une « formation » organisée par la Fondation pour l’Ecole, qui milite pour les écoles privées catholiques hors contrat et pour le chèque éducation. Quelle mouche vous a piqué ?

Participer à un débat de la Fondation pour l’Ecole sur les « Approches pédagogiques différenciées pour les garçons et les filles » ne peut signifier une approbation de toutes les prises de positions ou démarches de cette Fondation ou je ne sais quelle caution. Je pense qu’il faut, sans se renier sur aucun point, accepter de débattre avec tout le monde, sauf ceux qui véhiculent des idées racistes ou contraires aux valeurs républicaines.

Pour la Fondation pour l’Ecole, le fait d’inviter un présumé « pédagogiste » est un beau coup publicitaire…

Réfléchissez plutôt au fait que cette Fondation, comme d’autres, a, par le passé, et à longueurs de colonnes dénoncé le « pédagogisme », la nocivité des IUFM, et qu’elle se voit contrainte, pour évoquer des différenciations filles -garçons, de parler de didactique, d’approches pédagogiques différenciées. Jusqu’à donner aujourd’hui la parole à un responsable d’IUFM ! Certains diraient que c’est un hommage du vice à la vertu! En tout cas cette invitation à elle seule montre l’inanité et le ridicule des campagnes accusant la pédagogie et les IUFM de tous maux dont souffre le système éducatif.

Le thème de la journée est « l’approche pédagogique différenciée pour les garçons et les filles » mais la puissance invitante pencherait plutôt pour l’abandon de la mixité. Et vous ?

Les termes du débat auquel j’ai accepté de participer ne sont pas « mixité ou non-mixité », mais portent sur la prise en compte du genre dans la mise en place de pédagogies différenciées, idée qui est mise en œuvre notamment dans les pays nordiques. Rassurez-vous, je ne suis ni un nouvel adepte d’Eric Zemmour, ni pour le retour au Couvent des Oiseaux !

Propos recueillis par L.C.
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Commentaires

1.

Par m1 Le 20/04/2011
0

directeur-adjoint de l’IUFM de Créteil. Cette contribution y est ainsi présentée:

«Il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès au métier enseignant», affirme Jean-Louis Auduc, directeur-adjoint d’IUFM. Mais des solutions existent. Pour lui elles passent par la reconnaissance du fait qu’enseigner est un métier. Il propose une «une entrée en biseau» dans le métier enseignant associant stages, enseignement et formation au-delà de l’entrée dans le métier.

Jean-Louis Auduc affirme qu’il faut «dépasser ce vieux débat français qui refuse de conjuguer ensemble savoir et conditions de la transmission des savoirs» qui est pour lui «un faux débat»:

Souvent, on décrit le métier enseignant comme « faire cours » alors que tout démontre qu’enseigner, c’est « faire classe ».

Il en déduit la proposition d’une entrée en biseau dont il précise les éléments:

1. Le M1 (première année de master), découverte du métier, approches des savoirs à enseigner et des enjeux de la transmission de ces savoirs. Les épreuves écrites du concours ont lieu en fin de première année du concours.
2. Des stages obligatoires pendant l’année de M2 (deuxième année de master) et donnant lieu à une validation nécessaire à l’admission au concours
3. Une année de stage avec une formation cadrée nationalement, une décharge d’au moins 40% de service pour les enseignants
4. Un accompagnement à la prise de fonction sur le poste de titulaire qui ne devra pas être inférieur à dix jours de formation sur l’année permettant de travailler avec le nouveau nommé les spécificités des classes, de l’établissement et de son environnement.
5. Prévoir l’obligation pour les personnels de suivre au moins une fois tous les 6 ans une semaine de formation d’actualisation qui abordera notamment les réflexions et avancées concernant la ou les disciplines enseignées, les avancées de la recherche en éducation et les mutations intervenues dans le système éducatif, notamment dans les niveaux où n’enseignent pas les personnels suivant la formation.

Évoquant «l’urgence», il a précédemment insisté sur la situation des stagiaires (après concours) «pour ne plus revoir la situation actuelle, ce qui passe par des décharges de service significatives (40,50% du service) pour les enseignants stagiaires», mais il ne s’arrête pas à cet aspect des choses. C’est en quoi, pour éclairer ou compléter le débat, la lecture de cette tribune est un utile moyen d’approfondir la réflexion sur la formation professionnelle des enseignants.

◊ Lire la tribune de Jean-Louis Auduc sur le site du Café pédagogique.

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Cette entrée a été publiée le Mardi 8 février 2011 à 11 11 58 02582, et rangée dans UNSA Éducation. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via son flux RSS 2.0. Les commentaires et les pings sont pour le moment fermés.

Par songar Le 20/04/2011
0

Jean-Louis Auduc : Sauvons les garçons !

Jean-Louis Auduc, directeur adjoint de l'I.U.F.M. de Créteil alerte sur une réalité qui dérange : notre société patriarcale valorise le sexe fort ; or, à l'école, il devient aujourd'hui le deuxième sexe. La majorité des jeunes en situation d'échec scolaire sont des garçons : la fracture sexuée est plus déterminante que la fracture sociale. Sur 150 000 jeunes qui sortent chaque année du système scolaire sans diplôme, 100 000 sont des garçons. Certes, toutes les filles ne réussissent pas ; tous les garçons n'échouent pas mais, chiffres de l'Education Nationale à l'appui, en tous milieux sociaux – plus encore ceux de moindre capital économico-culturel –,l'échec scolaire menace le masculin.

En cause, le poids considérable des stéréotypes sexués véhiculés par l'éducation familiale, l'école et les media : ils déterminent l'image de soi des filles et des garçons. En société de domination masculine, on développe chez la petite fille les qualités d'écoute et d'ordre ; on stimule son langage par la conversation. Habituées au respect des codes, les filles s'adaptent à l'école qu'elles surinvestissent car elles y trouvent reconnaissance et émancipation. À l'inverse, on valorise chez le petit garçon les qualités physiques, la force et l'adresse tout en le sollicitant moins dans l'échange verbal : en conséquence, à l'entrée en C.P., il dispose en moyenne de 500 mots et la fillette de 1200. C'est de là, selon l'auteur, que découlent les différences des parcours scolaires.

Convaincus de leur supériorité, les garçons associent l'affirmation d'eux-mêmes à l'indiscipline, la rébellion, la dévalorisation des savoirs scolaires : plus inadaptés que les filles aux codes de l'école, ils souffrent aujourd'hui davantage qu'elles de la répartition sexuée des rôles. De plus, les enseignants reproduisent inconsciemment ces stéréotypes sexués, tout en refusant de reconnaître, par égalitarisme plus que par principe d'égalité, que les aptitudes, les goûts , les rythmes d'apprentissage diffèrent selon le sexe. Parents et enseignants devraient prendre conscience de l'importance du risque d'échec scolaire des garçons et mettre à distance les représentations collectives que l'on croit naturelles. Aujourd'hui, "le masculin l'emporte sur le féminin" en grammaire seulement.

Jean-Louis AUDUC
Sauvons les garçons !
Descartes & Cie, 2009, 103 pages.

Par Kate - Publié dans : EDUCATION
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Par baron Le 20/04/2011
0

mercredi 20 avril 2011 - Bienheureuse Odette

Le Japon, après le séisme

La bioéthique en débat

Jean-Paul II, un pape bienheureux

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29/03/2010 19:12
Jean-Louis Auduc:«Démunis plutôt que démissionnaires»

Jean-Louis Auduc, spécialiste des rapports école-famille, appelle à un meilleur soutien aux parents

Entretien avec Jean-Louis Auduc, spécialiste des rapports école-famille

Comment analysez-vous l’absentéisme scolaire ?
Jean-Louis Auduc : "De tout temps, on a connu des adolescents qui faisaient "l’école buissonnière". Cet absentéisme, aujourd’hui, survient le plus souvent à partir de la 4e, la classe de tous les dangers. Autour de 14 ans, on entre dans l’âge des ruptures familiales et des crises.

À ce moment clé où l’on construit son identité et son estime de soi, les filles, plus matures, se tournent vers des copains plus âgés. Le groupe classe n’est plus homogène et les garçons ont alors tendance à se constituer en bandes, hors de l’école.

La 4e est aussi la classe dans laquelle on commence à parler d’orientation, et ceux qui n’arrivent pas à suivre, bien souvent, préfèrent fuir l’échec. Enfin, il y a une trentaine d’années, seuls 50 % des élèves accédaient à cette classe. Et les parents qui ont quitté le collège à la fin de la 5e ont du mal à donner du sens à la prolongation des études."

L’école peut-elle aider les parents à donner du sens aux apprentissages ?
Elle le doit. C’est tout l’enjeu de la "Mallette des parents", expérience menée dans l’académie de Créteil, qui consiste à faire découvrir aux pères et mères le collège d’aujourd’hui, très différent de celui de leur jeunesse.

Il s’agit aussi de leur expliquer ce que leur enfant et l’institution peuvent attendre d’eux – et inversement. De façon générale, l’école ne fait pas assez confiance aux parents, elle ne leur montre pas suffisamment à quel point ils sont utiles dans la construction de leur enfant.

On entend dire que les parents sont démissionnaires. Est-ce vrai?
Ils sont démunis plutôt que démissionnaires. Ils ne savent plus toujours dire non à leur enfant. Longtemps, nombre de recettes éducatives étaient transmises par les grands-parents qui souvent habitaient sous le même toit et jouaient le rôle de médiateurs…

Aujourd’hui, les dispositifs d’aide à la parentalité fonctionnent assez bien quand l’enfant est âgé de 0 à 3 ans mais il reste à inventer un soutien similaire pour aider les familles lorsque le gamin devient adolescent.

De plus, beaucoup de parents nettoient les bureaux à partir de 5 heures du matin ou travaillent dans des grandes surfaces de 17 à 22 heures et ne peuvent donc être aux côtés de leurs enfants à des moments décisifs de la journée.

Et je ne parle même pas de la volonté du gouvernement de faire travailler davantage de gens le dimanche, jour qui permet de faire un bilan de la semaine avec ses enfants. Il est injuste d’accuser les parents quand on leur donne des injonctions contradictoires.
Propos receuillis par Denis PEIRON

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Jean-Louis-Auduc---Demunis-plutot-que-demissionnaires- - QUATRE ACTES DE PRÉSENCE
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Par auduk Le 20/04/2011
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Jean-Louis Auduc

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Europe et international
Quelle défense pour la France aujourd'hui ?
Parce qu’il peuvent apparaître comme techniques, les débats sur la défense ne passionnent pas toujours le plus grand nombre. Pourtant, cet atelier animé par Clotilde Valter a montré à quel point ceux-ci sont essentiels dans un monde où la menace a changé, est multiforme. Dans cette séquence de préparation du projet présidentiel, il avait vocation à entendre la parole d’experts sur les orientations proposées par le Parti socialiste en matière de défense.
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Jean-Louis Auduc est depuis 1993, directeur-adjoint de l’IUFM (Institut universitaire de formation des maîtres) de Créteil.

Son parcours

- Auditeur de la 50e session de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense Nationale (IHEDN)
- 2001-2002 : chargé de mission sur les problèmes de violence scolaire auprès du ministre délégué à l’Enseignement professionnel.
- Travaux sur le système éducatif et la direction d’une collection de manuels d’éducation civique de collège
- Développe à l’heure actuelle ses recherches sur les causes de l’échec scolaire masculin précoce et la crise d’identité des jeunes adolescents.

Sa bibliographie

-Forger un sentiment commun d’appartenance respectant la diversité des identités, Perspectives n°139, revue de l’UNESCO, vol.XXXVI, n°3, septembre 2006 “Citizenship education, globalization and democratization” pages 319 à 326
-Participation à l’ouvrage collectif du Club Raspail, La défense à plusieurs voix, Editions Bruno Leprince 2005
-Apprendre à enseigner la défense, Historiens-Géographes, n°390, pages 241-246, avril 2005.
-Participation à l’ouvrage collectif de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale Comprendre la défense - Éditions Economica, 1999.
-Les enjeux de l’enseignement du civisme, les Cahiers de Mars, n°160, p. 62 – 69, 1er trimestre 1999.
- L’enseignement du civisme à l’école, Revue Défense Nationale Février 1998 p. 31 - 37.

Jean-Louis Auduc

* Jean-Louis Auduc

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Par Le 20/04/2011
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"La grande faillite des évaluations en primaire" - France : Ladépêche.fr

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Albi et sa région

Publié le 20/04/2011 08:11 | Propos recueillis par Alain-Marc Delbouys"La grande faillite des évaluations en primaire"éducationPour le président national de la FCPE, Jean-Jacques Hazan, « la France est la cinquième puissance mondiale, mais des pays dits pauvres font mieux que nous ! »/Photo DDM archives.

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Suppression de 16 000 postes d'enseignants, critiques des évaluations « bidonnées » en primaire : de passage à Albi, Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, est en colère.
Jean-Jacques Hazan, président national de la FCPE, a animé hier à Albi un comité régional de cette fédération de parents d'élèves. Interview.
Pourquoi dénoncez-vous à nouveau les évaluations en primaire ?
Ce sont 23 millions d'euros dépensés pour rien. Cette opération est une grande faillite. Le ministère a sorti le résultat des évaluations faites en CM2 en décembre, mais on ne peut pas les utiliser. Les résultats sont très bidonnés. Des enseignants s'en sont même vantés. Ils n'y ont pas vu une évaluation du système, mais de leur propre travail. Ils ont fait remplir les formulaires au crayon et ont corrigé eux-mêmes après. Les infos ne sont pas remontées au ministère sur les élèves en échec. Une enquête sur 10 000 écoliers aurait été plus juste. Les évaluations de CE1 sont prévues en mai. Nous demandons leur report en septembre. En début d'année scolaire, elles seraient plus utiles.
Que dites-vous au ministère pour lui demander de renoncer aux 16 000 suppressions de postes d'enseignants à la prochaine rentrée ?
Nous sommes au 24e ou au 25e rang des pays de l'OCDE en matière de taux d'encadrement des enfants en primaire. La France est la 5e
puissance mondiale, mais des pays dits pauvres font mieux que nous ! L'effort est très insuffisant et la France supprime encore 16 000 postes, alors que les effectifs continuent à croître, avec 40 000 élèves de plus chaque année ! En Midi-Pyrénées, avec 4 300 élèves de plus à la rentrée prochaine, la région perd 205 ou 206 postes ! Jean-François Copé a dit qu'il fallait mettre le paquet sur le primaire. Nous, on voit surtout un paquet de suppressions ! Les bébés de l'an 2000 ont 11 ans. Ils arrivent au collège et on y supprime des postes, voire on fusionne des collèges dans certaines régions.

On a supprimé 200 000 places en maternelle pour les 2-3 ans. Quand on se félicite d'avoir 40 000 ou 60 000 naissances de plus par an, il faut les accueillir et les faire réussir. Il ne faut pas faire des économies sur nos enfants mais investir.
Que répondez-vous au ministre Luc Chatel, qui a dit que « la qualité n'est pas forcément la quantité » ?
La qualité, on est pour, mais on supprime la formation pédagogique des enseignants. On refuse d'écouter les propositions de la FCPE sur les rythmes scolaires, que ce soit 90 minutes de pause pour les collégiens et lycéens pour déjeuner, ou un autre jeu de livres à la maison pour que les collégiens n'aient pas à porter un cartable de 20 kg…
Comment percevez-vous la mobilisation dans la région ?
Quand vous circulez en voiture, vous voyez fleurir partout des banderoles. Pour montrer ce que représentent concrètement les fermetures de classes, les parents tarnais exposent des empreintes de mains d'enfants concernés. À l'appel de la FCPE, des musiciens des collèges et lycées d'Albi donneront ce mercredi à 17 h 30 sur le Vigan à Albi un concert pour l'éducation, où je serai présent. Les parents sont très dynamiques. Ils trouvent des moyens pour toucher la population. Ils prennent leurs affaires en main. Les parents sont des électeurs. C'est pourquoi nous nous adressons aux députés, qui votent le budget, afin de leur demander un collectif budgétaire en faveur de l'éducation. Cette mobilisation va se poursuivre, y compris pendant les vacances, avec une pétition en ligne sur Internet et les réseaux sociaux.

L'enseignement privé sera touché
Le secteur public de l'Éducation nationale ne sera pas le seul à payer le lourd tribut des réformes. Les établissements privés (136 000 enseignants) doivent perdre environ 1 500 emplois à la rentrée prochaine, ce qui correspond à la participation du secteur aux 16 000 suppressions de postes envisagées dans l'Éducation nationale. « La situation est inconcevable », a lancé Éric de Labarre, secrétaire général de l'enseignement catholique, hier, lors d'une conférence de presse à Toulouse organisée en présence de responsables régionaux du secteur.
Dans l'Académie de Toulouse, l'enseignement catholique perdra 48 emplois sur 230 postes au total. Un collège fermera ses portes en Aveyron, un lycée professionnel en Haute-Garonne, un lycée technologique dans le Tarn tandis qu'un CAP cuisine-restaurant ne se réalisera pas en Tarn-et-Garonne. Au total, sur trois ans, l'enseignement catholique « aura entre 5 000 et 7 000 emplois à rendre », dit Éric de Labarre. Et ce dans un contexte d'augmentation régulière du nombre d'élèves alors que, chaque année, 30 000 à 40 000 demandes d'inscriptions ne sont pas satisfaites. 

 
 
 
 
 
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Par Le 20/04/2011
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Synthèse

Près de trois ans après son adoption, la loi Liberté et responsabilité des universités (LRU) du 10 août 2007 continue de susciter de nombreuses inquiétudes dans la communauté universitaire. Présentée comme une des réformes phares du quinquennat, sa mise en application, non dénuée de choix purement idéologiques, conduit à s’interroger sur les risques qu’elle comporte, notamment à l’aune des résultats des autres pays industrialisés qui ont rendu leurs universités largement autonomes bien avant la France.

Le concept d’autonomie, notamment en matière d’enseignement, est historiquement une valeur progressiste : laisser l’institution universitaire définir ses orientations loin des pressions politiques ou religieuses, permettre à la recherche universitaire de s’affranchir des pressions économiques et financières accordent la priorité à la liberté de penser, de créer et d’enseigner sur la tyrannie du court terme. Cette vision n’entre d’ailleurs pas en contradiction avec la nécessité pour le système d’enseignement supérieur et de recherche d’être orienté et régulé par la puissance publique garante de l’intérêt général.

Seulement, les mesures issues de la réforme en cours mettent progressivement en œuvre un projet néolibéral et utilitariste pour l’enseignement supérieur français : un vrai patron pour chaque université, la mise en place d’un marché du travail des enseignants-chercheurs, une précarisation croissante des personnels, une course effrénée au productivisme – publier plus pour gagner plus, « publish or perish » –, la disparition programmée des petites universités victimes de la concurrence, une primauté absolue donnée aux projets d’innovation au détriment de la recherche fondamentale et d’un champ précis en particulier destinées à une mort lente parce que perçu comme peu rentable : les sciences humaines et sociales.

Dès lors, le nouveau visage du système d’enseignement supérieur et de recherche qui se dessine derrière la réforme LRU risque d’être aux antipodes de l’effet escompté par les acteurs concernés : une gouvernance sans contrepoids académique, un système peu lisible avec un empilement rapide de structures à l’infini , un risque très élevé de dériver vers le modèle italien caractérisé par un localisme sclérosant et non vers le modèle américain, peu comparable par nature avec le système français, un risque vraisemblable que l’incitation forte à rechercher des financements privés se traduise par un désengagement budgétaire progressif de l’Etat.

La gauche doit défendre une autre vision de l’autonomie et construire un projet de réorientation radicale de la réforme en cours :

- rééquilibrer la gouvernance des universités par la création au sein de chacune d’elles d’un Sénat académique ;

- concilier l’émergence de grands campus internationaux avec le maintien d’universités de taille moyenne au cœur de la mission de démocratisation de l’enseignement supérieur ;

- réaffirmer le caractère national du statut de l’enseignant-chercheur et faciliter la mobilité de ceux-ci sur le territoire et au niveau international, en particulier européen ;

- mettre en place un plan de rattrapage financier sur le long terme pour amplifier et pérenniser l’effort budgétaire amorcé depuis 2008.

La note

Au 1er janvier 2010, 51 universités – 18 en 2009 et 33 en 2010 – sur 82 ont déjà accédé aux nouvelles responsabilités et compétences prévues par la loi Liberté et responsabilité des universités (LRU) du 10 août 2007, avec en particulier la gestion des ressources humaines, l’autonomie budgétaire et la gestion de la masse salariale. Les universités qui en feront la demande pourront aussi dans les prochaines années, sous réserve de l’acceptation de l’État, devenir propriétaire du patrimoine immobilier mis à leur disposition.

Il est indéniable que cette loi a remis en mouvement un secteur réputé irréformable, statique pendant des décennies bien que confronté à une crise profonde et durable dans un contexte de mondialisation croissante du savoir et de la recherche. Cependant, la mise en œuvre actuelle de l’idée d’autonomie, non dénuée de choix purement idéologiques comporte des risques réels.

Cela pose pour le futur la question soit de l’abrogation de cette loi soit d’une profonde réorientation de son contenu et de son application dans une perspective progressiste et d’excellence.

1 - L’autonomie, une réforme en principe progressiste dévoyée par une volonté de mise en concurrence généralisée et par une vision utilitariste du système d’enseignement supérieur et de recherche

1.1 - Il faut distinguer liberté d’enseigner et de chercher et autonomie des universités

La liberté d’enseigner demeure un principe fondamental : le professeur est libre d’enseigner ce qu’il estime être juste et vrai, en cohérence avec les programmes nationaux. Cette liberté est moins évidente pour le chercheur et son équipe, intégrés dans un organisme de recherche, une université ou une unité mixte de recherche et soumis à des contraintes croissantes pouvant réduire leur liberté de choix : la recherche de financements dans le cadre de la procédure d’appel à projet, les partenariats avec le secteur privé, l’existence d’une stratégie nationale qui vise à faire coïncider les projets de recherche et les priorités gouvernementales sont autant de contraintes réduisant les marges de manœuvre du chercheur.

La liberté d’enseigner et de chercher reste relativement fragile. Elle a pu être encore récemment remise en cause avec la modification du décret du 6 juin 1984 relatif aux statuts des enseignants-chercheurs qui a suscité un fort mécontentement chez nombre d’enseignants-chercheurs craignant l’arbitraire des présidents d’université, une hausse des heures d’enseignement à leur charge et une atteinte à leur indépendance. La version finale du décret – après la grève de 2009 – a fini par établir comme garde-fou le consentement libre et éclairé de l’enseignant-chercheur dont l’activité est susceptible de modulation.

L’autonomie, comme capacité et liberté de s’auto-administrer, s’applique à l’institution universitaire elle-même. Cette liberté de l’institution ne va pas de soi a priori. En effet :

- une institution qui constitue un enjeu majeur pour la société et qui assure un service public essentiel doit être en principe sous la tutelle de l’instance qui incarne l’intérêt général : l’Etat ;

- les universités sont les réceptacles – et vont de plus en plus le devenir avec les nouvelles ressources comme celles de l’emprunt national – de fonds publics importants : les citoyens, notamment en France où l’impôt est la principale source de financement du système, sont en quelque sorte les principaux « actionnaires » du système d’enseignement supérieur. Il est naturel qu’ils en soient les administrateurs à travers le gouvernement.

1.2 - Liberté et autonomie ne signifient cependant pas une absence d’évaluation, de contrôle et de régulation de la recherche et du service public de l’enseignement par l’État

Les universités ont, de fait, tout intérêt, pour l’efficacité de leur action, à ce que leurs orientations, leurs activités, l’utilisation des moyens mis à leur disposition soient examinées, discutées et contrôlées par des acteurs externes : elles doivent rendre compte à la société de l’exercice des missions qui leur sont confiées par la loi et au nom desquels elles disposent de ressources publiques.

L’autonomie ne signifie pas absence de cadre et d’orientations générales définis par l’Etat :

- grâce à des incitations financières, pour favoriser le développement d’un domaine particulier du savoir ou de la technique, pour mettre l’accent sur une vraie responsabilité des universités quant à l’insertion professionnelle des étudiants et la participation à l’essor économique du pays ;

- via la politique contractuelle, rénovée en l’occurrence par la loi, qui permet de s’accorder sur les orientations à privilégier et les moyens pour les poursuivre ;

- à travers une régulation et des évaluations par des pairs, voire par des instances externes, comme les juridictions financières (Cour des comptes).

1.3 - Un concept peu à peu dévoyé de son sens progressiste

L’autonomie est une notion en principe positivement connotée, d’où son succès auprès des citoyens lors de l’annonce de la réforme de 2007 : les universités, longtemps corsetées par une gestion centralisée et tatillonne vont enfin pouvoir s’affranchir de multitudes de contraintes et déployer leur créativité en matière d’enseignement et de recherche. Dans une vision progressiste, il s’agit de créer les conditions d’une saine émulation et non d’une lutte dérégulée qui risque d’être générateur de désorganisation et d’inefficacité.

De fait la réalité de la mise en œuvre de la réforme semble s’éloigner de sa signification progressiste. Très vite, de nombreux acteurs du système ont déchanté face à la double-vision utilitariste et néolibérale qui sous-tend la mise en œuvre de la loi :

- dans la pratique, la conception de l’autonomie issue de la LRU s’apparente fortement à une vision néolibérale : un vrai patron pour chaque université, la mise en place d’un marché du travail des enseignants-chercheurs, une précarisation croissante des personnels, une course effrénée au productivisme – publier plus pour gagner plus – une concurrence acharnée pour les parts de marché des financements privés, la relégation annoncée, voire la disparition progressive, de petites universités incapables de s’adapter à la nouvelle concurrence pure et parfaite pour laisser place à un oligopole formé par quelques établissements géants...

- la vision utilitariste vise à soumettre tout le système d’enseignement supérieur et de recherche à la nécessité de privilégier les projets d’innovation au détriment de la recherche fondamentale et de recentrer les enseignements uniquement sur les thèmes à forts débouchés professionnels, le tout obéissant à une loi en contradiction avec l’autonomie : la culture voire le culte du résultat… C’est notamment la mort annoncée des sciences humaines et sociales classiquement perçues par les conservateurs comme peu rentables et source de subversion pour la société.

Tout n’est pourtant pas à rejeter dans cette approche certes simpliste d’un secteur des plus complexes : capter des financements privés peut être un progrès pour avancer dans une voie de recherche bloquée par le manque de financement ; fournir un débouché professionnel fait partie des missions incontestables de l’université et correspond à une demande sociale forte. Néanmoins, l’idée sous-jacente à la réforme semble bien de se désengager progressivement du financement des universités en les laissant face aux forces du marché et en mettant en place un système de dotations peu à peu déconnectées de leur charge réelle, comme l’illustre les difficultés actuelles auxquelles font face les collectivités territoriales dans le cadre de la décentralisation.

Mais au-delà de l’idéologie concurrentielle qui sous-tend la réforme, force est de constater que la LRU est un demi-échec qui comporte de nombreux risques si son cours actuel n’est pas réorienté.

2 - Les risques d’une autonomie néolibérale

2.1 - Bien qu’elle ait progressé, la gouvernance reste très politisée avec une légitimité académique à construire en contrepoids de la légitimité du président-gestionnaire

Depuis le vote de la loi LRU, la gouvernance des universités a significativement évolué mais pas toujours dans le bon sens. Les pouvoirs du président d’université ont clairement été renforcés, sans doute au-delà du nécessaire. Théoriquement, il a tout le pouvoir, après consultation du conseil d’administration, de définir la politique d’enseignement et de recherche de son université. Il préside la plupart des conseils élus, notamment le conseil de discipline. Le modèle de gouvernance des universités américaines pourrait permettre d’affirmer plus clairement dans la loi l’existence d’un « sénat académique ». Cette instance serait la représentation des enseignants-chercheurs élus pour représenter la communauté universitaire. Il faut que cette instance soit un contrepoids significatif et qu’elle ne soit pas limitée à un rôle simplement consultatif : en particulier, elle doit détenir le pouvoir, dans des cas exceptionnels, de renverser le président d’université.

Le mode d’élection instauré par la loi LRU est largement perfectible. Le nouveau mode d’élection reprend le modèle des élections municipales : un scrutin de liste avec prime majoritaire. Il en résulte des scrutins qui ont mis souvent face à face deux listes de forces égales : les professeurs d’un côté et les maîtres de conférence de l’autre, laissant le choix du CA tranché par les personnels administratifs et les étudiants, publics nettement plus politisés. Or, il pourrait être plus efficace de désigner des CA moins le fondement de l’appartenance syndicale que sur la base de l’expertise et de l’engagement au service de l’université et de l’intérêt général. Un scrutin plurinominal majoritaire ou un scrutin de liste avec panachage – même si aucun système n’est entièrement parfait – pourrait ainsi remédier en grande partie à ce phénomène, permettant de faire émerger une gouvernance consensuelle des universités. Par ailleurs, pour éviter une politique court-termiste visant principalement la réélection, le mandat du président – d’une durée de quatre ans – pourrait être allongé avec une interdiction de se re-présenter.

2.2 - Un système en cours d’être parmi les plus illisibles du monde

La loi LRU présente un vice congénital : elle ne s’est pas articulée avec la loi de programme du 18 avril 2006 sur la recherche qui, au-delà des réformes du financement de la recherche encourage les coopérations et regroupements entre établissements et organismes de recherche.

Il en résulte :

un empilement de structures rendant le système d’enseignement supérieur et de recherche des plus illisibles : en plus des EPSCP, des pôles universitaires et des GIP, se créent de plus en plus des Alliances, des Instituts Carnot, des RTRA, des PRES, des CTRS, des FCS, des EPCS, les labels Opération campus, auxquels viendront s’ajouter bientôt les Campus d’excellence, les IHU et les pôles d’excellence de l’emprunt national ;

deux mouvements simultanés de recomposition de la carte universitaire quasi-antagonistes qui rendent perplexes les établissements dans leur positionnement sur la carte universitaire et de la recherche :

- un mouvement vers l’autonomie devenue une priorité politique du gouvernement pour vaincre les résistances d’établissements peu préparés, sans visibilité sur les conséquences à moyen et long terme de l’accès aux compétences élargies,

- un mouvement de regroupement voire de fusion entre établissements, la compétition entre établissements et la recherche d’une identité de site étant encouragée à travers les financements immobiliers de l’Opération campus. Cette opération, censée financer le renouvellement de l’immobilier universitaire fortement dégradé, a été utilisée comme appât pour susciter des projets de regroupement parfois artificiels.

2.3 - L’autonomie peut produire plus de localisme et moins de mobilité des étudiants et des chercheurs, soit l’inverse de l’effet recherché.

L’autonomie, dans sa version actuelle risque de rendre encore plus faible la circulation des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. A titre d’exemple, en Italie et aux États-Unis, la mobilité des étudiants et des professeurs diffère notablement de celle d’autres pays qui ont des universités autonomes :

- Aux États-Unis, les enseignants et les étudiants sont très mobiles comme le sont les Américains en général et le facteur travail en particulier. Souvent, les étudiants ne font pas leur thèse dans l’université où ils ont obtenu leur master. A la fin de leurs thèses, la majorité est recrutée dans des institutions différentes ; on est rarement “tenured” sur le premier poste ; les très grandes universités américaines (les plus prestigieuses, souvent de petite-moyenne taille) sont certes autonomes mais sont des universités privées, à l’exception des campus de l’Université de Californie et quelques autres, dont la comparaison avec le système français doit faire l’objet d’une grande prudence. Il faut observer que les universités les plus importantes ont une ouverture mondiale : elles attirent des étudiants et des enseignants venant de partout et l’attractivité internationale est au cœur de leur politique. Celles qui ont un enracinement local, sont implantées au niveau d’Etats importants et non de petites localités comme en atteste le cas particulier de la Californie et du Massachusetts (où se trouvent une forte proportion des bonnes universités), deux Etats où se développe l’industrie de pointe la plus avancée du monde.

- En Italie, l’autonomie de gestion des ressources humaines, qui date de 1993, a engendré un système où on est recruté quasi-systématiquement dans l’université où l’on a soutenu sa thèse et les promotions se font dans le même établissement. D’où un effet pervers : les enseignants votent les financements qui permettront leur propre promotion... Les marges de manœuvre budgétaires ne sont pas utilisées pour attirer des chercheurs extérieurs mais pour des promotions internes parfois à visée purement électoralistes, la réélection de l’équipe dirigeante. Une autre forme de localisme a été considérablement accentuée et cela au-delà de toute prévision. Certaines universités, de taille moyenne, mais prestigieuses (Pise, Padoue …), qui autrefois recrutaient les meilleurs étudiants du pays, se limitent désormais à leur bassin régional. Ainsi, l’enracinement local, louable a priori, peut restreindre considérablement le champ d’action et donc la visibilité et l’ouverture de l’université sur le pays et sur le monde.

Le localisme est l’un des maux les plus persistants de l’université française et la réforme actuelle ne modifie pas radicalement la donne dans le sens d’une plus grande circulation des enseignants-chercheurs ni des étudiants. Il y a un risque réel que l’université française évolue vers le modèle le plus proche culturellement et en termes d’organisation : le modèle italien.

2.4 - L’autonomie, dans son cours actuel, ne résout pas, et aggrave même potentiellement, les problèmes de moyens de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Trois points méritent d’être soulignés s’agissant des moyens financiers et humains de l’enseignement supérieur et de la recherche :

- Plus l’acteur qui finance est « près » de la structure de recherche, moins elle est autonome. Plus l’organisme de contrôle et de financement de la recherche (et de l’enseignement) est proche du chercheur (et de l’enseignant), moins ce dernier est autonome dans son activité : il doit obéir à des exigences de productivité et d’orientation locale et à un contrôle très strict. Ainsi, l’encouragement à rechercher des financements auprès des entreprises et collectivités publiques proches bride peu à peu les initiatives des chercheurs soumis à un contrôle très strict et à court terme. Aux États-Unis, les grands organismes de financements de la recherche (NSF, NIH, DARPA, …) financent un système de recherche et d’innovation de dimension continentale et restent assez distants des laboratoires. Le caractère massif des financements – dû également à une forte tradition de mécénat – permet de plus de fournir des ressources à (presque) tous les champs de la connaissance. Seul le niveau européen, en termes d’extension géographique, scientifique et culturelle, et en termes de ressources financières pourrait reconstituer un fonctionnement vertueux comparable. Dès lors, la construction d’une Europe de la recherche, tant pour la mobilité des étudiants et des chercheurs que pour l’allocation de ressources publiques élevées pour la recherche doit devenir pour la gauche un objectif prioritaire.

- Le risque de désengagement progressif de l’État des universités dans le futur est une crainte bien fondée. L’encouragement à rechercher des financements privés – à travers notamment des fondations de toutes sortes pour la recherche, à accroître les ressources propres à travers des contrats avec les entreprises devient de plus en plus pressant. S’il ne s’agit pas d’un mal en soi, ce mouvement tendra à créer peu à peu les conditions d’un désengagement futur de l’État laissant les universités les plus tournées vers une recherche utilitariste subsister et les autres péricliter. Le rôle de président d’université sera alors de plus en plus de trouver des financements à court terme dans un contexte où les Etats européens vont être soumis à une pression croissante pour tailler dans les dépenses publiques. Les Universités françaises seront inévitablement mises à contribution à cet effort avant même d’avoir achevé leur processus de rattrapage financier.

- Une institutionnalisation du recrutement fléché sur projet, comme pour tout système visant la recherche “visible” à court terme, contribuera à affaiblir peu à peu la recherche fondamentale et les sciences humaines. Ce processus s’est nettement accéléré depuis les années 80. D’une part, l’idéologie néolibérale privilégie la recherche à retombées immédiates. D’autre part, dans le cas américain, la financiarisation de l’industrie tend à réduire la recherche industrielle au sein des entreprises qui se sont tournées vers les universités opérant, par substitution, une réduction importante du temps de recherche fondamentale. L’Europe a suivi ce mouvement dans les années 1990. Il en résulte que partout, la science et la technique s’appuient sur des fondements théoriques posés par la recherche fondamentale faite dans les 60 ans qui on précédé la deuxième guerre mondiale. De façon progressive, on passe de l’invention de nouveaux cadres théoriques à une domination progressive de la recherche en vue de retour sur investissements pour l’entreprise, à court terme..

2.5 - Des carcans de plus en plus rigides pour la recherche

La recherche universitaire et dans les organismes ne semble pas bénéficier de plus d’autonomie à cause de deux contraintes de plus en plus fortes.

- Le carcan de la nouvelle gouvernance : le localisme peut entraîner un autoritarisme aigu de la part de présidents d’université désireux de voir leur université progresser dans le classement de Shanghai. Or, un des facteurs clés de ce classement est le nombre de publications. On peut assister alors au phénomène du publish or perish, la quantité primant sur la qualité des recherches et une réorientation des chercheurs vers les domaines les plus à la mode.

- Le carcan des orientations nationales telles que la SNRI qui fixe des domaines prioritaires. Si une stratégie nationale semble la bienvenue pour tracer des orientations à long terme, elle ne doit pas enfermer dans un cadre rigide les thématiques de recherche. L’accroissement des crédits en faveur de « programmes blancs » qui permettent de financer des projets sans applications prévisibles à court terme semble une bonne chose mais il ne couvrira pas les besoins massifs de financement de la recherche fondamentale.

3 - Pourtant l’autonomie, mouvement adopté par la plupart des pays industrialisés, semble irréversible et peut être une chance pour les universités si elle est radicalement réorientée

3.1 - La plupart des établissements d’enseignement supérieur du monde industrialisé sont autonomes à des degrés plus ou moins avancés.

L’autonomie vis-à-vis du pouvoir se justifie par la nature particulière des missions et du rôle de l’Université :

- elle doit poursuivre les progrès du savoir théorique, bien public par excellence, à l’abri de tout magistère politique ou religieux. Comme le formule la loi Savary de 1984, le service public de l’enseignement supérieur vise « l'élévation du niveau scientifique culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent ». Le progrès de la science exige, en plus de la liberté des acteurs du système, une liberté étendue dans l’organisation interne de l’université, dans l’allocation interne des moyens, dans le choix des axes de recherche et des matières enseignées tout en respectant un cadre stratégique national ;

- elle ne peut échapper à une certaine émulation entre établissements, entre laboratoires et équipes, entre chercheurs de renom, ce qui n’est pas forcément néfaste à l’émergence de grands campus ; or, une telle course vers le savoir nécessite une liberté de choix et d’action ; tout en sachant aussi que la collaboration, en science, est bien plus importante que la compétition ;

elles ne peuvent s’exonérer d’une forte responsabilité économique – mettre le progrès au service de l’homme par l’innovation, rendre plus efficace la technique, etc. – et sociale – comprendre l’homme, le monde, ses transformations et comment s’adapter à celles-ci. Cette responsabilité réclame une certaine autonomie de moyens et d’action.

La question du progrès du savoir théorique est un clivage fondamental entre la vision utilitariste et la vision progressiste. Recherche pour faire progresser le savoir théorique et innovations à retombées économiques s’opposent à court terme ; mais souvent, à long terme, les progrès théoriques – dans le domaine des mathématiques et de la physique théorique par exemple – se sont révélés décisives pour réaliser des « sauts » technologiques considérables. A ce sujet, il faut observer que depuis quelques décennies, avec la priorité croissante donnée à l’innovation industrielle, il n’y a pas de saut scientifique ou technologique majeur comme la relativité, la physique quantique, les mathématiques et la logique dont l’informatique est une application. Il y a un risque réel que les générations futures héritent d’un vrai déficit en matière de recherche fondamentale restreignant le champ des progrès technologiques possibles.

L’autonomie confère aux universités la responsabilité de trouver elles-mêmes, dans leur contexte local, les meilleurs moyens pour répondre à leurs missions : mener une politique de formation et de recherche, assumer la mission nouvelle d’insertion professionnelle, valoriser les résultats de la recherche. Cela n’est possible que si les établissements sont capables d’être innovants en matière de formation, de définir leurs axes prioritaires de recherche, d’allouer librement les moyens dont ils disposent au plus près possible de leurs choix.

La réussite universitaire et l’excellence de la recherche reposent sur une plus grande liberté des universités pour recruter leurs enseignants et leurs chercheurs, moduler leurs rémunérations et revaloriser leur situation, choisir leurs filières d'enseignement, optimiser l'utilisation de leurs locaux, nouer des partenariats. Il pourrait en résulter une certaine corrélation entre production scientifique et niveau d’autonomie.

Sans doute pour ces raisons, la plupart des pays industrialisés ont choisi de donner une grande autonomie à leurs universités dans ses trois principales dimensions :

- une autonomie d’enseignement : création de diplômes, définition des programmes, …

- une autonomie de gestion des ressources humaines : recrutement des enseignants chercheurs, politique salariale, attribution de primes, …

- une autonomie financière : liberté d’adopter son budget, de flécher ses crédits dans le cadre de subventions globales, de gérer son immobilier,

Les degrés d’accès à l’autonomie diffèrent selon les pays mais quasiment tous les pays industrialisés suivent le mouvement d’autonomisation croissante de leurs établissements d’enseignement supérieur :

- en Espagne, où le principe d’autonomie des universités est inscrit dans la Constitution de 1978, les lois organiques de 2001 et 2007 permettent en particulier aux universités publiques de choisir le mode d’élection de leur président ;

- Aux États-Unis, les universités publiques sont placées sous la responsabilité de l’État et les universités privées jouissent d’une autonomie totale d’organisation interne et de choix de leur mode de gouvernance ;

- En Allemagne, les établissements se gèrent souverainement ; ils décident de leur gouvernance en accord avec la loi du Land dont ils relèvent surtout depuis 2006 et le désengagement de l’État fédéral au profit des Länder.

Outre le fait qu’il rompt avec un immobilisme qui a duré des décennies sur les questions relatives à la réforme de l’université, le mouvement vers une autonomie de plus en plus large est irréversible. Cette réforme néolibérale et utilitariste pêche par son manque d’audace car elle évite de poser des questions fondamentales pour l’avenir de notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

3.2 - L’acte II de l’autonomie : pour une vision progressiste audacieuse

En 2012, toutes les universités auront accédé à l’autonomie élargie comme le prévoit la loi LRU. Le moment sera venu de faire un premier bilan objectif sur les effets de l’accès à ce nouveau régime.

Un Acte II de l’autonomie devra alors réorienter la réforme en cours, tout en tranchant, dans une vision progressiste et audacieuse, des questions fondamentales qui rendent la réforme actuelle très partielle :

- aller résolument vers l’émergence d’une dizaine de Grands campus, bénéficiant d’un mode de gouvernance et de fonctionnement laissé au choix du regroupement ; l’existence de ces universités confédérales tournées vers l’excellence doit être conciliée avec un soutien aux universités « de proximité » destinées à assurer l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et la poursuite de sa démocratisation. Ces Grands campus devront permettre de réduire l’éparpillement de la carte universitaire et de la recherche que les regroupements en cours ne résolvent pas ; notamment, de nombreux organismes de recherche spécialisés pourraient être absorbés par les campus pour mettre fin à la dualité organisme de recherche / université ;

- réaffirmer le caractère national du statut des enseignants-chercheurs et faciliter leur mobilité ; dans ce cadre, l’opportunité de maintenir la distinction entre enseignants-chercheurs et chercheurs pourrait être discutée. Un statut unique et la possibilité d’organiser souplement sur un horizon pluriannuel l’alternance entre enseignement et recherche permettrait de supprimer les cloisons actuels entre recherche dans les organismes et enseignement universitaire ;

- faciliter la mobilité au niveau européen : la mobilité peut être encouragée par des concours européens, par le recrutement d’important contingents de chercheurs, d’enseignants-chercheurs et d’étudiants à un niveau européen bénéficiant d’un statut, voire de financements européens ;

- créer des contre-pouvoirs aux pouvoirs des présidents d’université pour limiter leur subordination aux pouvoirs politique et économique locaux (administrations locales, petite-moyenne industrie...) ;

- mettre en place un plan de rattrapage financier pour amplifier et pérenniser l’effort entrepris depuis 2008 afin de remédier à l’appauvrissement budgétaire du système d’enseignement supérieur et pour que l’autonomie ne soit pas entravée par une absence chronique de moyens ;

- relancer une Europe de la recherche ambitieuse et dotée de moyens financiers conséquents.

Ce sont là quelques garanties qui permettraient au système d’enseignement supérieur et de recherche de se libérer de la double contrainte étouffante de l’Etat et du Marché. C’est à la gauche d’inventer une vision progressiste de l’enseignement supérieur et de la recherche : des universités réellement émancipées, autonomes et prospères.

Pour en savoir plus

Stratégie nationale de recherche et d’innovation : document visant à définir des orientations à l’échelle du pays pour justifier l’allocation des ressources publiques ; trois priorités nationales et 29 projets ont ainsi été définis mais restent largement contestés par les milieux universitaires.

Ce qui ne signifie pas pour autant que les moyens dont doit bénéficier notre système d’enseignement supérieur et de recherche soient actuellement satisfaisants.

EPSCP (Etablissement Public à Caractère Scientifique, Culturel et Professionnel), GIP (Groupements d’Intérêt Public), RTRA (Réseaux Thématiques de Recherche Avancée), PRES (Pôles de Recherche et d’Enseignement Supérieur), CTRS (Centres Thématiques de Recherche et de Soins), FCS (Fondations de Coopération Scientifique), IHU (Instituts Hospitalo-Universitaires), EPCS (Etablissements Publics de Coopération Scientifique)

« Tenure » désigne une garantie de protection de l'emploi accordée à certains chercheurs et enseignants-chercheurs aux États-Unis afin de protéger l'autonomie de ceux-ci vis-à-vis de pressions extérieures

Tendance à recruter les étudiants géographiquement proches, à recruter les maîtres de conférence parmi les titulaires de thèse de l’université et à préférer la promotion interne.

National Science Foundation, National Institutes of Health, Defense Advanced Research Projects Agency)

Pour une étude détaillée des effets pervers de la bibliométrie, consulter le document suivant :

Stratégie Nationale de Recherche et d’Innovation

Sans que cela mette nécessairement en péril l’existence d’universités de bon niveau assurant l’accès du plus grand nombre à l’enseignement supérieur.
En savoir plus et commenter en bas de page

Synthèse

Près de trois ans après son adoption, la loi Liberté et responsabilité des universités (LRU) du 10 août 2007 continue de susciter de nombreuses inquiétudes dans la communauté universitaire. Présentée comme une des réformes phares du quinquennat, sa mise en application, non dénuée de choix purement idéologiques, conduit à s’interroger sur les risques qu’elle comporte, notamment à l’aune des résultats des autres pays industrialisés qui ont rendu leurs universités largement autonomes bien avant la France.

Le concept d’autonomie, notamment en matière d’enseignement, est historiquement une valeur progressiste : laisser l’institution universitaire définir ses orientations loin des pressions politiques ou religieuses, permettre à la recherche universitaire de s’affranchir des pressions économiques et financières accordent la priorité à la liberté de penser, de créer et d’enseigner sur la tyrannie du court terme. Cette vision n’entre d’ailleurs pas en contradiction avec la nécessité pour le système d’enseignement supérieur et de recherche d’être orienté et régulé par la puissance publique garante de l’intérêt général.

Seulement, les mesures issues de la réforme en cours mettent progressivement en œuvre un projet néolibéral et utilitariste pour l’enseignement supérieur français : un vrai patron pour chaque université, la mise en place d’un marché du travail des enseignants-chercheurs, une précarisation croissante des personnels, une course effrénée au productivisme – publier plus pour gagner plus, « publish or perish » –, la disparition programmée des petites universités victimes de la concurrence, une primauté absolue donnée aux projets d’innovation au détriment de la recherche fondamentale et d’un champ précis en particulier destinées à une mort lente parce que perçu comme peu rentable : les sciences humaines et sociales.

Dès lors, le nouveau visage du système d’enseignement supérieur et de recherche qui se dessine derrière la réforme LRU risque d’être aux antipodes de l’effet escompté par les acteurs concernés : une gouvernance sans contrepoids académique, un système peu lisible avec un empilement rapide de structures à l’infini , un risque très élevé de dériver vers le modèle italien caractérisé par un localisme sclérosant et non vers le modèle américain, peu comparable par nature avec le système français, un risque vraisemblable que l’incitation forte à rechercher des financements privés se traduise par un désengagement budgétaire progressif de l’Etat.

La gauche doit défendre une autre vision de l’autonomie et construire un projet de réorientation radicale de la réforme en cours :

- rééquilibrer la gouvernance des universités par la création au sein de chacune d’elles d’un Sénat académique ;

- concilier l’émergence de grands campus internationaux avec le maintien d’universités de taille moyenne au cœur de la mission de démocratisation de l’enseignement supérieur ;

- réaffirmer le caractère national du statut de l’enseignant-chercheur et faciliter la mobilité de ceux-ci sur le territoire et au niveau international, en particulier européen ;

- mettre en place un plan de rattrapage financier sur le long terme pour amplifier et pérenniser l’effort budgétaire amorcé depuis 2008.

La note

Au 1er janvier 2010, 51 universités – 18 en 2009 et 33 en 2010 – sur 82 ont déjà accédé aux nouvelles responsabilités et compétences prévues par la loi Liberté et responsabilité des universités (LRU) du 10 août 2007, avec en particulier la gestion des ressources humaines, l’autonomie budgétaire et la gestion de la masse salariale. Les universités qui en feront la demande pourront aussi dans les prochaines années, sous réserve de l’acceptation de l’État, devenir propriétaire du patrimoine immobilier mis à leur disposition.

Il est indéniable que cette loi a remis en mouvement un secteur réputé irréformable, statique pendant des décennies bien que confronté à une crise profonde et durable dans un contexte de mondialisation croissante du savoir et de la recherche. Cependant, la mise en œuvre actuelle de l’idée d’autonomie, non dénuée de choix purement idéologiques comporte des risques réels.

Cela pose pour le futur la question soit de l’abrogation de cette loi soit d’une profonde réorientation de son contenu et de son application dans une perspective progressiste et d’excellence.

1 - L’autonomie, une réforme en principe progressiste dévoyée par une volonté de mise en concurrence généralisée et par une vision utilitariste du système d’enseignement supérieur et de recherche

1.1 - Il faut distinguer liberté d’enseigner et de chercher et autonomie des universités

La liberté d’enseigner demeure un principe fondamental : le professeur est libre d’enseigner ce qu’il estime être juste et vrai, en cohérence avec les programmes nationaux. Cette liberté est moins évidente pour le chercheur et son équipe, intégrés dans un organisme de recherche, une université ou une unité mixte de recherche et soumis à des contraintes croissantes pouvant réduire leur liberté de choix : la recherche de financements dans le cadre de la procédure d’appel à projet, les partenariats avec le secteur privé, l’existence d’une stratégie nationale qui vise à faire coïncider les projets de recherche et les priorités gouvernementales sont autant de contraintes réduisant les marges de manœuvre du chercheur.

La liberté d’enseigner et de chercher reste relativement fragile. Elle a pu être encore récemment remise en cause avec la modification du décret du 6 juin 1984 relatif aux statuts des enseignants-chercheurs qui a suscité un fort mécontentement chez nombre d’enseignants-chercheurs craignant l’arbitraire des présidents d’université, une hausse des heures d’enseignement à leur charge et une atteinte à leur indépendance. La version finale du décret – après la grève de 2009 – a fini par établir comme garde-fou le consentement libre et éclairé de l’enseignant-chercheur dont l’activité est susceptible de modulation.

L’autonomie, comme capacité et liberté de s’auto-administrer, s’applique à l’institution universitaire elle-même. Cette liberté de l’institution ne va pas de soi a priori. En effet :

- une institution qui constitue un enjeu majeur pour la société et qui assure un service public essentiel doit être en principe sous la tutelle de l’instance qui incarne l’intérêt général : l’Etat ;

- les universités sont les réceptacles – et vont de plus en plus le devenir avec les nouvelles ressources comme celles de l’emprunt national – de fonds publics importants : les citoyens, notamment en France où l’impôt est la principale source de financement du système, sont en quelque sorte les principaux « actionnaires » du système d’enseignement supérieur. Il est naturel qu’ils en soient les administrateurs à travers le gouvernement.

1.2 - Liberté et autonomie ne signifient cependant pas une absence d’évaluation, de contrôle et de régulation de la recherche et du service public de l’enseignement par l’État

Les universités ont, de fait, tout intérêt, pour l’efficacité de leur action, à ce que leurs orientations, leurs activités, l’utilisation des moyens mis à leur disposition soient examinées, discutées et contrôlées par des acteurs externes : elles doivent rendre compte à la société de l’exercice des missions qui leur sont confiées par la loi et au nom desquels elles disposent de ressources publiques.

L’autonomie ne signifie pas absence de cadre et d’orientations générales définis par l’Etat :

- grâce à des incitations financières, pour favoriser le développement d’un domaine particulier du savoir ou de la technique, pour mettre l’accent sur une vraie responsabilité des universités quant à l’insertion professionnelle des étudiants et la participation à l’essor économique du pays ;

- via la politique contractuelle, rénovée en l’occurrence par la loi, qui permet de s’accorder sur les orientations à privilégier et les moyens pour les poursuivre ;

- à travers une régulation et des évaluations par des pairs, voire par des instances externes, comme les juridictions financières (Cour des comptes).

1.3 - Un concept peu à peu dévoyé de son sens progressiste

L’autonomie est une notion en principe positivement connotée, d’où son succès auprès des citoyens lors de l’annonce de la réforme de 2007 : les universités, longtemps corsetées par une gestion centralisée et tatillonne vont enfin pouvoir s’affranchir de multitudes de contraintes et déployer leur créativité en matière d’enseignement et de recherche. Dans une vision progressiste, il s’agit de créer les conditions d’une saine émulation et non d’une lutte dérégulée qui risque d’être générateur de désorganisation et d’inefficacité.

De fait la réalité de la mise en œuvre de la réforme semble s’éloigner de sa signification progressiste. Très vite, de nombreux acteurs du système ont déchanté face à la double-vision utilitariste et néolibérale qui sous-tend la mise en œuvre de la loi :

- dans la pratique, la conception de l’autonomie issue de la LRU s’apparente fortement à une vision néolibérale : un vrai patron pour chaque université, la mise en place d’un marché du travail des enseignants-chercheurs, une précarisation croissante des personnels, une course effrénée au productivisme – publier plus pour gagner plus – une concurrence acharnée pour les parts de marché des financements privés, la relégation annoncée, voire la disparition progressive, de petites universités incapables de s’adapter à la nouvelle concurrence pure et parfaite pour laisser place à un oligopole formé par quelques établissements géants...

- la vision utilitariste vise à soumettre tout le système d’enseignement supérieur et de recherche à la nécessité de privilégier les projets d’innovation au détriment de la recherche fondamentale et de recentrer les enseignements uniquement sur les thèmes à forts débouchés professionnels, le tout obéissant à une loi en contradiction avec l’autonomie : la culture voire le culte du résultat… C’est notamment la mort annoncée des sciences humaines et sociales classiquement perçues par les conservateurs comme peu rentables et source de subversion pour la société.

Tout n’est pourtant pas à rejeter dans cette approche certes simpliste d’un secteur des plus complexes : capter des financements privés peut être un progrès pour avancer dans une voie de recherche bloquée par le manque de financement ; fournir un débouché professionnel fait partie des missions incontestables de l’université et correspond à une demande sociale forte. Néanmoins, l’idée sous-jacente à la réforme semble bien de se désengager progressivement du financement des universités en les laissant face aux forces du marché et en mettant en place un système de dotations peu à peu déconnectées de leur charge réelle, comme l’illustre les difficultés actuelles auxquelles font face les collectivités territoriales dans le cadre de la décentralisation.

Mais au-delà de l’idéologie concurrentielle qui sous-tend la réforme, force est de constater que la LRU est un demi-échec qui comporte de nombreux risques si son cours actuel n’est pas réorienté.

2 - Les risques d’une autonomie néolibérale

2.1 - Bien qu’elle ait progressé, la gouvernance reste très politisée avec une légitimité académique à construire en contrepoids de la légitimité du président-gestionnaire

Depuis le vote de la loi LRU, la gouvernance des universités a significativement évolué mais pas toujours dans le bon sens. Les pouvoirs du président d’université ont clairement été renforcés, sans doute au-delà du nécessaire. Théoriquement, il a tout le pouvoir, après consultation du conseil d’administration, de définir la politique d’enseignement et de recherche de son université. Il préside la plupart des conseils élus, notamment le conseil de discipline. Le modèle de gouvernance des universités américaines pourrait permettre d’affirmer plus clairement dans la loi l’existence d’un « sénat académique ». Cette instance serait la représentation des enseignants-chercheurs élus pour représenter la communauté universitaire. Il faut que cette instance soit un contrepoids significatif et qu’elle ne soit pas limitée à un rôle simplement consultatif : en particulier, elle doit détenir le pouvoir, dans des cas exceptionnels, de renverser le président d’université.

Le mode d’élection instauré par la loi LRU est largement perfectible. Le nouveau mode d’élection reprend le modèle des élections municipales : un scrutin de liste avec prime majoritaire. Il en résulte des scrutins qui ont mis souvent face à face deux listes de forces égales : les professeurs d’un côté et les maîtres de conférence de l’autre, laissant le choix du CA tranché par les personnels administratifs et les étudiants, publics nettement plus politisés. Or, il pourrait être plus efficace de désigner des CA moins le fondement de l’appartenance syndicale que sur la base de l’expertise et de l’engagement au service de l’université et de l’intérêt général. Un scrutin plurinominal majoritaire ou un scrutin de liste avec panachage – même si aucun système n’est entièrement parfait – pourrait ainsi remédier en grande partie à ce phénomène, permettant de faire émerger une gouvernance consensuelle des universités. Par ailleurs, pour éviter une politique court-termiste visant principalement la réélection, le mandat du président – d’une durée de quatre ans – pourrait être allongé avec une interdiction de se re-présenter.

2.2 - Un système en cours d’être parmi les plus illisibles du monde

La loi LRU présente un vice congénital : elle ne s’est pas articulée avec la loi de programme du 18 avril 2006 sur la recherche qui, au-delà des réformes du financement de la recherche encourage les coopérations et regroupements entre établissements et organismes de recherche.

Il en résulte :

un empilement de structures rendant le système d’enseignement supérieur et de recherche des plus illisibles : en plus des EPSCP, des pôles universitaires et des GIP, se créent de plus en plus des Alliances, des Instituts Carnot, des RTRA, des PRES, des CTRS, des FCS, des EPCS, les labels Opération campus, auxquels viendront s’ajouter bientôt les Campus d’excellence, les IHU et les pôles d’excellence de l’emprunt national ;

deux mouvements simultanés de recomposition de la carte universitaire quasi-antagonistes qui rendent perplexes les établissements dans leur positionnement sur la carte universitaire et de la recherche :

- un mouvement vers l’autonomie devenue une priorité politique du gouvernement pour vaincre les résistances d’établissements peu préparés, sans visibilité sur les conséquences à moyen et long terme de l’accès aux compétences élargies,

- un mouvement de regroupement voire de fusion entre établissements, la compétition entre établissements et la recherche d’une identité de site étant encouragée à travers les financements immobiliers de l’Opération campus. Cette opération, censée financer le renouvellement de l’immobilier universitaire fortement dégradé, a été utilisée comme appât pour susciter des projets de regroupement parfois artificiels.

2.3 - L’autonomie peut produire plus de localisme et moins de mobilité des étudiants et des chercheurs, soit l’inverse de l’effet recherché.

L’autonomie, dans sa version actuelle risque de rendre encore plus faible la circulation des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche. A titre d’exemple, en Italie et aux États-Unis, la mobilité des étudiants et des professeurs diffère notablement de celle d’autres pays qui ont des universités autonomes :

- Aux États-Unis, les enseignants et les étudiants sont très mobiles comme le sont les Américains en général et le facteur travail en particulier. Souvent, les étudiants ne font pas leur thèse dans l’université où ils ont obtenu leur master. A la fin de leurs thèses, la majorité est recrutée dans des institutions différentes ; on est rarement “tenured” sur le premier poste ; les très grandes universités américaines (les plus prestigieuses, souvent de petite-moyenne taille) sont certes autonomes mais sont des universités privées, à l’exception des campus de l’Université de Californie et quelques autres, dont la comparaison avec le système français doit faire l’objet d’une grande prudence. Il faut observer que les universités les plus importantes ont une ouverture mondiale : elles attirent des étudiants et des enseignants venant de partout et l’attractivité internationale est au cœur de leur politique. Celles qui ont un enracinement local, sont implantées au niveau d’Etats importants et non de petites localités comme en atteste le cas particulier de la Californie et du Massachusetts (où se trouvent une forte proportion des bonnes universités), deux Etats où se développe l’industrie de pointe la plus avancée du monde.

- En Italie, l’autonomie de gestion des ressources humaines, qui date de 1993, a engendré un système où on est recruté quasi-systématiquement dans l’université où l’on a soutenu sa thèse et les promotions se font dans le même établissement. D’où un effet pervers : les enseignants votent les financements qui permettront leur propre promotion... Les marges de manœuvre budgétaires ne sont pas utilisées pour attirer des chercheurs extérieurs mais pour des promotions internes parfois à visée purement électoralistes, la réélection de l’équipe dirigeante. Une autre forme de localisme a été considérablement accentuée et cela au-delà de toute prévision. Certaines universités, de taille moyenne, mais prestigieuses (Pise, Padoue …), qui autrefois recrutaient les meilleurs étudiants du pays, se limitent désormais à leur bassin régional. Ainsi, l’enracinement local, louable a priori, peut restreindre considérablement le champ d’action et donc la visibilité et l’ouverture de l’université sur le pays et sur le monde.

Le localisme est l’un des maux les plus persistants de l’université française et la réforme actuelle ne modifie pas radicalement la donne dans le sens d’une plus grande circulation des enseignants-chercheurs ni des étudiants. Il y a un risque réel que l’université française évolue vers le modèle le plus proche culturellement et en termes d’organisation : le modèle italien.

2.4 - L’autonomie, dans son cours actuel, ne résout pas, et aggrave même potentiellement, les problèmes de moyens de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Trois points méritent d’être soulignés s’agissant des moyens financiers et humains de l’enseignement supérieur et de la recherche :

- Plus l’acteur qui finance est « près » de la structure de recherche, moins elle est autonome. Plus l’organisme de contrôle et de financement de la recherche (et de l’enseignement) est proche du chercheur (et de l’enseignant), moins ce dernier est autonome dans son activité : il doit obéir à des exigences de productivité et d’orientation locale et à un contrôle très strict. Ainsi, l’encouragement à rechercher des financements auprès des entreprises et collectivités publiques proches bride peu à peu les initiatives des chercheurs soumis à un contrôle très strict et à court terme. Aux États-Unis, les grands organismes de financements de la recherche (NSF, NIH, DARPA, …) financent un système de recherche et d’innovation de dimension continentale et restent assez distants des laboratoires. Le caractère massif des financements – dû également à une forte tradition de mécénat – permet de plus de fournir des ressources à (presque) tous les champs de la connaissance. Seul le niveau européen, en termes d’extension géographique, scientifique et culturelle, et en termes de ressources financières pourrait reconstituer un fonctionnement vertueux comparable. Dès lors, la construction d’une Europe de la recherche, tant pour la mobilité des étudiants et des chercheurs que pour l’allocation de ressources publiques élevées pour la recherche doit devenir pour la gauche un objectif prioritaire.

- Le risque de désengagement progressif de l’État des universités dans le futur est une crainte bien fondée. L’encouragement à rechercher des financements privés – à travers notamment des fondations de toutes sortes pour la recherche, à accroître les ressources propres à travers des contrats avec les entreprises devient de plus en plus pressant. S’il ne s’agit pas d’un mal en soi, ce mouvement tendra à créer peu à peu les conditions d’un désengagement futur de l’État laissant les universités les plus tournées vers une recherche utilitariste subsister et les autres péricliter. Le rôle de président d’université sera alors de plus en plus de trouver des financements à court terme dans un contexte où les Etats européens vont être soumis à une pression croissante pour tailler dans les dépenses publiques. Les Universités françaises seront inévitablement mises à contribution à cet effort avant même d’avoir achevé leur processus de rattrapage financier.

- Une institutionnalisation du recrutement fléché sur projet, comme pour tout système visant la recherche “visible” à court terme, contribuera à affaiblir peu à peu la recherche fondamentale et les sciences humaines. Ce processus s’est nettement accéléré depuis les années 80. D’une part, l’idéologie néolibérale privilégie la recherche à retombées immédiates. D’autre part, dans le cas américain, la financiarisation de l’industrie tend à réduire la recherche industrielle au sein des entreprises qui se sont tournées vers les universités opérant, par substitution, une réduction importante du temps de recherche fondamentale. L’Europe a suivi ce mouvement dans les années 1990. Il en résulte que partout, la science et la technique s’appuient sur des fondements théoriques posés par la recherche fondamentale faite dans les 60 ans qui on précédé la deuxième guerre mondiale. De façon progressive, on passe de l’invention de nouveaux cadres théoriques à une domination progressive de la recherche en vue de retour sur investissements pour l’entreprise, à court terme..

2.5 - Des carcans de plus en plus rigides pour la recherche

La recherche universitaire et dans les organismes ne semble pas bénéficier de plus d’autonomie à cause de deux contraintes de plus en plus fortes.

- Le carcan de la nouvelle gouvernance : le localisme peut entraîner un autoritarisme aigu de la part de présidents d’université désireux de voir leur université progresser dans le classement de Shanghai. Or, un des facteurs clés de ce classement est le nombre de publications. On peut assister alors au phénomène du publish or perish, la quantité primant sur la qualité des recherches et une réorientation des chercheurs vers les domaines les plus à la mode.

- Le carcan des orientations nationales telles que la SNRI qui fixe des domaines prioritaires. Si une stratégie nationale semble la bienvenue pour tracer des orientations à long terme, elle ne doit pas enfermer dans un cadre rigide les thématiques de recherche. L’accroissement des crédits en faveur de « programmes blancs » qui permettent de financer des projets sans applications prévisibles à court terme semble une bonne chose mais il ne couvrira pas les besoins massifs de financement de la recherche fondamentale.

3 - Pourtant l’autonomie, mouvement adopté par la plupart des pays industrialisés, semble irréversible et peut être une chance pour les universités si elle est radicalement réorientée

3.1 - La plupart des établissements d’enseignement supérieur du monde industrialisé sont autonomes à des degrés plus ou moins avancés.

L’autonomie vis-à-vis du pouvoir se justifie par la nature particulière des missions et du rôle de l’Université :

- elle doit poursuivre les progrès du savoir théorique, bien public par excellence, à l’abri de tout magistère politique ou religieux. Comme le formule la loi Savary de 1984, le service public de l’enseignement supérieur vise « l'élévation du niveau scientifique culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent ». Le progrès de la science exige, en plus de la liberté des acteurs du système, une liberté étendue dans l’organisation interne de l’université, dans l’allocation interne des moyens, dans le choix des axes de recherche et des matières enseignées tout en respectant un cadre stratégique national ;

- elle ne peut échapper à une certaine émulation entre établissements, entre laboratoires et équipes, entre chercheurs de renom, ce qui n’est pas forcément néfaste à l’émergence de grands campus ; or, une telle course vers le savoir nécessite une liberté de choix et d’action ; tout en sachant aussi que la collaboration, en science, est bien plus importante que la compétition ;

elles ne peuvent s’exonérer d’une forte responsabilité économique – mettre le progrès au service de l’homme par l’innovation, rendre plus efficace la technique, etc. – et sociale – comprendre l’homme, le monde, ses transformations et comment s’adapter à celles-ci. Cette responsabilité réclame une certaine autonomie de moyens et d’action.

La question du progrès du savoir théorique est un clivage fondamental entre la vision utilitariste et la vision progressiste. Recherche pour faire progresser le savoir théorique et innovations à retombées économiques s’opposent à court terme ; mais souvent, à long terme, les progrès théoriques – dans le domaine des mathématiques et de la physique théorique par exemple – se sont révélés décisives pour réaliser des « sauts » technologiques considérables. A ce sujet, il faut observer que depuis quelques décennies, avec la priorité croissante donnée à l’innovation industrielle, il n’y a pas de saut scientifique ou technologique majeur comme la relativité, la physique quantique, les mathématiques et la logique dont l’informatique est une application. Il y a un risque réel que les générations futures héritent d’un vrai déficit en matière de recherche fondamentale restreignant le champ des progrès technologiques possibles.

L’autonomie confère aux universités la responsabilité de trouver elles-mêmes, dans leur contexte local, les meilleurs moyens pour répondre à leurs missions : mener une politique de formation et de recherche, assumer la mission nouvelle d’insertion professionnelle, valoriser les résultats de la recherche. Cela n’est possible que si les établissements sont capables d’être innovants en matière de formation, de définir leurs axes prioritaires de recherche, d’allouer librement les moyens dont ils disposent au plus près possible de leurs choix.

La réussite universitaire et l’excellence de la recherche reposent sur une plus grande liberté des universités pour recruter leurs enseignants et leurs chercheurs, moduler leurs rémunérations et revaloriser leur situation, choisir leurs filières d'enseignement, optimiser l'utilisation de leurs locaux, nouer des partenariats. Il pourrait en résulter une certaine corrélation entre production scientifique et niveau d’autonomie.

Sans doute pour ces raisons, la plupart des pays industrialisés ont choisi de donner une grande autonomie à leurs universités dans ses trois principales dimensions :

- une autonomie d’enseignement : création de diplômes, définition des programmes, …

- une autonomie de gestion des ressources humaines : recrutement des enseignants chercheurs, politique salariale, attribution de primes, …

- une autonomie financière : liberté d’adopter son budget, de flécher ses crédits dans le cadre de subventions globales, de gérer son immobilier,

Les degrés d’accès à l’autonomie diffèrent selon les pays mais quasiment tous les pays industrialisés suivent le mouvement d’autonomisation croissante de leurs établissements d’enseignement supérieur :

- en Espagne, où le principe d’autonomie des universités est inscrit dans la Constitution de 1978, les lois organiques de 2001 et 2007 permettent en particulier aux universités publiques de choisir le mode d’élection de leur président ;

- Aux États-Unis, les universités publiques sont placées sous la responsabilité de l’État et les universités privées jouissent d’une autonomie totale d’organisation interne et de choix de leur mode de gouvernance ;

- En Allemagne, les établissements se gèrent souverainement ; ils décident de leur gouvernance en accord avec la loi du Land dont ils relèvent surtout depuis 2006 et le désengagement de l’État fédéral au profit des Länder.

Outre le fait qu’il rompt avec un immobilisme qui a duré des décennies sur les questions relatives à la réforme de l’université, le mouvement vers une autonomie de plus en plus large est irréversible. Cette réforme néolibérale et utilitariste pêche par son manque d’audace car elle évite de poser des questions fondamentales pour l’avenir de notre système d’enseignement supérieur et de recherche.

3.2 - L’acte II de l’autonomie : pour une vision progressiste audacieuse

En 2012, toutes les universités auront accédé à l’autonomie élargie comme le prévoit la loi LRU. Le moment sera venu de faire un premier bilan objectif sur les effets de l’accès à ce nouveau régime.

Un Acte II de l’autonomie devra alors réorienter la réforme en cours, tout en tranchant, dans une vision progressiste et audacieuse, des questions fondamentales qui rendent la réforme actuelle très partielle :

- aller résolument vers l’émergence d’une dizaine de Grands campus, bénéficiant d’un mode de gouvernance et de fonctionnement laissé au choix du regroupement ; l’existence de ces universités confédérales tournées vers l’excellence doit être conciliée avec un soutien aux universités « de proximité » destinées à assurer l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et la poursuite de sa démocratisation. Ces Grands campus devront permettre de réduire l’éparpillement de la carte universitaire et de la recherche que les regroupements en cours ne résolvent pas ; notamment, de nombreux organismes de recherche spécialisés pourraient être absorbés par les campus pour mettre fin à la dualité organisme de recherche / université ;

- réaffirmer le caractère national du statut des enseignants-chercheurs et faciliter leur mobilité ; dans ce cadre, l’opportunité de maintenir la distinction entre enseignants-chercheurs et chercheurs pourrait être discutée. Un statut unique et la possibilité d’organiser souplement sur un horizon pluriannuel l’alternance entre enseignement et recherche permettrait de supprimer les cloisons actuels entre recherche dans les organismes et enseignement universitaire ;

- faciliter la mobilité au niveau européen : la mobilité peut être encouragée par des concours européens, par le recrutement d’important contingents de chercheurs, d’enseignants-chercheurs et d’étudiants à un niveau européen bénéficiant d’un statut, voire de financements européens ;

- créer des contre-pouvoirs aux pouvoirs des présidents d’université pour limiter leur subordination aux pouvoirs politique et économique locaux (administrations locales, petite-moyenne industrie...) ;

- mettre en place un plan de rattrapage financier pour amplifier et pérenniser l’effort entrepris depuis 2008 afin de remédier à l’appauvrissement budgétaire du système d’enseignement supérieur et pour que l’autonomie ne soit pas entravée par une absence chronique de moyens ;

- relancer une Europe de la recherche ambitieuse et dotée de moyens financiers conséquents.

Ce sont là quelques garanties qui permettraient au système d’enseignement supérieur et de recherche de se libérer de la double contrainte étouffante de l’Etat et du Marché. C’est à la gauche d’inventer une vision progressiste de l’enseignement supérieur et de la recherche : des universités réellement émancipées, autonomes et prospères.

Pour en savoir plus

Par Le 20/04/2011
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L’expérimentation lancée en septembre 2009 dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil a fait l’objet d’un débat passionné. On peut regretter qu’autant d’énergie ait été dépensée sur la base d’une caricature bien éloignée du projet lui-même. Imaginons un instant que le quotidien qui a lancé le débat ait titré « Un contrat pour des projets de classe » plutôt que « De l’argent pour les bons élèves », et un tout autre débat eût pu avoir lieu.

Peut-être n’est-il pas trop tard. Le plus simple et le plus transparent, pour décrire le dispositif expérimental, est de citer le début du texte de réponse à l’appel à projet, tel qu’il a été soumis à un jury en juin dernier, avant toute polémique :

Le dispositif vise à diminuer l’absentéisme en lycée, phénomène qui s’accroît et se diversifie (apparition d’un « absentéisme perlé » par exemple).

Partant du principe du programme 3 de l’axe 1, « incitations au maintien dans le système scolaire », le projet vise à expérimenter une intervention de nature très originale, non exclusive d’autres actions, mais dont l’efficacité propre mérite d’être évaluée. Le dispositif ne s’appuie pas sur des incitations privées et individuelles, mais sur le groupe classe, en lui permettant de mettre en œuvre un projet qu’il aura élaboré à l’aide d’un adulte référent.

La « classe projet » dispose d'une cagnotte initiale permettant de construire un projet collectif ambitieux (par exemple : voyage scolaire, création d’entreprise/ association, action sociale, aménagement de classe, achat de matériel informatique, sportif ou culturel). Cette cagnotte prospère au fur et à mesure de l'année en fonction du respect d’un « contrat » passé en début d'année entre les élèves de la classe et des adultes référents, mais dont certains éléments sont déterminés par les élèves eux-mêmes, de façon responsable.

Au-delà de la question de l’absentéisme, le projet veille à expliciter le sens de l’expérience scolaire. Le dispositif doit contribuer à faire des lycées des lieux de vie, de sociabilité et d’apprentissage.

Le champ de l’évaluation est les élèves de lycées professionnels, là où l’absentéisme est généralement le plus marqué.

Un mot malheureux, « cagnotte », a suscité bien des inquiétudes et des indignations, de manière bien compréhensible une fois sorti de son contexte. Mais dans ce contexte ?

Nous pensons que ce projet vaut la peine d’être essayé. Au-delà des chiffres alarmants sur l’absentéisme et le décrochage, notre conviction s’est d’abord forgée au contact des équipes pédagogiques de lycées professionnels rencontrées. Bien conscientes que l’absentéisme a des causes multiples et requiert des réponses variées, ces équipes étaient en recherche de solutions nouvelles. Les projets de classe sont apparus comme un outil de mobilisation utile, sous réserve qu’il permette de mobiliser toute la classe. D’où l’idée de l’expérimentation : donner aux classes de lycées professionnels les moyens de projets ambitieux, et construire un cadre dans lequel ces projets entraînent la classe entière.

L’expérimentation est indissociable de l’évaluation. D’où la méthode retenue. Pendant l’année 2009-2010, le dispositif lui-même est élaboré, testé, amendé, dans six classes pilotes. Pendant l’année 2010-2011, si le tâtonnement aboutit à un modèle de « contrat » jugé suffisamment prometteur, le dispositif est étendu de façon à permettre la quantification rigoureuse de son impact. Dans cette seconde étape, des classes et équipes pédagogiques de lycées professionnels sont invitées à soumettre leur projet de classe ; parmi les projets éligibles, 70 sont sélectionnés par tirage au sort pour bénéficier du dispositif. Les autres classes, comparables en tout, constituent le groupe témoin qui permet de quantifier les effets du dispositif. Une fois ces effets connus, l’extension et la pérennisation peuvent être envisagées, en faisant droit à toutes les considérations pertinentes – du budgétaire à l’éthique.

Rejeter le dispositif avant toute expérimentation nous semble prématuré – de la même façon qu’il serait prématuré de vouloir d’emblée l’adopter. Les arguments éthiques ou moraux, souvent évoqués pour rejeter, ne sont pas si univoques, ne serait-ce que parce ce dispositif est une tentative de lutter contre des inégalités scolaires. Plus de décrochages et moins de projets de classe en lycée professionnel : il y a une valeur éthique à tenter de réduire ces inégalités. De fait, malgré un concert médiatique fortement dominé par la condamnation, le projet fait débat, si on en croit un récent sondage LH2 pour France-Soir. Le pourcentage de personnes opposées aux « cagnottes scolaires destinées à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves par le financement de projet collectif » est égal à celui des personnes favorables, soit 48%. De façon intéressante, les catégories socioprofessionnelles moins favorisées et les jeunes sont majoritairement favorables. Plutôt que de renvoyer les uns contre les autres (ou encore de se moquer des Anglais et de nombre de pays d’Amérique latine d’avoir, avec des dispositifs en réalité bien différents, laissé l’argent entrer à l’école), reconnaissons notre besoin d’en savoir plus. Des incitations collectives fondées sur un contrat négocié constituent un dispositif complexe, dont il faut préciser le détail et dont il

Par Anonyme Le 20/04/2011
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NOTE
« De l’argent pour les bons élèves » ou « un contrat pour les projets de classe » ? De vrais enjeux derrière la polémique
Note Par Luc Behagel.
Le 09/02/2010

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Le "contrat pour les projets de classe", rebaptisé "de l’argent pour les bons élèves", qui a suscité une vive polémique l'hiver dernier, revient dans l'actualité à l'occasion du début de l'expérimentation dans l'académie de Créteil. Selon Luc Behaghel, économiste à l'Ecole d'économie de Paris et responsable scientifique de l'évaluation de l'expérimentation, cette initiative mérite un vrai débat dépassant la caricature dont elle a été l'objet.

Synthèse

Parmi les 165 projets retenus en juillet dernier dans le cadre du « Fonds d’expérimentation pour la jeunesse » impulsé par le Haut-Commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, une mesure a fait l’objet d’une intense polémique publique : le contrat pour les projets de classe, rebaptisé « de l’argent pour les bons élèves ». Présentée de façon neutre, la mesure semble laisser les Français partagés : selon un sondage LH2-France Soir, 48% sont opposés à un tel dispositif, mais le même pourcentage y est favorable.

Que penser de cette mesure ? Rappelons-en le contenu : il s’agit de l’expérimentation, dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil, d’un dispositif d’incitation visant à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves d’une classe par le financement d’un projet collectif ambitieux, sur la base d’un contrat passé en début d’année entre la classe et l’enseignant.

L’objectif semble pouvoir faire consensus : lutter contre l’absentéisme à l’école et améliorer les comportements au sein de la classe. On sait que le décrochage hors du système scolaire commence par l’absentéisme. On sait aussi que l’apprentissage individuel à l’école est conditionné par l’environnement de l’élève, en particulier par ses camarades de classe, et que ces « effets de pairs », renforcés par la ségrégation scolaire, constituent un puissant mécanisme d’accroissement des inégalités.

Restent les instruments proposés. Ils font débat, et ce débat peut être fécond à condition de ne pas tomber dans la caricature et de reconnaître notre ignorance face à certains mécanismes complexes :

1 - Le dispositif est explicitement incitatif. « Payer les enfants pour aller à l’école » ? La polémique n’est pas fondée. Aucun élève ne reçoit d’argent, contrairement à ce que le mot maladroit de « cagnotte » a pu laisser croire. Il propose à l’inverse des incitations en nature, fondées sur un projet. Le financement du projet, important mais comparable à celui de projets de classe existants (jusqu’à 10 000 €), est rendu transparent et conditionnel.

Nul doute que les incitations existent déjà en milieu scolaire. Cette incitation supplémentaire, qui se distingue par son caractère systématique, est-elle souhaitable ? L’effet positif des mécanismes d’incitation est bien documenté. Mais les risques d’effets pervers aussi. Il y a le détournement des incitations : « pointer » en classe n’implique pas y travailler. Il y a aussi la surenchère : récompenser devient la norme, de sorte que chaque année il faut augmenter la récompense pour obtenir le même effort. Il y a enfin l’effet de levée de l’interdiction, comme dans l’exemple abondamment cité des crèches israéliennes : des parents qui paient une amende en cas de retard peuvent se sentir dédouanés du devoir d’être à l’heure. De tels ressorts peuvent jouer – ou non : tout dépend du détail du dispositif ; le rôle de la phase pilote du projet est d’affiner ce détail, celui de la phase d’évaluation d’en mesurer les effets.

2 - Le dispositif ne repose pas plus sur des incitations individuelles. Il récompense au contraire le collectif, à travers un projet de classe : voyage scolaire, achat de matériel informatique, sportif ou culturel… Il vise à améliorer l’environnement de la classe, pour lutter contre les « effets de pairs » négatifs. Ici aussi, rien ne garantit qu’accroître l’interdépendance au sein du groupe engendre des dynamiques collectives positives et non perverses : la responsabilisation de tous dans un projet collectif est un enjeu éducatif autant qu’un levier incitatif. La notion de contrat négocié – entre les élèves, entre la classe et les enseignants – est alors décisive.

Le dispositif paraît certes iconoclaste en ce qu’il repose explicitement sur une incitation extrinsèque à l’école. On comprend que cela ait pu choquer. Pourtant, la motivation extrinsèque n’est pas nécessairement l’ennemie de la motivation intrinsèque : ainsi, reconnaître que l’école a aussi pour mission de permettre l’accès à un emploi n’est pas rabaisser la valeur du savoir. On peut également imaginer que motiver des élèves en situation d’échec individuel par un projet de classe soit de nature à leur redonner du goût pour les études. Le tout est de le tester.

Au total, le « contrat pour les projets de classe » doit être jugé pour ce qu’il est : une initiative parmi une batterie d’autres initiatives pour un objectif politique clair de lutte contre le décrochage scolaire ; une initiative certes hétérodoxe mais pas scandaleuse ; une initiative à l’efficacité potentielle mais incertaine. Un grand avantage de la démarche impulsée par le Haut Commissaire à la jeunesse, c’est son approche : l’expérimentation avant la généralisation. Ici, un pilote dans six classes, puis si le dispositif est prometteur, une évaluation rigoureuse sur 70 classes : deux ans pour permettre d’instruire le débat. Si l’expérimentation réussit, il faudra s’en féliciter et débattre de son extension. Si elle échoue, il ne faudra pas hésiter à y renoncer.

La Note

L’expérimentation lancée en septembre 2009 dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil a fait l’objet d’un débat passionné. On peut regretter qu’autant d’énergie ait été dépensée sur la base d’une caricature bien éloignée du projet lui-même. Imaginons un instant que le quotidien qui a lancé le débat ait titré « Un contrat pour des projets de classe » plutôt que « De l’argent pour les bons élèves », et un tout autre débat eût pu avoir lieu.

Peut-être n’est-il pas trop tard. Le plus simple et le plus transparent, pour décrire le dispositif expérimental, est de citer le début du texte de réponse à l’appel à projet, tel qu’il a été soumis à un jury en juin dernier, avant toute polémique :

Le dispositif vise à diminuer l’absentéisme en lycée, phénomène qui s’accroît et se diversifie (apparition d’un « absentéisme perlé » par exemple).

Par Le 20/04/2011
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NOTE
« De l’argent pour les bons élèves » ou « un contrat pour les projets de classe » ? De vrais enjeux derrière la polémique
Note Par Luc Behagel.
Le 09/02/2010

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Le "contrat pour les projets de classe", rebaptisé "de l’argent pour les bons élèves", qui a suscité une vive polémique l'hiver dernier, revient dans l'actualité à l'occasion du début de l'expérimentation dans l'académie de Créteil. Selon Luc Behaghel, économiste à l'Ecole d'économie de Paris et responsable scientifique de l'évaluation de l'expérimentation, cette initiative mérite un vrai débat dépassant la caricature dont elle a été l'objet.

Synthèse

Parmi les 165 projets retenus en juillet dernier dans le cadre du « Fonds d’expérimentation pour la jeunesse » impulsé par le Haut-Commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, une mesure a fait l’objet d’une intense polémique publique : le contrat pour les projets de classe, rebaptisé « de l’argent pour les bons élèves ». Présentée de façon neutre, la mesure semble laisser les Français partagés : selon un sondage LH2-France Soir, 48% sont opposés à un tel dispositif, mais le même pourcentage y est favorable.

Que penser de cette mesure ? Rappelons-en le contenu : il s’agit de l’expérimentation, dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil, d’un dispositif d’incitation visant à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves d’une classe par le financement d’un projet collectif ambitieux, sur la base d’un contrat passé en début d’année entre la classe et l’enseignant.

L’objectif semble pouvoir faire consensus : lutter contre l’absentéisme à l’école et améliorer les comportements au sein de la classe. On sait que le décrochage hors du système scolaire commence par l’absentéisme. On sait aussi que l’apprentissage individuel à l’école est conditionné par l’environnement de l’élève, en particulier par ses camarades de classe, et que ces « effets de pairs », renforcés par la ségrégation scolaire, constituent un puissant mécanisme d’accroissement des inégalités.

Restent les instruments proposés. Ils font débat, et ce débat peut être fécond à condition de ne pas tomber dans la caricature et de reconnaître notre ignorance face à certains mécanismes complexes :

1 - Le dispositif est explicitement incitatif. « Payer les enfants pour aller à l’école » ? La polémique n’est pas fondée. Aucun élève ne reçoit d’argent, contrairement à ce que le mot maladroit de « cagnotte » a pu laisser croire. Il propose à l’inverse des incitations en nature, fondées sur un projet. Le financement du projet, important mais comparable à celui de projets de classe existants (jusqu’à 10 000 €), est rendu transparent et conditionnel.

Nul doute que les incitations existent déjà en milieu scolaire. Cette incitation supplémentaire, qui se distingue par son caractère systématique, est-elle souhaitable ? L’effet positif des mécanismes d’incitation est bien documenté. Mais les risques d’effets pervers aussi. Il y a le détournement des incitations : « pointer » en classe n’implique pas y travailler. Il y a aussi la surenchère : récompenser devient la norme, de sorte que chaque année il faut augmenter la récompense pour obtenir le même effort. Il y a enfin l’effet de levée de l’interdiction, comme dans l’exemple abondamment cité des crèches israéliennes : des parents qui paient une amende en cas de retard peuvent se sentir dédouanés du devoir d’être à l’heure. De tels ressorts peuvent jouer – ou non : tout dépend du détail du dispositif ; le rôle de la phase pilote du projet est d’affiner ce détail, celui de la phase d’évaluation d’en mesurer les effets.

2 - Le dispositif ne repose pas plus sur des incitations individuelles. Il récompense au contraire le collectif, à travers un projet de classe : voyage scolaire, achat de matériel informatique, sportif ou culturel… Il vise à améliorer l’environnement de la classe, pour lutter contre les « effets de pairs » négatifs. Ici aussi, rien ne garantit qu’accroître l’interdépendance au sein du groupe engendre des dynamiques collectives positives et non perverses : la responsabilisation de tous dans un projet collectif est un enjeu éducatif autant qu’un levier incitatif. La notion de contrat négocié – entre les élèves, entre la classe et les enseignants – est alors décisive.

Le dispositif paraît certes iconoclaste en ce qu’il repose explicitement sur une incitation extrinsèque à l’école. On comprend que cela ait pu choquer. Pourtant, la motivation extrinsèque n’est pas nécessairement l’ennemie de la motivation intrinsèque : ainsi, reconnaître que l’école a aussi pour mission de permettre l’accès à un emploi n’est pas rabaisser la valeur du savoir. On peut également imaginer que motiver des élèves en situation d’échec individuel par un projet de classe soit de nature à leur redonner du goût pour les études. Le tout est de le tester.

Au total, le « contrat pour les projets de classe » doit être jugé pour ce qu’il est : une initiative parmi une batterie d’autres initiatives pour un objectif politique clair de lutte contre le décrochage scolaire ; une initiative certes hétérodoxe mais pas scandaleuse ; une initiative à l’efficacité potentielle mais incertaine. Un grand avantage de la démarche impulsée par le Haut Commissaire à la jeunesse, c’est son approche : l’expérimentation avant la généralisation. Ici, un pilote dans six classes, puis si le dispositif est prometteur, une évaluation rigoureuse sur 70 classes : deux ans pour permettre d’instruire le débat. Si l’expérimentation réussit, il faudra s’en féliciter et débattre de son extension. Si elle échoue, il ne faudra pas hésiter à y renoncer.

La Note

L’expérimentation lancée en septembre 2009 dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil a fait l’objet d’un débat passionné. On peut regretter qu’autant d’énergie ait été dépensée sur la base d’une caricature bien éloignée du projet lui-même. Imaginons un instant que le quotidien qui a lancé le débat ait titré « Un contrat pour des projets de classe » plutôt que « De l’argent pour les bons élèves », et un tout autre débat eût pu avoir lieu.

Peut-être n’est-il pas trop tard. Le plus simple et le plus transparent, pour décrire le dispositif expérimental, est de citer le début du texte de réponse à l’appel à projet, tel qu’il a été soumis à un jury en juin dernier, avant toute polémique :

Le dispositif vise à diminuer l’absentéisme en lycée, phénomène qui s’accroît et se diversifie (apparition d’un « absentéisme perlé » par exemple).

Partant du principe du programme 3 de l’axe 1, « incitations au maintien dans le système scolaire », le projet vise à expérimenter une intervention de nature très originale, non exclusive d’autres actions, mais dont l’efficacité propre mérite d’être évaluée. Le dispositif ne s’appuie pas sur des incitations privées et individuelles, mais sur le groupe classe, en lui permettant de mettre en œuvre un projet qu’il aura élaboré à l’aide d’un adulte référent.

La « classe projet » dispose d'une cagnotte initiale permettant de construire un projet collectif ambitieux (par exemple : voyage scolaire, création d’entreprise/ association, action sociale, aménagement de classe, achat de matériel informatique, sportif ou culturel). Cette cagnotte prospère au fur et à mesure de l'année en fonction du respect d’un « contrat » passé en début d'année entre les élèves de la classe et des adultes référents, mais dont certains éléments sont déterminés par les élèves eux-mêmes, de façon responsable.

Au-delà de la question de l’absentéisme, le projet veille à expliciter le sens de l’expérience scolaire. Le dispositif doit contribuer à faire des lycées des lieux de vie, de sociabilité et d’apprentissage.

Le champ de l’évaluation est les élèves de lycées professionnels, là où l’absentéisme est généralement le plus marqué.

Un mot malheureux, « cagnotte », a suscité bien des inquiétudes et des indignations, de manière bien compréhensible une fois sorti de son contexte. Mais dans ce contexte ?

Nous pensons que ce projet vaut la peine d’être essayé. Au-delà des chiffres alarmants sur l’absentéisme et le décrochage, notre conviction s’est d’abord forgée au contact des équipes pédagogiques de lycées professionnels rencontrées. Bien conscientes que l’absentéisme a des causes multiples et requiert des réponses variées, ces équipes étaient en recherche de solutions nouvelles. Les projets de classe sont apparus comme un outil de mobilisation utile, sous réserve qu’il permette de mobiliser toute la classe. D’où l’idée de l’expérimentation : donner aux classes de lycées professionnels les moyens de projets ambitieux, et construire un cadre dans lequel ces projets entraînent la classe entière.

L’expérimentation est indissociable de l’évaluation. D’où la méthode retenue. Pendant l’année 2009-2010, le dispositif lui-même est élaboré, testé, amendé, dans six classes pilotes. Pendant l’année 2010-2011, si le tâtonnement aboutit à un modèle de « contrat » jugé suffisamment prometteur, le dispositif est étendu de façon à permettre la quantification rigoureuse de son impact. Dans cette seconde étape, des classes et équipes pédagogiques de lycées professionnels sont invitées à soumettre leur projet de classe ; parmi les projets éligibles, 70 sont sélectionnés par tirage au sort pour bénéficier du dispositif. Les autres classes, comparables en tout, constituent le groupe témoin qui permet de quantifier les effets du dispositif. Une fois ces effets connus, l’extension et la pérennisation peuvent être envisagées, en faisant droit à toutes les considérations pertinentes – du budgétaire à l’éthique.

Rejeter le dispositif avant toute expérimentation nous semble prématuré – de la même façon qu’il serait prématuré de vouloir d’emblée l’adopter. Les arguments éthiques ou moraux, souvent évoqués pour rejeter, ne sont pas si univoques, ne serait-ce que parce ce dispositif est une tentative de lutter contre des inégalités scolaires. Plus de décrochages et moins de projets de classe en lycée professionnel : il y a une valeur éthique à tenter de réduire ces inégalités. De fait, malgré un concert médiatique fortement dominé par la condamnation, le projet fait débat, si on en croit un récent sondage LH2 pour France-Soir. Le pourcentage de personnes opposées aux « cagnottes scolaires destinées à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves par le financement de projet collectif » est égal à celui des personnes favorables, soit 48%. De façon intéressante, les catégories socioprofessionnelles moins favorisées et les jeunes sont majoritairement favorables. Plutôt que de renvoyer les uns contre les autres (ou encore de se moquer des Anglais et de nombre de pays d’Amérique latine d’avoir, avec des dispositifs en réalité bien différents, laissé l’argent entrer à l’école), reconnaissons notre besoin d’en savoir plus. Des incitations collectives fondées sur un contrat négocié constituent un dispositif complexe, dont il faut préciser le détail et dont il est difficile de connaître a priori les effets. Suspendons la question de la moralité, non pour l’escamoter, mais pour mieux l’instruire : que savons-nous d’incitations mises en œuvre au lycée dans un contrat collectif et négocié, et que nous faut-il apprendre ?

1 - UN DISPOSITIF INCITATIF

Les incitations posent la question de la motivation extrinsèque à l’école. On peut lui préférer la motivation intrinsèque. Mais comment ne pas reconnaître que les motivations extrinsèques sont là, à commencer par la perspective de l’emploi et du salaire liés au diplôme ? La question semble moins d’être pour ou contre les incitations que de déterminer quelles incitations sont souhaitables. A ce titre, le caractère monétaire des incitations proposées a été dénoncé. En un sens, il n’est pas fondamental : il aurait pu disparaître sous un système de « bons points, mauvais points » donnant accès ou non à une « récompense » qui est, depuis le départ, une récompense « en nature ». Mais c’est aussi prendre au sérieux des élèves âgés de 15 à 20 ans que de ne pas masquer que leur projet a un coût. Enfin, l’aspect réducteur des incitations a été contesté. Bien sûr, les comportements des élèves (des individus en général) ne se réduisent pas à une réponse aux incitations : l’intuition commune est ici confirmée par de nombreux travaux, y compris ceux de l’économie comportementale. Ces mêmes travaux montrent néanmoins que les incitations ont de forts effets. Faut-il s’interdire d’y recourir ?

Si rupture il y a, elle ne se situe ni dans les incitations, ni dans leur caractère monétaire, ni dans une supposée réduction au « tout incitatif », mais dans la proposition d’établir un barème explicite qui rende les incitations lisibles. On passe de l’enseignant qui dit en avril : « Ca ne va pas, j’annule le voyage de classe » à un barème explicite, qui, période après période, enregistre des présences et une note de vie de classe, et conditionne par là le financement du projet. Le bénéfice espéré est de rendre les incitations plus effectives, parce que clairement anticipées et crédibles. De la même façon, la répétition du processus sur quatre périodes de six semaines vise à accroître la lisibilité des incitations et à permettre un processus d’apprentissage.

Mais il ne faut pas se cacher les risques inhérents au caractère mécanique d’un tel processus. Recensons-en deux. Le premier, bien connu des économistes, est celui du détournement des incitations (« gaming the system ») : « pointer » en classe n’implique pas d’y travailler. Pour prendre un exemple parmi des dizaines : des études américaines ont montré comment l’indexation des moyens des écoles et des salaires des enseignants sur des tests standardisés pousse à appauvrir les enseignements en les focalisant sur les seuls contenus testables par QCM. Toute règle mécanique se détourne. C’est pourquoi le barème retenu a une composante mécanique – indexée sur le taux de présence – mais aussi une composante plus souple, laissant la place à l’appréciation des enseignants – la note de vie de classe.

Le second risque, c’est celui d’une surenchère : récompenser devient la norme, si bien qu’il faut l’année suivante, pour obtenir des élèves le même effort, doubler la récompense. Face à ce risque, l’enjeu est de trouver un point d’équilibre : l’objectif ne doit pas être hors d’atteinte, il ne doit pas être trop facile. Il peut alors rester crédible. Une question liée est celle du champ de la mesure. Rien ne dit que celle-ci ait vocation à être étendue à toutes les filières. Le ciblage sur des filières particulières peut être compris des autres élèves (de lycée général, par exemple), dans la mesure où ils bénéficient d’une orientation plus valorisée et davantage choisie.

2 - LA DIMENSION COLLECTIVE

Certains ont vu dans ce projet le retour de la fiction de l’homo oeconomicus, mû par le seul calcul coût - bénéfice. Si tel avait été le cas, les incitations auraient été individuelles, et non collectives. Car inciter à l’effort individuel par une récompense collective n’est clairement pas optimal : l’homo oeconomicus se comporte alors en passager clandestin, il se rend compte qu’il aura à partager le fruit de son effort et le réduit d’autant.

Pourquoi alors cette dimension collective ? A nouveau, parce l’interdépendance fait partie de l’école, qu’on le veuille ou non : les apprentissages individuels sont conditionnés par l’environnement de l’élève, et en particulier par ses camarades de classes. Ces effets de pair font de la ségrégation scolaire un mécanisme de renforcement des inégalités. Les projets de classe sont une piste pour que de telles dynamiques puissent tourner à l’avantage des élèves de lycée professionnel. Rien n’est gagné : ne cachons pas que coupler projet de classe et incitations puisse avoir des effets pervers, comme la stigmatisation des élèves absents, ou les conflits. Tout comme dans une équipe de football, un sens de l’équipe se construit. Ainsi, la responsabilisation collective, n’est pas seulement un levier incitatif, elle est aussi éducative.

3 - UN CONTRAT NEGOCIE

L’enclenchement de dynamiques de groupes positives ne va pas de soi. N’est-on pas en train de faire reposer sur les élèves la responsabilité de trouver une solution à un problème dont les causes les dépassent en partie ? Ou, à l’opposé, n’est-on pas au contraire en train de les infantiliser par une carotte qui ne les traite pas en adultes ?

Le fait que ces deux critiques opposées aient pu être entendues traduit l’équilibre délicat cherché dans ce projet : celui d’un contrat négocié, dans un cadre ni trop contraint, ni trop lâche. Ce contrat à plusieurs niveaux – entre les élèves ; entre les enseignants et les élèves ; entre la classe et la collectivité qui soutient son projet – a des règles imposées – un plafond au financement, un critère de présences – mais aussi des marges de négociation. L’objectif du pilote dans six classes, en 2009-2010, est de tester différents cadres contractuels possibles. Comment doit être fixée la grille de la note de vie de classe ? L’objectif de présence doit-il être choisi par la classe dans un menu (avec une prime d’autant plus importante que l’ambition de la classe est élevée), ou donné à toutes les classes à partir d’une référence extérieure (faire mieux que la moyenne nationale) ? Quelles doivent être les modalités d’un choix par la classe (vote, consensus ?) ? Ici encore, la dimension éducative du choix collectif est manifeste. Et les prédictions qu’on peut faire sur les dynamiques de classe sont fragiles.

Les questions sont nombreuses, car notre ignorance est grande. Le débat qui a eu lieu a permis de souligner les risques du projet, y compris celui d’un grand malentendu. Le travail ne fait que commencer, espérons que le débat pourra rebondir sur des bases plus sûres, et se nourrir des résultats de l’expérience.

En savoir plus

Retrouvez sur notre site :

1. La Note de Pierre Frison du 20 novembre 2008 :

2. Le dossier Terra Nova de septembre 2009 :

Ailleurs sur la toile :

1. Le du 10 avril 2009 de Martin Hirsch, Haut commisaire à la jeunesse.

1. Une présentation du sur le site ressourcesjeunesses.fr

Synthèse

Parmi les 165 projets retenus en juillet dernier dans le cadre du « Fonds d’expérimentation pour la jeunesse » impulsé par le Haut-Commissaire à la jeunesse, Martin Hirsch, une mesure a fait l’objet d’une intense polémique publique : le contrat pour les projets de classe, rebaptisé « de l’argent pour les bons élèves ». Présentée de façon neutre, la mesure semble laisser les Français partagés : selon un sondage LH2-France Soir, 48% sont opposés à un tel dispositif, mais le même pourcentage y est favorable.

Que penser de cette mesure ? Rappelons-en le contenu : il s’agit de l’expérimentation, dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil, d’un dispositif d’incitation visant à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves d’une classe par le financement d’un projet collectif ambitieux, sur la base d’un contrat passé en début d’année entre la classe et l’enseignant.

L’objectif semble pouvoir faire consensus : lutter contre l’absentéisme à l’école et améliorer les comportements au sein de la classe. On sait que le décrochage hors du système scolaire commence par l’absentéisme. On sait aussi que l’apprentissage individuel à l’école est conditionné par l’environnement de l’élève, en particulier par ses camarades de classe, et que ces « effets de pairs », renforcés par la ségrégation scolaire, constituent un puissant mécanisme d’accroissement des inégalités.

Restent les instruments proposés. Ils font débat, et ce débat peut être fécond à condition de ne pas tomber dans la caricature et de reconnaître notre ignorance face à certains mécanismes complexes :

1 - Le dispositif est explicitement incitatif. « Payer les enfants pour aller à l’école » ? La polémique n’est pas fondée. Aucun élève ne reçoit d’argent, contrairement à ce que le mot maladroit de « cagnotte » a pu laisser croire. Il propose à l’inverse des incitations en nature, fondées sur un projet. Le financement du projet, important mais comparable à celui de projets de classe existants (jusqu’à 10 000 €), est rendu transparent et conditionnel.

Nul doute que les incitations existent déjà en milieu scolaire. Cette incitation supplémentaire, qui se distingue par son caractère systématique, est-elle souhaitable ? L’effet positif des mécanismes d’incitation est bien documenté. Mais les risques d’effets pervers aussi. Il y a le détournement des incitations : « pointer » en classe n’implique pas y travailler. Il y a aussi la surenchère : récompenser devient la norme, de sorte que chaque année il faut augmenter la récompense pour obtenir le même effort. Il y a enfin l’effet de levée de l’interdiction, comme dans l’exemple abondamment cité des crèches israéliennes : des parents qui paient une amende en cas de retard peuvent se sentir dédouanés du devoir d’être à l’heure. De tels ressorts peuvent jouer – ou non : tout dépend du détail du dispositif ; le rôle de la phase pilote du projet est d’affiner ce détail, celui de la phase d’évaluation d’en mesurer les effets.

2 - Le dispositif ne repose pas plus sur des incitations individuelles. Il récompense au contraire le collectif, à travers un projet de classe : voyage scolaire, achat de matériel informatique, sportif ou culturel… Il vise à améliorer l’environnement de la classe, pour lutter contre les « effets de pairs » négatifs. Ici aussi, rien ne garantit qu’accroître l’interdépendance au sein du groupe engendre des dynamiques collectives positives et non perverses : la responsabilisation de tous dans un projet collectif est un enjeu éducatif autant qu’un levier incitatif. La notion de contrat négocié – entre les élèves, entre la classe et les enseignants – est alors décisive.

Le dispositif paraît certes iconoclaste en ce qu’il repose explicitement sur une incitation extrinsèque à l’école. On comprend que cela ait pu choquer. Pourtant, la motivation extrinsèque n’est pas nécessairement l’ennemie de la motivation intrinsèque : ainsi, reconnaître que l’école a aussi pour mission de permettre l’accès à un emploi n’est pas rabaisser la valeur du savoir. On peut également imaginer que motiver des élèves en situation d’échec individuel par un projet de classe soit de nature à leur redonner du goût pour les études. Le tout est de le tester.

Au total, le « contrat pour les projets de classe » doit être jugé pour ce qu’il est : une initiative parmi une batterie d’autres initiatives pour un objectif politique clair de lutte contre le décrochage scolaire ; une initiative certes hétérodoxe mais pas scandaleuse ; une initiative à l’efficacité potentielle mais incertaine. Un grand avantage de la démarche impulsée par le Haut Commissaire à la jeunesse, c’est son approche : l’expérimentation avant la généralisation. Ici, un pilote dans six classes, puis si le dispositif est prometteur, une évaluation rigoureuse sur 70 classes : deux ans pour permettre d’instruire le débat. Si l’expérimentation réussit, il faudra s’en féliciter et débattre de son extension. Si elle échoue, il ne faudra pas hésiter à y renoncer.

La Note

L’expérimentation lancée en septembre 2009 dans trois lycées professionnels de l’académie de Créteil a fait l’objet d’un débat passionné. On peut regretter qu’autant d’énergie ait été dépensée sur la base d’une caricature bien éloignée du projet lui-même. Imaginons un instant que le quotidien qui a lancé le débat ait titré « Un contrat pour des projets de classe » plutôt que « De l’argent pour les bons élèves », et un tout autre débat eût pu avoir lieu.

Peut-être n’est-il pas trop tard. Le plus simple et le plus transparent, pour décrire le dispositif expérimental, est de citer le début du texte de réponse à l’appel à projet, tel qu’il a été soumis à un jury en juin dernier, avant toute polémique :

Le dispositif vise à diminuer l’absentéisme en lycée, phénomène qui s’accroît et se diversifie (apparition d’un « absentéisme perlé » par exemple).

Partant du principe du programme 3 de l’axe 1, « incitations au maintien dans le système scolaire », le projet vise à expérimenter une intervention de nature très originale, non exclusive d’autres actions, mais dont l’efficacité propre mérite d’être évaluée. Le dispositif ne s’appuie pas sur des incitations privées et individuelles, mais sur le groupe classe, en lui permettant de mettre en œuvre un projet qu’il aura élaboré à l’aide d’un adulte référent.

La « classe projet » dispose d'une cagnotte initiale permettant de construire un projet collectif ambitieux (par exemple : voyage scolaire, création d’entreprise/ association, action sociale, aménagement de classe, achat de matériel informatique, sportif ou culturel). Cette cagnotte prospère au fur et à mesure de l'année en fonction du respect d’un « contrat » passé en début d'année entre les élèves de la classe et des adultes référents, mais dont certains éléments sont déterminés par les élèves eux-mêmes, de façon responsable.

Au-delà de la question de l’absentéisme, le projet veille à expliciter le sens de l’expérience scolaire. Le dispositif doit contribuer à faire des lycées des lieux de vie, de sociabilité et d’apprentissage.

Le champ de l’évaluation est les élèves de lycées professionnels, là où l’absentéisme est généralement le plus marqué.

Un mot malheureux, « cagnotte », a suscité bien des inquiétudes et des indignations, de manière bien compréhensible une fois sorti de son contexte. Mais dans ce contexte ?

Nous pensons que ce projet vaut la peine d’être essayé. Au-delà des chiffres alarmants sur l’absentéisme et le décrochage, notre conviction s’est d’abord forgée au contact des équipes pédagogiques de lycées professionnels rencontrées. Bien conscientes que l’absentéisme a des causes multiples et requiert des réponses variées, ces équipes étaient en recherche de solutions nouvelles. Les projets de classe sont apparus comme un outil de mobilisation utile, sous réserve qu’il permette de mobiliser toute la classe. D’où l’idée de l’expérimentation : donner aux classes de lycées professionnels les moyens de projets ambitieux, et construire un cadre dans lequel ces projets entraînent la classe entière.

L’expérimentation est indissociable de l’évaluation. D’où la méthode retenue. Pendant l’année 2009-2010, le dispositif lui-même est élaboré, testé, amendé, dans six classes pilotes. Pendant l’année 2010-2011, si le tâtonnement aboutit à un modèle de « contrat » jugé suffisamment prometteur, le dispositif est étendu de façon à permettre la quantification rigoureuse de son impact. Dans cette seconde étape, des classes et équipes pédagogiques de lycées professionnels sont invitées à soumettre leur projet de classe ; parmi les projets éligibles, 70 sont sélectionnés par tirage au sort pour bénéficier du dispositif. Les autres classes, comparables en tout, constituent le groupe témoin qui permet de quantifier les effets du dispositif. Une fois ces effets connus, l’extension et la pérennisation peuvent être envisagées, en faisant droit à toutes les considérations pertinentes – du budgétaire à l’éthique.

Rejeter le dispositif avant toute expérimentation nous semble prématuré – de la même façon qu’il serait prématuré de vouloir d’emblée l’adopter. Les arguments éthiques ou moraux, souvent évoqués pour rejeter, ne sont pas si univoques, ne serait-ce que parce ce dispositif est une tentative de lutter contre des inégalités scolaires. Plus de décrochages et moins de projets de classe en lycée professionnel : il y a une valeur éthique à tenter de réduire ces inégalités. De fait, malgré un concert médiatique fortement dominé par la condamnation, le projet fait débat, si on en croit un récent sondage LH2 pour France-Soir. Le pourcentage de personnes opposées aux « cagnottes scolaires destinées à récompenser l’assiduité et le bon comportement des élèves par le financement de projet collectif » est égal à celui des personnes favorables, soit 48%. De façon intéressante, les catégories socioprofessionnelles moins favorisées et les jeunes sont majoritairement favorables. Plutôt que de renvoyer les uns contre les autres (ou encore de se moquer des Anglais et de nombre de pays d’Amérique latine d’avoir, avec des dispositifs en réalité bien différents, laissé l’argent entrer à l’école), reconnaissons notre besoin d’en savoir plus. Des incitations collectives fondées sur un contrat négocié constituent un dispositif complexe, dont il faut préciser le détail et dont il est difficile de connaître a priori les effets. Suspendons la question de la moralité, non pour l’escamoter, mais pour mieux l’instruire : que savons-nous d’incitations mises en œuvre au lycée dans un contrat collectif et négocié, et que nous faut-il apprendre ?

1 - UN DISPOSITIF INCITATIF

Les incitations posent la question de la motivation extrinsèque à l’école. On peut lui préférer la motivation intrinsèque. Mais comment ne pas reconnaître que les motivations extrinsèques sont là, à commencer par la perspective de l’emploi et du salaire liés au diplôme ? La question semble moins d’être pour ou contre les incitations que de déterminer quelles incitations sont souhaitables. A ce titre, le caractère monétaire des incitations proposées a été dénoncé. En un sens, il n’est pas fondamental : il aurait pu disparaître sous un système de « bons points, mauvais points » donnant accès ou non à une « récompense » qui est, depuis le départ, une récompense « en nature ». Mais c’est aussi prendre au sérieux des élèves âgés de 15 à 20 ans que de ne pas masquer que leur projet a un coût. Enfin, l’aspect réducteur des incitations a été contesté. Bien sûr, les comportements des élèves (des individus en général) ne se réduisent pas à une réponse aux incitations : l’intuition commune est ici confirmée par de nombreux travaux, y compris ceux de l’économie comportementale. Ces mêmes travaux montrent néanmoins que les incitations ont de forts effets. Faut-il s’interdire d’y recourir ?

Si rupture il y a, elle ne se situe ni dans les incitations, ni dans leur caractère monétaire, ni dans une supposée réduction au « tout incitatif », mais dans la proposition d’établir un barème explicite qui rende les incitations lisibles. On passe de l’enseignant qui dit en avril : « Ca ne va pas, j’annule le voyage de classe » à un barème explicite, qui, période après période, enregistre des présences et une note de vie de classe, et conditionne par là le financement du projet. Le bénéfice espéré est de rendre les incitations plus effectives, parce que clairement anticipées et crédibles. De la même façon, la répétition du processus sur quatre périodes de six semaines vise à accroître la lisibilité des incitations et à permettre un processus d’apprentissage.

Mais il ne faut pas se cacher les risques inhérents au caractère mécanique d’un tel processus. Recensons-en deux. Le premier, bien connu des économistes, est celui du détournement des incitations (« gaming the system ») : « pointer » en classe n’implique pas d’y travailler. Pour prendre un exemple parmi des dizaines : des études américaines ont montré comment l’indexation des moyens des écoles et des salaires des enseignants sur des tests standardisés pousse à appauvrir les enseignements en les focalisant sur les seuls contenus testables par QCM. Toute règle mécanique se détourne. C’est pourquoi le barème retenu a une composante mécanique – indexée sur le taux de présence – mais aussi une composante plus souple, laissant la place à l’appréciation des enseignants – la note de vie de classe.

Le second risque, c’est celui d’une surenchère : récompenser devient la norme, si bien qu’il faut l’année suivante, pour obtenir des élèves le même effort, doubler la récompense. Face à ce risque, l’enjeu est de trouver un point d’équilibre : l’objectif ne doit pas être hors d’atteinte, il ne doit pas être trop facile. Il peut alors rester crédible. Une question liée est celle du champ de la mesure. Rien ne dit que celle-ci ait vocation à être étendue à toutes les filières. Le ciblage sur des filières particulières peut être compris des autres élèves (de lycée général, par exemple), dans la mesure où ils bénéficient d’une orientation plus valorisée et davantage choisie.

2 - LA DIMENSION COLLECTIVE

Certains ont vu dans ce projet le retour de la fiction de l’homo oeconomicus, mû par le seul calcul coût - bénéfice. Si tel avait été le cas, les incitations auraient été individuelles, et non collectives. Car inciter à l’effort individuel par une récompense collective n’est clairement pas optimal : l’homo oeconomicus se comporte alors en passager clandestin, il se rend compte qu’il aura à partager le fruit de son effort et le réduit d’autant.

Pourquoi alors cette dimension collective ? A nouveau, parce l’interdépendance fait partie de l’école, qu’on le veuille ou non : les apprentissages individuels sont conditionnés par l’environnement de l’élève, et en particulier par ses camarades de classes. Ces effets de pair font de la ségrégation scolaire un mécanisme de renforcement des inégalités. Les projets de classe sont une piste pour que de telles dynamiques puissent tourner à l’avantage des élèves de lycée professionnel. Rien n’est gagné : ne cachons pas que coupler projet de classe et incitations puisse avoir des effets pervers, comme la stigmatisation des élèves absents, ou les conflits. Tout comme dans une équipe de football, un sens de l’équipe se construit. Ainsi, la responsabilisation collective, n’est pas seulement un levier incitatif, elle est aussi éducative.

3 - UN CONTRAT NEGOCIE

L’enclenchement de dynamiques de groupes positives ne va pas de soi. N’est-on pas en train de faire reposer sur les élèves la responsabilité de trouver une solution à un problème dont les causes les dépassent en partie ? Ou, à l’opposé, n’est-on pas au contraire en train de les infantiliser par une carotte qui ne les traite pas en adultes ?

Le fait que ces deux critiques opposées aient pu être entendues traduit l’équilibre délicat cherché dans ce projet : celui d’un contrat négocié, dans un cadre ni trop contraint, ni trop lâche. Ce contrat à plusieurs niveaux – entre les élèves ; entre les enseignants et les élèves ; entre la classe et la collectivité qui soutient son projet – a des règles imposées – un plafond au financement, un critère de présences – mais aussi des marges de négociation. L’objectif du pilote dans six classes, en 2009-2010, est de tester différents cadres contractuels possibles. Comment doit être fixée la grille de la note de vie de classe ? L’objectif de présence doit-il être choisi par la classe dans un menu (avec une prime d’autant plus importante que l’ambition de la classe est élevée), ou donné à toutes les classes à partir d’une référence extérieure (faire mieux que la moyenne nationale) ? Quelles doivent être les modalités d’un choix par la classe (vote, consensus ?) ? Ici encore, la dimension éducative du choix collectif est manifeste. Et les prédictions qu’on peut faire sur les dynamiques de classe sont fragiles.

Les questions sont nombreuses, car notre ignorance est grande. Le débat qui a eu lieu a permis de souligner les risques du projet, y compris celui d’un grand malentendu. Le travail ne fait que commencer, espérons que le débat pourra rebondir sur des bases plus sûres, et se nourrir des résultats de l’expérience.

En savoir plus

Retrouvez sur notre site :

1. La Note de Pierre Frison du 20 novembre 2008 :

2. Le dossier Terra Nova de septembre 2009 :

Ailleurs sur la toile :

1. Le du 10 avril 2009 de Martin Hirsch, Haut commisaire à la jeunesse.

1. Une présentation du sur le site ressourcesjeunesses.fr
Commentaires
Par Le 09/09/2010
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En tant que responsable éducatif au quotidien, en contact avec la réalité au coeur d'un établissement scolaire , je souhaite avancer quelques pistes sur ce sujet.

Les statistiques montrent tout d'abord que les élèves absents se retrouvent dans les milieux défavorisés où les familles attachent peu d'importance à la scolarité de leur enfant ou n'interviennent pas dans celle ci pour des raisons diverses. (nombreuses heures de travail, une conscience attenuée des enjeux éducatifs, difficulté de vie commune et tensions familiales, manque d'autorité auprès de leur progéniture, etc...) Or, les adolescents sont sous la responsabilité des parents au moins jusqu'à l'âge légal.

Un deuxième point central caractérise ces élèves. Ils se sentent mal dans leur cursus scolaire ce qui doit nous interpeller sur deux points :

1- l'inadaptation du collège pour tous et son manque de souplesse actuellement. L'enseignement professionnel , par exemple est déconsidéré (tant par les parents que par quelques professeurs ) et l'usage des facultés manuelles se résume à l'art plastique et la technologie et encore! Les élèves passent plus de temps à taper sur un clavier qu'à concevoir des objets ou développer des capacités artistiques (sculpture, construction de décors, architecture )
Dans certains pays du nord de l'Europe, il est gratifiant d'exercer une profession manuelle avec une haute technicité.

2 L'inefficacité partielle de l'orientation en classe de troisième souvent hâtive, mal préparée et traumatisante. Les jeunes à 15 ans partent sur des voies par défaut ou pour des contraintes géographiques et/ou financières )

Le système éducatif français aime, à l'image de notre société, mettre les élèves dans des cases immuables. Il ne prend pas suffisamment en compte l'évolution, les contradictions et les hésitations de jeunes en manque de repère ou sous informé. La classe est le lieu où se fige l'avenir de chacun. Non seulement entre 4 murs, mais aussi lors des instances qui conditionneront le devenir des apprenants. ( conseil de classes, , emploi du temps identique, équipe pédagogique similaire quel que soit les difficultés individuelles et groupe d'élève avec ses codes et ses règles )

or, les besoins des adolescents divergent selon leurs parcours en primaire et le développement de leurs centres d'intérêts. Nous retrouvons une quantité d'élèves disposant de facilités en éducation physique ou en arts plastiques, mais ils ne seront jamais valorisés comme ceux qui réussisent en mathématiques ou en lettres. Pourtant, ceux que nous laissont sur le bord de la trajectoire normalisée quitteront le système éducatif plus tôt et avec une certaine amertume.
Ils auront une image négative d'eux mêmes , une des sources de l'absenteisme scolaire et porteront peu d'attention aux matières où ils n'ont jamais excellé.

Nous devons donc mieux traiter la difficulté et l'hétérogeneité de nos publics. Là encore, en Finlande, les élèves sont réparties non dans des classes mais par niveaux avec possibilité dans l'année de circuler dans des groupes très différents en banissant le redoublement, véritable machine de découragement ou traumatisante des apprenants , même s'il est présenté positivement.

Enfin, un dispositif de surveillance et de contrôle dissuade aussi l'absenteisme avec des solutions en Europe qui méritent notre attention.

Par Le 20/04/2011
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NOTE
Formation des enseignants : reconstruire sur un champ de ruines
Note Par Jean-Louis Auduc, Julien Laurence.
Le 18/04/2011

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Initialement destinée à augmenter le niveau de formation des enseignants, la masterisation n'a eu pour résultats que d'accentuer les difficultés du travail professoral : en abandonnant les nouveaux enseignants aux réalités du terrain sans réelle formation pédagogique, elle a provoqué la chute des vocations, alors que se profile une crise majeure du recrutement. Surtout, la réforme n'a pas su régler la question de la formation initiale des enseignants, moment crucial où se définit le sens de leur mission. Or le métier de professeur s'apprend, sur des bases académiques, et au sein de véritables écoles professionnelles. La formation des enseignants est un investissement, sans lequel il n'est pas de réussite de l'élève et de système éducatif de qualité.
SYNTHÈSE

Il est urgent de proposer une sortie à l’impasse destructrice de la « masterisation » pour la formation des enseignants, matérialisée par le passage, décidé et mis en place par le gouvernement, du niveau de recrutement des concours enseignants à bac + 5, sans réelle formation pédagogique. Cette nécessité est d’autant plus forte qu’elle doit aussi répondre à la crise du recrutement qu’elle n’a pas manqué d’aggraver.

Pour autant, les formations initiale et continue des professeurs, en vigueur avant la réforme, étaient inadaptées et sous-dimensionnées face aux enjeux de l’école d’aujourd’hui. Faire ce constat, c’est aussi prendre en compte le fait que les modalités de formation initiale du métier conditionnent en grande partie l’image que les futurs professeurs se font de celui-ci. Aussi, notre premier postulat est que le sens de la mission des professeurs se définit d’abord au moment crucial de la formation initiale et de l’entrée dans le métier.

Un principe fondamental de notre approche est que le métier de professeur s’apprend de façon méthodique et ordonnée, comme celui d’ingénieur, de médecin ou d’officier de Marine. Il s’apprend à la fois sur d’incontestables bases académiques et au sein d’une école d’application chargée d’encadrer la confrontation avec le réel : les élèves de notre temps, dans une société en évolution.

Or, cet apprentissage a un coût et prend du temps. Il faut faire le pari qu’il s’agit d’un investissement rentable pour toute la nation. Il n’est pas un pays en réussite éducative qui n’ait investi fortement dans la sélection et la formation de ses professeurs. Sans enseignants bien formés, il ne peut y avoir de réussite de l’élève, de l’école et de l’éducation.

Un raisonnement court en filigrane de notre propos : il s’agit de la nécessité de surmonter l’opposition entre « savoirs académiques » et « compétences professionnelles », qui se cristallise notamment autour de la formation des professeurs, de dépasser l’affrontement entre les « républicains », nécessairement présentés comme des dinosaures promoteurs de savoirs certes élevés mais intransmissibles aux élèves, et les pédagogues, toujours affublés de sobriquets humiliants, militants d’une école vidée de tous savoirs ambitieux. Cette querelle a trop coûté à l’école, mais aussi à la gauche. Celle-ci ne peut rester dans l’ambigüité : un projet éducatif progressiste repose largement sur une formation de qualité des personnels, levier majeur des transformations de l’école française.

Pour ce faire, trois options sont possibles, qui nécessitent dans tous les cas de rompre avec la situation actuelle :

- Option A : fixer le concours pour les enseignants (admission et admissibilité) à la fin du Master 1ère année (M1). L’année de M2 est composée d’une partie stage pratique, une partie mémoire et une partie découverte des métiers et missions connexes à l’enseignement.

- Option B : fixer le concours (admission et admissibilité) à la fin du Master 2ème année (M2). L’année de M1 est composée d’une partie recherche, une partie stages obligatoires de découverte du métier et une partie approche formalisée des politiques éducatives et de la connaissance du monde scolaire. L’année de stage aurait lieu à l’issue du M2, dans un service à mi-temps avec une formation soutenue en école professionnelle.

- Option C : appliquer un parcours de formation spécifique aux professeurs des écoles (option A) et aux professeurs du secondaire (option B).

Une formation de qualité des personnels enseignants passe par la mise en place de véritables écoles professionnelles : celles-ci piloteraient la formation initiale et continue, en partenariat avec les universités, sur la base de cahiers des charges nationaux.

NOTE

Comme pour de nombreux services publics, 2012 s’annonce, pour l’éducation nationale et la formation des enseignants en particulier, un rendez-vous fondamental. Contre la poursuite des orientations mises en œuvre depuis 10 ans et présentées sous le terme trompeur de « réformes », il faudra avancer des propositions pour reconstruire ce qui aura été détruit, tout en tenant compte de l’évolution de ces métiers. En conciliant ambition et crédibilité pour la formation des enseignants, c’est à une véritable reconstruction sur ce qui est actuellement un champ de ruines qu’il faudra s’atteler.

1 - UNE CRISE PROFONDE DE LA FORMATION ET DU RECRUTEMENT DES PROFESSEURS
1. 1 - LA MASTERISATION, MENEE EN DEPIT DU BON SENS, EST AUJOURD’HUI DANS L’IMPASSE

Quelques mois après la mise en œuvre de la « mastérisation », tous les observateurs constatent les lourds dégâts occasionnés par cette politique. Les problèmes concrets des étudiants et des jeunes professeurs n’ont pas été pris en compte.

Le calendrier des épreuves du concours dénoncé par tous les acteurs, est remis en cause aujourd'hui par le ministère lui-même. La place du concours en début de deuxième année de master oblige les étudiants à faire le choix absurde entre réussir le master et réussir le concours pour être recrutés. Cet écartèlement entre différents objectifs est incompréhensible pour nombre d’étudiants, et ne permet pas de les mobiliser sur l’un ou l’autre des objectifs. Il entraîne de facto l’impossibilité d’installer sereinement les dispositifs progressifs d’entrée dans le métier : stage et apprentissages de la pédagogie.

Les conditions d’entrée dans le métier d’enseignant se sont fortement dégradées. Les reçus aux concours de recrutement enseignants 2010 se retrouvent sur le terrain, c’est-à-dire dans les classes, sans aucune formation. En janvier 2011, un rapport officiel du ministère de l’Education nationale a reconnu la situation d’improvisation scandaleuse et l’absence de cadrage par le ministère des moyens dévolus à l’installation sereine des professeurs débutants : les académies sont contraintes d’arbitrer entre une formation minimale des enseignants débutants, et l’abandon des élèves pendant cette formation faute de moyens de remplacement.

On rappellera simplement que le fait d’assurer entre 15 à 18 heures de cours, sur plusieurs niveaux de classe, en début de carrière, nécessite deux à quatre heures de préparation pour une heure de cours. Les nouveaux professeurs n’étant ni des « wonderwomen » ni des surhommes, la charge de travail occasionne soit une très grande fatigue, soit une mauvaise préparation, et plus certainement les deux situations cumulées. Qui paie l’addition ? Les élèves hélas. Le bilan est sévère : dans la plupart des académies, il n’y aura pas de formation réelle pour les nouveaux enseignants, signe de leur abandon par l’institution aux dures réalités du terrain. Pourtant, toutes les études internationales montrent que la fonction de professeur est un métier à la technicité toujours plus pointue, et qui donc nécessite un apprentissage toujours plus abouti.
1. 2 - CETTE POLITIQUE MAL PENSEE APPROFONDIT LA CRISE DU RECRUTEMENT DES FUTURS PROFESSEURS DONT LE PAYS A BESOIN

Les effets négatifs d’une masterisation boiteuse ont été immédiats

On constate une chute (20% en moyenne) des inscrits aux concours de recrutement 2011. Mais il y a eu surtout, à l’automne 2010, lors du déroulement des épreuves écrites du concours 2011, un effondrement du nombre de présents aux épreuves (entre 50% à 70% suivant les niveaux et les disciplines). Les témoignages récurrents sur les conditions d’entrée dans le métier ont pesé sur la motivation des candidats-professeurs.

Les inscriptions en septembre en première année de master pour préparer le concours 2012 marquent un recul tous degrés confondus de plus de 55%. Ce phénomène est en même temps amplifié par la baisse du nombre de postes ouverts aux concours, qui entraîne dès la première année des études supérieures une désaffection des étudiants, notamment pour les filières SHS et littéraire : le nombre de vocations enseignantes est en train de s’effondrer.

La masterisation accentuera les difficultés du métier professoral

Alors qu’arrivent à l’âge de la retraite près de 40%[1] des enseignants actuellement en poste, une crise de recrutement majeure s’annonce. Entre les démissions des reçus aux concours enseignants de 2010 (en novembre 2010, 33% de plus que l’année précédente), le faible nombre de candidats aux concours 2011, et l’absence d’étudiants pour préparer les concours 2012, il y a tous les ingrédients d’une crise majeure d’accès aux métiers enseignants. Même le Président de la République a dû le reconnaître lors de ses vœux le 19 janvier 2011, en appelant « à la réouverture du chantier de la formation des enseignants ». Les perspectives sont donc dramatiques.

Cette réforme ne répond pas au vrai problème : repenser la formation des enseignants

La France est déjà en retard dans ce domaine. La suppression de fait des IUFM et une masterisation au rabais ne va certainement pas le rattraper. La masterisation ne permet pas d’enrichir réellement la formation des professeurs ni de redéfinir l’équilibre au sein des compétences professionnelles entre les savoirs disciplinaires, les connaissances pédagogiques et celles des politiques éducatives. En résumé, si la masterisation était en soi une bonne idée, originellement née à gauche et appuyée par les syndicats, la mauvaise orientation de la réforme réussit le tour de force de faire apparaître comme un recul l’augmentation du niveau de formation des enseignants. Elle entretient l’idée trop souvent répandue, déjà du temps des IUFM, que cette formation étant mauvaise, autant ne pas en avoir. On en revient à une conception purement magistrale et disciplinaire du métier d’enseignant, ce qui constitue un retour en arrière de plusieurs décennies.

Ce sont les présupposés mêmes de cette politique qui sont en cause

La suppression de l’année de stage pour les enseignants est d’abord une économie budgétaire : elle revient à 16 000 suppressions d’emplois. Même dans le cadre d’une politique de réduction de postes, une telle démarche laisse songeur : ces postes ne sont conçus que comme un réservoir de supports budgétaires faciles à supprimer, sans se préoccuper de gestion des ressources humaines. Une telle action n’est qu’un fusil à un coup, valable pour une unique année budgétaire. C’est simplement maintenant que le ministère réfléchit à revoir la carte des formations à l’échelle nationale, contraint par le fait qu’il ne contrôle pas réellement le déploiement du réseau d’établissements, qui est de la compétence des collectivités locales.

Exemple d’une contradiction : comment enseigner les langues étrangères à l’école… sans enseignants formés à celles-ci ?

Dans cette débâcle organisée de la formation des professeurs, un exemple est particulièrement révélateur des contradictions du gouvernement : l’enseignement des langues vivantes à l’école élémentaire, au moment même où le ministre de l’Education nationale multiplie les interventions pour dire sont importance et même le démarrer au début de l’école maternelle…

Pour faire des économies, l’épreuve orale de langue vivante qui existait auparavant dans le concours de recrutement a été supprimée, sans que celle-ci ne soit pour l’heure remplacée. Résultat : les nouveaux professeurs des écoles peuvent ne pas avoir eu la moindre vérification de leur niveau en langue vivante étrangère, qu’ils sont pourtant censés enseigner ! L’obsession purement comptable conduit à des situations ubuesques.

2 - POUR UNE REFORME AMBITIEUSE DE LA FORMATION DES PROFESSEURS
2. 1 - LA FORMATION INITIALE EST UN ENJEU PRIMORDIAL DE LA REFORME DE L’EDUCATION NATIONALE

La réforme de la formation initiale est un levier essentiel de progrès pour l’éducation et la réussite des élèves. Elle est le moment qui cristallise une grande partie des moyens, scientifiques, intellectuels, méthodologiques, que convoqueront ou que ne convoqueront pas les futurs professeurs tout au long de leur carrière professionnelle. La nature de la formation initiale a donc un effet démultiplié sur la capacité des professeurs à se projeter dans leur métier. Ainsi, si les standards académiques de haut niveau ne sont pas atteints par les nouveaux professeurs lors de cette formation initiale, il est peu vraisemblable, en l’état actuel de la formation continue, qu’ils le soient plus tard dans leur carrière. Or ces connaissances disciplinaires sont le socle premier de la compétence de l’enseignant. Sans elles, il n’y a pas de pédagogie qui vaille.

De la même manière, la présence ou l’absence des sciences de l’éducation et d’une maîtrise des enjeux des politiques publiques éducatives est également un point essentiel qui façonne le profil professionnel de nos enseignants. Or, de ce point de vue, on constatera la faiblesse de la formation des enseignants français dans ces deux domaines. Pourtant, l’épreuve orale sur « Agir en fonctionnaire de l’Etat de façon éthique et responsable » ne comble pas ces lacunes. Il est même consternant de constater que le seul moment où les professeurs sont éventuellement amenés à se pencher sur les politiques auxquels ils participent soit à l’occasion des concours administratifs, lors d’une reconversion les éloignant de leur fonction de professeur.

Or les professeurs sont des cadres A de la fonction publique, et souvent parmi les plus sélectionnés, mais contrairement à ceux-ci, rien ne les invite à produire une analyse argumentée des politiques éducatives auxquelles ils aspirent à participer. Cette approche des politiques publiques devrait être sanctionnée par une épreuve aux écrits des concours, incluant notamment une part de réflexion sur l’articulation propre de la discipline du futur enseignant avec des enjeux plus généraux de politiques éducatives. Elle serait dispensée selon des canons universitaires, et donc nécessairement critiques, par des enseignants-chercheurs avec l’appui de praticiens (Inspection, professeurs, haut-fonctionnaires, personnalités qualifiées)

C’est aussi là un moyen de dépasser ce vieux débat français qui refuse de conjuguer ensemble savoirs et conditions de la transmission des savoirs. Il faut sortir de ce faux débat.

Comme le dit Alain Beitone[2] dans un texte circulant sur le net : « Conteste-t-on les injonctions à la transversalité, aux compétences et à la pédagogie inductive de certains responsables de l’éducation et l’on est aussitôt étiqueté comme réactionnaire, élitiste et nostalgique du cours magistral. Critique-t-on l’illusion passéiste et l’élitisme de certains « républicains » et l’on est aussitôt qualifié de pédagogiste, de démagogue laxiste et de partisan de l’ignorance. Dans tout cela on passe à côté de l’essentiel : comment assurer la démocratisation de l’accès au savoir ?»

2. 2 - REPENSER LE CURSUS DES FUTURS PROFESSEURS : TROIS OPTIONS POSSIBLES

Repenser de manière positive la masterisation doit permettre d’utiliser au mieux la « profondeur stratégique » permettant de former le futur enseignant. Cette période qui s’étend sur quatre ou cinq ans débute avec une licence disciplinaire, puis se poursuit avec la première année de Master (le M1), la deuxième année de Master (le M2), l’année de stage qui permet une entrée progressive dans la carrière et débouche sur la première année complète d’exercice. Il est en effet indispensable qu’existe un espace de « sas » entre le métier imaginé et son exercice réel. L’année de stage joue un rôle important dans cette perspective.

Or, les concours de recrutement pour tous les degrés d’enseignement continuent, pour leurs épreuves écrites, à être exclusivement tournés vers l’amont, la formation universitaire reçue, les connaissances disciplinaires. C’est négliger les épreuves tournées vers le métier que les candidats souhaitent exercer. Il faut le réaffirmer : certes indispensables, un diplôme et un niveau disciplinaire ne suffisent pas à faire un enseignant. Pour susciter et préparer les vocations, dès la dernière année de licence, il pourrait être proposé aux étudiants une première approche de l’enseignement et de ses métiers (stage, rencontres de professionnels).

Option A : le concours pour les enseignants (admission et admissibilité) à la fin du Master 1ère année (M1)

L’année de M1 serait une année essentielle de préparation au concours qui, en plus des savoirs disciplinaires, apporterait une approche des enjeux des politiques éducatives et pédagogiques. Le fait d’avoir les épreuves à la fin de l’année du Master donne une visibilité à tous les étudiants et, en cas d’échec au concours, leur permet de se réorienter vers un autre M2.

L’année de M2 devient alors une année soutenue par trois piliers : une partie stage pratique, une partie mémoire sur des aspects pédagogiques ou de recherches liés à une matière et formant l’étudiant la recherche[3], une partie découverte de métiers et missions connexes à l’enseignement. Le stage peut débuter à ce moment-là, l’effort de formation pouvant se poursuivre lors d’une deuxième année de stage à 80% ou 90% du temps d’enseignement. L’avantage de ce dispositif est d’être assez ramassé et de ne pas « embarquer » dans le M2 des personnes ayant réussi leur M1, mais n’ayant pas été reçues au concours. Ceci leur autorise une orientation, à condition de bien travailler la question des calendriers. L’inconvénient du dispositif est qu’il disjoint M1 recherche et M1 enseignement : un certain nombre d’étudiants feront le M1 recherche pour passer ensuite le M1 enseignement et préparer le concours. Cela aura un coût.

Option B : le concours (admission et admissibilité) se fait à la fin du Master 2ème année (M2)

Dans ce cadre, l’année de M1 peut s’établir selon un modèle fondé sur trois piliers : une orientation recherche, avec la rédaction d’un mémoire disciplinaire, une approche du métier de l’enseignement avec des périodes de stages obligatoires de découverte du métier, mais également d’approche de métiers et missions connexes (travail en association notamment) ; une approche formalisée des politiques éducatives et de la connaissance du monde scolaire.

L’année de M2 est alors consacrée à la préparation du concours, elle autorise toujours quelques stages pratiques (ZEP, dans un niveau d’enseignement du secondaire pour les professeurs des écoles, primaire pour les professeurs du secondaire…) mais elle reste d’abord une année académique. L’obtention du Master conditionne la réussite au concours.

L’année de stage aurait lieu à l’issue du M2, dans un service à mi-temps avec une formation soutenue en école professionnelle. On pourrait utilement étendre la formation à l’année post-stage avec des professeurs à 90%, les 10% restants étant dédiés à l’approfondissement de la formation.

Ce dispositif étire dans le temps des études non payées, il implique donc, encore plus que l’option A, une politique volontariste d’accompagnement des étudiants les plus modestes. L’avantage est d’être certain d’inclure une initiation à la recherche au moment de la 1ère année de Master pour les futurs professeurs.

Option C : l’option mixte

Il est aussi possible d’envisager un parcours de formation différent pour les professeurs des écoles et les professeurs du secondaire, tout en maintenant pour les deux corps un niveau Master 2. Il s’agit d’appliquer l’option A aux étudiants aspirant à devenir professeurs des écoles, et l’option B aux étudiants passant le CAPES et l’Agrégation.
2. 3 - ETABLIR DE VERITABLES ECOLES PROFESSIONNELLES

Il faut tirer avec honnêteté les leçons des avantages et des carences de l’expérience IUFM. Il ne s’agit pas de se lamenter sur le système antérieur, mais de constater que les IUFM ne méritent ni l’excès d’honneur que leur attribuent certains, ni l’indignité dont on les affuble souvent.

Les IUFM avaient l’avantage de fonctionner comme une école avec des promotions d’élèves, permettant à ceux-ci de se rencontrer et de partager leurs expériences, tant sur le plan de la tenue de classe que des questions disciplinaires. Ce forum utile était unique, alors que le métier de professeur est souvent un métier qui s’exerce dans la solitude. Il doit être rétabli.

Mais les IUFM, qui constituaient une bonne idée, insuffisamment exploitée, manquaient souvent de légitimité intellectuelle, d’autant plus qu’ils pouvaient se doubler d’une bureaucratie parfois tatillonne, à l’opposé des libertés universitaires.

La mise en place de véritables écoles professionnelles permettra la reconnaissance réelle du fait qu’ « enseigner, c’est un métier ».

Il faut des écoles professionnelles à l’image de ce qui existe par exemple pour les magistrats, la police, les conservateurs du patrimoine. Celles-ci, en partenariat avec les universités, piloteraient la formation initiale et continue sur la base de cahiers des charges nationaux.

Cela implique de clarifier le lien avec les universités, car celles-ci ont déserté les questions de sciences de l’éducation. On rappellera ici que dans les années 1920, Emile Durkheim tenait la chaire de pédagogie à la Sorbonne.

CONCLUSION

De la même manière que Ferdinand Buisson avec son Dictionnaire de Pédagogie et d’instruction primaire avait donné des armes aux instituteurs pour élever le niveau des élèves de notre République, il est temps de nous ressaisir des savoirs et de la pédagogie, de les articuler à nouveau entre eux pour réarmer nos professeurs et redonner du sens à l’école.

Dans cet esprit, une formation initiale de qualité est une première pierre pour remettre les professeurs debout et transformer les ressources humaines du ministère de l’Education nationale. Mais elle doit s’articuler avec une véritable reconstruction de la carrière des professeurs, appuyée sur une formation continue substantielle. Cette nouvelle carrière s’appuierait notamment sur des certifications permettant à l’enseignant de choisir les établissements où il veut servir en fonction de son projet personnel. La mise en place de formations d’actualisation à intervalles réguliers, prise en compte dans l’avancement de la carrière, doit permettre au professeur de faire le point sur les avancées des savoirs disciplinaires, des recherches en éducation et des mutations intervenues dans le système éducatif.

C’est un vaste chantier, mais sans une véritable politique de formation des enseignants, aucune transformation progressiste de l’école n’est envisageable.

[1] En posant comme hypothèse raisonnable le départ de 30 000 personnes par an, retraites et autres fins de carrières professorales prises en compte. Pour mémoire, en 2011, on attend déjà 35 000 départs à la retraite.

[2] Alain Beitone, « Céderons-nous aux vents mauvais », janvier 2011 : http://www.sauvonsluniversite.com/IMG/pdf/Cederons-nous_aux_vents_mauvai...

[3] A un moment où, dans les cursus professionnels, la formation par la recherche devient une ressource pour la préparation des étudiants à différents métiers, il paraîtrait incongru de faire en sorte que les professeurs n’aient pas accès à cette démarche.
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NOTE
Formation des enseignants : reconstruire sur un champ de ruines
Note Par Jean-Louis Auduc, Julien Laurence.
Le 18/04/2011

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Initialement destinée à augmenter le niveau de formation des enseignants, la masterisation n'a eu pour résultats que d'accentuer les difficultés du travail professoral : en abandonnant les nouveaux enseignants aux réalités du terrain sans réelle formation pédagogique, elle a provoqué la chute des vocations, alors que se profile une crise majeure du recrutement. Surtout, la réforme n'a pas su régler la question de la formation initiale des enseignants, moment crucial où se définit le sens de leur mission. Or le métier de professeur s'apprend, sur des bases académiques, et au sein de véritables écoles professionnelles. La formation des enseignants est un investissement, sans lequel il n'est pas de réussite de l'élève et de système éducatif de qualité.
SYNTHÈSE

Il est urgent de proposer une sortie à l’impasse destructrice de la « masterisation » pour la formation des enseignants, matérialisée par le passage, décidé et mis en place par le gouvernement, du niveau de recrutement des concours enseignants à bac + 5, sans réelle formation pédagogique. Cette nécessité est d’autant plus forte qu’elle doit aussi répondre à la crise du recrutement qu’elle n’a pas manqué d’aggraver.

Pour autant, les formations initiale et continue des professeurs, en vigueur avant la réforme, étaient inadaptées et sous-dimensionnées face aux enjeux de l’école d’aujourd’hui. Faire ce constat, c’est aussi prendre en compte le fait que les modalités de formation initiale du métier conditionnent en grande partie l’image que les futurs professeurs se font de celui-ci. Aussi, notre premier postulat est que le sens de la mission des professeurs se définit d’abord au moment crucial de la formation initiale et de l’entrée dans le métier.

Un principe fondamental de notre approche est que le métier de professeur s’apprend de façon méthodique et ordonnée, comme celui d’ingénieur, de médecin ou d’officier de Marine. Il s’apprend à la fois sur d’incontestables bases académiques et au sein d’une école d’application chargée d’encadrer la confrontation avec le réel : les élèves de notre temps, dans une société en évolution.

Or, cet apprentissage a un coût et prend du temps. Il faut faire le pari qu’il s’agit d’un investissement rentable pour toute la nation. Il n’est pas un pays en réussite éducative qui n’ait investi fortement dans la sélection et la formation de ses professeurs. Sans enseignants bien formés, il ne peut y

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Par ? Le 20/04/2011
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Mais le problème central est celui de la dégradation de la qualité de l’offre scolaire dans les quartiers les plus pauvres. Nous ne réglerons la question de la carte scolaire de manière équitable que le jour où l’école ne donnera plus aux familles de bonnes raisons de fuir les établissements de ces quartiers – qui sont les moins mixtes, les moins efficaces et les plus inégalitaires.

Comment faire ? L’offre scolaire répond à une curieuse logique : elle donne moins à ceux qui ont moins – moins aux enfants des quartiers modestes qu’à ceux des quartiers riches. Il faut faire l’inverse : donner plus à ceux qui ont moins.

Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) reposent sur cette logique simple : donner plus aux territoires défavorisés. Leurs résultats sont pourtant décevants. C’est que, si le principe est le bon, la mise en œuvre est défaillante. Cinq réformes permettraient de les rendre efficaces.

Tout d’abord, renforcer massivement les moyens financiers alloués aux ZEP. Un élève en ZEP ne bénéficie que de 7% de moyens supplémentaires par rapport à un élève hors ZEP. Pire, lorsque l’on prend en compte la masse salariale (plus faible en ZEP du fait de la plus faible expérience des enseignants), l’effort supplémentaire est nul. Il faut aligner la France sur les efforts de nos voisins européens, comme les Pays-Bas : 100% de moyens supplémentaires par élève. Cela nécessite de limiter le saupoudrage et d’accroître l’effort budgétaire.

Ensuite, adapter l’enseignement des ZEP. Rien, au-delà du dévouement d’une majorité de professeurs, ne distingue l’enseignement dans ces établissements. Une réforme profonde est nécessaire : formation spécifique des enseignants, réservation des postes à des enseignants expérimentés, pédagogie adaptée à la réalité de chaque situation locale dans le cadre de projets d’établissement autonomes (diminution des effectifs par classe , dédoublement dans certaines disciplines, maîtres supplémentaires à certains niveaux d’enseignement…), aménagements des locaux scolaires aux difficultés matérielles des élèves (bureaux de tutorat, salles ouvertes tard le soir pour permettre le travail personnel, équipement informatique individualisé, ouverture des équipements aux associations du quartier en dehors du temps scolaire). A cela doit s’ajouter une véritable politique d’accompagnement des personnels travaillant en ZEP et une évaluation régulière des projets d’établissement.

Troisième réforme : créer le statut d’« élève à besoin éducatif prioritaire ». Les ZEP créent des effets de stigmatisation. Les enfants des classes moyennes évitent les écoles en ZEP, soit en déménageant, soit en contournant la carte scolaire. Pour casser l’effet ghetto des ZEP, l’idée serait de créer un statut d’élève prioritaire. Les moyens affectés seraient calculés pour les établissements au prorata du nombre d’élèves prioritaires accueillis. Plus il y a d’élèves en difficulté, plus le budget augmente.

Autre piste : un plan périscolaire pour les ZEP. La vie en dehors de l’école a un rôle crucial. Les élèves des quartiers défavorisés y subissent d’importants handicaps. Pour les compenser, un suivi périscolaire personnalisé, réalisé par des éducateurs assistants sociaux, pourrait combiner suivi médical, aides aux devoirs, activités sportives et associatives.

Dernière piste : permettre un meilleur accès des élèves de ZEP aux filières universitaires. Les élèves des zones d’éducation prioritaire, en réalité, ne sont prioritaires sur rien. Ils ne bénéficient pas de la même aide que les autres en matière d’orientation. Ils ont besoin de plus de moyens financiers et de plus de soutien aussi pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières sélectives des universités et dans les grandes écoles. Les programmes d’ouverture sociale de Sciences Po, de l’ESSEC et d’autres institutions ont apporté de premiers jalons dans cette direction.

Un tel plan de réforme ne peut aboutir sans financement suffisant. L’Education nationale doit redevenir la première priorité budgétaire. Les établissements scolaires disposent de près de 100.000 personnels en moins depuis 2002. L’argent public n’est pas extensible, il faut donc affirmer des priorités politiques : l’école en est une.

Le cœur de la réforme doit être territorial. Le gouvernement encourage les familles qui le peuvent à fuir les établissements des quartiers pauvres, entérinant leur relégation comme territoires d’échec aux marges de la République. Nous refusons cette logique et plaidons pour les réintégrer au cœur de la République.

Telle qu’elle est, la carte scolaire n’est pas satisfaisante : elle entérine les inégalités sociales et scolaires. Mais sa libéralisation, mise en œuvre depuis 2007, aggrave ces inégalités. En donnant le choix aux familles, la réforme accentuel la fuite hors des établissements des quartiers pauvres et accroît la relégation scolaire dans ces quartiers.

Une autre réforme de la carte scolaire est possible. Pour limiter les fuites dans le contexte actuel, il est possible de mieux les réguler en ne permettant les choix que dans la mesure où ils n’engendrent pas d’importants déséquilibres démographiques et sociaux entre établissements, en favorisant une concertation étroite entre chefs d’établissements et en évaluant régulièrement les conséquences des mouvements des populations scolaires.

Mais le problème central est celui de la dégradation de la qualité de l’offre scolaire dans les quartiers les plus pauvres. Nous ne réglerons la question de la carte scolaire de manière équitable que le jour où l’école ne donnera plus aux familles de bonnes raisons de fuir les établissements de ces quartiers – qui sont les moins mixtes, les moins efficaces et les plus inégalitaires.

Comment faire ? L’offre scolaire répond à une curieuse logique : elle donne moins à ceux qui ont moins – moins aux enfants des quartiers modestes qu’à ceux des quartiers riches. Il faut faire l’inverse : donner plus à ceux qui ont moins.

Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) reposent sur cette logique simple : donner plus aux territoires défavorisés. Leurs résultats sont pourtant décevants. C’est que, si le principe est le bon, la mise en œuvre est défaillante. Cinq réformes permettraient de les rendre efficaces.

Tout d’abord, renforcer massivement les moyens financiers alloués aux ZEP. Un élève en ZEP ne bénéficie que de 7% de moyens supplémentaires par rapport à un élève hors ZEP. Pire, lorsque l’on prend en compte la masse salariale (plus faible en ZEP du fait de la plus faible expérience des enseignants), l’effort supplémentaire est nul. Il faut aligner la France sur les efforts de nos voisins européens, comme les Pays-Bas : 100% de moyens supplémentaires par élève. Cela nécessite de limiter le saupoudrage et d’accroître l’effort budgétaire.

Ensuite, adapter l’enseignement des ZEP. Rien, au-delà du dévouement d’une majorité de professeurs, ne distingue l’enseignement dans ces établissements. Une réforme profonde est nécessaire : formation spécifique des enseignants, réservation des postes à des enseignants expérimentés, pédagogie adaptée à la réalité de chaque situation locale dans le cadre de projets d’établissement autonomes (diminution des effectifs par classe , dédoublement dans certaines disciplines, maîtres supplémentaires à certains niveaux d’enseignement…), aménagements des locaux scolaires aux difficultés matérielles des élèves (bureaux de tutorat, salles ouvertes tard le soir pour permettre le travail personnel, équipement informatique individualisé, ouverture des équipements aux associations du quartier en dehors du temps scolaire). A cela doit s’ajouter une véritable politique d’accompagnement des personnels travaillant en ZEP et une évaluation régulière des projets d’établissement.

Troisième réforme : créer le statut d’« élève à besoin éducatif prioritaire ». Les ZEP créent des effets de stigmatisation. Les enfants des classes moyennes évitent les écoles en ZEP, soit en déménageant, soit en contournant la carte scolaire. Pour casser l’effet ghetto des ZEP, l’idée serait de créer un statut d’élève prioritaire. Les moyens affectés seraient calculés pour les établissements au prorata du nombre d’élèves prioritaires accueillis. Plus il y a d’élèves en difficulté, plus le budget augmente.

Autre piste : un plan périscolaire pour les ZEP. La vie en dehors de l’école a un rôle crucial. Les élèves des quartiers défavorisés y subissent d’importants handicaps. Pour les compenser, un suivi périscolaire personnalisé, réalisé par des éducateurs assistants sociaux, pourrait combiner suivi médical, aides aux devoirs, activités sportives et associatives.

Dernière piste : permettre un meilleur accès des élèves de ZEP aux filières universitaires. Les élèves des zones d’éducation prioritaire, en réalité, ne sont prioritaires sur rien. Ils ne bénéficient pas de la même aide que les autres en matière d’orientation. Ils ont besoin de plus de moyens financiers et de plus de soutien aussi pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières sélectives des universités et dans les grandes écoles. Les programmes d’ouverture sociale de Sciences Po, de l’ESSEC et d’autres institutions ont apporté de premiers jalons dans cette direction.

* répondre

Par Le 20/04/2011
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Le système de carte scolaire français qui concerne exclusivement le secteur public, qui affecte différemment les populations en fonction de leurs ressources et de leurs lieux d’habitation et qui est mis en œuvre de façon souvent inéquitable par les administrations locales est donc loin d’être parfait. Faut-il pour autant prôner sa disparition ? Les travaux conduits soit dans des pays où les choix scolaires n’ont jamais fait l’objet d’une régulation étatique comme la Belgique ou les Pays-Bas, soit dans ceux qui ont éliminé les procédures d’affectation des élèves par les administrations éducatives locales comme l’Angleterre montrent qu’il existe une forte association entre le libre choix, la ségrégation scolaire et les inégalités entre établissements. En France, les recherches sur les expériences d’assouplissement menées dans les années 1980 et sur les choix scolaires montrent également les effets d’un double mécanisme. D’une part, pour des raisons économiques mais aussi culturelles et sociales (niveau scolaire plus faible en moyenne de leurs enfants, capacité moindre à manipuler l’information et à prendre appui sur divers dispositifs de jugement de la qualité des établissements comme les réseaux de parents ou les palmarès d’établissements, attachement aux équipements de proximité) les parents de milieu populaire et issus de l’immigration se saisissent moins que les autres des opportunités de choix. D’autre part, du fait de la hiérarchie entre établissements, les vœux des parents tendent à se porter sur un petit nombre de collèges ou lycées qui trient ces demandes en fonction de critères scolaires qui sont aussi souvent des critères sociaux, ce qui renforce les effets ségrégatifs des choix parentaux.

3 - Les effets négatifs de la réforme de 2007 peuvent être contrecarrés par une application plus volontariste des textes et le développement de nouveaux moyens de régulation

Le dispositif mis en place par le gouvernement à la rentrée 2007 se situe dans la continuité des expériences antérieures d’assouplissement, mais avec deux infléchissements majeurs. Le premier concerne l’impulsion forte par le pouvoir central du dispositif qui s’est traduite par une augmentation sensible des demandes de dérogation et de leur satisfaction par les inspections académiques. L’enquête menée par l’Inspection générale en 2007 (enquête qui n’a jamais été rendue publique), celle conduite par le Syndicat national des personnels de direction (SNPDEN) en 2010 et celles actuellement en cours par plusieurs équipes de chercheurs financés par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du Ministère de l’Education, montrent que ces demandes ont continué à accentuer la fuite des établissements les moins réputés, renforçant les déséquilibres démographiques et les ségrégations, mais qu’elles touchent aussi des établissements moins défavorisés. Ces travaux montrent aussi que les établissements très favorisés, étant déjà pleins, sont peu concernés, mais que certains établissements considérés localement comme « moyens-bons » voient affluer les demandes.

Ces dynamiques semblent surtout concerner les villes de plus de 50.000 habitants, avec plusieurs collèges, dans la mesure où les parents privilégient la proximité et respectent le plus souvent les limites communales dans leurs choix. Elles produisent des effets pervers de deux types : l’un, déjà à l’œuvre avant la réforme, concerne le renforcement de la ségrégation interne, par le biais notamment des classes de niveau et dans le but de retenir leurs meilleurs élèves, par les établissements fuis ou qui craignent de l’être ; l’autre, plus récent, l’exclusion plus massive d’élèves perturbateurs ou en grande difficulté par des établissements pouvant espérer, grâce à la nouvelle procédure, des meilleures recrues en provenance d’autres établissements.

Le second concerne le faible impact du critère « boursier » auquel la nouvelle procédure accorde formellement la priorité (après le handicap) et qui a été utilisé pour mettre en avant son caractère équitable. Peu de boursiers déposent en effet des demandes de dérogation en raison à la fois du flou qu’entoure ce statut, les critères d’attribution des bourses variant fortement d’un niveau d’enseignement à l’autre et des divers facteurs économiques, culturels et sociaux évoqués supra. A cela il faut néanmoins ajouter le manque d’empressement de la part des services déconcentrés de l’Etat à diffuser cette information dans les établissements — au point qu’une circulaire vient de paraître pour les inciter à agir dans ce sens — et ce à la fois pour éviter un afflux de demandes perturbant la bonne gestion de l’offre et de la demande, mais aussi une nouvelle forme de « fuite de cerveaux ». En effet, tout tend à indiquer — même si ce point doit être davantage documenté — que les boursiers qui contournent les établissements de leur secteur sont plutôt de bons élèves. Or si le fait de chercher à éviter que leurs efforts scolaires ne soient entravés par les caractéristiques de leur environnement scolaire peut apparaître comme une forme de justice sociale individuelle — pour autant, ce qui doit être démontré, qu’ils arrivent à bien s’intégrer dans des établissements plus favorisés —, leur fuite, même quand il ne s’agit que d’un petit nombre d’élèves, aggrave fortement la situation des établissements défavorisés car les classes se trouvent ainsi « décapitées » de leurs éléments les plus dynamiques. Les effets négatifs ainsi induits sont en outre rarement compensés par le maintien des moyens, maintien qui ne sera sans doute pas reconduit indéfiniment en période de restriction budgétaire. Par ailleurs, comme les demandes des boursiers et des enfants souffrant d’un handicap ne constituent qu’une faible partie des dérogations, la plupart sont de fait accordées sur la base d’autres critères (demandes d’options non présentes dans les collèges du quartier, proximité, « autres motifs ») qui sont clairement mis en avant, majoritairement, par des parents appartenant aux classes moyennes et supérieures.

Il s’en suit que la libéralisation de la carte scolaire, dans ces conditions, ne fait qu’aggraver les effets déjà constatés par le passé du modèle de carte scolaire avec possibilités de dérogation et qu’il est nécessaire de développer d’autres moyens de régulation. Parmi les pistes qui pourraient être explorées, une des plus prometteuses serait de permettre aux familles d’exprimer un choix à l’intérieur d’un territoire délimité et de donner aux administrations et aux établissements la mission — dont la réalisation serait évaluée par des instances externes chaque année — de prendre en compte ces demandes en respectant des indicateurs de mixité scolaire entre les établissements.

* répondre

Par Le 20/04/2011
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Ainsi, ce mode de régulation, qui ne s’applique qu’aux établissements publics, a permis aux établissements privés de jouer un rôle de recours pour les parents. Ce phénomène a été encouragé par les termes de la loi Debré de 1959 qui garantit le financement public des établissements privés sous contrat, ces derniers devant mettre en œuvre les programmes nationaux — avec néanmoins la possibilité de préserver et afficher leur « caractère propre » — mais restant libres de sélectionner leurs élèves. Il est fortement lié au développement d’un rapport moins idéologique et plus instrumental à l’école par les usagers et à celui d’une offre privée « sur mesure » proposant des modes d’encadrement diversifiés en fonction des objectifs visés : l’excellence scolaire, la « mise sur les rails » de jeunes aux comportements déviants, le rattrapage d’élèves en échec... Il n’a cessé en outre de s’intensifier au fur et à mesure de la massification de l’enseignement public et de la perte de confiance des parents dans la capacité de l’Etat et de ses agents à y garantir l’égalité de l’offre de formation et la prise en compte des besoins différents des enfants. L’offre publique apparaît aujourd’hui hiérarchisée voire polarisée et son modèle de formation comme un « moule », ce qui par comparaison fait ressortir les atouts — réels ou faux — d’un enseignement privé de plus en plus demandé.

En deuxième lieu, la carte scolaire, qui a des effets très différents selon les caractéristiques des territoires sur lesquels elle s’applique, a perdu en efficacité avec le renforcement de la ségrégation urbaine en haut et en bas de l’échelle sociale. Regardée avec suspicion par les classes supérieures au moment de sa création, elle est devenue un des dispositifs du système éducatif les plus favorables à leur reproduction sociale, notamment, depuis les années 1980, pour les classes supérieures à capital économique élevé. Ces catégories ont en effet bénéficié d’un avantage non négligeable dans la compétition scolaire suite à la très forte hausse des prix du logement qui a limité la capacité de tous les autres groupes sociaux à résider à proximité des établissements, en particulier des lycées les plus réputés. A l’autre extrême, la carte scolaire est perçue par une frange croissante des populations défavorisées, françaises et immigrées, de plus en plus nombreuses dans les sondages à se déclarer favorables au libre choix, comme source d’injustices. Perçues comme particulièrement graves encore parce qu’elles compromettent le devenir scolaire et professionnel de leurs enfants, les injustices liées au fait d’avoir accès à une offre scolaire de moindre qualité redoublent en effet à leurs yeux celles associées au fait de vivre dans des territoires caractérisés par le chômage et l’insécurité et donnent lieu au sentiment de subir, en raison de leurs moindres ressources, une « double peine ».

* répondre

Par Ayme Le 20/04/2011
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D’autres moyens, déjà existants mais négligés - voire sacrifiés financièrement -, peuvent être utilisés :

- Les dispositifs de l’école primaire de lutte contre l’échec scolaire doivent voir leurs moyens en enseignants et en crédits sécurisés. Les dispositifs d’enseignement pour les élèves en école primaire les plus en difficulté (RASED) sont fondamentaux pour éviter l’accumulation de difficultés, qui débouche souvent dans le secondaire sur un décrochage complet. Le recours à des structures de réinsertion au niveau du collège serait d’autant réduit, plus ciblé et donc plus efficace si les RASED étaient aidés. Or, pour un département aussi sensible que le Val d’Oise, il est fait état par exemple d’une suppression de 43 postes sur 293 pour la rentrée prochaine. Comment peut-on croire que réduire les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire en primaire contribue à aider les élèves en difficulté en collège ? Au contraire, plus la prise en charge de la difficulté scolaire est précoce, moins elle est coûteuse et moins son résultat est aléatoire.

- Les politiques d’établissements prioritaires doivent retrouver leur sens originel : la volonté d’aider l’ensemble des élèves les plus en difficulté. Depuis 2007, elles ont été réorientées vers l’extraction d’une élite scolaire (classes d’excellence du plan « espoir banlieues » promu par Fadela Amara, internats d’excellence, politiques de quota). Si le débat autour de l’action affirmative scolaire est légitime, promouvoir quelques « bons éléments » sans s’occuper de l’immense majorité des élèves d’établissements prioritaires traduit un abandon de l’objectif des ZEP et une conception inquiétante du rôle du service public d’éducation. Les équipes doivent être étoffées, notamment au niveau du suivi des élèves (enseignants, CPE, personnels de direction) et les effectifs par classe réduits dans les établissements prioritaires.

- Il faut enfin tirer les conclusions de l’assouplissement de la carte scolaire, qui a aggravé la situation dans les établissements les plus populaires et favorisé leur ghettoïsation, tout en accroissant l’angoisse scolaire chez les élèves, les parents et les personnels éducatifs. Au lieu de maintenir une diversité scolaire bénéfique aux élèves en difficulté, la mesure a accéléré la ghettoïsation éducative et sociale. De ce point de vue, les ERS - qui conduisent in fine à un très timide retour à la mixité sociale - sont une rustine bien illusoire pour calfeutrer une situation scolaire difficile dans les zones urbaines sensibles.

* répondre

Par Ann Le 20/04/2011
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La combinaison de mesures d’affichage (ouverture de trois internats d’excellence dans les académies franciliennes pour les « élèves méritants » d’établissements prioritaires, création des ERS) et de mesures répressives (suspension des allocations familiales), si elle ne manque pas d’habileté, ne peut répondre au défi du décrochage scolaire. Les décisions ou annonces faites en avril-mai 2010 en la matière sont trop parcellaires. De plus, l’alternance entre carotte (d’ailleurs réduite par les restrictions budgétaires) et bâton constitue une réponse par à coups, faite selon un agenda médiatique bien éloigné des réalités du système éducatif. Ainsi, le projet CLAIR, issu des Etats généraux de la violence scolaire, conduisent à une logique sécuritaire et au renforcement de la hiérarchie au sein de la communauté éducative. Le prisme de la « lutte contre la violence » et de « l’ordre » est-il le meilleur pour lutter contre l’échec et le décrochage ?

Pourtant, personne ne peut nier que les ERS constituent une réponse, peut-être pas la bonne, à un véritable besoin, celui du maintien d’élèves difficiles et en rupture au sein de l’institution éducative. Près de 120 000 jeunes quittent le système scolaire sans formation chaque année, après 18 ans . Ce public vient largement des couches populaires vivant dans les quartiers urbains en difficulté. En cherchant à réintégrer les élèves dans le moule scolaire, et si possible dans les établissements classiques et pas dans des filières de relégation, les ERS évitent l’écueil de leur mise à l’écart. En effet, la tentation est grande pour une partie de la communauté éducative de « mettre » à part les élèves les plus perturbateurs, et/ou les plus en risque de décrochage. Maintenir le lien avec les collèges est nécessaire, et en ce sens, le souci des ERS est louable.

Cependant, les ERS ne peuvent pas être généralisés pour regrouper les milliers d’élèves en grande difficulté, notamment dans certaines académies devant gérer des publics difficiles (Seine-Saint-Denis, Versailles, Lyon, Marseille, Strasbourg). En effet, la structure est relativement lourde et sauf à sacrifier encore plus d’autres postes budgétaires, le public qui peut être encadré par les ERS reste limité, et dans tous les cas en deçà du nombre d’élèves en difficulté qui pourraient y prétendre.

* répondre

Par onyme Le 20/04/2011
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Mais ce paradoxe et cette absence de concertation ne sont pas seuls en cause. Certains postulats de départ peuvent paraître viciés. Supposer que l’éloignement géographique radical - pour ne pas dire la relégation - favorise la réinsertion scolaire est discutable, voire contre-productif, et révélateur d’une logique punitive. Surtout, cette mesure a été combinée au regroupement d’élèves en décrochage, transplantés (pour ne pas dire relégués) dans un environnement étranger. Or, un peu de concertation et de réflexion préalables auraient révélé que ces élèves en difficulté, issus de quartiers populaires en crise, ont du mal à quitter leur environnement immédiat. Comment faire croire, sinon au nom d’une croyance naïve et passéiste, que « le retour à la campagne » va amener ces collégiens déjà difficiles à un comportement apaisé ? Que la rupture avec leurs connaissances et leurs familles – à moins qu’il soit précisément supposé que celles-ci sont une partie du problème - soit positive pour leur réinsertion ? Au contraire, le déracinement favorise « l’effet groupe » ; des élèves individuellement gérables sont poussés à des comportements de surenchère collective une fois qu’ils sont regroupés dans un environnement totalement différent. Et l’encadrement familial dont on réclame par ailleurs le rétablissement – cf. la position du député UMP des Alpes-Maritimes Eric Ciotti lors du débat sur la pénalisation de l’absentéisme scolaire - fait dans ce cadre désormais totalement défaut.

Enfin, dernier point, la précipitation et le caractère cosmétique de la mesure ne peuvent que l’affaiblir. Mise en place en quelques mois (entre avril 2010 et septembre 2010), les ERS ne concerneraient pour le moment que 150 élèves pour toute la France, c'est-à-dire une infime fraction de la population en difficulté au niveau du collège . Or, face à l’ampleur de la population en difficulté en collège, il apparaît évident que des structures aussi coûteuses ne pourront être généralisées, surtout au moment où le budget de l’éducation nationale est en réduction constante. De plus, l’intégration d’assistants d’éducation ou de volontaires du service civique, aux côtés de professionnels éprouvés (enseignants volontaires venant de l’enseignement prioritaire, éducateurs de la PJJ), apparaît comme un moyen de réduire les coûts de ces mesures : en employant des personnels sans statut et non-titulaires, on peut se poser la question de la stabilité de l’équipe d’encadrement si les ERS sont maintenus.

* répondre

Par Ano Le 20/04/2011
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Il y a certes une réaction de refus, que les Anglo-saxons nomment très à propos « not in my back yard » (NIMBY, « pas de cela chez moi », littéralement). L’arrivée de collégiens en rupture, venant des quartiers populaires, souvent issus des minorités et de l’immigration, suscite des réactions de rejet qu’il ne faut d’ailleurs pas excuser. De ce point de vue, la majorité paie le prix de sa propre politique éducative : depuis 2007, elle a systématiquement encouragé un « marché scolaire » dans lequel chacun est appelé à être un « consommateur d’école ». C'est-à-dire dans les faits choisir son établissement et, le plus souvent, fuir les publics scolaires réputés les plus difficiles, en réduisant de ce fait la mixité sociale. Les mesures enclenchées par l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy sont d’ailleurs lourdes de conséquences: assouplissement de la carte scolaire, mise en concurrence des établissements, aide renforcée à l’enseignement privé sous contrat sans contrepartie, réorientation des politiques prioritaires vers la seule extraction d’ « élites scolaires » des banlieues difficiles… Les résultats, comme le soulignent l’enquête du SNPDEN (syndicat majoritaire des chefs d’établissement secondaire) ou les travaux d’Agnès Van Zanten , sont un recul sensible de la mixité sociale à l’école.

C’est l’amère ironie d’une situation où le ministère de l’éducation nationale se voit opposer une de ses propres orientations par certains élèves, parents d’élèves et personnels éducatifs, qui défendent la « qualité » de leur propre établissement en refusant l’arrivée des ERS « chez eux ». C’est un résultat que la nette régression de la mixité sociale en milieu scolaire depuis 2007 a indéniablement favorisé : il est difficile de faire admettre aux élèves et à leurs parents l’arrivée d’une population à problèmes - supposée réduire la qualité de l’enseignement - alors même que tout le discours de la majorité célèbre le consumérisme scolaire.

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Par ers Le 20/04/2011
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Depuis quelques temps, l’actualité éducative s’est concentrée sur les violences qui ont éclaté dans une nouvelle structure, les Etablissements de réinsertion scolaire (ERS), dont les difficultés sont mises en exergue par certains enseignants et parents d’élèves. Dans trois d’entre eux (en Mayenne, dans la Manche et en banlieue niçoise), des troubles ont éclaté entre des élèves en réinsertion et des collégiens ou des personnels des établissements de rattachement de ces structures. Si dans un cas, des témoignages de racisme ont pu être évoqués, le problème global est autre : c’est celui d’une mixité sociale et scolaire devenue difficile entre des élèves, parents et enseignants à la recherche des meilleurs résultats éducatifs, et une population en voie de déscolarisation qui se sent rejetée et peut réagir avec violence.

Créés après les élections régionales d’avril 2010, les Etablissements de réinsertion scolaire (ERS) ont été implantés dès la rentrée 2010. Selon le Ministère de l’Education nationale, 10 ont été ouverts entre septembre et novembre 2010 (11 selon certains articles de presse, la liste des structures n’étant pas rendue publique par le Ministère), et 10 ERS supplémentaires sont prévus pour l’année scolaire en cours.

En quoi consiste cette mesure ? Il s’agit d’une version modernisée de l’internat, concernant des élèves en situation de décrochage scolaire en collège et volontaires pour entrer dans ce programme de réinsertion. Ceux-ci sont regroupés en groupes d’une taille maximale de 15 élèves de niveau collège, encadrés par des personnels éducatifs choisis sur la double base du volontariat et du profil : 2 professeurs encadrent le groupe, en liaison avec des assistants d’éducation, et des éducateurs spécialisés de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). De plus, ces collégiens sont « déracinés » et peuvent être envoyés à plusieurs centaines de kilomètres de leur habitation et établissement d’origine, le postulat de la mesure étant que l’éloignement favoriserait la réinsertion scolaire. Les ERS ont été implantés dans des établissements calmes, généralement dans des zones rurales ou pavillonnaires (une antenne a été récemment ouverte en Seine-Saint-Denis), sans concertation préalable avec les communautés éducatives.

* répondre

Par quota Le 20/04/2011
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La solution des quotas pour les élèves boursiers pose par ailleurs un problème d’équité manifeste. Qu’adviendra-t-il des élèves dont les parents sont à la limite d’obtenir une bourse mais qui ont des moyens légèrement supérieurs ? Qu’adviendra-t-il des enfants des classes moyennes inférieures ? L’exemple indien est ici un bon indicateur : d’abord réservé aux plus basses castes, le système des quotas a été étendu sous la pression des castes intermédiaires au point qu’ils concernent désormais plus de la moitié des castes : ce qui a fini par renforcer le concept de caste que le système était censé détruire, au point que, de transitoire, les quotas sont devenus un phénomène pérenne…

L’adoption de quotas dans les grandes écoles ne résoudra par ailleurs pas le déséquilibre dans l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Comment imaginer en effet rééquilibrer le système éducatif en n’imposant des quotas que sur les grandes écoles, qui représentent un débouché très faible ? Pourquoi ne pas en imposer à l’université – notamment en médecine et en droit – ou dans certaines formations techniques de type BTS ? Les quotas dans les grandes écoles ou dans l’enseignement supérieur ne permettront pas de rééquilibrer l’ensemble du dispositif, c'est-à-dire d’assurer une réussite scolaire égale dans toutes les filières. Ils ne permettront que d’afficher quelques chiffres pour permettre au gouvernement de fanfaronner sur la réussite de sa politique.

Enfin, l’adoption de quotas dans les grandes écoles d’ingénieur et de commerce ou pour d’autres formations diplômantes à caractère technique se heurte à un problème de niveau scientifique et économique. Réserver x% des places dans les écoles d’ingénieurs et de commerce à des élèves boursiers sous prétexte qu’ils ne peuvent pas intégrer ces écoles par le concours national commun impose en effet de mettre en place un concours parallèle de niveau inférieur pour ces élèves boursiers. Les risques d’une telle approche en bout de chaîne sont évidents : d’une part cela crée immanquablement un clivage entre les élèves issus de ce concours inférieur et les élèves issus du concours normal ; d’autre part, il y a un fort risque que les élèves boursiers entrant par ce concours n’aient pas le niveau initial suffisant pour suivre les cours en école et se retrouvent avec des résultats moins bons voire insuffisants comparés aux résultats de leurs homologues non boursiers. Ce qui est possible à sciences Po ne l’est pas nécessairement dans des disciplines théoriques et scientifiques comme la physique, la chimie ou l’informatique.

* répondre

Par Ferté-Mac Le 19/04/2011
-69

Parents et enseignants boycottent le conseil de Jacques-Brel - La Ferté-Macé
samedi 16 avril 2011 Les représentants des parents, enseignants et élèves, réunis jeudi soir devant le collège, ont refusé d'assister au conseil d'administration. José Collado, conseiller général et Michel Mary, adjoint au maire soutiennent le mouvement.

Les 23 membres du conseil d'administration du collège Jacques Brel étaient conviés à sa réunion, jeudi soir à 18 h. Mais les 16 représentants des personnels, parents et élèves étant absents, la réunion a dû être annulée car le quorum n'était pas atteint.

Dotation horaire diminuée

A l'initiative des représentants des enseignants, les membres du conseil d'administration parents, personnel, enseignants et élèves se sont retrouvés devant l'établissement. La suppression de 6 % des heures d'enseignement (moins 32,5 heures à la rentrée prochaine) est à l'origine de ce mécontentement.

Tous indiquent une situation inacceptable. « Jusqu'à l'année scolaire 2009-2010, le collège disposait de moyens pour assurer un enseignement de qualité conformément au projet d'établissement » précisent les représentants qui rappellent que ce n'est plus le cas actuellement. « La dotation horaire a été réduite deux années de suite : une première fois l'an dernier, entraînant la suppression de l'aide aux élèves en difficulté ; et une 2e fois cette année, ce qui entraînera des classes surchargées l'an prochain, plus de 30 élèves ».

« D'autre part, les coupes sombres réalisées dans les effectifs des enseignants remplaçants font que de nombreuses absences ne sont pas remplacées » ajoute Pascal Ducher, président de l'association des parents d'élèves qui s'étaient déjà mobilisés le 17 mars.

Des effectifs en hausse

Tous refusent que les enfants soient les victimes de ces restrictions de moyens, alors que le collège Jacques Brel devrait accroître ses effectifs d'une dizaine d'élèves à la rentrée. Un nouveau conseil d'administration devrait être convoqué la semaine prochaine. Celui-ci pourra se tenir, même en absence de quorum, mais tous envisagent d'y participer.

Les personnels doivent adresser une pétition à la rectrice lui faisant part de leur inquiétude devant la dégradation des conditions de travail et surtout de la réussite des élèves (suppression des dispositifs d'aide aux élèves en difficulté et de la classe de 3e de découverte professionnelle).

* répondre

Par fesseblanche Le 19/04/2011
-50

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Parents, grands-parents, élèves, professeurs, voisins, élus ont répondu présent, samedi matin, à l'appel du collectif des parents d'élèves de l'école de Cublac (19).

Entre 150 et 200 personnes sont venues protester contre la suppression d'un poste d'enseignant à la rentrée prochaine. Les manifestants équipés de casseroles, cornes de brume ou sifflets ont « perturbé » la quiétude du village durant près de deux heures. À l'issue du parcours, un colis a été envoyé en recommandé à Luc Chatel, ministre de l'Éducation nationale.

Ce colis comprend 1 777 signatures de la pétition « Touchez pas à notre école », un courrier des délégués des parents d'élèves demandant l'annulation de la suppression de poste, ainsi qu'un poste à supprimer pour satisfaire aux statistiques gouvernementales de son ministère (à savoir un vieux poste de télévision).

* répondre

Par syndiqua Le 19/04/2011
29

Le syn­di­cat ensei­gnant SNE-Csen a réclamé lundi "une concer­ta­tion au plus haut niveau pour dis­cu­ter de la per­ti­nence des cri­tères appli­qués sur le ter­ri­toire pour les ouver­tures et les fer­me­tures de classes" dans les écoles, tra­duc­tion des sup­pres­sions de postes.

Dans un com­mu­ni­qué, le syn­di­cat du pri­maire (mino­ri­taire) demande en outre "la res­ti­tu­tion des postes sup­pri­més dans le pre­mier degré" à la ren­trée 2011.

Selon le bud­get 2011, près de 16.000 postes, quasi tous de pro­fes­seurs, vont être sup­pri­més à la ren­trée, dont 8.967 dans les écoles publiques, alors que les effec­tifs élèves vont augmenter.

Ces der­nières semaines, les ins­pec­teurs d'académie ont pré­senté loca­le­ment les consé­quences de ces sup­pres­sions de postes sur le ter­rain, en par­ti­cu­lier les pro­jets d'ouvertures et de fer­me­tures de classes (ces der­nières étant géné­ra­le­ment plus nom­breuses), pro­vo­quant plu­sieurs mobi­li­sa­tions de parents et d'enseignants.

* répondre

Par pagnol Le 19/04/2011
-13

Il est cependant des occasions où le candidat est obligé de lire. C’est lorsqu’il cite, à l’appui
de sa démonstration, un fragment d’une œuvre littéraire. Il est alors indispensable de ne pas
avoir recopié le passage. Lire son propre texte est extrêmement maladroit et cette maladresse
sera sanctionnée. Mais le lire d’un trait, citations comprises, constitue une faute, qui sera
sanctionnée encore plus lourdement. Il faut au contraire s’interrompre, changer à la faveur de
ce léger temps d’arrêt le ton de sa voix, ouvrir son livre tout en annonçant clairement la page
où se trouve le passage, laisser au jury une ou deux secondes pour qu’il puisse lui aussi le
retrouver et alors, mais alors seulement, commencer sa lecture. Cette lecture doit
obligatoirement être expressive, donnant à chaque mot son poids sémantique et sa densité
sonore, mettant en valeur le style propre de l’écrivain, le souci d’écriture qui a été le sien et
qui doit devenir, dans ce qui relève presque d’une mise en scène, perceptible à tous les
auditeurs. Mais il faut bien sûr éviter grandiloquence et trémolos qui, au lieu de servir le texte,
le rendraient ridicule. Expressive et sobre à la fois, telle doit être cette lecture. Cela n’a pas
toujours été le cas cette année : la prose de Lope, à cause des tournures propres à la langue du
siècle d’Or qui font parfois trébucher le candidat ; celle de Carpentier ou Rivera à cause de la
complexité ou de la longueur des phrases et d’un lexique américain qui provoquent hésitations
et reprises ; les vers de Cernuda enfin – et c’est presque plus dommageable pour un poète
aussi limpide et subtil – ont souvent été « massacrés ». L’agrégation recrute de futurs
professeurs qui ne réussiront jamais à se faire entendre sans une maîtrise suffisante de l’oral.

* répondre

Par greg Le 19/04/2011
-21

Mais revenons à l'agreg ! Pour les concours en maths ou sciences physiques, il était plus difficile d'argumenter, mais un fait était là, et bien là, aucun programme n'était encore publié. Donc, dans ce pays héritier de Descartes, pas de programme, cela veut dire pas de concours.

Erreur, il y aura bel et bien des agrégations internes et externes l'an prochain, promet le ministère. "Nous affichons un à un les programmes pour permettre aux candidats qui le veulent de commencer à travailler", précise la directrice des ressources humaines du ministère de l'éducation, Josette Théophile.

"Tous les concours ne sont pas affichés aujourd'hui, mais cela va venir", ajoute-t-elle. Bref, le ministère va son bonhomme de chemin pendant que l'inquiétude des candidats est déjà à son comble. A un an des épreuves.

Décidément, le stress des examens commence de plus en plus tôt.

* répondre

Par polkmn Le 19/04/2011
-16

Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS et chercheur à l'Ecole d'économie de Paris juge pour sa part que les emplois jeunes sont un échec en raison de la nature contra-cyclique de cette politique lancée alors que l'économie française avait renouée avec une croissance forte. Résultat, alors qu'ils étaient destinés aux populations de jeunes les plus éloignés du marché de l'emploi, c'est-à-dire ceux sortis du système éducatif sans diplôme, les emplois jeunes de 1997-2002 ont été occupés en majorité par des jeunes relativement qualifiés. 30% d'entre eux avaient un niveau supérieur à bac+2. "Cela a entraîné une dépréciation de la valeur du diplôme et créé une génération de "milleuristes" (payés mille euros, ndlr), c'est-à-dire de diplômés bac+2 ou 3 embauchés au Smic", déplore-t-il.
Un impact neutre pour les finances publiques

* répondre

Par jean-Louis Gaillard Le 18/04/2011
1

Pour simplifier : Un gros malentendu, "ÉDUCATION" NATIONALE, NE SIGNIFIE PAS "FORMATION" NATIONALE. ÉDUQUER, N'EST PAS FORMATER.
LA SOCIÉTÉ A BESOIN D'INTELLIGENCES, LES ROBOTS FERONT LE RESTE. OR IL Y A UNE TRÈS GRANDE DIVERSITÉ D'INTELLIGENCES, DU "MANUEL" À L'INTELLECTUEL, EN PASSANT PAR LE CRÉATIF ET L'ARTISTE.
L'ENSEIGNEMENT SERA TOUJOURS DÉCALÉ DE LA RÉALITÉ, L'ÉDUCATION PEUT DONNER DU CARACTÈRE, DES CAPACITÉS, UNE MOBILITÉ INTELLECTUELLE, UNE APTITUDE À L'INNOVATION. C'EST VALABLE POUR LES ENSEIGNANTS, LEURS FORMATEURS, LEURS ÉLÈVES, LES INSPECTEURS, ET TOUS LES "DÉCIDEURS".
LE SYSTÈME ÉDUCATIF FAIT PARTIE DE NOTRE SOCIÉTÉ, IL ÉVOLUE PAR ELLE ET PARTICIPE À SON ÉVOLUTION.
LE PROBLÈME MAJEUR, EST QUE L'ÉLÈVE AINSI ÉDUQUÉ, DEVIENT PLUS "CRITIQUE", MOINS "SOUMIS" ALORS QUE TOUS LES "PROJETS" SUR "L'ÉCOLE", LA FORMATION DES MAÎTRES, N'Y SONT PAS PRÈTS ; LES CANDIDATS, LES PARTIS, LES GOUVERNANTS ET LES DRH NON PLUS.
C'EST EN CE SENS QU'IL FAUT AFFRONTER LES "RÉSISTANCES AU CHANGEMENT", LES FREINS À L'INNOVATION, LA PEUR DE QUITTER LA RIVE, SANS VOIR DE L'AUTRE COTÉ ...

* répondre

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Par Le 20/04/2011
0

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NOTE
Formation des enseignants : reconstruire sur un champ de ruines
Note Par Jean-Louis Auduc, Julien Laurence.
Le 18/04/2011

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Initialement destinée à augmenter le niveau de formation des enseignants, la masterisation n'a eu pour résultats que d'accentuer les difficultés du travail professoral : en abandonnant les nouveaux enseignants aux réalités du terrain sans réelle formation pédagogique, elle a provoqué la chute des vocations, alors que se profile une crise majeure du recrutement. Surtout, la réforme n'a pas su régler la question de la formation initiale des enseignants, moment crucial où se définit le sens de leur mission. Or le métier de professeur s'apprend, sur des bases académiques, et au sein de véritables écoles professionnelles. La formation des enseignants est un investissement, sans lequel il n'est pas de réussite de l'élève et de système éducatif de qualité.
SYNTHÈSE

Il est urgent de proposer une sortie à l’impasse destructrice de la « masterisation » pour la formation des enseignants, matérialisée par le passage, décidé et mis en place par le gouvernement, du niveau de recrutement des concours enseignants à bac + 5, sans réelle formation pédagogique. Cette nécessité est d’autant plus forte qu’elle doit aussi répondre à la crise du recrutement qu’elle n’a pas manqué d’aggraver.

Pour autant, les formations initiale et continue des professeurs, en vigueur avant la réforme, étaient inadaptées et sous-dimensionnées face aux enjeux de l’école d’aujourd’hui. Faire ce constat, c’est aussi prendre en compte le fait que les modalités de formation initiale du métier conditionnent en grande partie l’image que les futurs professeurs se font de celui-ci. Aussi, notre premier postulat est que le sens de la mission des professeurs se définit d’abord au moment crucial de la formation initiale et de l’entrée dans le métier.

Un principe fondamental de notre approche est que le métier de professeur s’apprend de façon méthodique et ordonnée, comme celui d’ingénieur, de médecin ou d’officier de Marine. Il s’apprend à la fois sur d’incontestables bases académiques et au sein d’une école d’application chargée d’encadrer la confrontation avec le réel : les élèves de notre temps, dans une société en évolution.

Or, cet apprentissage a un coût et prend du temps. Il faut faire le pari qu’il s’agit d’un investissement rentable pour toute la nation. Il n’est pas un pays en réussite éducative qui n’ait investi fortement dans la sélection et la formation de ses professeurs. Sans enseignants bien formés, il ne peut y

Par ? Le 20/04/2011
0

Mais le problème central est celui de la dégradation de la qualité de l’offre scolaire dans les quartiers les plus pauvres. Nous ne réglerons la question de la carte scolaire de manière équitable que le jour où l’école ne donnera plus aux familles de bonnes raisons de fuir les établissements de ces quartiers – qui sont les moins mixtes, les moins efficaces et les plus inégalitaires.

Comment faire ? L’offre scolaire répond à une curieuse logique : elle donne moins à ceux qui ont moins – moins aux enfants des quartiers modestes qu’à ceux des quartiers riches. Il faut faire l’inverse : donner plus à ceux qui ont moins.

Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) reposent sur cette logique simple : donner plus aux territoires défavorisés. Leurs résultats sont pourtant décevants. C’est que, si le principe est le bon, la mise en œuvre est défaillante. Cinq réformes permettraient de les rendre efficaces.

Tout d’abord, renforcer massivement les moyens financiers alloués aux ZEP. Un élève en ZEP ne bénéficie que de 7% de moyens supplémentaires par rapport à un élève hors ZEP. Pire, lorsque l’on prend en compte la masse salariale (plus faible en ZEP du fait de la plus faible expérience des enseignants), l’effort supplémentaire est nul. Il faut aligner la France sur les efforts de nos voisins européens, comme les Pays-Bas : 100% de moyens supplémentaires par élève. Cela nécessite de limiter le saupoudrage et d’accroître l’effort budgétaire.

Ensuite, adapter l’enseignement des ZEP. Rien, au-delà du dévouement d’une majorité de professeurs, ne distingue l’enseignement dans ces établissements. Une réforme profonde est nécessaire : formation spécifique des enseignants, réservation des postes à des enseignants expérimentés, pédagogie adaptée à la réalité de chaque situation locale dans le cadre de projets d’établissement autonomes (diminution des effectifs par classe , dédoublement dans certaines disciplines, maîtres supplémentaires à certains niveaux d’enseignement…), aménagements des locaux scolaires aux difficultés matérielles des élèves (bureaux de tutorat, salles ouvertes tard le soir pour permettre le travail personnel, équipement informatique individualisé, ouverture des équipements aux associations du quartier en dehors du temps scolaire). A cela doit s’ajouter une véritable politique d’accompagnement des personnels travaillant en ZEP et une évaluation régulière des projets d’établissement.

Troisième réforme : créer le statut d’« élève à besoin éducatif prioritaire ». Les ZEP créent des effets de stigmatisation. Les enfants des classes moyennes évitent les écoles en ZEP, soit en déménageant, soit en contournant la carte scolaire. Pour casser l’effet ghetto des ZEP, l’idée serait de créer un statut d’élève prioritaire. Les moyens affectés seraient calculés pour les établissements au prorata du nombre d’élèves prioritaires accueillis. Plus il y a d’élèves en difficulté, plus le budget augmente.

Autre piste : un plan périscolaire pour les ZEP. La vie en dehors de l’école a un rôle crucial. Les élèves des quartiers défavorisés y subissent d’importants handicaps. Pour les compenser, un suivi périscolaire personnalisé, réalisé par des éducateurs assistants sociaux, pourrait combiner suivi médical, aides aux devoirs, activités sportives et associatives.

Dernière piste : permettre un meilleur accès des élèves de ZEP aux filières universitaires. Les élèves des zones d’éducation prioritaire, en réalité, ne sont prioritaires sur rien. Ils ne bénéficient pas de la même aide que les autres en matière d’orientation. Ils ont besoin de plus de moyens financiers et de plus de soutien aussi pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières sélectives des universités et dans les grandes écoles. Les programmes d’ouverture sociale de Sciences Po, de l’ESSEC et d’autres institutions ont apporté de premiers jalons dans cette direction.

Un tel plan de réforme ne peut aboutir sans financement suffisant. L’Education nationale doit redevenir la première priorité budgétaire. Les établissements scolaires disposent de près de 100.000 personnels en moins depuis 2002. L’argent public n’est pas extensible, il faut donc affirmer des priorités politiques : l’école en est une.

Le cœur de la réforme doit être territorial. Le gouvernement encourage les familles qui le peuvent à fuir les établissements des quartiers pauvres, entérinant leur relégation comme territoires d’échec aux marges de la République. Nous refusons cette logique et plaidons pour les réintégrer au cœur de la République.

Telle qu’elle est, la carte scolaire n’est pas satisfaisante : elle entérine les inégalités sociales et scolaires. Mais sa libéralisation, mise en œuvre depuis 2007, aggrave ces inégalités. En donnant le choix aux familles, la réforme accentuel la fuite hors des établissements des quartiers pauvres et accroît la relégation scolaire dans ces quartiers.

Une autre réforme de la carte scolaire est possible. Pour limiter les fuites dans le contexte actuel, il est possible de mieux les réguler en ne permettant les choix que dans la mesure où ils n’engendrent pas d’importants déséquilibres démographiques et sociaux entre établissements, en favorisant une concertation étroite entre chefs d’établissements et en évaluant régulièrement les conséquences des mouvements des populations scolaires.

Mais le problème central est celui de la dégradation de la qualité de l’offre scolaire dans les quartiers les plus pauvres. Nous ne réglerons la question de la carte scolaire de manière équitable que le jour où l’école ne donnera plus aux familles de bonnes raisons de fuir les établissements de ces quartiers – qui sont les moins mixtes, les moins efficaces et les plus inégalitaires.

Comment faire ? L’offre scolaire répond à une curieuse logique : elle donne moins à ceux qui ont moins – moins aux enfants des quartiers modestes qu’à ceux des quartiers riches. Il faut faire l’inverse : donner plus à ceux qui ont moins.

Les zones d’éducation prioritaire (ZEP) reposent sur cette logique simple : donner plus aux territoires défavorisés. Leurs résultats sont pourtant décevants. C’est que, si le principe est le bon, la mise en œuvre est défaillante. Cinq réformes permettraient de les rendre efficaces.

Tout d’abord, renforcer massivement les moyens financiers alloués aux ZEP. Un élève en ZEP ne bénéficie que de 7% de moyens supplémentaires par rapport à un élève hors ZEP. Pire, lorsque l’on prend en compte la masse salariale (plus faible en ZEP du fait de la plus faible expérience des enseignants), l’effort supplémentaire est nul. Il faut aligner la France sur les efforts de nos voisins européens, comme les Pays-Bas : 100% de moyens supplémentaires par élève. Cela nécessite de limiter le saupoudrage et d’accroître l’effort budgétaire.

Ensuite, adapter l’enseignement des ZEP. Rien, au-delà du dévouement d’une majorité de professeurs, ne distingue l’enseignement dans ces établissements. Une réforme profonde est nécessaire : formation spécifique des enseignants, réservation des postes à des enseignants expérimentés, pédagogie adaptée à la réalité de chaque situation locale dans le cadre de projets d’établissement autonomes (diminution des effectifs par classe , dédoublement dans certaines disciplines, maîtres supplémentaires à certains niveaux d’enseignement…), aménagements des locaux scolaires aux difficultés matérielles des élèves (bureaux de tutorat, salles ouvertes tard le soir pour permettre le travail personnel, équipement informatique individualisé, ouverture des équipements aux associations du quartier en dehors du temps scolaire). A cela doit s’ajouter une véritable politique d’accompagnement des personnels travaillant en ZEP et une évaluation régulière des projets d’établissement.

Troisième réforme : créer le statut d’« élève à besoin éducatif prioritaire ». Les ZEP créent des effets de stigmatisation. Les enfants des classes moyennes évitent les écoles en ZEP, soit en déménageant, soit en contournant la carte scolaire. Pour casser l’effet ghetto des ZEP, l’idée serait de créer un statut d’élève prioritaire. Les moyens affectés seraient calculés pour les établissements au prorata du nombre d’élèves prioritaires accueillis. Plus il y a d’élèves en difficulté, plus le budget augmente.

Autre piste : un plan périscolaire pour les ZEP. La vie en dehors de l’école a un rôle crucial. Les élèves des quartiers défavorisés y subissent d’importants handicaps. Pour les compenser, un suivi périscolaire personnalisé, réalisé par des éducateurs assistants sociaux, pourrait combiner suivi médical, aides aux devoirs, activités sportives et associatives.

Dernière piste : permettre un meilleur accès des élèves de ZEP aux filières universitaires. Les élèves des zones d’éducation prioritaire, en réalité, ne sont prioritaires sur rien. Ils ne bénéficient pas de la même aide que les autres en matière d’orientation. Ils ont besoin de plus de moyens financiers et de plus de soutien aussi pour poursuivre des études dans l’enseignement supérieur, notamment dans les filières sélectives des universités et dans les grandes écoles. Les programmes d’ouverture sociale de Sciences Po, de l’ESSEC et d’autres institutions ont apporté de premiers jalons dans cette direction.

Par Le 20/04/2011
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Le système de carte scolaire français qui concerne exclusivement le secteur public, qui affecte différemment les populations en fonction de leurs ressources et de leurs lieux d’habitation et qui est mis en œuvre de façon souvent inéquitable par les administrations locales est donc loin d’être parfait. Faut-il pour autant prôner sa disparition ? Les travaux conduits soit dans des pays où les choix scolaires n’ont jamais fait l’objet d’une régulation étatique comme la Belgique ou les Pays-Bas, soit dans ceux qui ont éliminé les procédures d’affectation des élèves par les administrations éducatives locales comme l’Angleterre montrent qu’il existe une forte association entre le libre choix, la ségrégation scolaire et les inégalités entre établissements. En France, les recherches sur les expériences d’assouplissement menées dans les années 1980 et sur les choix scolaires montrent également les effets d’un double mécanisme. D’une part, pour des raisons économiques mais aussi culturelles et sociales (niveau scolaire plus faible en moyenne de leurs enfants, capacité moindre à manipuler l’information et à prendre appui sur divers dispositifs de jugement de la qualité des établissements comme les réseaux de parents ou les palmarès d’établissements, attachement aux équipements de proximité) les parents de milieu populaire et issus de l’immigration se saisissent moins que les autres des opportunités de choix. D’autre part, du fait de la hiérarchie entre établissements, les vœux des parents tendent à se porter sur un petit nombre de collèges ou lycées qui trient ces demandes en fonction de critères scolaires qui sont aussi souvent des critères sociaux, ce qui renforce les effets ségrégatifs des choix parentaux.

3 - Les effets négatifs de la réforme de 2007 peuvent être contrecarrés par une application plus volontariste des textes et le développement de nouveaux moyens de régulation

Le dispositif mis en place par le gouvernement à la rentrée 2007 se situe dans la continuité des expériences antérieures d’assouplissement, mais avec deux infléchissements majeurs. Le premier concerne l’impulsion forte par le pouvoir central du dispositif qui s’est traduite par une augmentation sensible des demandes de dérogation et de leur satisfaction par les inspections académiques. L’enquête menée par l’Inspection générale en 2007 (enquête qui n’a jamais été rendue publique), celle conduite par le Syndicat national des personnels de direction (SNPDEN) en 2010 et celles actuellement en cours par plusieurs équipes de chercheurs financés par la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du Ministère de l’Education, montrent que ces demandes ont continué à accentuer la fuite des établissements les moins réputés, renforçant les déséquilibres démographiques et les ségrégations, mais qu’elles touchent aussi des établissements moins défavorisés. Ces travaux montrent aussi que les établissements très favorisés, étant déjà pleins, sont peu concernés, mais que certains établissements considérés localement comme « moyens-bons » voient affluer les demandes.

Ces dynamiques semblent surtout concerner les villes de plus de 50.000 habitants, avec plusieurs collèges, dans la mesure où les parents privilégient la proximité et respectent le plus souvent les limites communales dans leurs choix. Elles produisent des effets pervers de deux types : l’un, déjà à l’œuvre avant la réforme, concerne le renforcement de la ségrégation interne, par le biais notamment des classes de niveau et dans le but de retenir leurs meilleurs élèves, par les établissements fuis ou qui craignent de l’être ; l’autre, plus récent, l’exclusion plus massive d’élèves perturbateurs ou en grande difficulté par des établissements pouvant espérer, grâce à la nouvelle procédure, des meilleures recrues en provenance d’autres établissements.

Le second concerne le faible impact du critère « boursier » auquel la nouvelle procédure accorde formellement la priorité (après le handicap) et qui a été utilisé pour mettre en avant son caractère équitable. Peu de boursiers déposent en effet des demandes de dérogation en raison à la fois du flou qu’entoure ce statut, les critères d’attribution des bourses variant fortement d’un niveau d’enseignement à l’autre et des divers facteurs économiques, culturels et sociaux évoqués supra. A cela il faut néanmoins ajouter le manque d’empressement de la part des services déconcentrés de l’Etat à diffuser cette information dans les établissements — au point qu’une circulaire vient de paraître pour les inciter à agir dans ce sens — et ce à la fois pour éviter un afflux de demandes perturbant la bonne gestion de l’offre et de la demande, mais aussi une nouvelle forme de « fuite de cerveaux ». En effet, tout tend à indiquer — même si ce point doit être davantage documenté — que les boursiers qui contournent les établissements de leur secteur sont plutôt de bons élèves. Or si le fait de chercher à éviter que leurs efforts scolaires ne soient entravés par les caractéristiques de leur environnement scolaire peut apparaître comme une forme de justice sociale individuelle — pour autant, ce qui doit être démontré, qu’ils arrivent à bien s’intégrer dans des établissements plus favorisés —, leur fuite, même quand il ne s’agit que d’un petit nombre d’élèves, aggrave fortement la situation des établissements défavorisés car les classes se trouvent ainsi « décapitées » de leurs éléments les plus dynamiques. Les effets négatifs ainsi induits sont en outre rarement compensés par le maintien des moyens, maintien qui ne sera sans doute pas reconduit indéfiniment en période de restriction budgétaire. Par ailleurs, comme les demandes des boursiers et des enfants souffrant d’un handicap ne constituent qu’une faible partie des dérogations, la plupart sont de fait accordées sur la base d’autres critères (demandes d’options non présentes dans les collèges du quartier, proximité, « autres motifs ») qui sont clairement mis en avant, majoritairement, par des parents appartenant aux classes moyennes et supérieures.

Il s’en suit que la libéralisation de la carte scolaire, dans ces conditions, ne fait qu’aggraver les effets déjà constatés par le passé du modèle de carte scolaire avec possibilités de dérogation et qu’il est nécessaire de développer d’autres moyens de régulation. Parmi les pistes qui pourraient être explorées, une des plus prometteuses serait de permettre aux familles d’exprimer un choix à l’intérieur d’un territoire délimité et de donner aux administrations et aux établissements la mission — dont la réalisation serait évaluée par des instances externes chaque année — de prendre en compte ces demandes en respectant des indicateurs de mixité scolaire entre les établissements.

Par Le 20/04/2011
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Ainsi, ce mode de régulation, qui ne s’applique qu’aux établissements publics, a permis aux établissements privés de jouer un rôle de recours pour les parents. Ce phénomène a été encouragé par les termes de la loi Debré de 1959 qui garantit le financement public des établissements privés sous contrat, ces derniers devant mettre en œuvre les programmes nationaux — avec néanmoins la possibilité de préserver et afficher leur « caractère propre » — mais restant libres de sélectionner leurs élèves. Il est fortement lié au développement d’un rapport moins idéologique et plus instrumental à l’école par les usagers et à celui d’une offre privée « sur mesure » proposant des modes d’encadrement diversifiés en fonction des objectifs visés : l’excellence scolaire, la « mise sur les rails » de jeunes aux comportements déviants, le rattrapage d’élèves en échec... Il n’a cessé en outre de s’intensifier au fur et à mesure de la massification de l’enseignement public et de la perte de confiance des parents dans la capacité de l’Etat et de ses agents à y garantir l’égalité de l’offre de formation et la prise en compte des besoins différents des enfants. L’offre publique apparaît aujourd’hui hiérarchisée voire polarisée et son modèle de formation comme un « moule », ce qui par comparaison fait ressortir les atouts — réels ou faux — d’un enseignement privé de plus en plus demandé.

En deuxième lieu, la carte scolaire, qui a des effets très différents selon les caractéristiques des territoires sur lesquels elle s’applique, a perdu en efficacité avec le renforcement de la ségrégation urbaine en haut et en bas de l’échelle sociale. Regardée avec suspicion par les classes supérieures au moment de sa création, elle est devenue un des dispositifs du système éducatif les plus favorables à leur reproduction sociale, notamment, depuis les années 1980, pour les classes supérieures à capital économique élevé. Ces catégories ont en effet bénéficié d’un avantage non négligeable dans la compétition scolaire suite à la très forte hausse des prix du logement qui a limité la capacité de tous les autres groupes sociaux à résider à proximité des établissements, en particulier des lycées les plus réputés. A l’autre extrême, la carte scolaire est perçue par une frange croissante des populations défavorisées, françaises et immigrées, de plus en plus nombreuses dans les sondages à se déclarer favorables au libre choix, comme source d’injustices. Perçues comme particulièrement graves encore parce qu’elles compromettent le devenir scolaire et professionnel de leurs enfants, les injustices liées au fait d’avoir accès à une offre scolaire de moindre qualité redoublent en effet à leurs yeux celles associées au fait de vivre dans des territoires caractérisés par le chômage et l’insécurité et donnent lieu au sentiment de subir, en raison de leurs moindres ressources, une « double peine ».

Par Ayme Le 20/04/2011
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D’autres moyens, déjà existants mais négligés - voire sacrifiés financièrement -, peuvent être utilisés :

- Les dispositifs de l’école primaire de lutte contre l’échec scolaire doivent voir leurs moyens en enseignants et en crédits sécurisés. Les dispositifs d’enseignement pour les élèves en école primaire les plus en difficulté (RASED) sont fondamentaux pour éviter l’accumulation de difficultés, qui débouche souvent dans le secondaire sur un décrochage complet. Le recours à des structures de réinsertion au niveau du collège serait d’autant réduit, plus ciblé et donc plus efficace si les RASED étaient aidés. Or, pour un département aussi sensible que le Val d’Oise, il est fait état par exemple d’une suppression de 43 postes sur 293 pour la rentrée prochaine. Comment peut-on croire que réduire les dispositifs de lutte contre l’échec scolaire en primaire contribue à aider les élèves en difficulté en collège ? Au contraire, plus la prise en charge de la difficulté scolaire est précoce, moins elle est coûteuse et moins son résultat est aléatoire.

- Les politiques d’établissements prioritaires doivent retrouver leur sens originel : la volonté d’aider l’ensemble des élèves les plus en difficulté. Depuis 2007, elles ont été réorientées vers l’extraction d’une élite scolaire (classes d’excellence du plan « espoir banlieues » promu par Fadela Amara, internats d’excellence, politiques de quota). Si le débat autour de l’action affirmative scolaire est légitime, promouvoir quelques « bons éléments » sans s’occuper de l’immense majorité des élèves d’établissements prioritaires traduit un abandon de l’objectif des ZEP et une conception inquiétante du rôle du service public d’éducation. Les équipes doivent être étoffées, notamment au niveau du suivi des élèves (enseignants, CPE, personnels de direction) et les effectifs par classe réduits dans les établissements prioritaires.

- Il faut enfin tirer les conclusions de l’assouplissement de la carte scolaire, qui a aggravé la situation dans les établissements les plus populaires et favorisé leur ghettoïsation, tout en accroissant l’angoisse scolaire chez les élèves, les parents et les personnels éducatifs. Au lieu de maintenir une diversité scolaire bénéfique aux élèves en difficulté, la mesure a accéléré la ghettoïsation éducative et sociale. De ce point de vue, les ERS - qui conduisent in fine à un très timide retour à la mixité sociale - sont une rustine bien illusoire pour calfeutrer une situation scolaire difficile dans les zones urbaines sensibles.

Par Ann Le 20/04/2011
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La combinaison de mesures d’affichage (ouverture de trois internats d’excellence dans les académies franciliennes pour les « élèves méritants » d’établissements prioritaires, création des ERS) et de mesures répressives (suspension des allocations familiales), si elle ne manque pas d’habileté, ne peut répondre au défi du décrochage scolaire. Les décisions ou annonces faites en avril-mai 2010 en la matière sont trop parcellaires. De plus, l’alternance entre carotte (d’ailleurs réduite par les restrictions budgétaires) et bâton constitue une réponse par à coups, faite selon un agenda médiatique bien éloigné des réalités du système éducatif. Ainsi, le projet CLAIR, issu des Etats généraux de la violence scolaire, conduisent à une logique sécuritaire et au renforcement de la hiérarchie au sein de la communauté éducative. Le prisme de la « lutte contre la violence » et de « l’ordre » est-il le meilleur pour lutter contre l’échec et le décrochage ?

Pourtant, personne ne peut nier que les ERS constituent une réponse, peut-être pas la bonne, à un véritable besoin, celui du maintien d’élèves difficiles et en rupture au sein de l’institution éducative. Près de 120 000 jeunes quittent le système scolaire sans formation chaque année, après 18 ans . Ce public vient largement des couches populaires vivant dans les quartiers urbains en difficulté. En cherchant à réintégrer les élèves dans le moule scolaire, et si possible dans les établissements classiques et pas dans des filières de relégation, les ERS évitent l’écueil de leur mise à l’écart. En effet, la tentation est grande pour une partie de la communauté éducative de « mettre » à part les élèves les plus perturbateurs, et/ou les plus en risque de décrochage. Maintenir le lien avec les collèges est nécessaire, et en ce sens, le souci des ERS est louable.

Cependant, les ERS ne peuvent pas être généralisés pour regrouper les milliers d’élèves en grande difficulté, notamment dans certaines académies devant gérer des publics difficiles (Seine-Saint-Denis, Versailles, Lyon, Marseille, Strasbourg). En effet, la structure est relativement lourde et sauf à sacrifier encore plus d’autres postes budgétaires, le public qui peut être encadré par les ERS reste limité, et dans tous les cas en deçà du nombre d’élèves en difficulté qui pourraient y prétendre.

Par onyme Le 20/04/2011
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Mais ce paradoxe et cette absence de concertation ne sont pas seuls en cause. Certains postulats de départ peuvent paraître viciés. Supposer que l’éloignement géographique radical - pour ne pas dire la relégation - favorise la réinsertion scolaire est discutable, voire contre-productif, et révélateur d’une logique punitive. Surtout, cette mesure a été combinée au regroupement d’élèves en décrochage, transplantés (pour ne pas dire relégués) dans un environnement étranger. Or, un peu de concertation et de réflexion préalables auraient révélé que ces élèves en difficulté, issus de quartiers populaires en crise, ont du mal à quitter leur environnement immédiat. Comment faire croire, sinon au nom d’une croyance naïve et passéiste, que « le retour à la campagne » va amener ces collégiens déjà difficiles à un comportement apaisé ? Que la rupture avec leurs connaissances et leurs familles – à moins qu’il soit précisément supposé que celles-ci sont une partie du problème - soit positive pour leur réinsertion ? Au contraire, le déracinement favorise « l’effet groupe » ; des élèves individuellement gérables sont poussés à des comportements de surenchère collective une fois qu’ils sont regroupés dans un environnement totalement différent. Et l’encadrement familial dont on réclame par ailleurs le rétablissement – cf. la position du député UMP des Alpes-Maritimes Eric Ciotti lors du débat sur la pénalisation de l’absentéisme scolaire - fait dans ce cadre désormais totalement défaut.

Enfin, dernier point, la précipitation et le caractère cosmétique de la mesure ne peuvent que l’affaiblir. Mise en place en quelques mois (entre avril 2010 et septembre 2010), les ERS ne concerneraient pour le moment que 150 élèves pour toute la France, c'est-à-dire une infime fraction de la population en difficulté au niveau du collège . Or, face à l’ampleur de la population en difficulté en collège, il apparaît évident que des structures aussi coûteuses ne pourront être généralisées, surtout au moment où le budget de l’éducation nationale est en réduction constante. De plus, l’intégration d’assistants d’éducation ou de volontaires du service civique, aux côtés de professionnels éprouvés (enseignants volontaires venant de l’enseignement prioritaire, éducateurs de la PJJ), apparaît comme un moyen de réduire les coûts de ces mesures : en employant des personnels sans statut et non-titulaires, on peut se poser la question de la stabilité de l’équipe d’encadrement si les ERS sont maintenus.

Par Ano Le 20/04/2011
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Il y a certes une réaction de refus, que les Anglo-saxons nomment très à propos « not in my back yard » (NIMBY, « pas de cela chez moi », littéralement). L’arrivée de collégiens en rupture, venant des quartiers populaires, souvent issus des minorités et de l’immigration, suscite des réactions de rejet qu’il ne faut d’ailleurs pas excuser. De ce point de vue, la majorité paie le prix de sa propre politique éducative : depuis 2007, elle a systématiquement encouragé un « marché scolaire » dans lequel chacun est appelé à être un « consommateur d’école ». C'est-à-dire dans les faits choisir son établissement et, le plus souvent, fuir les publics scolaires réputés les plus difficiles, en réduisant de ce fait la mixité sociale. Les mesures enclenchées par l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy sont d’ailleurs lourdes de conséquences: assouplissement de la carte scolaire, mise en concurrence des établissements, aide renforcée à l’enseignement privé sous contrat sans contrepartie, réorientation des politiques prioritaires vers la seule extraction d’ « élites scolaires » des banlieues difficiles… Les résultats, comme le soulignent l’enquête du SNPDEN (syndicat majoritaire des chefs d’établissement secondaire) ou les travaux d’Agnès Van Zanten , sont un recul sensible de la mixité sociale à l’école.

C’est l’amère ironie d’une situation où le ministère de l’éducation nationale se voit opposer une de ses propres orientations par certains élèves, parents d’élèves et personnels éducatifs, qui défendent la « qualité » de leur propre établissement en refusant l’arrivée des ERS « chez eux ». C’est un résultat que la nette régression de la mixité sociale en milieu scolaire depuis 2007 a indéniablement favorisé : il est difficile de faire admettre aux élèves et à leurs parents l’arrivée d’une population à problèmes - supposée réduire la qualité de l’enseignement - alors même que tout le discours de la majorité célèbre le consumérisme scolaire.

Par ers Le 20/04/2011
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Depuis quelques temps, l’actualité éducative s’est concentrée sur les violences qui ont éclaté dans une nouvelle structure, les Etablissements de réinsertion scolaire (ERS), dont les difficultés sont mises en exergue par certains enseignants et parents d’élèves. Dans trois d’entre eux (en Mayenne, dans la Manche et en banlieue niçoise), des troubles ont éclaté entre des élèves en réinsertion et des collégiens ou des personnels des établissements de rattachement de ces structures. Si dans un cas, des témoignages de racisme ont pu être évoqués, le problème global est autre : c’est celui d’une mixité sociale et scolaire devenue difficile entre des élèves, parents et enseignants à la recherche des meilleurs résultats éducatifs, et une population en voie de déscolarisation qui se sent rejetée et peut réagir avec violence.

Créés après les élections régionales d’avril 2010, les Etablissements de réinsertion scolaire (ERS) ont été implantés dès la rentrée 2010. Selon le Ministère de l’Education nationale, 10 ont été ouverts entre septembre et novembre 2010 (11 selon certains articles de presse, la liste des structures n’étant pas rendue publique par le Ministère), et 10 ERS supplémentaires sont prévus pour l’année scolaire en cours.

En quoi consiste cette mesure ? Il s’agit d’une version modernisée de l’internat, concernant des élèves en situation de décrochage scolaire en collège et volontaires pour entrer dans ce programme de réinsertion. Ceux-ci sont regroupés en groupes d’une taille maximale de 15 élèves de niveau collège, encadrés par des personnels éducatifs choisis sur la double base du volontariat et du profil : 2 professeurs encadrent le groupe, en liaison avec des assistants d’éducation, et des éducateurs spécialisés de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (PJJ). De plus, ces collégiens sont « déracinés » et peuvent être envoyés à plusieurs centaines de kilomètres de leur habitation et établissement d’origine, le postulat de la mesure étant que l’éloignement favoriserait la réinsertion scolaire. Les ERS ont été implantés dans des établissements calmes, généralement dans des zones rurales ou pavillonnaires (une antenne a été récemment ouverte en Seine-Saint-Denis), sans concertation préalable avec les communautés éducatives.

Par quota Le 20/04/2011
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La solution des quotas pour les élèves boursiers pose par ailleurs un problème d’équité manifeste. Qu’adviendra-t-il des élèves dont les parents sont à la limite d’obtenir une bourse mais qui ont des moyens légèrement supérieurs ? Qu’adviendra-t-il des enfants des classes moyennes inférieures ? L’exemple indien est ici un bon indicateur : d’abord réservé aux plus basses castes, le système des quotas a été étendu sous la pression des castes intermédiaires au point qu’ils concernent désormais plus de la moitié des castes : ce qui a fini par renforcer le concept de caste que le système était censé détruire, au point que, de transitoire, les quotas sont devenus un phénomène pérenne…

L’adoption de quotas dans les grandes écoles ne résoudra par ailleurs pas le déséquilibre dans l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur. Comment imaginer en effet rééquilibrer le système éducatif en n’imposant des quotas que sur les grandes écoles, qui représentent un débouché très faible ? Pourquoi ne pas en imposer à l’université – notamment en médecine et en droit – ou dans certaines formations techniques de type BTS ? Les quotas dans les grandes écoles ou dans l’enseignement supérieur ne permettront pas de rééquilibrer l’ensemble du dispositif, c'est-à-dire d’assurer une réussite scolaire égale dans toutes les filières. Ils ne permettront que d’afficher quelques chiffres pour permettre au gouvernement de fanfaronner sur la réussite de sa politique.

Enfin, l’adoption de quotas dans les grandes écoles d’ingénieur et de commerce ou pour d’autres formations diplômantes à caractère technique se heurte à un problème de niveau scientifique et économique. Réserver x% des places dans les écoles d’ingénieurs et de commerce à des élèves boursiers sous prétexte qu’ils ne peuvent pas intégrer ces écoles par le concours national commun impose en effet de mettre en place un concours parallèle de niveau inférieur pour ces élèves boursiers. Les risques d’une telle approche en bout de chaîne sont évidents : d’une part cela crée immanquablement un clivage entre les élèves issus de ce concours inférieur et les élèves issus du concours normal ; d’autre part, il y a un fort risque que les élèves boursiers entrant par ce concours n’aient pas le niveau initial suffisant pour suivre les cours en école et se retrouvent avec des résultats moins bons voire insuffisants comparés aux résultats de leurs homologues non boursiers. Ce qui est possible à sciences Po ne l’est pas nécessairement dans des disciplines théoriques et scientifiques comme la physique, la chimie ou l’informatique.

Par Ferté-Mac Le 19/04/2011
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Parents et enseignants boycottent le conseil de Jacques-Brel - La Ferté-Macé
samedi 16 avril 2011 Les représentants des parents, enseignants et élèves, réunis jeudi soir devant le collège, ont refusé d'assister au conseil d'administration. José Collado, conseiller général et Michel Mary, adjoint au maire soutiennent le mouvement.

Les 23 membres du conseil d'administration du collège Jacques Brel étaient conviés à sa réunion, jeudi soir à 18 h. Mais les 16 représentants des personnels, parents et élèves étant absents, la réunion a dû être annulée car le quorum n'était pas atteint.

Dotation horaire diminuée

A l'initiative des représentants des enseignants, les membres du conseil d'administration parents, personnel, enseignants et élèves se sont retrouvés devant l'établissement. La suppression de 6 % des heures d'enseignement (moins 32,5 heures à la rentrée prochaine) est à l'origine de ce mécontentement.

Tous indiquent une situation inacceptable. « Jusqu'à l'année scolaire 2009-2010, le collège disposait de moyens pour assurer un enseignement de qualité conformément au projet d'établissement » précisent les représentants qui rappellent que ce n'est plus le cas actuellement. « La dotation horaire a été réduite deux années de suite : une première fois l'an dernier, entraînant la suppression de l'aide aux élèves en difficulté ; et une 2e fois cette année, ce qui entraînera des classes surchargées l'an prochain, plus de 30 élèves ».

« D'autre part, les coupes sombres réalisées dans les effectifs des enseignants remplaçants font que de nombreuses absences ne sont pas remplacées » ajoute Pascal Ducher, président de l'association des parents d'élèves qui s'étaient déjà mobilisés le 17 mars.

Des effectifs en hausse

Tous refusent que les enfants soient les victimes de ces restrictions de moyens, alors que le collège Jacques Brel devrait accroître ses effectifs d'une dizaine d'élèves à la rentrée. Un nouveau conseil d'administration devrait être convoqué la semaine prochaine. Celui-ci pourra se tenir, même en absence de quorum, mais tous envisagent d'y participer.

Les personnels doivent adresser une pétition à la rectrice lui faisant part de leur inquiétude devant la dégradation des conditions de travail et surtout de la réussite des élèves (suppression des dispositifs d'aide aux élèves en difficulté et de la classe de 3e de découverte professionnelle).

Par fesseblanche Le 19/04/2011
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Parents, grands-parents, élèves, professeurs, voisins, élus ont répondu présent, samedi matin, à l'appel du collectif des parents d'élèves de l'école de Cublac (19).

Entre 150 et 200 personnes sont venues protester contre la suppression d'un poste d'enseignant à la rentrée prochaine. Les manifestants équipés de casseroles, cornes de brume ou sifflets ont « perturbé » la quiétude du village durant près de deux heures. À l'issue du parcours, un colis a été envoyé en recommandé à Luc Chatel, ministre de l'Éducation nationale.

Ce colis comprend 1 777 signatures de la pétition « Touchez pas à notre école », un courrier des délégués des parents d'élèves demandant l'annulation de la suppression de poste, ainsi qu'un poste à supprimer pour satisfaire aux statistiques gouvernementales de son ministère (à savoir un vieux poste de télévision).

Par syndiqua Le 19/04/2011
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Le syn­di­cat ensei­gnant SNE-Csen a réclamé lundi "une concer­ta­tion au plus haut niveau pour dis­cu­ter de la per­ti­nence des cri­tères appli­qués sur le ter­ri­toire pour les ouver­tures et les fer­me­tures de classes" dans les écoles, tra­duc­tion des sup­pres­sions de postes.

Dans un com­mu­ni­qué, le syn­di­cat du pri­maire (mino­ri­taire) demande en outre "la res­ti­tu­tion des postes sup­pri­més dans le pre­mier degré" à la ren­trée 2011.

Selon le bud­get 2011, près de 16.000 postes, quasi tous de pro­fes­seurs, vont être sup­pri­més à la ren­trée, dont 8.967 dans les écoles publiques, alors que les effec­tifs élèves vont augmenter.

Ces der­nières semaines, les ins­pec­teurs d'académie ont pré­senté loca­le­ment les consé­quences de ces sup­pres­sions de postes sur le ter­rain, en par­ti­cu­lier les pro­jets d'ouvertures et de fer­me­tures de classes (ces der­nières étant géné­ra­le­ment plus nom­breuses), pro­vo­quant plu­sieurs mobi­li­sa­tions de parents et d'enseignants.

Par pagnol Le 19/04/2011
-13

Il est cependant des occasions où le candidat est obligé de lire. C’est lorsqu’il cite, à l’appui
de sa démonstration, un fragment d’une œuvre littéraire. Il est alors indispensable de ne pas
avoir recopié le passage. Lire son propre texte est extrêmement maladroit et cette maladresse
sera sanctionnée. Mais le lire d’un trait, citations comprises, constitue une faute, qui sera
sanctionnée encore plus lourdement. Il faut au contraire s’interrompre, changer à la faveur de
ce léger temps d’arrêt le ton de sa voix, ouvrir son livre tout en annonçant clairement la page
où se trouve le passage, laisser au jury une ou deux secondes pour qu’il puisse lui aussi le
retrouver et alors, mais alors seulement, commencer sa lecture. Cette lecture doit
obligatoirement être expressive, donnant à chaque mot son poids sémantique et sa densité
sonore, mettant en valeur le style propre de l’écrivain, le souci d’écriture qui a été le sien et
qui doit devenir, dans ce qui relève presque d’une mise en scène, perceptible à tous les
auditeurs. Mais il faut bien sûr éviter grandiloquence et trémolos qui, au lieu de servir le texte,
le rendraient ridicule. Expressive et sobre à la fois, telle doit être cette lecture. Cela n’a pas
toujours été le cas cette année : la prose de Lope, à cause des tournures propres à la langue du
siècle d’Or qui font parfois trébucher le candidat ; celle de Carpentier ou Rivera à cause de la
complexité ou de la longueur des phrases et d’un lexique américain qui provoquent hésitations
et reprises ; les vers de Cernuda enfin – et c’est presque plus dommageable pour un poète
aussi limpide et subtil – ont souvent été « massacrés ». L’agrégation recrute de futurs
professeurs qui ne réussiront jamais à se faire entendre sans une maîtrise suffisante de l’oral.

Par greg Le 19/04/2011
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Mais revenons à l'agreg ! Pour les concours en maths ou sciences physiques, il était plus difficile d'argumenter, mais un fait était là, et bien là, aucun programme n'était encore publié. Donc, dans ce pays héritier de Descartes, pas de programme, cela veut dire pas de concours.

Erreur, il y aura bel et bien des agrégations internes et externes l'an prochain, promet le ministère. "Nous affichons un à un les programmes pour permettre aux candidats qui le veulent de commencer à travailler", précise la directrice des ressources humaines du ministère de l'éducation, Josette Théophile.

"Tous les concours ne sont pas affichés aujourd'hui, mais cela va venir", ajoute-t-elle. Bref, le ministère va son bonhomme de chemin pendant que l'inquiétude des candidats est déjà à son comble. A un an des épreuves.

Décidément, le stress des examens commence de plus en plus tôt.

Par polkmn Le 19/04/2011
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Philippe Askenazy, directeur de recherche au CNRS et chercheur à l'Ecole d'économie de Paris juge pour sa part que les emplois jeunes sont un échec en raison de la nature contra-cyclique de cette politique lancée alors que l'économie française avait renouée avec une croissance forte. Résultat, alors qu'ils étaient destinés aux populations de jeunes les plus éloignés du marché de l'emploi, c'est-à-dire ceux sortis du système éducatif sans diplôme, les emplois jeunes de 1997-2002 ont été occupés en majorité par des jeunes relativement qualifiés. 30% d'entre eux avaient un niveau supérieur à bac+2. "Cela a entraîné une dépréciation de la valeur du diplôme et créé une génération de "milleuristes" (payés mille euros, ndlr), c'est-à-dire de diplômés bac+2 ou 3 embauchés au Smic", déplore-t-il.
Un impact neutre pour les finances publiques

Par jean-Louis Gaillard Le 18/04/2011
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Pour simplifier : Un gros malentendu, "ÉDUCATION" NATIONALE, NE SIGNIFIE PAS "FORMATION" NATIONALE. ÉDUQUER, N'EST PAS FORMATER.
LA SOCIÉTÉ A BESOIN D'INTELLIGENCES, LES ROBOTS FERONT LE RESTE. OR IL Y A UNE TRÈS GRANDE DIVERSITÉ D'INTELLIGENCES, DU "MANUEL" À L'INTELLECTUEL, EN PASSANT PAR LE CRÉATIF ET L'ARTISTE.
L'ENSEIGNEMENT SERA TOUJOURS DÉCALÉ DE LA RÉALITÉ, L'ÉDUCATION PEUT DONNER DU CARACTÈRE, DES CAPACITÉS, UNE MOBILITÉ INTELLECTUELLE, UNE APTITUDE À L'INNOVATION. C'EST VALABLE POUR LES ENSEIGNANTS, LEURS FORMATEURS, LEURS ÉLÈVES, LES INSPECTEURS, ET TOUS LES "DÉCIDEURS".
LE SYSTÈME ÉDUCATIF FAIT PARTIE DE NOTRE SOCIÉTÉ, IL ÉVOLUE PAR ELLE ET PARTICIPE À SON ÉVOLUTION.
LE PROBLÈME MAJEUR, EST QUE L'ÉLÈVE AINSI ÉDUQUÉ, DEVIENT PLUS "CRITIQUE", MOINS "SOUMIS" ALORS QUE TOUS LES "PROJETS" SUR "L'ÉCOLE", LA FORMATION DES MAÎTRES, N'Y SONT PAS PRÈTS ; LES CANDIDATS, LES PARTIS, LES GOUVERNANTS ET LES DRH NON PLUS.
C'EST EN CE SENS QU'IL FAUT AFFRONTER LES "RÉSISTANCES AU CHANGEMENT", LES FREINS À L'INNOVATION, LA PEUR DE QUITTER LA RIVE, SANS VOIR DE L'AUTRE COTÉ ...

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