NOTE
On ne peut pas répondre à la crise par les politiques qui en sont la cause
Note Par Bruno Palier.
Le 05/12/2011
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Les politiques de rigueur mises en œuvre en Europe pour faire face à la crise de la dette n’ont rien d’original : elles poursuivent une stratégie devenue dominante dans les années 1980, concevant les politiques sociales et l’Etat-providence comme un poids pour l’économie. Or cette stratégie n’a pas créé de croissance, a généré des emplois de mauvaise qualité, faiblement rémunérés et coûteux pour l’Etat. Elle n’a pas permis à l’économie européenne de redémarrer. Dans cette tribune publiée dans Le Monde, Bruno Palier montre qu’il est urgent de rompre avec ces politiques à l’origine de la crise actuelle, en investissant collectivement dans le capital humain et les activités innovantes, durables et sources d’emplois de qualité.

 

L’erreur est humaine, mais persévérer ne l’est pas. C’est pourtant ce que nous poussent à faire les dirigeants européens en place, ainsi que les autorités économiques et financières européennes. Depuis 2010, les plans d’austérité se multiplient en Europe pour faire face à la crise de la dette des Etats, et pour rassurer les marchés. Les mesures adoptées par les différents gouvernements européens, ainsi que les recommandations émises par les instances européennes, sont principalement de trois types : réformes de la protection sociale, privatisations, gel du salaire des fonctionnaires et réduction de leur nombre. Des coupes sont prévues dans les dépenses sociales, des réformes structurelles sont imposées : augmentation de l’âge de départ à la retraite, flexibilisation accrue du marché du travail, baisse des prestations chômage pour rendre le travail plus attractif, heures de travail obligatoire pour les bénéficiaire de l’assistance, compétition renforcée dans le domaine des services sanitaires et sociaux (les mesures adoptées par chaque pays européen ont été fort bien analysées dans les chroniques internationales de l’IRES).

 
Prises dans leur ensemble, ces mesures ne sont pas originales, si ce n’est par leur ampleur et leur soudaineté. Elles sont directement inspirées par une pensée économique devenue dominante au cours des années 1980. Les politiques sociales y sont conçues comme un poids pour l’économie, elles sont supposées empêcher investissement et création d’emplois, et être trop généreuses pour inciter les chômeurs à rechercher une nouvelle activité. Si l’on continue d’appliquer les recettes en vogue depuis près de trente ans, c’est que l’on pense que cette pensée continue d’être valide. Mais est-ce bien la protection sociale qui est la cause des difficultés économiques européennes et de la situation actuelle de surendettement de certains Etats ?
 
Depuis au moins deux décennies, la stratégie pour créer des emplois et retrouver la croissance repose sur une politique de libération de l’offre qui se serait trouvée contrainte et inhibée par l’expansion de l’Etat-providence. Baisser les charges et les rigidités pour restaurer les profits devait générer une croissance des investissements qui devait déboucher sur la création de nombreux emplois (le fameux théorème d’Helmut Schmidt énoncé en 1974). Les politiques menées ont effectivement restauré les profits et permis aux plus riches de s’enrichir plus encore, mais ni les investissements, ni les emplois n’ont suivi. Une étude récente du BIT (Making Markets work for jobs) souligne que dans les pays développés, les profits ont augmenté de 83% entre 2000 et 2009, mais que le niveau des investissements a stagné au cours de la même période. Les profits dégagés se sont de plus en plus traduits en dividendes pour les actionnaires (de 29% des profits en 2000 à 36% en 2009), et en investissements financiers plutôt qu’en investissements productifs (les investissements financiers des entreprises non financières sont passés de 81.2 % du PIB des pays développés en 1995 à 132.2 % en 2007). L’erreur a été de croire que les marchés sauraient transformer les profits en investissements productifs. Les immenses revenus générés ont en fait surtout été employés pour alimenter la spéculation, tandis que les classes moyennes devaient emprunter pour maintenir leur niveau de vie, générant par là la dette privée à l’origine de la crise financière de 2007/2008.
 
En outre, les stratégies menées par les entreprises pour restaurer leurs marges se sont le plus souvent faites contre l’emploi de qualité. Pour réduire leurs coûts de production, de nombreuses entreprises ont multiplié les plans de réduction des effectifs, et ont développé la sous-traitance pour ce qui n’était pas leur cœur de métier, ce qui a conduit au développement de plus en plus d’emplois atypiques. Au total, la stratégie ne crée pas de croissance et les emplois générés sont de mauvaise qualité et faiblement rémunérés. Etant souvent subventionnés, ils coûtent à l’Etat plus qu’ils ne lui rapportent. Cette stratégie est en fait une stratégie de dumping social et d’appauvrissement des salariés et des Etats, qui explique en grande partie les difficultés budgétaires des pays européens qui l’ont suivi.
 
Comme le montre l’atonie économique européenne en 2011 et 2012, ces mêmes politiques ne permettent pas à l’économie de redémarrer. Il est étrange de persister à mettre en œuvre des politiques qui ont fait la preuve de leurs échecs, et sont à l’origine de la crise actuelle.  Il convient plutôt de construire un nouveau modèle économique et social qui repose sur les investissements nécessaires pour préparer l’avenir. Les pays qui souffrent le plus aujourd’hui sont ceux qui n’ont pas effectué les investissements nécessaires hier.
 
Plutôt que de compter sur le jeu des marchés, il faut désormais décider et faire collectivement les investissements permettant de favoriser des activités économiques innovantes et durables et sources d’emplois de qualité. Ils doivent aussi donner à tous les atouts pour réussir dans une nouvelle économie tirée par l’innovation et le savoir. Il faut investir dans le capital humain, dans l’accueil et les capacités des jeunes enfants, dans l’éducation et la formation tout au long de la vie, dans les politiques permettant une meilleure conciliation entre vie familiale et vie professionnelle. Aux politiques passées, de nombreuses dépenses ont été attachées : baisse des taux supérieurs d’imposition, exonération des cotisations sociales pour financer de mauvais emplois, aides aux secteurs en déclin qui reposent pour leur survie sur l’hyperproductivisme, la sous-traitance et les délocalisations. Les sommes ici dépensées - gâchées - seraient mieux employées aux dépenses d’investissement social.

 

Commentaires
Par Selive Le 07/12/2011
-214

Les mesures sociales doivent être ciblées sur les plus nécessiteux pour corriger la proportionnalité de la TVA. Car il faut accroitre les recettes en considérant que l'impot n'est pas le support de politiques, un impôt efficace est un impôt qui rapporte, le premier d'entre eux est la TVA. L'effort doit porter sur ls dépenses de fonctionnement. En effet, sur le long terme, la crossance passse par les investissemens d'avenir. C'est le premier vecteur de ce rétablissement des recettes et dépenses mais elle reste liée sur le cours terme à la conjoncture internationale. ujourd'hui, le déficit annuel représente 40% des recettes annuelles. Qui peut croire que cette tendance est supportable dans le temps ?

Le fait que les entreprises aient accru leurs profit au détriment des investissements, notamment d'avenir, n'a eu qu'un effet amplificateur. La Gauche a pris des mesures sociales à contre-courant entrainant des déficits (retraite à 60 ans alors que la pyramides âges se détériorait, 35 heures appliquées en période de croissance et étendues aux emplois publics), la droite a réduit les recettes par des réductions d'impôts (loi TEPA, niches fiscales, ISF), également à contre-courant, le tout a conduit à ce que le pays vive au desssus de ses moyens et la dette n'a été supportable qu'autant que les taux d'intérêt étaient très faibles.

Par Meervipec Le 07/12/2011
-219

L'analyse procède par amalgames : la croissance et les profits, la dette et les mesures de protection sociale. La Gauche a pris des mesures sociales à contre-courant entrainant des déficits (retraite à 60 ans alors que la pyramides âges se détériorait, 35 heures appliquées en période de croissance et étendues aux emplois publics), la droite a réduit les recettes par des réductions d'impôts (loi TEPA, niches fiscales, ISF), également à contre-courant, le tout a conduit à ce que le pays vive au desssus de ses moyens et la dette n'a été supportable qu'autant que les taux d'intérêt étaient très faibles. Le fait que les entreprises aient accru leurs profit au détriment des investissements, notamment d'avenir, n'a eu qu'un effet amplificateur.
Aujourd'hui, le déficit annuel représente 40% des recettes annuelles. Qui peut croire que cette tendance est supportable dans le temps ? Il faut donc rééquilibrer recettes et dépenses. La croissance est le premier vecteur de ce rétablissemtn mais elle reste liée sur le cours terme à la conjoncture internationale. Sur le long terme, elle passse par les investissemens d'avenir. L'effort doit donc porter sur ls dépenses de fonctionnement. Il faut donc accroitre les recettes en considérant que l'impot n'est pas le support de politiques, un impôt efficace est un impôt qui rapporte, le premier d'entre eux est la TVA. Ensuite , les mesures sociales doivent être ciblées sur les plus nécessiteux pour corriger la proportionnalité de la TVA.

Par David Boisaubert Le 07/12/2011
-317

Je recommande l'émission du dimanche 4 décembre 2011 dans laquelle l'ancien Premier ministre et ministre de l'économie et des finances, Laurent Fabius, venait partager sa vision de la crise, les solutions pragmatiques que François Hollande pourrait mettre en œuvre selon un calendrier scindé en trois périodes : le premier mois qui suit l'installation à la présidence, période au cours de laquelle le Président et son gouvernement ne dispose pas encore d'une majorité législative -, les douze mois qui suivent cette phase d'installation au cours desquels il faut légiférer et prendre des mesures réglementaires propres à relancer la croissance économique, réformer et harmoniser la fiscalité pour rétablir entre autres un plus juste équilibre entre la fiscalité du capital et du travail, poursuivre la décentralisation, notamment au profit des régions, véritables fers de lance de l’activité économique -, puis enfin la troisième et dernière période qui verra la réalisation des mesures et axes centraux du projet présidentiel. Laurent Fabius a démontré par ses propositions à visée économique, financière, sociale et fiscale, qu'il n'existe pas une fatalité à l'austérité et au libéralisme, plus largement à la crise qui sert de prétexte, aujourd'hui, au gouvernement et au Président de la République, pour radicaliser leurs discours, leurs programmes et leurs actions, dans le sens d'une politique qui accroît les inégalités, les injustices et la paupérisation des classes moyennes et populaires, stigmatisent l'étranger et le salarié, véritables boucs-émissaires (l'émigration et les 35 heures décriées et instrumentalisées à des fins électorales), et inversement renforcent la protection des grandes entreprises, de leurs actionnaires et patrons. Le projet brièvement développé renverse l’esprit de la gouvernance telle qu’elle est pratiquée depuis 2007 et c’est ce qu’il faut essentiellement retenir : la politique n’est efficace que si elle rassemble derrière elle l’ensemble des Français, qu’elle ne se perde pas en clivages politiciens, en querelles de clochers, et ne se traduit pas par l’opposition systématique des uns contre les autres. L’on ne réussit pas en marchant sur le dos des travailleurs ou en diabolisant l'interventionnisme étatique, l’on ne réussit pas sans eux et inversement, les travailleurs ne peuvent vivre et s’épanouir sans les entreprises, leurs grands patrons et le capital qui sert à investir dans l’avenir, à conquérir de nouveaux marchés, à rémunérer la participation des salariés aux résultats des entreprises et ainsi à répartir plus équitablement le fruit du travail, et plus largement les richesses. Il faut une politique économique, sociale et fiscale qui vise à réconcilier les Français dans toutes leurs composantes.

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