De la réparation à l’investissement social : le Pôle Affaires sociales de Terra Nova répond à l'article critique de notre collaborateur que la note du Think thank socialiste.
Dans votre article du mardi 19 juillet « Terra Nova pour l’enfant unique à la française », vous vous livrez à une critique proprement sidérante du rapport que nous venons de publier sur la politique familiale.
Principale critique : le rapport serait « anti-nataliste ». Vous citez à l’appui une phrase du rapport : « Il incombe évidemment aux parents de décider le nombre d’enfants qu’ils désirent ». Certes, nous ne nous revendiquons pas du natalisme de Vichy pour lequel la famille nombreuse était la norme sociale à imposer à la société.
Pour le reste, nous souhaitons au contraire une politique familiale forte. L’Etat dépense un budget très important, plus de 100 milliards d’euros par an, pour la famille. Nous proposons de maintenir cet effort financier. Et de le réorienter au profit de l’enfant. La politique familiale répond en effet à une logique de réparation : des prestations financières données aux parents pour compenser le coût des « bouches à nourrir ». Nous voulons passer à une stratégie d’investissement social : des prestations de service public centrées sur l’enfant et son développement. L’enfant doit être considéré comme un investissement, et non une charge.
D’où la principale proposition du rapport : un véritable service public de la petite enfance, avec la création de 850.000 places de gardes (crèches, assistantes maternelles, école pré-élémentaire). D’où, également, la proposition de créer un congé parental d’éducation à prendre obligatoirement par les deux parents. L’idée est de favoriser la parentalité, en incitant le père à s’investir davantage dans l’éducation de son enfant.
Pour financer ces mesures, nous proposons de redéployer les sommes importantes (14 milliards d’euros par an) qui vont aux majorations de pensions pour les parents qui ont élevé des familles nombreuses. Typiquement, ces majorations relèvent de la réparation : elles sont versées plus de dix ans après que les enfants ont quitté le domicile familial et ne profitent donc absolument pas au développement de l’enfant. Elles visent à apporter une compensation aux femmes qui ont arrêté leur carrière pour élever leurs enfants. Mais pourquoi compenser a posteriori ce problème plutôt que le prévenir ? Le service public de la petite enfance doit justement permettre aux femmes qui le souhaitent d’articuler vie familiale et vie professionnelle. Soutenir les femmes, ce n’est pas abandonner les enfants, tout au contraire. Ce point est crucial. En Allemagne, la natalité s’effondre en dépit d’efforts financiers massifs, parce qu’on y place encore les femmes devant l’alternative « procréer ou travailler », stigmatisant les mères actives à travers l’épithète de Rabenmutter, « mère corbeau ».
Les majorations de pensions sont de surcroît injustes. Elles sont proportionnelles aux pensions : elles bénéficient donc principalement aux retraités aisés. C’est-à-dire principalement à des hommes, et très peu aux femmes qui ont sacrifié leur carrière pour élever leurs enfants.
Seconde critique : Terra Nova favoriserait « un nivellement social par le bas ». Nous sommes choqués de trouver un tel argument dans un article de Marianne.
C’est un fait connu et documenté : la politique familiale française redistribue vers les familles nombreuses, mais pas vers les familles modestes. On sait pourquoi : sa pierre angulaire, le quotient familial, est un avantage fiscale régressif. Plus vos revenus sont élevés, plus ils vous donnent un abattement important. En d’autres termes, pour la République, les enfants des riches ont plus de valeur que les enfants des pauvres. La France pratique un eugénisme soft, et nous souhaitons y mettre un terme en remplaçant le quotient familial par une aide du même montant pour chaque enfant, quel que soit le revenu des parents. Pour nous, tous les enfants de la République ont la même valeur. L’égalité est un objectif politique, pas un « nivellement social par le bas ».
Au total, nous laissons vos lecteurs juges de la pertinence de vos propos et leur proposons de se faire une idée par eux-mêmes en retrouvant le rapport intégral sur notre site www.tnova.fr. Qualifier d’antinatalistes des propositions qui visent à sanctuariser 100 milliards d’euros pour la famille, à « investir dans les bébés » (pour reprendre la formule du sociologue Gosta Esping Andersen), à permettre aux parents d’articuler vie familiale et vie professionnelle et à mieux répartir des aides au bénéfice de tous alors qu’elles profitent aujourd’hui aux ménages les plus riches, nous a, il est vrai, laissés pantois.







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