Synthèse
Quel premier bilan peut-on tirer du rachat du PSG par Qatar Investment Authority (QIA), le fonds d'investissement souverain de l’émirat du Qatar, six mois après l’opération ?
C’est évidemment une très bonne nouvelle pour le club parisien. QIA a décidé d’investir massivement dans le PSG. Les résultats sportifs ne devraient pas se faire attendre. Le recrutement très riche à l’intersaison (avec une star, Javier Pastore, mais aussi des internationaux français comme Gameiro et Menez) a déjà permis au PSG de pointer en tête du championnat de France à mi-parcours, alors qu’il se morfondait dans le ventre mou du classement depuis de nombreuses années. Une nouvelle moisson est annoncée pour le mercato d’hiver - sans David Beckham, finalement resté à Los Angeles, mais avec déjà un nouvel entraîneur de renom mondial, Carlo Ancelotti et des rumeurs qui se portent sur des vedettes du jeu, Kaka, Tevez, Pato… Elle devrait permettre au PSG de franchir une nouvelle étape vers les sommets du football et de rivaliser bientôt avec les plus grands clubs européens.
C’est également une bonne nouvelle pour le football français déprimé. Pour avoir un grand championnat, il faut de grands clubs. Ce n’était plus le cas depuis la chute de l’OM de l’ère Tapie il y a près de vingt ans – l’Olympique lyonnais de Jean-Michel Aulas, dans la décennie 2000, n’ayant pas réussi à atteindre le sommet européen.
La stratégie de développement du sport par le Qatar est également louable. Organisation de grandes compétitions internationales au Qatar, avec en point d’orgue la Coupe du monde de football en 2022. Création à Doha d’une académie omnisports destinée à former de jeunes champions, avec des filières sportives qui atteignent déjà l’excellence internationale : athlétisme avec la naturalisation d’athlètes kényans, équitation avec le rachat de la jument française Kellemoi de Pepita, football avec les premiers succès de ses équipes de jeunes… Stratégie d’internationalisation : rachats de clubs comme le PSG ou Malaga, flocage du maillot du FC Barcelone, positionnement de la chaîne télé Al-Jazeera Sports comme un leader mondial des retransmissions sportives, notamment dans le football.
L’objectif pour le Qatar est de préparer l’après-pétrole. D’abord, en créant une image de marque positive et haut de gamme de ce petit émirat de 1,6 million d’habitants lové en plein désert : une telle image permet de positionner le pays comme « hub » de tourisme individuel et économique. Ensuite, en créant une véritable « industrie sportive » créatrice de valeur, et relais de croissance pour l’avenir. La France, qui a de réels atouts dans le domaine sportif, ferait bien d’analyser de près cette stratégie.
Tout cela est positif. En revanche, pour le football européen, la présence du Qatar dans le PSG est une très mauvaise nouvelle. Elle continue de doper la bulle financière qui s’est emparée du football professionnel, rendant de plus en plus crédible le scénario d’un crash landing contre celui, piloté par Michel Platini à la tête de l’UEFA, d’un atterrissage en douceur.
Le football européen est, en effet, au bord du krach. On en connaît les causes : la libéralisation des transferts des joueurs, avec l'arrêt Bosman de 1995, a entraîné une inflation salariale vertigineuse. Le salaire moyen en Ligue 1 française dépasse les 50 000 euros mensuels. Les rémunérations des stars européennes sont devenues tellement obscènes qu’on les donne désormais sur une base… hebdomadaire. Cristiano Ronaldo gagne ainsi en dix jours le salaire de toute une vie d’un employé au smic.
Conséquence : depuis lors, en dépit de l'explosion des recettes, notamment télévisées (multipliées par 600 en France entre 1985 et 2010), les clubs ne parviennent plus à équilibrer leurs comptes. Ils sont structurellement déficitaires : chaque année, les dépenses excèdent les recettes courantes. C’est le cas du PSG : tous les exercices sont déficitaires depuis dix ans, avec presque 300 millions de déficits cumulés. Dès lors, pour éviter la faillite, les clubs recourent à des expédients.
Le premier expédient a été l’endettement. L'endettement des clubs dépasse les 15 milliards d'euros – pour quelques dizaines de PME à travers l’Europe. Ceci a été rendu possible par le laxisme du contrôle financier sur les clubs : seule la France possède une Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG). Et par un subterfuge du système comptable, qui autorise – exception sans équivalent dans aucun secteur économique – à considérer les joueurs comme des actifs financiers, gonflant ainsi artificiellement le bilan des clubs présenté aux banques. Mais le surendettement atteint aujourd’hui ses limites ultimes.
Le deuxième expédient a été la spéculation sur les prix de transfert des joueurs. Le club acheteur verse une indemnité de transfert lors de l’achat d’un joueur ; il reçoit une indemnité lorsqu’il le revend. La hausse continue du marché des joueurs a permis aux clubs d’engranger des plus-values financières systématiques et de boucler ainsi leurs budgets. Mais cette hausse est artificielle, alimentée par les clubs et les agents (rémunérés sur ces prix de transferts). Elle atteint ses limites, avec des niveaux déconnectés de toute réalité économique : 100 millions d’euros pour le transfert de Cristiano Ronaldo au Real Madrid… Le marché des joueurs est désormais un marché spéculatif proche de celui des subprimes immobilières américaines : dès qu’il se retourne, c’est le krach généralisé.
Pour éviter le krach, l'UEFA et son président Michel Platini ont instauré des règles de fairplay financier qui imposent, notamment, une limitation des déficits. Objectif : dégonfler la bulle en douceur.
Problème : un nouvel expédient a pris le relais pour proroger le dopage financier du football européen – l’arrivée de mécènes. Ces donateurs providentiels (milliardaires, fonds souverains) n’investissent pas dans le football avec une logique de rentabilité : ils agissent pour le prestige, le réseau social, l’influence diplomatique, voire pour des raisons plus équivoques. Dès lors, ils alimentent la bulle spéculative du football.
C’est typiquement le cas avec l’arrivée de QIA dans le PSG. Des transferts inflationnistes : 100 millions investis à l’intersaison, avec un prix déraisonnable pour Javier Pastore (43 millions d’euros, alors que sa côte ne dépassait pas les 20 millions). Un budget salarial pour le club en hausse de près de 40 %. En d’autres termes, QIA contribue à ce que l’économie du football continuer de vivre au-dessus de ses moyens.
Pour éviter une faillite généralisée du foot européen et rétablir une certaine équité sportive, Terra Nova a fait des propositions dans un récent rapport
[1]. L’instauration d’un plafonnement salarial (salary cap), sur le modèle des ligues sportives américaines (type NBA), pour mettre un terme à l’inflation salariale. L’interdiction des plus-values financières sur les joueurs : les dépenses des clubs doivent être financées par les recettes commerciales pérennes, pas par de la cavalerie sur les contrats des joueurs. La création d’une DNCG européenne pour contrôler les comptes des clubs.
Il est nécessaire également de limiter l’apport de capitaux des mécènes extérieurs. L’UEFA s’est engagée dans cette voie : les règles du fairplay interdiront, sous peine d’exclusion des compétitions européennes, le financement récurrent des déficits par l’actionnaire. Un club doit être rentable et ne peut être maintenu artificiellement en vie par son mécène. On peut aller plus loin : que la DNCG européenne ait un pouvoir de contrôle sur l’achat d’un club par un nouvel actionnaire. Elle vérifierait l’origine des fonds et validerait le business plan de l’acheteur. Si ce plan n’a pas pour objectif la rentabilité, ou si les fonds ne sont pas fiables, l’achat pourrait être repoussé.
Le football professionnel a besoin de régulation économique. Il est grand temps que le politique se mêle de ce secteur et vienne à l’appui de ceux, au sein du mouvement sportif, et Michel Platini en tête, qui tentent de dompter son hybris auto-destructrice. Il y a urgence.
1 - L'investissement des Qataris dans le sport relève d'une stratégie globale positive pour le sport
1. 1 - Le rachat du PSG par le Qatar fait partie d'une stratégie globale d'investissement dans le sport
Lors de la saison 2010-2011, le Paris Saint-Germain disposait, avec 80 millions d'euros, du 3e budget de la Ligue 1 derrière l'Olympique Lyonnais, l'Olympique de Marseille et à égalité avec les Girondins de Bordeaux.
Le rachat de 70 % des parts du PSG par Qatar Investment Authority pour 30 millions d'euros vient considérablement modifier la donne. Les Qataris prévoient de consacrer 130 millions d'euros sur 3 ans pour le PSG. Le budget consacré aux transferts à l'intersaison 2011-2012 s'élève à près de 100 millions d'euros dont 43 millions d'euros pour le seul Javier Pastore.
Le rachat du PSG par le fond qatari fait entrer le club parisien dans une autre dimension et le place désormais, budgétairement parlant, au niveau des grands clubs européens.
L'investissement des Qataris ne se limite pas au PSG ni au football. Il s'inscrit dans une stratégie globale de développement du sport.
Depuis plusieurs années les Qataris ont montré leur savoir faire dans l'organisation de grandes compétitions internationales (Championnats du monde d'athlétisme en salle de 2010...). A l'avenir, de nouvelles compétitions majeures seront organisées dans l'émirat : Championnats du monde de handball en 2015 et Coupe du monde de football en 2022. A terme, le Qatar ne cache pas son ambition d'accueillir les Jeux Olympiques d'été.
Les Qataris brillent également dans les compétitions internationales, que ce soit en athlétisme grâce notamment à la naturalisation d'athlètes kenyans, en équitation avec le rachat de la jument française vice-championne d'Europe Kellemoi de Pepita ou dans le football avec ses équipes jeunes.
Enfin, l'investissement dans le sport passe également par l'acquisition de droits de retransmission télévisés par la chaîne nationale Al Jazeera, et notamment ceux de la Ligue des champions en France.
1. 2 - Pour les Qataris, le sport est un outil de puissance politique et économique
Le positionnement du Qatar sur le sport répond à plusieurs objectifs.
Un objectif diplomatique
Le sport fait partie de la stratégie du soft power des Qataris. Le sport est pour eux un outil diplomatique par excellence pour gagner en visibilité sur la scène internationale. C'est ce qu'affirme l'ambassadeur du Qatar pour qui les « différents événements vont placer le Qatar sur la carte du monde et en faire un pôle d'attraction, un modèle pour toute la région. […] Le sport est synonyme d'espoir. Et, politiquement, l'organisation d'événements sportifs est bien moins coûteuse qu'avoir une armée. Au fond, le Qatar a choisi une voie plus civilisée, plus attractive pour les gens
[2]. »
La volonté de respectabilité recherchée par le Qatar à travers le sport ne doit toutefois pas faire oublier le manque de démocratie dans le pays et la faible place accordée à la femme dans la société de l’émirat.
Un objectif de politique intérieure
L'investissement des Qataris dans le sport n'est pas uniquement un outil du soft power. Il répond aussi à un objectif de politique intérieure. Comme le souligne l'ambassadeur du Qatar pour qui « c'est aussi un vecteur de l'espérance que réclament aujourd'hui les jeunes Arabes. En cela, la Coupe du monde [de 2022] a été un magnifique cadeau, la preuve qu'un pays arabe était capable de grandes choses. »
Le Cheikh Hamad, chef de l'Etat du Qatar, a un tropisme particulier pour le sport. Au travers de ses différents investissements, il souhaite en instiller le goût dans la société.
Un objectif économique
L'investissement dans le sport permet aux Qataris de diversifier leur activité économique très dépendante du commerce de l'énergie (gaz et pétrole). Se faisant, l'émirat prépare également la reconversion économique de son pays qui a atteint le peak oil (plafond de la production de pétrole) en 1998. Le sport fait partie de sa stratégie de reconversion tout comme l'éducation (ouverture récente d'une antenne d'HEC à Doha) et la santé (plusieurs cliniques, notamment sportives, de renommée internationale sont installées au Qatar).
Pour les Qataris, le sport est perçu comme un levier de développement économique. A ce titre, l'organisation des grandes manifestations sportives va accélérer la construction de grandes infrastructures et contribuera à développer le tourisme
[3].
Cette stratégie de reconversion est également suivie par l'émirat voisin d'Abu Dhabi qui s'oriente là aussi vers l'éducation, avec l'ouverture d'une antenne de la Sorbonne, et la culture, avec l'installation du Louvre à Abu Dhabi.
On ne peut que se féliciter que la France soit le partenaire d'acteurs émergents dans cette zone géographique, et ce d'autant plus que l'argent investi par les Qataris dans le PSG provient d'une activité économique « propre », ce qui n'est pas toujours le cas dans le football.
2 - La présence du Qatar dans le PSG est en revanche une très mauvaise nouvelle pour l’économie du football européen
Pour toute légitime qu'elle soit, la stratégie des Qataris pose problème pour le football européen. Elle entretient en effet une bulle spéculative qui permet au football de vivre au-dessus de ses moyens et met gravement en danger le football français et européen.
2. 1 - Le foot européen est au bord du krach
En dépit des transferts mirobolants effectués par le PSG et des salaires indécents versés aux joueurs et à l'entraîneur, le club parisien est en moins bonne santé financière qu'il n'y paraît. Les déficits accumulés au cours des huit dernières saisons s'élèvent à plus de 120 millions d'euros et à 20 millions d'euros pour la seule saison 2010-2011, soit 25 % du budget total du club.
Pour la saison 2011-2012, le budget du PSG devrait quasiment doubler (150 millions d'euros) et son déficit également
[4].
Dans tout autre secteur économique, aucune entreprise ne pourrait se permettre un tel déséquilibre financier.
Bien que les recettes des clubs soient en augmentation depuis 25 ans – grâce notamment à la multiplication par 600 des droits de retransmission télévisés (de 1,2 million d’euros en 1985 à 668 millions en 2010), elles ne suffisent pas à couvrir l’explosion des charges salariales.
Cette situation s'explique par la dérégulation imposée par l’arrêt Bosman (1995), qui a notamment mis fin aux quotas de joueurs étrangers par club. De fait, les transferts ont explosé, entraînant avec eux le niveau des salaires : le salaire moyen en Ligue 1 française dépasse les 50 000 euros mensuels ; le salaire des stars européennes se calcule désormais en centaines de milliers d’euros par semaine. La masse salariale des clubs français représente 74 % de leur chiffre d'affaires. Certains clubs anglais ont une masse salariale supérieure à leur chiffre d'affaires.
2. 2 - Pour boucler les budgets, les clubs recourent à de dangereux expédients
Spéculation financière
Le premier et le plus malsain de ces expédients est la spéculation financière sur le prix des joueurs. Le club acheteur verse une indemnité de transfert lors de l’achat d’un joueur ; il reçoit une indemnité lorsqu’il le revend. Tant que le marché des joueurs est à la hausse, les clubs engrangent des plus-values. Cette hausse est entretenue artificiellement : par les clubs, qui y ont tous intérêt pour boucler leurs budgets ; par les agents de joueurs, rémunérés sur ce prix de vente ; par le système comptable, qui autorise – exception sans équivalent dans aucun autre secteur économique - à considérer les joueurs comme des actifs financiers, gonflant ainsi artificiellement le bilan des clubs. Le marché des joueurs est désormais un marché spéculatif proche de celui des subprimes immobilières américaines : dès qu’il se retourne, c’est le krach généralisé.
Endettement
Deuxièmement, les clubs recourent massivement à l’endettement. Le football professionnel européen totalise près de 15 milliards d’euros de dettes
[5]. Le football espagnol atteint presque 5 milliards de dettes, le club anglais Manchester United à lui tout seul plus de 500 millions et le FC Barcelone plus de 400 millions d'euros
[6]. Cette fuite en avant a été rendue possible par l’absence de régulation sur la comptabilité des clubs.
Seule la France s’est dotée d’un tel contrôle, via une autorité comptable et financière (la Direction nationale du contrôle de gestion) : le déficit des clubs français est ainsi contenu à un niveau raisonnable (150 millions en 2010).
2. 3 - Les mécènes, à l’instar du Qatar dans le PSG, contribuent à alimenter la bulle spéculative du football
Au-delà de la spéculation financière et de l'endettement, les clubs – à l'instar du PSG - bénéficient aussi, pour boucler leurs budgets, de l’arrivée de mécènes providentiels. Ces donateurs (milliardaires, fonds souverains) n’investissent pas dans le football avec une logique de rentabilité : ils agissent pour le prestige, le réseau social, l’influence diplomatique, voire pour des raisons équivoques. Dès lors, ils permettent à l’économie du football de vivre au-dessus de ses moyens et alimentent la bulle spéculative des transferts et des salaires.
C’est typiquement le cas avec l’arrivée de QIA dans le PSG. Des transferts inflationnistes : 100 millions investis à l’intersaison, avec un prix déraisonnable pour Javier Pastore (43 millions d’euros, alors que sa côte ne dépassait pas les 20 millions). Un budget salarial pour le club en hausse de près de 40 %.
De fait, QIA et le PSG font peser un risque supplémentaire de déstabilisation et de krach sur l'ensemble du foot européen.
3 - Une régulation européenne urgente s'impose
Le business model actuel du football européen est insoutenable. Il place les clubs professionnels en situation de risque systémique : la crise ne provoquera pas la faillite de quelques clubs, mais potentiellement de la quasi-totalité des clubs européens. Le risque est connu : les pouvoirs publics ne laisseront pas plus tomber les clubs de foot que les banques, et on assistera à nouveau à la socialisation des pertes après la privatisation des profits.
Pour faire face à cette situation inquiétante, et avant qu'il ne soit trop tard, une régulation financière du football s'impose.
Afin de ne pas nuire à la compétitivité du foot français, celle-ci ne peut être qu'envisagée à une échelle européenne.
3. 1 - Les règles de fairplay financier instaurées par l'UEFA sont une première étape nécessaire mais non suffisante
Le Président de l'UEFA, Michel Platini, œuvre depuis plusieurs années à l'instauration de règles de fairplay financier dans le foot européen, afin que celui-ci ne dépense pas plus que ce qu'il gagne.
L'objectif du fairplay financier est de faire diminuer la pression exercée par les salaires et les transferts, et d'en limiter l'inflation ; d'encourager les clubs à couvrir leurs dépenses par leurs recettes et de garantir la viabilité du football européen sur le long terme.
Ce fairplay financier prévoit de limiter le déficit des clubs à 45 millions d'euros par an entre 2011 et 2012. A partir de 2014, le déficit toléré sera de 30 millions d'euros. Le non respect de ces règles pourra se traduire par des sanctions à partir de 2014 allant de l'interdiction d'opérer des transferts jusqu'à l'exclusion des coupes européennes. L'effectivité de ces mesures sera assurée par la création d'une DNCG européenne.
C'est une mesure notable, dont la mise en œuvre a suscité des réticences parmi les grands clubs européens. Elle reste toutefois insuffisante. En effet, elle ne permet toujours pas d'égaliser les chances entre clubs européens et continue de pénaliser les clubs français.
Le fairplay financier ne résoudra pas non plus la distorsion fiscale qui existe entre les pays européens. Ainsi l'Espagne a instauré un dumping fiscal en faveur des joueurs de foot étrangers qui payent moins d'impôts que les nationaux ayant des revenus similaires. Dans un contexte budgétaire extrêmement contraint et face aux politiques de rigueur, cette situation apparaît d'autant plus inacceptable.
Enfin, les salaires extravagants des joueurs de foot ne disparaîtront pas non plus puisque le fairplay financier n'instaure aucun salary cap (plafonnement de la masse salariale).
3. 2 - Les propositions de Terra Nova
Terra Nova a proposé plusieurs mesures dans un récent rapport
[7].
D’abord, un système de salary cap plafonnant la masse salariale des clubs : pas plus de 55 % du chiffre d’affaires. Il a fait ses preuves aux Etats-Unis. On rétorque parfois qu’un tel système est indissociable d’une ligue fermée. C’est inexact : ce que la NBA a pu imposer contractuellement à ses franchisés, l’Europe peut l’imposer par la règle, soit issue de l’UEFA, soit de la législation communautaire. D’ailleurs, le salary capexiste dans le football européen (en L2 italienne) et en France, dans le rugby, au sein du Top 14.
Ensuite, l’interdiction des plus-values financières sur les joueurs : les dépenses des clubs doivent être financées par les recettes commerciales pérennes, pas par de la cavalerie sur les contrats des joueurs – on a déjà atteint la barre des 100 millions d’euros pour le rachat de Cristiano Ronaldo par le Real Madrid !
Enfin, une « DNCG européenne » : un contrôle comptable et financier rigoureux des clubs, sur le modèle pratiqué en France avec la Direction nationale de contrôle de gestion. Enfin, l’interdiction de la concurrence fiscale déloyale en Europe : elle existe déjà pour la fiscalité des entreprises, il faut l’étendre aux footballeurs.
Au regard de l’inflation des mécènes dans le football, et de leur rôle « pro-cyclique », nous proposons d’ajouter une nouvelle mesure de régulation afin de limiter l’apport de capitaux des mécènes extérieurs.
L’UEFA s’est engagée dans cette voie : les règles du fairplay interdiront, sous peine d’exclusion des compétitions européennes, le financement récurrent des déficits par l’actionnaire (au-delà de 30 millions d’euros par an). Un club doit être rentable et ne peut être maintenu artificiellement en vie par son mécène.
On peut aller plus loin : que la DNCG européenne ait un pouvoir de contrôle sur l’achat d’un club par un nouvel actionnaire. Elle vérifierait l’origine des fonds et validerait le business plan de l’acheteur. Si ce plan n’a pas pour objectif la rentabilité, ou si les fonds ne sont pas fiables, l’achat pourrait être repoussé.
Le football professionnel a besoin de régulation économique. Il est grand temps que le politique se mêle de ce secteur et vienne à l’appui de ceux, au sein du mouvement sportif, et Michel Platini en tête, qui tentent de dompter son hybris auto-destructrice. Il y a urgence.
Conclusion
La régulation du football européen passe nécessairement par la mobilisation de l'UEFA, des fédérations nationales et des clubs.
Mais c'est aussi une urgence politique. Les dirigeants politiques européens, qui ont reconnu la spécificité sportive, ne peuvent pas s'exonérer de toute intervention. Il est de leur responsabilité de veiller à la régulation du secteur pour assurer sa pérennité, tout comme l'équité sportive.
La France, qui a su montrer l'exemple avec la mise en place d'une DNCG, doit jouer un rôle moteur en la matière.
[2] Interview de l'
Ambassadeur du Qatar en France, Mohamed Jaham Al-Kuwari, Le Monde du 4 mars 2011.
[3] Interview de l'
Ambassadeur du Qatar en France, Mohamed Jaham Al-Kuwari, Le Monde du 4 mars 2011.
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