REVUE DE PRESSE
Régulation financière : tout reste à faire ! Revue de Presse Le 16/08/2011

Chômage, pouvoir d'achat, inégalités, fiscalité, contrainte budgétaire... Tous ces thèmes vont être légitimement au coeur des programmes politiques pour 2012. La grande absente est la régulation financière, dont les carences ont pourtant été un des ingrédients déterminants de la crise financière globale.

 

Les Echos 05/08/2011

Ses effets dévastateurs sur nos économies sont encore très présents, confirmant si besoin l'acuité des thèmes de campagne cités. Or la dégradation concomitante de la situation de nos finances publiques obère dramatiquement les marges de manoeuvre dont disposeront nos futurs candidats puis dirigeants. L'impact budgétaire de toutes les mesures proposées dans les différents programmes sera scrupuleusement évalué, sous peine d'être disqualifié ; des arbitrages et redéploiements douloureux devront s'imposer.
 
Etrangement, dans ce contexte de vaches maigres, où il est si difficile de faire rêver nos concitoyens par des promesses dispendieuses peu crédibles, la question de la régulation financière, qui a priori ne coûte rien au contribuable et lui rapporte à terme en réduisant la probabilité que se produise une nouvelle crise susceptible de mettre à genoux nos économies, n'est sérieusement abordée dans le programme d'aucun parti. Certes, le G20 a fait avancer un certain nombre de sujets de régulation financière, mais le chemin à parcourir reste immense. Tant que les politiques ne réaliseront pas que ce sujet n'est pas uniquement technique mais éminemment politique, nous resterons au milieu du gué, exposés à l'éventualité d'une nouvelle crise financière majeure.
 
Le capitalisme financier contemporain est perméable aux crises systémiques. Celles-ci ne sont pas des événements naturels qu'il faudrait accepter en essayant d'en limiter les conséquences, mais ce sont des événements créés par l'activité humaine, par la mauvaise structuration des systèmes financiers et des incitations à la prise de risque qu'ils génèrent. Elles sont endogènes au système financier quand celui-ci est dérégulé, quand la financiarisation de l'économie va trop loin et que les Etats abdiquent leur pouvoir de régulation. Les exemples historiques ne manquent malheureusement pas et devraient nous inciter à réfléchir.
 
La finance libéralisée et globalisée génère des crises systémiques, la régulation financière doit donc elle-même être conçue dans une optique systémique, c'est-à-dire ne pas être un simple empilement de contraintes réglementaires mais être pensée comme un système où les composants interagissent entre eux. Cette optique globale signifie également que la coopération internationale est impérative, avec comme premier échelon pertinent le niveau européen.
 
Les propositions que nous avançons dans le rapport publié par Terra Nova « D'un capitalisme financier global à une régulation financière systémique » s'inscrivent dans cette démarche et visent à rompre avec le dévoiement de l'esprit du capitalisme qui s'est manifesté au cours de la crise financière et qui s'est traduit par une privatisation des gains lors des périodes fastes et une socialisation des pertes au cours de la crise. En particulier, une des urgences est de donner aux pouvoirs publics les moyens légaux de ne pas avoir les mains liées en étant systématiquement obligés de renflouer les institutions financières systémiques, aujourd'hui comme demain. L'inflexion que nous proposons n'est pas simplement un impératif éthique, c'est avant tout la condition sine qua non d'une finance efficace, centrée sur sa mission première d'allocation des ressources.
 

 

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