NOTE
Gauche : pour une stratégie de valeurs Le 13/06/2011
  • Envoyer à un ami
  • Version imprimable
Télécharger la tribune de Bruno JeanbartTélécharger la tribune d'Olivier Ferrand

Le débat sur le rapport de Terra Nova "Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 ?" se poursuit : dans une tribune publiée le 9 juin sur LeMonde.fr, Olivier Ferrand conteste la stratégie visant pour la gauche à "droitiser" son discours pour récupérer le vote des classes populaires tentées par le repli identitaire. Au  nom de l'éthique et de l'analyse électorale, la gauche doit défendres ses valeurs, socioéconomiques et culturelles. Bruno Jeanbart rappelle quant à lui que le rapport de Terra Nova n'a jamais préconisé d'abandonner les classes populaires, mais de bâtir une coalition fondée sur les nouvelles classes populaires : employées des services abonnées au temps partiel et à la précarité, jeunes Français issus des ZUS... et également ouvriers, qui ne sont plus le maillon central de cette nouvelle coalition.

La tribune de Bruno Jeanbart :

Bâtir une nouvelle coalition ne signifie pas abandonner les classes populaires

 

Le rapport « Gauche : quelle majorité électorale pour 2012 » publié par Terra Nova suscite depuis sa sortie de nombreuses réactions et critiques. De ce point de vue, la Fondation ne peut que se féliciter d’être à l’origine d’un tel débat. C’est dans son ADN de poser sur la table les sujets pour que chacun s’en empare. Mais pour que le débat soit juste et utile, il convient de ne pas caricaturer le travail effectué et tenter de le discréditer en affirmant qu’il recommande à la gauche de tourner le dos aux catégories populaires. Rien n’est plus faux et tous ceux qui liront le rapport pourront le constater aisément.
 
Pour bien comprendre le débat en cours, il convient de rappeler en préambule le constat que nous établissons. Dans tous les pays européens, mais également aux Etats-Unis ou en Océanie, les partis sociaux-démocrates sont confrontés à un effritement du socle de leur coalition traditionnelle, à travers un effet de ciseau : d’une part le rétrécissement démographique de la classe ouvrière traditionnelle et d’autre part, la désaffection des ouvriers qui votent de moins en moins pour les partis de gauche – et ce quelle que soit l’orientation choisie par ces partis dans ces pays. Or force est de constater que des stratégies diverses ont été mises en œuvre par la gauche européenne. Qui n’a pas opposé au cours des dernières années les choix différents opérés par le New Labour de Tony Blair, le parti social-démocrate suédois ou le parti socialiste français ? Et pourtant, en dépit de cette diversité, tous sont touchés par la baisse du vote ouvrier en leur faveur, preuve que nous sommes là non pas face à un phénomène conjoncturel mais bien structurel.
 
Au-delà de ce constat, le rapport souligne que les ouvriers ne constituent que l’une des composantes des catégories populaires et que résumer celles-ci à la figure du travailleur de l’industrie conduit à méconnaître la diversité de situations qui caractérise cette frange de la population aujourd’hui. Les employés des services, population très majoritairement féminine, qui connaissent plus souvent que les autres contrats précaires ou à temps partiel, sont tout autant représentatifs des catégories populaires, tout comme certains salariés de la fonction publique de catégories C ou D sous contrat de droit privé, parfois surqualifiés pour les postes qu’ils occupent. Et les jeunes Français issus des Zones Urbaines Sensibles (ZUS) ne font-ils pas eux aussi partie des catégories populaires ? Et vouloir les intégrer au socle électoral d’une majorité de gauche demain, serait-ce tourner le dos aux catégories populaires ? Les difficultés sociales sont-elle d’ailleurs uniquement l’apanage de ces catégories, ne concernent-elles pas également de manière croissante les classes moyennes ? Rappelons que c’est parce qu’une part importante de la classe moyenne a rejoint les ouvriers dans l’euroscepticisme que le « Non » l’a emporté lors du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel.
 
Le propos ne consiste donc pas à préconiser d’abandonner les « classes populaires » mais bien à prendre en compte cette nouvelle donne et cette réalité dans la construction d’une stratégie électorale gagnante pour la gauche. Oui, il demeure nécessaire de s’intéresser au sort des ouvriers et de s’adresser à eux lors de la prochaine campagne présidentielle. Mais croire que la reconquête de cette catégorie serait une condition suffisante garantissant la victoire de la gauche lors de ce scrutin est une chimère. S’ils doivent faire partie de la nouvelle coalition, ils n’en sont plus le maillon central, pour les raisons que j’ai rappelées en préalable. En revanche, comment ne pas voir qu’il est indispensable pour la gauche de s’adresser également à ceux qui constituent de plus en plus ses soutiens électoraux aujourd’hui, à savoir les diplômés, les jeunes, les femmes et les habitants des quartiers populaires ? Et c’est parce que cette France est minoritaire qu’il faut y agréger une partie des ouvriers et les salariés du public, électorat historique de la gauche.

Il est plus que légitime de discuter des recommandations stratégiques que Terra Nova prend le parti d’assumer à l’issue de ce travail d’un an, mais encore faut-il le faire sans anathème. Car le discours sur la nécessaire reconquête des ouvriers par la gauche n’est pas nouveau, il a déjà plus de dix ans. Quels moyens sont prêts à se donner ceux qui préconisent cette orientation ? Quelles orientations politiques proposent-ils à la gauche sur des sujets aussi divers que la construction européenne, l’immigration ou les questions sociétales (homoparentalité par exemple) ? La balle est dans leur camp…

 

La tribune d'Olivier Ferrand :

Gauche : d'une stratégie de classe à une stratégie de valeurs

 

Le dernier rapport de Terra Nova sur la stratégie électorale a suscité une vive polémique : nous proposerions rien moins que d’abandonner les classes populaires. Cette fausse polémique – le rapport ne dit rien de tel – est surtout révélatrice du vrai « surmoi marxiste » de la gauche, sa culpabilité historique à l’égard du monde ouvrier qu’elle ne parvient plus à fédérer. Elle a masqué le vrai débat stratégique posé par Terra Nova. Le voici.
 
Historiquement, la gauche s’est reposée sur une stratégie de classe. Au cœur de son électorat, il y a les ouvriers. La victoire de François Mitterrand en 1981 leur est intimement liée : la classe ouvrière est à son apogée démographique (37 % de la population active) et vote massivement à gauche (72 % au second tour). Autour du cœur ouvrier s’est constituée une coalition de classe : les classes populaires (ouvriers, employés) et une partie des catégories intermédiaires (cadres moyens).
 
Depuis cette date, la coalition historique de la gauche est en déclin. La classe ouvrière se rétrécit : elle ne pèse plus aujourd’hui que 23 % de la population active (et seulement 13 % pour les ouvriers de l’industrie). Et elle vote de moins en moins à gauche. Au second tour, elle donnait une avance de 44 points à la gauche en 1981 (72-28) ; cette avance a fondu pour descendre à zéro en 2007 (50-50). Pour la première fois de l’histoire contemporaine, les ouvriers ne votent plus à gauche. Et au premier tour, ils choisissent le Front national : à 36 % selon un récent sondage Ifop. L’autre pilier de la coalition historique, les employés, a suivi le même mouvement, quoique moins marqué : son vote à gauche s’est réduit de +24 points en 1981 (62-38) à +6 (53-47).
 
La désaffection des classes populaires est un phénomène structurel. L’érosion est continue sur toute la période. Elle se vérifie dans toutes les démocraties occidentales sans exception. A l’origine de cette désaffection structurelle, il y a une divergence sur les valeurs. La gauche, bien sûr, partage les mêmes valeurs socioéconomiques que les classes populaires. Mais, impuissante à répondre à leurs attentes sociales, la gauche au pouvoir les a déçues. Les déterminants socioéconomiques du vote ont dès lors perdu de leur prégnance et ce sont les valeurs culturelles qui deviennent prééminentes dans les choix de vote. Or la gauche politique, sous l’effet de mai 68, s’est engagée dans le libéralisme culturel : attitude favorable aux immigrés, à l’islam, à l’homosexualité, solidarité avec les plus démunis... Une partie des classes populaires, travaillée par la crise et la peur du déclassement, fait le chemin inverse, tentée par le repli identitaire.
 
Quelle stratégie adopter pour la gauche face au rétrécissement de sa base électorale ? Certains sont tentés de droitiser le discours. Objectifs : récupérer les classes populaires qui ont fui vers le FN ; s’élargir aux séniors, électorat clé par sa masse démographique croissante, et qui vote traditionnellement à droite ; et plus globalement, accompagner une société qui glisserait vers la droite, du double fait de la crise et de son vieillissement.
 
Le rapport de Terra Nova conteste cette stratégie. Au nom de l’éthique. Durcissement sur l’immigration, défense intransigeante de la laïcité face à l’islam, reprise du discours anti-assistanat : jusqu’à quel point la gauche peut-elle « trianguler » sans se renier ?
 
Et au nom de l’analyse électorale. Une telle stratégie est une impasse car la gauche y perdrait son nouvel électorat. Si la coalition historique de la gauche est en déclin, une nouvelle coalition émerge. On trouve en son cœur : les quartiers populaires et la France de la diversité (ils votent à 80 % à gauche) ; les jeunes (70 %) ; les femmes (60 %). Beaucoup font partie des nouvelles classes populaires : des classes populaires déclassées, outsiders sortis du marché du travail, victimes du précariat, du chômage, de l’exclusion. On y trouve jeunes en galère de petits boulots en CDD, employées à temps partiel subi, blacks et beurs discriminés à l’embauche… Or cet électorat est violenté, en butte à la vindicte populiste du FN et de l’UMP radicalisée. Dans ses droits : la solidarité nationale dont il bénéficie est contestée au nom de la lutte contre l’assistanat. Dans son identité, avec la stigmatisation des « jeunes » fainéants, de la « racaille » de banlieue, des Français issus de l’immigration rejetés comme « étrangers » à la religion allogène. Cet électorat vote par intermittence. Si la gauche ne le défend pas, alors il ne se déplacera pas dans les urnes.
 
La stratégie proposée par Terra Nova est inverse : une stratégie de valeurs. La défense de toutes les valeurs de la gauche, socioéconomiques comme culturelles.
 
C’est une nécessité au premier tour. Face au risque d’un nouveau 21 avril, la mobilisation de l’électorat de gauche est cruciale. Il s’agit pour beaucoup, on vient de le voir, des nouvelles classes populaires. Et c’est une stratégie gagnante au second. Toute la population française ne glisse pas à droite, au contraire une majorité progressiste émerge en rupture avec la radicalisation populiste. Cet électorat, en phase avec les valeurs de la gauche – la solidarité sociale, l’humanisme – est pour l’essentiel issu des classes moyennes. Cela n’exclut pas de chercher à récupérer les ouvriers ou de convaincre les séniors : mais sur des propositions économiques crédibles pour les premiers, sur la sécurité pour les seconds – pas en renonçant à combattre la xénophobie.
 

Cesser de reculer, lutter pied à pied contre le populisme : la gauche ne doit pas basculer du surmoi marxiste au surplomb lepéniste. Tel est le vrai enseignement du rapport de Terra Nova : la gauche ne gagnera pas les élections en reniant ses valeurs, mais en les affirmant.

Commentaires
Par Nom Le 29/06/2011
7

Cher HR

JM Ayrault, président du groupe parlementaire socialiste à la Chambre, n'est pas énarque. Vous dites n'importe quoi comme d'habitude. Le pire c'est que vous vous en rendez meme pas compte.

Par HR Le 28/06/2011
5

C'est un populiste qui n'accepterait jamais de vivre dans un des ces "quartiers populaires", en particulier parce qu'il ne supporterait pas, entre autres maux de ces quartiers, l'insécurité qui y règne, qui vous le dit.

Par laurent d Le 27/06/2011
-3

"quelle que soit la manière dont on l’exprime, et bien que cela soit à l’évidence désagréable à admettre pour des gens de gauche, force est de reconnaître que les tendances xénophobes et le rigorisme sécuritaire sont plus répandus dans les milieux populaires que dans les classes supérieures. "

Ce que dit là Etienne Schweisguth est frappé au coin du bon sens. Et cela explique bien pourquoi la gauche doit se tourner vers les classes moyennes plutôt que vers les ouvriers, sauf à tomber dans le populisme xénophobe qui caractérise si bien la classe ouvrières.

Par Bernard Leprêtre Le 25/06/2011
0

Je relève cette phrase que je trouve intéressante dans la tribune de Bruno Jeanbart : "Oui, il demeure nécessaire de s’intéresser au sort des ouvriers et de s’adresser à eux lors de la prochaine campagne présidentielle".

En somme, le "sort des ouvriers" n'est plus le but de l'action politique, il en est un des éléments stratégiques. Que de choses avouées en si peu de mots!

Bernard Leprêtre

Par HR Le 20/06/2011
0

"Bâtir une nouvelle coalition ne signifie pas abandonner les classes populaires. Le rapport « Gauche : ", blablabla, blablabla, etc...

Après la période ouvriériste du PS au gouvernement de 1981 à 1983, le parti a très vite touvé sa logique: être un syndicat de fonctionnaires dirigé par des haut-fonctionnaires défendant prioritairement les salariés du public et des monopoles.

Aujourd'hui, on en est toujours au même point: depuis 30 ans, il est impossible que le PS ne soit pas dirigé par un énarque haut fonctionnaire. Comme son groupe de réflexion Terra Nova, pompeusement réintitulé "think tank".

Et demain on verra, avec Martine Aubry ou François Hollande, que depuis 15 ans, il est impossible que le PS ne présente pas un haut-fonctionnaire énarque à la présidentielle. Après-demain on verra qu'il est devenu impossible que son groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale ne soit pas présidé par un énarque haut-fonctionnaire.

Avec ces certitudes, on peut en avoir une autre: voilà un "think" sur lequel le "tank" Terra Nova ne produira jamais le moindre rapport: "Gauche, etc".

Par vincentv Le 19/06/2011
1

Oui le PS doit se rapprocher des nouvelles classes populaires, les employés de services qui sont des femmes, des émigrés comme des femmes de ménage dans des hôtels par exemple...on est mal barré car on a pourtant l'impression que le PS se sent plus proche d'un millionnaire président du FMI que des femmes de ménage.
Je trouve vos articles assez désagréables, vous parlez d'une clientèle, vous divisez l'électorat en segment de consommateurs, vous nous dites comment votent les femmes, les ouvriers (qui deviennent des méchants racistes en puissance) par contre vous n'évoquez pas cette hypothèse folle : que les classes populaires et les classes moyennes se sentent trahies par la gauche depuis qu'elle a accédé au pouvoir et que c'était la principale raison de leur désaffection.

Je fais partie des gens qui en ont assez de la posture morale de la gauche, j'attends des réponses concrètes et réalistes sur le logement, le pouvoir d'achat, pas un discours sur les valeurs ou le mariage homosexuel (certes je ne suis pas forcément contre mais on sait que c'est un sujet sociétal qui parasite totalement des sujets infiniment plus importants), je vois que Paris dirigée par la gauche a un prix de logement de 8000 € le m²; qu'il faut trois smics pour se loger à Paris, bizarre mais on entend pas la gauche la dessus, à la place on a en permanence une posture et un discours moral.

Je ne vois pas non plus en quoi l'humanisme serait contraire à la sécurité...

Par Alexandre Le 17/06/2011
0

Je n'arrive pas à comprendre l'opposition entre stratégie de valeurs et stratégie de classe. Si, comme vous le dites, les femmes, les précaires, les habitants des quartiers populaires, les minorités sont des nouvelles classes populaires, cela veut bien dire qu'elles font partie d'une classe sociale dominée et exploitée. Evidemment, il y a des oppressions spécifiques et des problématiques particulières qui se posent à l'égard de ces différents sujets de la gauche. Ceci dit, toutes sont traversées par la contradiction capital/travail qui traverse ces diverses dominations particulières (femmes, jeunes, minorités, précaires). Ainsi, ces nouvelles classes populaires font bien partie du prolétariat considéré comme catégorie sociale et politique opérante dans le rapport de forces au sein du système actuel. En outre, il serait faux de considérer les ouvriers et les employés comme culturellement conservateurs : le travailleur n'a jamais toujours été considéré comme homme, blanc et bien intégré à la société. Que faire alors des ouvriers de l'industrie licenciés ? Que faire des ouvrières qui étaient aussi partie prenantes de luttes pour les droits des femmes ? Que faire des dockers qui se mettaient en grève contre la guerre au Viet Nam ? Que faire des ouvriers issus de l'immigration qui luttaient à la fois pour leurs acquis sociaux et contre le racisme ? Les plans socio-économiques et culturels ne sont pas si facilement dissociables, ils s'entremêlent et se recoupentsouvent. En effet, les nouvelles classes populaires ne sont pas si nouvelles que ça et les questions que vous pointez dans la note telles que le féminisme, l'antiracisme, la lutte contre la précarité ont été bien souvent portés par une partie du mouvement ouvrier, que la social-démocratie a trop souvent abandonné, voire lutté contre.

Par Marty Le 16/06/2011
0

Je ne pense pas,je crois que ce serait injuste,que ceux qui se focalisent sur les valeurs ou un ciblage sur les luttes sociétales fassent preuve d 'hypocrisie pour un néo libéralisme qui ne veut pas se montrer comme tel;
je suis persuadé plutôt que cela procède d 'un aveuglement compte tenu de la situation qui est celle des précaires dont beaucoup sont des jeunes, des classes populaires qui vivent depuis maintenant longtemps cette de gradation mécanique et aveugle de leur situation et désormais celles des classes moyennes inférieures et pour une part supérieures celles qui disposent d 'un capital culturel ,dévalorisé de surcroit en tant que capital
Cet aveuglement est absent pour ces catégories pour la simple raison q 'elle fait tout simplement partie de leur vécu au quotidien,quotidien où le rêve ET la survie au quotidien se conjuguent pour laisser la place à la désespérance, l 'abstention ,le vote aux extrêmes ou le refus,pour les indignés, de croire à la possibilité pour toute classe politique de pouvoir les prendre en compte
D ' ailleurs,quelle est le projet économique de celles et ceux qui ne souhaitent pas changer de modelée
Il est trop facile à vous entendre ,de rester sur un refus dogmatique de tout protectionnisme économique
Boeing versus airbus pose problème surtout pour des européens:aux USA,je le vis en direct,il n y a pas le moindre problème pour privilégier son constructeur national!!!

serge marty

Par serge marty Le 15/06/2011
3

Je crois que votre analyse est fausse:pour les ouvriers,il en reste tout de même beaucoup,souvent en couple des employées précarisées et dont les enfants diplômés ne réussissent plus à joindre une position qui "dépasse" celle de leurs parents, l' essentiel de ce qui pourrait expliquer le refus de voter pour la gauche ou,pour les jeunes,le recours à
l ' abstention,se situe dans une situation socio-économique qui s 'est détériorée profondément depuis au moins 20 ans ; ce que vous invoquez comme explication autour des valeurs peut bien entendu concerner une partie de la classe moyenne mais il s ' agit de la parie des classes moyennes supérieures qui commencent elles-aussi à se sentir aspirée dans un cycle de fragilisation que rien ne semble arrêter; c 'est la raison pour laquelle seules des propositions qui seront en mesure de mettre un terme à cet effritement continu sera en mesure de faire revenir les jeunes,les classes populaires et une large fraction des classes moyennes à gauche;1992. Ceci n ' était pas d ' actualité en 1992 avec avec Maastricht mais cela devient un simple constat en 2005 à l ' occasion du vote sur le traité constitutionnel,vote qui a pris de court celles et ceux qui se croyaient encore protégés en accord avec la plus grande partie des médias...
Il est désormais connu que si chez les 0,01% les plus riches l 'augmentation des seuls revenus est de 42,6%,selon le constat qui est celui des chiffres officiels, l' avenir des jeunes en particulier est de plus en plus plombé ce qui se traduit par un taux de suicide extraordinairement élevé dans ce pays
Ceci s ' explique notamment par le fait que les diplômes,sauf pour une minorité d' héritiers de plus en plus repliée sur elle-même,ne constitue plus une porte de sortie par le haut

Tant que le projet économique consiste à se soumettre pour la très grande majorité à un pouvoir financier étroit avec la poursuite d'un objectif de court terme mis à sa disposition exclusive au détriment de l ' alimentation d 'une richesse bénéficiant à l 'ensemble des parties prenantes,la gauche sera considérée comme l 'un des instruments qui rend cette situation inéluctable
D' autant + que cette logique d ' efficacité narcissique se traduit par une dynamique d ' appropriation du pouvoir à son seul profit ce qui se traduit par le recul de l ' État et des services publics qui constituait encore il y a peu un filet de sécurité a minima.
Ce mouvement egotique se manifeste en outre clairement contre celles et ceux qui croyaient etre encore depositaire d' une position intellectuelle favorable:ce n'est plus le cas aujourd 'hui tant la distribution de la richesse se fait sans rapport aucun avec la detention d 'une position
d' "intellectuel"
La situation est je crois en train de basculer , l ' histoire témoigne que les classes moyennes sont presque toujours à l 'origine d 'un renversement de la distribution de la richesse intiment liée à une autre répartition du pouvoir.
Oui en conséquence,il est temps de revenir contre le dogme néo libéral par ailleurs si peu libéral:20 années d' expérience dans ce domaine sont plus qu 'éclairantes sans même invoquer la crise de 2007-2008 au cours de laquelle le comble de l 'irresponsabilité est atteint
oui un protectionnisme économique pratiqué par ailleurs très largement ne doit plus etre considéré comme une aberration
il y a beaucoup d ' économistes tout aussi experts que ceux que l 'on trouve ici mais qu4on entend guère ici qui font des propositions argumentées , solides et qui ne se réfugient par une non réponse en terme de valeurs à un problème d 'ordre avant socioéconomique qui est à la source de l 'impossibilité de fonder un projet pour le plus grand nombre quand il s ' agit d ' abord d'une question de répartition de la richesse a minima pour la plupart pour pouvoir être en mesure de choisir une autre façon de vivre ...et de consommer

Serge Marty

Ajouter un commentaire

Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.
CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage.
CAPTCHA visuel
Entrez les caractères (sans espace) affichés dans l'image.
LES BILLETS DE TERRA NOVA
Agoravox Le post Mediapart Rue 89 Slate.fr