NOTE
UMP - FN : vers un bloc néoconservateur
Note Par Olivier Ferrand.
Le 31/03/2011
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Dans un article publié sur LeMonde.fr en réponse au débat "Nicolas Sarkozy favorise-t-il la banalisation des idées du FN ?", Olivier Ferrand montre que le scénario d'une alliance entre la droite de gouvernement et la droite populiste, voire de la prise de pouvoir majoritaire par l'extrême droite, a été rendu possible par Nicolas Sarkozy. L'UMP, en se radicalisant, a cherché à siphonner l'électorat du FN. Elle en a aussi banalisé les idées, entrainant la constitution d'un bloc néoconservateur.

À travers toute l’Europe, la crise provoque des fièvres populistes. Les symptômes sont les mêmes : le repli identitaire, le ressentiment social et plus largement la recherche de solutions alternatives face à l’échec des partis de gouvernement – de droite comme de gauche. Les conséquences, aussi : une recomposition violente du paysage électoral.

 
Lorsque la droite populiste s’élève à un étiage qui la rend incontournable, la droite de gouvernement se radicalise et fait alliance, pour accéder ou demeurer au pouvoir, créant un bloc de nature néo-conservatrice. Le centre-droit, de culture chrétienne-démocrate, fait sécession et rejoint le camp progressiste. C’est typiquement ce qui s’est passé en Italie, où l’alliance Berlusconi-Ligue du Nord-Alliance Nationale a provoqué le basculement à gauche des chrétiens-démocrates, au sein du Parti démocrate.
 
La France pouvait échapper à ce scénario. La politique française, fondée sur la légitimité présidentielle et le fait majoritaire, rend peu probable la nécessité d’une alliance pour gouverner, et inimaginable la prise de pouvoir majoritaire par l’extrême droite. Nicolas Sarkozy l’a pourtant rendu possible. C’est la particularité du cas français : la recomposition électorale n’est pas initiée par l’extrême droite, mais par la droite.
 
Historiquement, avec le gaullisme social de l’UMP et les chrétiens-démocrates de l’UDF, la droite de gouvernement française se positionne au centre-droit de l’échiquier politique. A partir de 2007, Nicolas Sarkozy rompt avec ce positionnement historique et radicalise son camp.
 
Le sarkozysme met en œuvre une rupture anti-humaniste. Elle se caractérise par la recherche systématique de coupables, de boucs émissaires à désigner à la vindicte populaire. Il y a toujours les bons citoyens à protéger et les mauvais à bannir hors de la communauté nationale – les immigrés, les musulmans, la racaille de banlieue, les délinquants, les assistés, les fonctionnaires privilégiés…
 
Cet anti-humanisme se déploie dans le débat sur l’identité nationale. Il défend une vision régressive de la nation, figée sur l’identité fantasmée du passé, à tentation ethnique (blanche), à coup sûr culturaliste (religieuse, les racines chrétiennes). Une identité fermée, qui exclut les générations de Français d’immigration récente, considérés comme des étrangers sur leur propre sol.
 
Une telle rupture se retrouve aussi dans la politique d’immigration, de plus en plus brutale. « Rafles » policières de sans-papiers, jusqu’aux enfants dans les écoles ; délit de solidarité ; expulsions de réfugiés politiques vers l’Afghanistan ; climat de soupçon dans les préfectures ; chasse aux Roms… L’exemple du Calaisis, qui concerne les demandeurs d’asile en transit vers l’Afghanistan, est édifiant : fermeture du centre d’hébergement d’urgence de Sangatte, démantèlement des campements de fortune de la « jungle », jusqu’à la condamnation à l’errance. Une chute de Charybde en Scylla.
 
La politique pénale subit le même processus de radicalisation. Le champ des « criminels », des « monstres » s’élargit toujours plus. La répression s’intensifie. La politique de « castration chimique » pour les pédophiles est emblématique. Jusqu’à l’évocation inouïe par Michèle Alliot-Marie de la castration physique – une mutilation d’Etat, une vision de la France digne d’Orange Mécanique. Même la peine de mort n’est plus taboue.
 
Les dérapages verbaux, autrefois apanage du Front national, se multiplient au sein de la majorité. Des « Auvergnats » (« Quand il y en a un ça va, c’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes ») jusqu’à « la France n’est plus la France », en passant par les musulmans qui doivent se montrer « discrets » ou «remettons-les dans les bateaux », la frontière entre l’UMP et l’extrême droite devient floue. Au point que l’hebdomadaire Newsweek, en octobre dernier, choisit Nicolas Sarkozy pour illustrer sa « une » sur la montée de l’extrême droite en Europe.
 
La radicalisation de l’UMP obéit à un pari stratégique : la volonté de siphonner l’électorat du FN. Ce pari est couronné de succès en 2007 mais ne s’avère pas pérenne. Le sarkozysme ne parvient pas à fidéliser les voix du FN. C’est que le rapport de forces s’est inversé : Nicolas Sarkozy, au zénith de sa popularité en 2007, n’est plus crédible aujourd’hui ; le FN, affaibli à l’époque par un vieux leader en fin de carrière, est dynamisé par une Marine Le Pen moderne et charismatique.
 
Après la radicalisation de l’UMP, on assiste maintenant à la deuxième étape : la banalisation d’un Front national « new look », qui se débarrasse de ses oripeaux infréquentables, antisémites, nostalgiques de Vichy, aux relents néo-nazis, et qui – lui – ne dérape plus. Le FN sort de son ghetto protestataire pour muer en un parti de droite nationale, qui aspire à gouverner, sur le modèle de l’Alliance nationale en Italie. « Donnez-nous les manettes », clame désormais Marine Le Pen.
 
La dernière étape est déjà écrite : la constitution d’un bloc néoconservateur, entre une UMP droitisée et un FN dédiabolisé. Cette jonction n’est pas pour tout de suite, encore qu’on en voit de nombreux signes annonciateurs, dont le rejet du front républicain au profit du « ni-ni ». Mais le « big bang » politique est lancé.

 

Commentaires
Par Oxydant Le 23/04/2011
-3

Un bloc néo-conservateur ?

Faut-il rappeler à l'ignorantissime Olivier Ferrand que le néo-conservatisme est une idéologie américaine (dont les théoriciens sont d'ailleurs plutôt favorables à l'immigration) qui n'a rien à voir avec l'idéologie frontiste ?

Ensuite comment peut-on affirmer que nous allons vers une alliance UMP-FN ? Alors que justement, la tentative effrénée de droitisation de l'UMP a pour but d’assécher au maximum l'électorat FN.

Sinon il serait bon de se renseigner un peu, l'Alliance nationale italienne n'existe plus en tant que parti depuis 2009 (elle a fusionné avec le parti de Berlusconi) et elle n'appartient plus à la "droite nationale" depuis près de 15 ans.

Par Roger Heurtebise Le 22/04/2011
1

Du grand n'importe quoi ! Le clivage qui se dessine n'est pas entre "néoconservateurs" et "progressistes" (sous entendu de gauche) mais entre mondialistes et identitaires/nationaux. L'UMP est aussi européiste que le PS ou Terra Nova (financé par le grand capitalisme mondial...), et ce groupe UMPS est d'une nature différente des nationaux-républicains (FN, Parti de gauche, etc.) Les "conservateurs" ce sont ceux qui veulent conserver le statut quo (et les privilèges qui vont avec...), donc l'UMPS, alors que les "progressistes" sont ceux qui veulent un réel progrès pour l'homme dans son identité et sa dignité et non en faire un objet indifférencié dans la mondialisation. Par conséquent, l'alliance UMP-FN est un vœux pieux qui ne sert que d'argument débile pour la gauche. Comme si l'auteur de cet article ne savait pas que c'est parmi l'électorat de gauche que prospère Marine Le Pen et beaucoup moins parmi l'électorat conservateur de droite ! Faut arrêter de vivre sur un petit nuage ou de prendre les gens pour des imbéciles. Aujourd'hui c'est le peuple qui guide la révolution qui se prépare et qui vous balaiera, et vous n'y pourrez rien, même pas en essayant de trafiquer les modes de scrutin ou en sortant votre sempiternelle "reductio ad hitlerum" qui ne marche plus du tout. C'est trop tard. La machine qui est en route est un phénomène historique qui vous échappe.

Par Péquenaud Le 02/04/2011
-71

"encore qu’on en voit de nombreux signes annonciateurs"

Moi j'aurions mis un subjonctif mais j'soyons guère qu'un bouseux alors qu'Olivier Ferrand c'est un Monsieur de la ville, un énarque même, donc c'est lui qui doit avoir raison, cré vin diou.

Par Fanny Le 02/04/2011
37

Chère Patrice,

"Quand le chinois montre le doigt, l'imbécile regarde la lune". En l'ocurance, se focalisée sur les "fotes dortograffe" (comme vous disez) dans un débat, c'est vraiment prendre les choses pas le petit bout de l'orniette. L'important, ce sont les argumands dévelopés. Par example M. Fairant fait remarqué à juste pitre que, contrairement à un cliché fort répandu, ce ne sont pas les afghanais qui vont en angleterre mais bien l'inverse, ce qui prouve l'anti-humanisme de l'ump.

Par patrice Le 02/04/2011
69

ai ce queue les fotes dortograffe son un poix son dav ril ?

ou non ?

Par Daedalus Le 02/04/2011
55

Vous affirmez que N. Sarkozy a droitisé et radicalisé une UMP qui était jusque là proche du "centre-droit".

Vous avez la mémoire un peu courte, je vous renvoie à cet article de Valeurs Actuelles, sur ce que pensaient l'UDF (et Bayrou) et le RPR (et les chiraco-villepinistes de maintenant), en matière d'immigration. Vous vous rendrez compte que, loin de se droitiser, Sarkozy a presque édulcoré le discours qui pouvait être tenu il y a 20 ans.

http://www.valeursactuelles.com/actualit%C3%A9s/politique/immigration%E2...

Par Naïf Le 01/04/2011
222

"L’exemple du Calaisis, qui concerne les demandeurs d’asile en transit vers l’Afghanistan"

Ah bon moi je croillé que c'était les afganistaniens qu'ils aller demander l'asile en chez les rosbifs mais c'est l'inverse d'aprés ce que vous disez : c'est les rosbifs qu'ils vont demander l'asile en afghanistan. Heureusement que vous etes la pour combattre les prejugers et les clichers.

Par ramiro Le 01/04/2011
-108

Moi je panse que c'est pire que le "anti-humanisme" : c'est carrémant "anti-humanitaire". Par example quand ils propose de castrer les violeurs, frenchemant on se croirait en arabie séoudite avec la charria qui coupe la main des voleurs. C'est nimporte quoi. J'espere bien qu'ils ne seront pas réélus sinon ils vont faire un bloc néoconservatuer qui sera comme jorge busch en USA.

Par Le 01/04/2011
46

se bloc "neoconservateur" comme vous disez est en effet a craindre. A la fin l'ump ils vont finir par s'aliés avec le fn pour les élexions et se sera la faim du front républiquain. Déja qu'ils on arrèter le front républiquain pour le remplacé par le nini mais la se sera encore pirre.

Par marwane Le 01/04/2011
25

Quel analise au vitriolle ! Mersi Monsieur Ferrand de remaitre les points sur les "is".

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