REVUE DE PRESSE
Comment le PS s'est converti à une politique de compétitivité Revue de Presse Le 26/01/2012

Par Frederic Schaeffer

Le programme que détaille aujourd'hui François Hollande est loin des idées keynésiennes qui prévalaient en 1997, à l'arrivée du gouvernement Jospin. Autant en raison de la nécessité de désendettement que par évolution progressive de la doctrine.

 Si François Hollande dévoile aujourd'hui les dernières mesures et le chiffrage de son projet présidentiel, le discours du candidat socialiste, dimanche au Bourget, donne déjà une idée de la politique économique qu'il entend mener s'il est élu. Celle d'une intervention ciblée de l'Etat pour relancer l'appareil productif et un soutien à la croissance intégrant la contrainte budgétaire. « Nous avons réussi à faire applaudir le fait qu'il n'y aura pas d'augmentation de fonctionnaires », notait, satisfait, un proche du candidat à l'issue du discours.

Le discours du Bourget est loin des idées keynésiennes qui prévalaient encore en 1997, à l'arrivée du gouvernement Jospin. « Il y a un vrai changement de paradigme du PS, reconnaît Olivier Ferrand, président du think tank Terra Nova, proche de la gauche. Le PS a tourné le dos à l'idée que le soutien à la croissance passait par une relance de la demande, rendue inefficace dans la mondialisation, et fait le pari d'une politique de l'offre. » Avec une réindustrialisation érigée comme priorité ( « Je favoriserai la production en France »), François Hollande entend concentrer les financements et les allégements fiscaux sur les entreprises innovantes, produisant en France et particulièrement offensives à l'international : création d'une banque publique d'investissement et d'un livret d'épargne ciblé, élargissement du crédit d'impôt recherche, baisse de l'impôt sur les sociétés pour les PME, etc. Et, s'il a appelé les Allemands à plus de solidarité face à la crise, le candidat socialiste a souligné « les efforts de compétitivité » à accomplir côté français.
 
Privilégier l'innovation
 
Face aux pertes de parts de marché et à la désindustrialisation du pays, « le débat droite-gauche se concentre aujourd'hui entre deux politiques de compétitivité, poursuit Olivier Ferrand. Avec une droite qui met l'accent sur le coût du travail, comme en témoigne son projet de TVA sociale, et une gauche pour qui le déficit de compétitivité est davantage dû à un problème d'innovation et de montée en gamme ». La majorité actuelle, elle, conteste cette lecture et met en avant le crédit d'impôt recherche, le grand emprunt et l'augmentation des moyens de la recherche.
 
« Les socialistes s'engagent aujourd'hui dans la mutation déjà effectuée il y a plusieurs années par les sociaux-démocrates scandinaves, note l'économiste Philippe Aghion. Alors que le modèle keynésien d'une relance par la consommation aboutirait aujourd'hui à un creusement de notre déficit extérieur, le cadre de pensée est désormais plus proche de Schumpeter, mettant en avant le rôle de l'innovation pour la croissance à moyen et long terme. » Si François Hollande a promis des réformes structurelles (sur la fiscalité, notamment) dès le début de son mandat, « c'est ensuite que nous pourrons redistribuer ce que nous aurons créé », a-t-il prévenu. « Si on accusait auparavant la gauche de ne s'occuper que de la redistribution, elle montre aujourd'hui qu'elle se soucie de la taille du gâteau à partager », constate Olivier Ferrand.
 
« La rupture est liée à un impératif de redressement des finances publiques et de compétitivité, mais la filiation avec la philosophie traditionnelle de la gauche se fait du côté de la justice et de l'équité fiscale »,ajoute Gilbert Cette. Avec Philippe Aghion, Elie Cohen et une poignée d'autres économistes préférant rester dans l'ombre, ce dernier a défendu cette politique de l'offre, reposant sur un effort important dans l'éducation et la politique industrielle, financé par un mélange de croissance, de rigueur budgétaire et de fiscalité plus progressive. Sous la coordination d'Emmanuel Macron, ancien rapporteur de la commission Attali sur la libération de la croissance, ce cercle d'économistes a pris l'habitude de se réunir depuis l'été dernier pour nourrir la réflexion de François Hollande.
 
 
Pour aller plus loin, revivez-le débat sur le sujet entre Olivier Ferrand et Sophie Pedder, Chef du bureau français de The Economistorganisé au mois de septembre à Terra Nova : La gauche en France, une gauche nouvelle ?

 

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